vignette|redresse=1.5|Localisation des camps d'extermination nazis. Le centre d'extermination de Sobibór est un centre d'extermination nazi situé dans le gouvernement général de Pologne. L'emplacement de cet ancien centre se trouve aujourd’hui dans le quart sud-est de la Pologne, à proximité des frontières actuelles avec l'Ukraine et la Biélorussie, à environ à l'est-sud-est de Varsovie.
De même que le centre d'extermination de Bełżec et celui de Treblinka, Sobibór entre en fonction dans le cadre de l'. De à l'été 1943, les autorités allemandes y font exterminer environ et un nombre toujours indéterminé de Tsiganes..
Sobibór est ensuite transformé en camp de concentration, puis liquidé fin 1943 après la révolte du 14 octobre 1943 lors de laquelle environ réussissent à s'évader, dont une cinquantaine a survécu.
Création et organisation Origine Avec Bełżec et Treblinka, Sobibór constitue l'un des maillons de la mise en œuvre de l', qui vise à éliminer tous les Juifs du gouvernement général de Pologne. L'ouverture du centre marque le début de la déportation et de l'extermination de tous les Juifs du district de Lublin ; son champ d'action connaît rapidement une notable extension en y intégrant la région de Białystok puis des Juifs originaires des pays d'Europe de l'Ouest.
Choix du lieu et construction vignette|redresse|Odilo Globocnik. Le site est choisi en raison de son isolement et de sa proximité avec une voie ferrée : le centre est situé loin d'un village, mais près d'une petite gare ferroviaire. Le Boug occidental, rivière qui marque la frontière entre le gouvernement général de Pologne et le Reichskommissariat Ukraine, est à . Le centre est entouré de forêts et de marécages. Selon l'historien Christopher Browning le site fait l'objet d'une première visite par un groupe d'officiers SS à l'automne 1941, soit plusieurs mois avant la conférence de Wannsee ou la décision concernant lAktion Reinhard. Cette hypothèse est également mentionnée par Dieter Pohl selon lequel .
La construction du centre commence en et se prolonge sur plusieurs mois, sous l'autorité du SS-Obersturmführer Richard Thomalla, directeur de l'administration centrale de construction SS à Lublin. Les travaux sont confiés à des entreprises locales qui emploient une main d'œuvre juive raflée dans les cités environnantes. Au moment de l'arrivée de Franz Stangl comme commandant du centre en et de celle du premier convoi de déportés, le , seul le gros-œuvre, dont les chambres à gaz, est terminé.
Organisation et topographie vignette|gauche|redresse=1.3|La disposition de Sobibór, telle qu'elle apparaissait à l'été 1943. Tous les bâtiments, y compris le quartier réservé aux SS et les entrepôts, sont construits à l'intérieur du centre. Celui-ci mesure . Il est entouré d'une double rangée de fil de fer barbelé en partie cachée par des branches de pin. Le centre est divisé en quatre secteurs eux-mêmes entourés de barbelés. Le Vorlager () est situé près des quais d'arrivée. On y trouve les logements des SS et des auxiliaires ukrainiens et baltes, ainsi que les entrepôts où sont stockés les effets personnels des victimes. À la différence de Bełżec, tous les SS logent dans l'enceinte du centre. Le centre est composé de baraquements où s'entassent les déportés juifs réquisitionnés pour le travail. Ils sont maintenus en vie temporairement et régulièrement tués pour être remplacés par des nouveaux déportés. Les déportés arrivent dans le centre , qui contient les baraques dans lesquelles les victimes doivent se dévêtir et déposer leurs objets de valeur. Dans le centre se déroule l'extermination. Il se situe au nord-est dans un endroit très éloigné, totalement isolé du reste du centre.
Le centre III est relié au centre II par un chemin de , clôturé par des fils de fer barbelés avec des branches d'arbres entrelacées, le « boyau » (Schlauch), qui mène directement aux chambres à gaz ; à mi-chemin se trouve la « boutique du coiffeur », baraque dans laquelle des détenus juifs coupent les cheveux des femmes.
Au cœur du processus d'extermination, le centre III contient les chambres à gaz, les fosses communes, un baraquement pour les membres du Sonderkommando et un autre pour des gardes ukrainiens. Les fosses communes, longues de , larges de et profondes de 6 m, avec des parois pentues, sont directement reliées à la gare du centre par une voie ferrée étroite pour y amener les cadavres des déportés morts pendant le transport. Il est ceinturé par des tours de garde et une double barrière de barbelés. Les premières chambres à gaz se trouvent dans un bâtiment en briques, divisé en trois salles identiques, de quatre mètres sur quatre, qui peuvent chacune contenir de . Elles sont camouflées en douches avec une installation sanitaire fictive. Les 6 portes (3 pour faire entrer les victimes, 3 pour retirer les cadavres) sont dotées d'une forte garniture de caoutchouc et s'ouvrent toutes vers l'extérieur. Accolé au bâtiment se trouve un appentis où est installé un moteur de char russe T-34 destiné à produire les gaz asphyxiants à travers une conduite spéciale traversant les salles de part en part.
Les exécuteurs Le personnel du centre se compose d'une trentaine de SS et d'une centaine de gardes ukrainiens, dont John Demjanjuk, ces derniers étant placés sous l'autorité d'Erich Lachmann.
Début avril, Franz Stangl est nommé commandant du centre, après une entrevue avec Odilo Globocnik au début du printemps ; avant sa prise de fonction, il est d'abord envoyé au centre d'extermination de Bełżec pour prendre connaissance des étapes du processus d'extermination mis en place par son commandant, Christian Wirth, et les transposer à Sobibor. Il a comme suppléant l'Oberscharführer Hermann Michel, puis Gustav Wagner.
En , Stangl, nommé commandant du centre d'extermination de Treblinka, est remplacé par Franz Reichleitner. Comme Stangl, Reichleitner a fait partie du personnel chargé de l'euthanasie forcée des malades mentaux menée dans le cadre de lAktion T4, au cours de laquelle ils ont tous deux travaillé avec Christian Wirth.
Le centre I est dirigé par l'Oberscharführer Otto Weiss, auquel succède Karl Frenzel. Le centre III est sous l'autorité de Kurt Bolender, d'avril à , puis de Erich Bauer. L'administration du centre est gérée par Alfred Ittner.
Les Arbeitsjuden
Comme à Chełmno ou à Bełżec, des déportés juifs, connus sous l'appellation de Sonderkommandos ou Arbeitsjuden, sont utilisés pour des tâches annexes au processus d'extermination.
Les opérations de tuerie vignette|La porte principale telle qu'elle apparaissait en mars 1943. La clôture était recouverte de branches de pin afin de bloquer la vue à l'intérieur.
L'arrivée des convois L'Oberscharführer SS Kurt Bolender décrit le processus :
Eda Lichtman, survivante de Sobibor, raconte l'arrivée au centre :
Les gardiens expliquaient aux vieillards et aux invalides qu'on les menait à l'hôpital pour les soigner, mais, dans les faits, on les transportait dans une carriole au centre III où ils étaient gazés ou abattus. vignette|Les bâtiments pittoresques du Vorlager, comme le Merry Flea (photographié à l'été 1943), ont contribué à dissimuler le but du camp aux nouveaux arrivants. Dans les premiers temps, les victimes devaient se déshabiller en plein air, puis on construisit des baraques prévues à cet effet, il y avait dessus un écriteau « caisse » où on remettait argent et objets de valeur par une fenêtre ; parfois, pour rassurer les victimes, le caissier Alfred Ittner leur remettait un reçu ; il y avait aussi un autre écriteau avec la mention « bains ».
L'extermination Erich Bauer, responsable du centre III à partir d', raconte :
Si des convois arrivaient de nuit, on faisait descendre les occupants des trains et on les gardait jusqu'au matin au centre II. Ils se déshabillaient et étaient conduits directement aux chambres à gaz.
Dès l'entrée des victimes dans le centre II, le processus s'accompagnait de la part des SS et des Ukrainiens d'une grande violence ; des chiens avaient été dressés pour mordre les victimes une fois celles-ci nues, sans compter les coups de fouet et les tirs de revolver pour les terroriser et les faire courir plus vite jusqu'au bout du chemin de mort. La première phase d'activité de Sobibor alla de ; en général, il y avait un convoi d'environ vingt wagons par jour avec en moyenne . À chaque convoi, on sélectionnait des travailleurs qualifiés, menuisiers, tailleurs, cordonniers.
L'ordre de Heinrich Himmler du d'anéantir tous les ghettos juifs avant la fin de l'année amena les responsables SS de lAktion Reinhard à accélérer le processus d'extermination et par voie de conséquence à augmenter la capacité des chambres à gaz. On décide donc à Sobibor d'en construire de nouvelles ; le nouveau bâtiment compte six salles au lieu de trois, avec un corridor central ; la capacité totale atteint environ alors que l'on construit la voie ferrée étroite longue de avec une petite locomotive diesel. Le Scharführer SS Erich Bauer précise :
Les opérations d'extermination se poursuivent jusqu'à l'été 1943.
Le sort des cadavres vignette|redresse=0.8|alt=Empilement ordonné de rails avec leurs traverses|Monument reconstituant un bûcher à Belzec. Dès l'été 1942, des centaines de milliers de cadavres gisent dans d'immenses fosses communes. Heinrich Himmler donne l'ordre de faire disparaître toute trace des crimes. À l'automne, le commandant du centre ordonne de les brûler en totalité. Comme à Bełżec, les cadavres sont exhumés et incinérés sur des bûchers à l'air libre.
Le jugement du tribunal de Hagen déclare :
Révolte du
Préalables À la fin de 1942, la quasi-totalité des ghettos juifs du Gouvernement général ont été détruits. Le , Heinrich Himmler, qui a visité le camp en , ordonne donc de transformer Sobibor en camp de concentration. Cet ordre signifie l'arrêt de mort des Arbeitsjuden qui travaillent aux quais d'arrivée des déportés et dans le centre III.
Ayant été témoins de l'extermination de dizaines de milliers d'innocents, les arbeitsjuden comprennent que les SS ne permettront pas à un seul d'entre eux de rester en vie. Ils apprennent le soulèvement des déportés à Treblinka début août et un projet de révolte se met en place. Le arrive un convoi de Juifs biélorusses, tous affectés à la construction de bâtiments ; avec Léon Feldhendler comme chef, secondé par Alexandre Petcherski, lieutenant de l'Armée rouge, prisonnier de guerre juif surnommé « Sacha », le , la révolte éclate dans le centre. Yehuda Lerner est l'un de ses initiateurs.
Déroulement de la révolte Comme prévu par l'organisation de l'insurrection, à 16 h, au moment de l'appel pour le rassemblement, les révoltés, armés de couteaux, de haches et de pelles réussissent à désarmer des gardiens, à isoler et tuer une dizaine de SS et de gardes ukrainiens. Ils tentent sans succès d'atteindre la porte principale. Les gardes allemands et ukrainiens ouvrant le feu sur eux, ils réussissent à ouvrir une brèche dans les barbelés puis parviennent à s'échapper à travers le champ de mines qui entoure le camp. Des dizaines d'entre eux y trouvent la mort. Plus d'une centaine sont repris et abattus. Près de 320 déportés sur un total de 550 réussissent effectivement à sortir du centre, mais seulement 53 survivent à leur évasion. Au cours de la révolte, neuf SS et deux trawnikis, des Volksdeutschen ukrainiens, périssent également.
Suites Par la suite, les SS assassinent presque tous les prisonniers du centre qui n'ont pas pu s'enfuir ou même qui n'ont en rien participé à la résistance, soit plusieurs centaines de personnes. Seuls quelques-uns sont conduits dans d'autres camps. En tout et pour tout, seulement 50 prisonniers survivent à la guerre. Certains s'engagèrent dans la résistance polonaise.
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