thumb|Cazeaux de Nestier, écuyer préféré de Louis XV.

L’équitation classique, encore nommée haute équitation, est un art équestre qui plonge ses racines principalement dans l'équitation de la Grèce antique et dans celle de la Renaissance, dont les règles ont été fixées au . Il a été qualifié de « classique », a posteriori, en référence à un mouvement littéraire et artistique français, le classicisme. Elle est aussi appelée équitation académique.

L'équitation classique est décrite comme dans le respect de la raison et en quête d'un équilibre reposant sur le naturel et l'harmoniePrincipe du classicisme. Elle ne doit pas être confondue avec la monte instinctive.

Discipline exigeante, elle nécessite du cavalier une grande douceur, un long apprentissage et une parfaite maîtrise des aides Préceptes du cavalérice François de Salomon de La Broue, troisième édition, 1610. p=10..

Définition Une pratique aisée est le fondement de l'équitation classique. Elle nécessite un savoir accumulé par un long apprentissage et exige de connaitre l'usage des aides ainsi que la psychologie et la physiologie animale. Pour se placer convenablement en selle, l'homme de cheval doit connaitre les règles qui déterminent la position, son esprit les concevant en même temps que son corps s'y accoutume, la théorie et la pratique s'assistant mutuellement. L'équitation classique ne serait qu'un sport et un savoir-faire si elle ne résultait seulement de techniques éprouvées. Elle devient un art par le talent et le sentiment qu'elle exige de l'écuyer et par la beauté du spectacle équestre.

Histoire de l'équitation classique Xénophon - les fondements de l'équitation classique - thumb|Xenophon, auteur du plus célèbre des traités d'équitation antiques, au Les écrivains hippiques reconnaissent en Xénophon, né v. 426 ou 430, mort v. 355 av. J.-C., une sorte de père spirituel. Ses écrits L'Équitation et L'Hipparque sont les premiers qui nous soient parvenus dans leur intégralité traitant de la manière de dresser les chevaux, pour la guerre et pour la parade.

Il y pose des principes qui seront les fondements de l'équitation classique : La douceur dans l'emploi des aides :

La méthode et le principe d'imitation de la nature :

La descente de main :

thumb|Frise du Parthenon, chevaux à la parade (British Museum). L'objectif n'est pas uniquement militaire :

Le Moyen Âge L'équitation classique apparaît en Espagne au Moyen Âge. Les luttes de la Reconquista y mettent aux prises les chevaliers chrétiens et les cavaliers maures. Il se peut que ces derniers y aient introduit la monte , du nom des ginètes, une tribu arabe qui a traversé le détroit de Gibraltar pour combattre les chrétiens. Le nom du genet d'Espagne donné au cheval ibérique jusqu'au a la même origine. L'équitation pratiquée par ces cavaliers était très différente de celle des cavaliers du nord de l'Europe. Le cavalier, les étriers chaussés courts, faisait exécuter à son cheval de brusques changements d'allure, des pirouettes au galop et des mouvements de côté. Dans l'embuscade, il utilisait l'escarmouche et l'esquive au lieu de la charge. Combattant de l'épée et de la javeline et non plus de la lance, son cheval devait être rassemblé pour pouvoir s'arrêter à tout moment, faire demi-tour, en étant conduit d'une seule main.

À la même époque, une équitation propre à l'affrontement avec le taureau se développe. Les combats taurins montés sont apparus au , permettant aux jeunes aristocrates de prouver leur bravoure et leur adresse. Pour cette pratique, le cheval doit avoir de l'impulsion, de la générosité et de la vaillance, mais il doit aussi être mobile, c'est-à-dire assis sur ses hanches, apte aux accélérations foudroyantes, aux demi-tours et aux déplacements de côté. Alors qu'il manie sa monture d'une seule main, le cavalier doit chercher à favoriser son équilibre, l'ayant exercé à réagir à la rêne d'appui et aux déplacements de l'assiette. Les prémices d'une équitation classique, dans laquelle le cheval andalou montre toujours de belles dispositions, apparurent alors. Son aptitude au rassembler, l'engagement naturel de ses postérieurs sous la masse, un naturel fait de courage et de docilité, le prédisposaient à cet exercice.

La Renaissance thumb|Gravure de La manière de bien emboucher, manier et ferrer les chevaux (ed. 1564). Le port d'une plume à la place de la gaule symbolise la légèreté aux aides et des notations musicales permettent de restituer la notion de cadence dans les mouvements du cheval.

L'équitation classique, qui naquit en Espagne vers le , gagna l'Italie quand le roi d'Espagne, après les guerres contre les Français, occupa le trône du Royaume des deux Sicile, à Naples. L'adresse à cheval de ses courtisans fit l'admiration des Italiens qui cherchèrent à les imiter.

La Renaissance, qui vit le passage de la chevalerie à l'équitation classique ou académique, fut une période favorable à l'émergence et la diffusion d'une équitation savante pour plusieurs raisons :

L'apparition de la poudre à canon au a modifié les tactiques de la cavalerie et entrainé le déclin de la cavalerie lourde. Dès le , l’infanterie décidera essentiellement du sort de la bataille. il ne suffisait plus de charger l'ennemi ventre à terre, mais d'avancer vers un fantassin, de s'arrêter face à lui pour faire feu, puis de faire demi-tour avant de repartir au galop, technique appelée en France le "caracol". Pour y parvenir, le cheval devait être dressé. À l'origine, les airs de manège avaient pour objectif d'obtenir une soumission parfaite du cheval de guerre ainsi que de le rendre maniable. Les sauts d'école étaient une garantie de la tenue parfaite du cavalier au combat. L'invention de l'imprimerie par Gutenberg a également eu un rôle important en permettant de transmettre rapidement des savoirs qui étaient transmis jusqu'alors de façon orale. De nombreux écuyers purent alors établir une doctrine et la répandre en Europe, apportant une rationalisation théorique à un enseignement qui était jusqu'alors oral et empirique. Cette période a aussi été celle d'un nouvel intérêt pour la culture antique. Le livre imprimé a aussi permis au plus grand nombre de connaitre les auteurs anciens. Le plus célèbre auteur équestre de l'antiquité, Xénophon, a ainsi décrit un air relevé qui prendra alors le nom de pesade. La disparition des tournois après la mort du roi Henri II et celle d'Henri de Bourbon en 1559, prince de sang, écrasé par son cheval le 20 janvier 1566, favorisa l'apparition de carrousels dans lesquels les anciens "tournoyeurs" voulurent briller. Nombre de jeunes gentilshommes partent faire le Grand Tour, favorisant les échanges culturels et artistiques dans toute l'Europe. Les académies d'équitation, apparues d'abord à Naples, Rome et Ferrare à partir de 1552 et en France à la fin du , développent une pratique équestre faite de légèreté, de précision et d'élégance. Cette équitation de cour et de paraitre favorise le développement des airs relevés et leur pratique dans l'Europe entière.

Le saut d'école constitue le plus haut degré d'achèvement de cette équitation.

En Allemagne, Georg Engelhard von Löhneysen publie en 1588 Die neue eröffnete Hof, Kriegs und Reitschule, ouvrage qui contient des conseils sur l'élevage, les soins aux chevaux et les races, ainsi que sur l'équitation proprement dite. Cet ouvrage se caractérise par une théorie et une conception primitives, ainsi que des moyens d'une brutalité égale à celle des premiers Italiens. Il est considéré comme le fondateur de l'équitation allemande. Au Portugal, Dom António Luís de Meneses, marquis de Marialva, est celui qui illustre le mieux cette équitation classique.

La Renaissance italienne thumb|Gravure de L'écurie du Sir Frederico Grisone (éd. 1615).

C'est en Italie, dans les villes de Naples et de Ferrare, qu'apparurent les premières académies équestres de renom.Le royaume de Naples, carrefour de plusieurs traditions, passé sous le contrôle des Byzantins après la chute de l'Empire romain d'Occident, conservait l'héritage de la Grèce antique. En 1435 René d'Anjou hérite du royaume qui fut conquis par Alphonse V d'Aragon dès 1442. Les Espagnols y importent l'équitation à la genète et le genêt d'Espagne concurrent du cheval napolitain ainsi qu'une aristocratie qui pratiquait en Espagne, dans les tournois, des combats contre le taureau nécessitant une équitation basée sur la vélocité et la maniabilité du cheval.

En 1550, Federico Grisone, gentilhomme napolitain publie le premier traité équestre imprimé "Gli ordini di cavalcare". Ce traité d'équitation et d'embouchures en italien a obtenu un succès prodigieux, et a eu de très nombreuses éditions dans toutes les langues de l'Europe. Il a été publié la première fois en français sous le titre "L'écuirie du Sir Frederic Grison…" en 1559, des traductions en espagnol, portugais, allemand et anglais concrétisèrent ce succès.

En 1534, un autre gentilhomme Cesare Fiaschi crée à Ferrare une école d'équitation. Son ouvrage Trattato dell'imbrigliare, atteggiare, & ferrare cavalli, écrit en italien, eut de très nombreuses éditions et fut l'objet de plusieurs traductions françaises sous le titre La manière de bien emboucher, manier et ferrer les chevaux. La première édition en italien de 1556 est dédiée au roi de France Henri II.

Gianbatista Pignatelli, élève de Cesare Fiaschi, issu d'une noble famille napolitaine, fonde une académie à Naples. Sa notoriété est telle qu'on y vient de l'Europe entière. Il eut comme élèves les écuyers français Salomon de La Broue et Antoine de Pluvinel.

Les statues équestres de condottieri, comme celle de Gattamelata à Padoue, sculptée par Donatello, et celle de Colleoni érigée à Venise qui fut sculptée par Verrochio, montrent des personnages pleins de force et de puissance qui mènent des chevaux bien dressés dont la détermination est traduite par leur engagement au pas. Ils sont montés en bride, d'une main légère. Colleoni a toutefois une monte plus classique et son cheval est plus rassemblé que celui de Gattamelta dont l'équitation apparait plus médiévale, jambes en avant et éperons très longs.

La Renaissance française thumb|La volte carrée réduite en pirouette. Des Préceptes du Cavalerice françois, Salomon de La Broue (ed.1610). À cette époque, l'influence italienne est très importante en France dans tous les domaines y compris celui de l'équitation. L'équitation savante prend son essor lorsque François découvre que dans l'Italie de 1515, avoir des rênes « plein les mains » est considéré comme une survivance des siècles barbares« La main du maître -Réflexions sur l'art équestre », Patrice Franchet d'Espèrey, 2007, . De nombreux Italiens sont présents à la cour de France notamment dans la suite de Catherine de Médicis, tandis que beaucoup de jeunes gentilshommes partent faire le Grand Tour en Italie et s'instruisent dans les académies italiennes et en particulier à Naples.

En 1547 Henri II aurait jeté les premiers éléments d'une académie d'équitation. En 1571 ou 1572 Henri III envoie son écuyer M. de Sourdis acheter 50 chevaux en Italie pour écus. Sourdis aurait ramené avec lui le gentilhomme français Antoine de Pluvinel alors élève de l'Italien Gianbatista Pignatelli dans une académie napolitaine.

En 1593 est publié le traité de Salomon de La Broue, qui fut écuyer ordinaire de la Grande Écurie du Roi"Des Préceptes du Cavalerice françois", premier traité d'équitation écrit par un écuyer français. Introduisant le terme italien de pour le différencier de l'écuyer, homme de guerre, il dépasse le modèle de ses prédécesseurs presque exclusivement destiné au dressage du cheval de guerre. Il inaugure en France l'équitation académique et rejette l'emploi de la force et la contrainte.

thumb|Travail au pilier unique (L'instruction du roi en l'exercice de monter à cheval, Antoine de Pluvinel - ed. 1625)