Un documentaliste est un professionnel de l'information-documentation. Au Québec, ce professionnel est appelé un technicien en documentation ou recherchiste. En France, les documentalistes de l'éducation nationale ont le statut de professeur-documentaliste.

Selon E. De Grolier, E. De Grolier, « La passion de l'organisation des connaissances », Documentaliste, sciences de l'information, vol. 33, , 1996, ..

Historique, fonction et missions Le métier de documentaliste est relativement récent. Il date d'un siècle et s'est construit par rapport aux métiers d'archiviste et de bibliothécaire, beaucoup plus anciens.

Paul Otlet et Henri La Fontaine sont les premiers à utiliser le terme de documentation. Le métier de documentaliste se développe avec la révolution industrielle et la création de nouveaux secteurs d'activités économiques qui entraînent le développement des activités documentaires, du traitement de l'information et la création de centres de documentation. La profession commence à se structurer grâce à quelques bibliothécaires ayant compris la nécessité d'utiliser des méthodes particulières pour comme Suzanne Briet..

En 1926, à Prague, sont jetées les bases de l'IFLA (International Federation of Libraries Associations and Institutions).

En 1931, l'Union française des organismes de documentation se met en place. C'est un véritable laboratoire de recherche qui précise la terminologie, les règles et les normes de la profession ; c'est aussi un lieu d'échanges et de formation entre bibliothécaires, conservateurs, documentalistes et archivistes.

En 1947 est créée l'Association belge de documentation (ABD-BVD), dont le caractère est essentiellement scientifique ; elle vise l’étude et la promotion des métiers liés à la gestion de l’information en général et de la documentation en particulier.

En 1950 est créé l'Institut national des techniques de la documentation (INTD), première école nationale habilitée à former les techniciens de la documentation et à délivrer des diplômes de documentaliste. En 1951 est publié l’ouvrage de Suzanne Briet « Qu'est-ce-que la documentation ? »..

En 1963, l'Association des professionnels de l'information et de la documentation (ADBS) voit le jour ; en 2011, elle compte .

Les années 1970 voient un engouement pour la profession, notamment avec l'arrivée de l'informatique documentaire, des technologies de l'information et de l'Internet.

Les dénominations changent, mais ce qui caractérise toujours le métier reste : d'une part, la mise en œuvre de méthodes et techniques de traitement de l'information ; d'autre part, des activités de recherche d'information sur des sources variées. L'apport des professionnels étant , la dénomination a alors évolué, et le terme de professionnels de l'information apparaît à la fin des années 1990 : en France, par exemple, avec le changement du nom de l'Association des professionnels de l'information et de la documentation, mais aussi dans les pays anglo-saxons..

De nombreuses entreprises, administrations et organes de presse possèdent leur propre centre de documentation. Dans le cas contraire, ils s'adressent à des sociétés ou à des professionnels indépendants dont c'est la spécialité. Certains secteurs sont bien représentés : banque, assurance, industrie pharmaceutique et chimique, cabinets juridiques, etc.). S'y ajoutent les associations et les organismes internationaux (OCDE, UNESCO, etc.), ou encore les fondations et les organisations non gouvernementales.

De nos jours, la veille documentaire ou veille stratégique est un aspect essentiel de la profession de documentaliste. Cette activité de recherche d'information axée principalement sur l'actualité, qu'elle soit technologique, économique, financière, juridique ou culturelle, est une aide essentielle à la prise de décision pour tous types d'organismes. L'activité de "veilleur" s'est particulièrement développée grâce à l'arrivée de l'Internet et la performance des moteurs de recherche.

Quel que soit son lieu d'activité, le documentaliste travaille essentiellement sur ordinateur et en ligne. Les technologies de l'information et de la communication (TIC) évoluant très vite, la documentation est en constante évolution, et les professionnels doivent se former régulièrement.

Statuts Le métier de documentaliste s’exerce dans le secteur privé ou dans le secteur public.

Dans le secteur privé, le statut de documentaliste est défini par le contrat d'embauche et dépend des secteurs professionnels et des entreprises elles-mêmes. Dans certaines entreprises ou organisations, en fonction du niveau de formation, cette fonction a un statut de cadre. Dans la fonction publique d’État, deux statuts (de catégorie A) existent désormais pour les professionnels de la documentation, celui de chargé d’études documentaires et plus récemment celui d'ingénieur d'études documentaliste. Il est divisé en dépendant de gestionnaires différents : le ministère de l’équipement (corps interministériel), le ministère de la culture et de l'Éducation nationale. Les Chargés d'études documentaires du Secrétariat général du gouvernement ont été intégrés au corps des attachés d'administration des services du Premier ministre par décret du . Il y a aussi, bien sûr, des professeurs certifiés en documentation exerçant principalement dans les collèges et lycées.

Dans la fonction publique territoriale, il existe plusieurs concours concernant les documentalistes : le concours de bibliothécaire territorial (catégorie A, niveau Bac + 3) avec une spécialité Documentation, le concours d’assistant qualifié territorial du patrimoine et des bibliothèques (catégorie B, Bac + 2) et le concours d’assistant territorial de conservation du patrimoine et des bibliothèques (catégorie B, niveau Bac).

Les associations professionnelles ont joué et jouent encore un grand rôle dans la reconnaissance du statut des documentalistes : elles sont l'interlocuteur privilégié entre l'État, l'entreprise et le documentaliste. L'ADBS, par exemple, a créé en son sein une commission « Statut » qui a beaucoup travaillé à la mise en place du concours interministériel de chargé d'études documentaires. Finalement créé par décret du , ce statut de chargé d'études documentaires reste peu étendu car il ne concerne que les fonctionnaires de catégorie A et seulement trois corps:

chargés d'études documentaires du Secrétariat général du Gouvernement (SGG, rattaché au Premier ministre) chargés d'études documentaires du Ministère de la Culture : regroupement des corps de documentalistes et chargés d'études documentaires des ministères de la Culture et de l'Education nationale chargés d'études documentaires interministériels : ce corps est géré par le Ministère de l'Equipement. et qui travaille désormais pour la catégorie B.

L'ADBS a également participé à la mise en place d'une certification pour promouvoir les acquis professionnels des documentalistes. Ce mécanisme sert en particulier les personnes ne possédant pas de diplômes professionnels mais exerçant ce métier depuis très longtemps : l'obtention d'un certificat permet de valider leurs acquis professionnels. C’est la reconnaissance d'un « savoir-faire » par la profession « en dehors de tout cadre figé ». La certification deviendra même européenne grâce au projet CertiDoc. L'ADBS s'est retiré de ce processus européen en ..

Bibliothécaires et documentalistes On oppose depuis longtemps les deux métiers, les documentalistes souhaitant se différencier de leurs collègues bibliothécaires et faire reconnaître leur spécificité (traitement et analyse du contenu, diffusion de l'information, recherche et veille). De nombreux centres documentaires ont des collections d'ouvrages ou de revues en très faible volume, voire n'assurent que très peu des fonctions de prêt, leur rôle étant plutôt dévolu à la réponse aux besoins de leurs publics et des services de l'organisation. En France, la différence porte aussi sur la question du statut des deux professions et d'exercice des métiers, les bibliothécaires ayant un statut de fonctionnaire d'État ou des collectivités territoriales mieux assuré. Cette question a évolué pour les documentalistes depuis 1989 et également avec le Capes de documentation. Dans ce contexte de la fonction publique en France, les cadres d'exercice entre bibliothécaires et documentalistes sont assez différents et peut-être plus « précaires » pour les documentalistes.

À l'heure actuelle, les points de convergence entre certains dispositifs de documentation et les bibliothèques sont de plus en plus évidents : par l'arrivée des technologies tout d'abord, les bibliothèques proposant les mêmes outils de recherche d'information que les centres de documentation (banques de données, cédéroms, Internet, ...) ; par l'arrivée en force dans les deux secteurs, de l'économie et de méthodes managériales utilisées dans les organisations (gestion, performance du service, rentabilité, qualité, …) ; par l'émergence de préoccupations communes ayant trait au monde de l'information (validité et pertinence de l'information diffusée, droit de l'information, société de l'information). Enfin, le facteur majeur de convergence est certainement la prise de conscience du rôle central de l'utilisateur / lecteur / usager (élève, étudiant, enseignant, public spécialisé ou plus large), ce qui entraîne bibliothécaire et documentaliste à mieux mettre en lumière leur action et à transmettre leur savoir-faire. Dans ces contextes professionnels, la complémentarité existe réellement et à plusieurs niveaux : des fonds et des collections, des espaces et technologies proposées, des compétences que les deux métiers peuvent échanger. Leur intérêt (et leur avenir) repose d'ailleurs sur cet échange : c'est dans ce sens que travaillent les principales associations, l'ABF et l'ADBS.

Notons toutefois que dans nombre de secteurs professionnels, le métier de documentaliste s'est orienté dès les années 1970 sur des actions de soutien aux activités opérationnelles des collaborateurs de l'entreprise. Tout en restant centrés sur l'information et les documents, ces professionnels se sont détachés d'une fonction stricte d'organisation de collections ou de services de prêt de publications, pour déployer des actions articulées aux projets et activités des collaborateurs et services, nécessitant alors une plus grande prise en compte des pratiques mais surtout des méthodes de production et gestion de l'information opérationnelle et des contraintes de ces métiers.