Les Idrissides (, Al-Adarissa) sont une dynastie arabe chérifienne de souche alide, ayant régné sur l'actuel Maroc et certaines parties de l'ouest de l'Algérie actuelle.

La dynastie doit son nom à Idris I, arrière-petit-fils d'Al-Hassan ibn Ali, tenant du chiisme zaïdite, qui se fait reconnaître comme imam par la population berbère des Awrabas. Son fils, Idriss II, entreprend l'unification du pays et pose les bases de l'État idrisside depuis Fès, nouvelle capitale et centre spirituel émergent.

La politique expansionniste idrisside prend fin à la mort d'Idris II et entre dans une phase de luttes fratricides entre les différentes branches dynastiques. Ce contexte permet toutefois de stabiliser les frontières entre les différents États voisins, permettant à la région d'entrer dans une intense phase de prospérité économique et commerciale durant le .

Pendant la seconde moitié du , le pouvoir idrisside s'effondre sous l'effet des conflits qui opposent Fatimides et Omeyyades de Cordoue ainsi que les incursions Zénètes. Le rôle politique idrisside est anéanti par les campagnes Zirides en 972. Ils sont définitivement écartés en 985, après l'échec de la restauration du dernier émir en exil, Al-Hasan ben Kannun, qui est assassiné.

Historiographie Les origines de l'histoire des Idrissides est tributaire des sources de la littérature historique chiite zaydite du et de l’historiographie mérinide, d'obédience sunnite malékite des . Si cette dernière — qui s'appuie sur des ouvrages historiques maghrébins aujourd'hui perdus — a longtemps constitué la principale source d’informations sur les Idrissides. Plusieurs chercheurs modernes (Évariste Lévi-Provençal, , Bernard Rosenberger) ont démontré qu'elle se révèle frappée de réécriture idéologique en cherchant à reclasser les Idrissides en tant que dirigeants sunnites et malikites, se trouvant de la sorte suspecte à bien des égards.

L’œuvre d’Ibn Abī Zarʿ, Rawd al-Qirtas, occupe une place centrale dans cette tradition. Rédigée à Fès vers le début du , elle est imitée ou résumée par des auteurs postérieurs comme ʿAlī al-Jaznāʾī, Ibn al-Qāḍī ou . Cette chronique établit également une chronologie du Maghreb al-Aqsa avec comme point de départ un État Idrisside. Ainsi, le Rawḍ al-qirṭās attribue à Idrīs II un entourage de vizirs, secrétaires et juges arabes prestigieux, présentés comme des malékites, et insère dans la narration des parallèles symboliques avec la vie du Prophète, dans une volonté manifeste de légitimation religieuse et dynastique. L’influence de cette historiographie est telle qu’elle domine durablement la mémoire historique marocaine, jusque dans la culture populaire. Ces récits fondateurs, reposant souvent sur des contenus réécrits, s'intègre ensuite dans le roman national marocain qui se l'accapare afin de soutenir l'idée qu'une chronologie ininterrompue qui relierait Idris Ier à Mohammed V.

Ce contexte historiographique impose un recul critique afin d'extraire du tissu légendaire et nationaliste les éléments historiques pertinents. La confrontation de l'historiographie mérinide et zaydite, issue du même courant politico-religieux que le fondateur de la dynastie idrisside, permet, avec le concours de la numismatique et de l'archéologie., de réévaluer le cours des évènements. Ces textes livrent des récits parfois très différents de ceux diffusés à partir du Maroc médiéval : ils insistent sur le rôle d’Idrīs comme révolté alide et missionnaire, son passage par le Maghreb central et ses liens avec les communautés berbères rostémides. Ces sources, bien que marquées par leur propre orientation doctrinale, se distinguent par leur recours à des chaînes de transmission (isnād) et par leur proximité temporelle avec les événements. Au début des années 2020, la formation de l'État idrisside demeure largement ignorée des chercheurs spécialistes des Abbassides et ou des mouvements alides et son histoire reste à écrire.

Histoire

Origine droite|vignette|240x240px|Ruines de Volubilis avec, en arrière-plan (la tache blanche), la ville de Moulay Idriss Zerhoun où est enterré Idrīs . La dynastie Idrisside tire son nom d'Idrīs ibn Abdullah al-Kamil., membre de la branche hassanide des Alides, descendant de la famille du prophète Mahomet (ahl al-bayt), une famille hostile contre certaines élites musulmanes sous la domination abbasside. Après deux soulèvements contre le calife al-Hādī, les membres survivants de sa familles fuient le Hejāz.

Idrïs rejoint la partie occidentale du Maghreb et s'installe à Walila. Le , à Volubilis Idris est proclamé imam par les Awraba.Encyclopédie de l'islam Brill Archive, 1980 et, en s'appuyant sur la asabiyyaLa asabiyya est un concept lié de l'œuvre de l'historiographe médiéval 'Ibn Khaldûn qui désigne à la fois une force sociale, un esprit de corps et une dynamique de solidarité guerrière caractéristiques de tribus qui forment une élite combattante exerçant ponctuellement leur pouvoir au détriment des populations sédentaires qui ont délaissé leur force guerrière au profit d'activités productrices (agriculture, commerce...) qu'un État peut taxer ; cf. . des tribus berbères, parvient à consolider son pouvoir sur la vallée du Ouargha et à contraindre les tribus du Tamesna et des Ghiata de Taza à en respecter les frontières.. Il crée une première administration avec un vizir, un cadi et un secrétaire. et fait frapper sa propre monnaie. Les fondations de l'État Idrisside sont celle d'un imamat d'ordre politico-religieux, considéré dans le roman national marocain comme le premier État marocain.. Idris Ier meurt au terme d'un règne d'au moins trois ans et demi, son fils posthume, Idrīs II, voit le jour quelques mois plus tardIbn Khaldûn Le livre des Exemples, tome I, Gallimard, , page 32..

Expansion sous Idris II En 803, les tribus berbères du Moyen Atlas jurent allégeance à Idris II qui est dès lors intronisé à l'âge de 11 ans. Il faut toutefois attendre 808 et l'exécution d'Ishak b. Mohammed, le chef des Awerba, pour qu'un nouveau serment soit formulé et confirme sa prise de pouvoirs. L'année suivante, il fonde sur la rive gauche de l'Oued Fès la ville d'Al-Aliya (aujourd'hui Fès). La ville est conçue comme le concept de la ville islamique sur base du modèle de Kairouan. En 814 ou 818, 8000 familles expulsées Al-Hakam Ier depuis Cordoue rejoignent Fès.

Idris II s'associe alors au jund berbères environnants afin d'engager des campagnes militaires ayant pour objectif d'islamiser les tribus environnantes. Il parvient notamment à contrôler le Haut Atlas et les villes de Nafis et Aghmat, deux villes clés dans le contrôle du transit caravanier transsaharien. Il prend également possession de Tlemcen et y passe les trois dernières années de sa vie avant de retourner à Fès. Il échoue toutefois à capturer Tamesna, fermement défendue par les Berghouata.

Idris II meurt à 36 ans, en 828. À sa mort, il est à la tête d'un royaume indépendant du pouvoir de Bagdad et de Cordoue et qui s'érige en un important foyer d'islamisation et d'arabisation des Berbères. Son royaume est cependant partagé entre sept de ses dix fils, le titre d'Imam et la gouvernance de Fès et Walili revenant à son fils aîné Muhammad ben Idris.

Luttes fratricides et déchéance Le partage des terres qui suit la mort d'Idris II morcelle le pouvoirs entre les différents fils : Muhammad ben Idris lui succède au titre d'imam à Fès et Walili ; Qassim reçoit le Habt et les villes du Nord (Tanger, Basra, Ceuta et Arzila) ; Omar reçoit la région des Ghomaras et Tétouan ; Yahia reçoit Larache et le Drâa ; Hamza reçoit le Zerhoun et Tlemcen ; Aïssa Ben Idriss reçoit Salé ; Ahmed reçoit Meknès et le Tadla ; Abdullah ben Idriss reçoit le pays des Houaras, des Meknassas, le Djebel Lamta et le Souss. Il est impossible de déterminer s'il s'agit de principauté ou de territoires assujettis à l'imam de Fès. La situation provoque des tensions entre les frères. Toutefois, si la période est marquée par des luttes fratricides, elle n'est également soumise à aucune ingérence extérieure si bien qu'on lui donne le nom de bien que ce pacifisme soit relatif.

Muhammad ben Idrîs règne depuis Fès et meurt en 836. Son fils aîné, Ali ben Muhammad, lui succède de 836 à 849 et mène une politique de réunification. Celui-ci est lui-même remplacé par un autre de ses fils Yahya ben Muhammad de 849 à 866. Le déclin Idrisside ne tire pas seulement ses racines dans le partage entre les fils d'Idris II, mais particulièrement dans un événement survenu sous le règne de Yahya II qui est fortement critiqué pour son inconduite à l'égard des femmes. La population se dresse contre lui et il est assassiné. Bien que la gouvernance à Fès soit par la suite restaurée, une opposition des habitants à l'égard des Idrissides s'installe.

La succession revient à la branche familiale d'Umar qui est ensuite chassé et remplacé par un descendant d'al-Qâsim, Yahia III, qui règne de 866 à 905. Selon les récits officiels, il meurt au combat contre les Fatimides, cependant les réévaluations historiques considèrent que l'état de déchéance Idrisside est tel que la majeure partie du règne de Yahia III est très incertaine tandis qu'une branche mineure de la dynastie gouverne une grande partie des territoires. Yahya IV, issu de cette branche, lui succède en 905 tandis que les régions septentrionales restent sous contrôle des descendants de Yahya III.

Chute dynastique En 909, les Fatimides interviennent effectivement et envahissent la région. Yahya IV est destitué en 919 ou 917 et installé en tant que gouverneur local. En 922, Musa ibn Abi'l-Afiya lui succède à Fès et il se confronte à Al Hassan. Celui-ci parvient à reprendre Fès quelques années, puis en perd le contrôle, marquant la fin du contrôle Idrisside sur Fès. Les Meknassas le poursuivent et assiègent la forteresse d'Hajar an-Nasr dans le nord, cependant Al Hassan profite des rivalités entre les Omeyyades de Cordoue et les Fatimides pour que la situation tourne en sa faveur. Les Idrissides s'installent dans la région du Rif, au sein des tribus Jbala, et préservent une certaine indépendance en alternant leur allégeance entre l'un et l'autre pouvoir. Al-Qasim Kannun ben Ibrahim y règne notamment de 938 à 948 au nom des Fatimides tandis que son successeur Ahmad ben al-Qasim Kannun le fait au nom des Omeyyades de Cordoue.

La prépondérance des Idrissides est finalement mise à mal par la rivalité entre les Omeyyades de Cordoue et les Fatimides lorsque les premiers exigent d'occuper Tanger, puis en 958 lorsque les Fatimides envoient Jawhar al-Siqilli pour soumettre les territoires. Le rôle politique des Idrissides est anéanti par la campagne des Zirides, vassaux des Fatimides, en 972 et qui soumettent –momentanément– les Zénètes de la région.

En 985, les Fatimides tentent une restauration, en appuyant un idrisside réfugié à leur cour, un certain Al-Hasan ben Kannun. Il cherche à reprendre la tête de son ancien État alors en proie aux raids et à l'influence des Omeyyades de Courdoue. Allié aux Zirides et à diverses tribus ayant rejoint sa cause, il échoue face aux Maghrawa et Benou Ifren sans parvenir à instaurer son autoritéMouloud Gaïd, Les Berbères dans l'histoire de Ziri à Hammad, Editions Mimouni, 64 .

Organisation

Fès : capitale et centre spirituel