Al-Fatiha (arabe : , Sūrat al-Fātiḥah Français : L’ouvreuse) est la sourate d'ouverture du Coran, le livre sacré des musulmans. Composée de sept versets, elle met l'accent sur la souveraineté et la miséricorde d'Allah.
La Fatiha est dans le premier hizb et donc dans le premier juz', qui sont des divisions du Coran en parties distinctes. La tradition veut que ce soit la première sourate complète qui ait été révélée au prophète MahometL'ordre fixé du Coran n'est pas l'ordre chronologique de la révélation coranique, c'est pourquoi cette affirmation n'a pas de caractère évident. Elle est aussi appelée fātiḥat al-kitāb ou fātiḥat al-Qurʾān. Il y a environ 25 autres noms épithètes de cette sourate.
La tradition veut que les musulmans sachent au moins deux sourates par cœur. Comme la Fatiha est courte et indispensable pour la salat (prière), elle est en général apprise dès l'enfance dans les madrasas (écoles coraniques) ou est simplement enseignée par les parents. Elle est récitée au début de chaque unité (rak'ah) de prière.
Fatiha est aussi un prénom arabe féminin.
Les noms de la sourate Elle peut être traduite par « l'entrée », « le prologue », « la liminaire » ou encore « l'ouverture ». Mahomet la nomme « la mère du Coran » (Oumm-ul-Kitab)Sahih Muslîm, n° 876 : « Le messager d'Allah a dit : "Point de prière pour celui qui ne récite pas la mère du Coran" ». Édition al-hadîth, . Fakhr al-Dīn al-Rāzī relève douze noms différents donnés à la Fatiha : la "louange", la "Mère du Coran", les "sept répétés", "la complète"; "la suffisante" "la Fondation", "la Guérison", "l'Adoration", "la Demande", "la Supplication". "l'Enchantement", "la protectrice", "le trésor"; et "la lumière"Encyclopaedia of the Quran, et suiv.. D'autres auteurs en comptent 25Paul Neuenkirchen, « Al-Fatiha », Le Coran des Historiens, t. 2a, Cerf, 2019, p. 17 et suiv..
Contrairement aux autres sourates (excepté la 112), le nom de cette sourate ne dérive pas du contenu de la sourate mais de sa fonction de liminaire.
Historique vignette|La caverne de Hira, l'endroit où Mahomet aurait reçu le premier verset du Coran. La tradition exégétique islamique s'est interrogée sur le lieu et le temps où les versets et les sourates du Coran ont été révélés à Mahomet, et notamment si tel verset fut révélé à la Mecque ou à Médine. Selon Ibn Abbas et d'autres savants, la Fatiha est une sourate mecquoise, mais selon d'autres, c'est une sourate médinoise. D'autres encore, comme Mujahid ibn Jabr, sont d'avis que la première partie de la sourate a été révélée à la Mecque et la seconde à Médine. La première hypothèse est largement admise, bien que certains oulémas penchent pour une révélation en partie à la Mecque et en partie à Médine A ce sujet : Encyclopædia of Islam. New Edition. Brill, Leiden, 5, .. Les islamologues acceptant le cadre traditionnel, comme Theodor Nöldeke, refusent qu'elle soit ancienne. Elle daterait alors au plus tôt de la première période mecquoise. Bell quant à lui la datait du début de l'hégire. Régis Blachère, se basant sur l’exégèse musulmane écrite a posteriori, se rangeait à l'avis de Nöldeke.
En 1939, l'islamologue Arthur Jeffery a publié un article montrant la diffusion de variantes de la sourate Al-Fatiha dans le monde musulman. Il relève que cette sourate est parfois absente des manuscrits anciens, lui donnant davantage une place de prière introductive que de sourate. La Fatiha connait plusieurs variantes absentes de la recension coranique. Pour Medhi Azaiez, M. Azaiez (Ed.), G.S. Reynolds (Ed.), T. Tesei (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter. .. Imbert remarque que la première inscription complète de la Fatiha date de l'époque ommeyade (vers 720-750).
Les islamologues occidentaux se sont aussi intéressés à la question par la suite. Il est difficile de répondre quant à l'âge de la Fatiha, car l'apport spécifiquement islamique est ici difficile à établir. En effet, cette prière aurait pu se trouver dans les livres de prière juifs ou chrétiens.. Pour Manfred Kropp, la Fatiha est peut-être pré-coranique.
Versets de la sourate et traduction thumb|Enregistrement de la Fatiha.
Traduction de Muhammad Hamidullah Texte en arabe Translittération Traduction de Muhammad Hamidullah 1 Bismi-l-lāhi-r-Raḥmāni-r-Raḥīm Par le nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. 2 Al-ḥamdu li-l-lāhi Rabbi-l-ʿālamīn Louanges à Allah, Seigneur des univers. 3 Ar-Raḥmāni-r-Raḥīm Le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux, 4 Māliki yawmi-d-dīn Maître du Jour de la rétribution. 5 ʾIyyāka naʿbudu wa ʾiyyāka nastaʿīn C'est Toi [Seul] que nous adorons, et c'est Toi [Seul] dont nous implorons secours. 6 Ihdina-ṣ-ṣirāṭa-l-mustaqīm Guide-nous dans le droit chemin, 7 Ṣirāṭa-l-laḏīna anʿamta ʿalayhim ġayri-l-maġḍūbi ʿalayhim wa lā-ḍ-ḍāllīn Le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés.
Traductions faites par des arabisants
Jacques Berque Au nom de Dieu, le Tout miséricorde, le MiséricordieuxJacques Berque, Le Coran - essai de traduction par Jacques Berque, Paris, Albin Michel, 1995, p. 23. Louange à Dieu, Seigneur des univers le Tout miséricorde, le très Miséricordieux le roi du Jour de l’allégeance. C’est Toi que nous adorons, Toi de qui le secours implorons. Guide-nous sur la voie de rectitude la voie de ceux que Tu as gratifiés, non pas celle des réprouvés, non plus que de ceux qui s’égarent.
Régis Blachère Au nom d'Allah, le Bienfaiteur miséricordieuxRégis Blachère, le Coran, traduction Régis Blachère, Maisonneuve & Larose, 1966 [réédition 1999], .. Louange à Allah, Seigneur des Mondes, Bienfaiteur miséricordieux, Souverain du Jour du Jugement ! [c'est] toi [que] nous adorons, Toi dont nous demandons l'aide ! Conduis-nous [dans] la Voie Droite, La Voie de ceux à qui Tu as donné Tes bienfaits, qui ne sont ni l'objet de [ton] courroux ni les Égarés.
Commentaires de la sourate Pour Michel Cuypers, la Fatiha est un exemple de rhétorique sémitique construit sur des compositions binaires : Seigneur des Mondes/Souverain du Jour du Jugement et autour du verset 5. Un autre découpage peut être proposé en lien avec la thématique de la sourate. Il s'agit d'une formule propritiatoire (v.1), une doxologie (v.2-4), une adoration (v.5) puis une prière d'imploration. Le décompte le plus courant lui donne sept versets, un débat existant quant au statut du 1er verset.
L'exégèse coranique confirme la grande importance de cette courte sourate : le commentateur du Coran andalou al-Qurtubi (mort en 1272) lui consacre 67 pages dans son exégèseimprimé à Beyrouth 2006. 1, .. D'un point de vue thématique, elle englobe tous les grands thèmes du Coran, comme l'unicité divine ou la louange.
Commentaire du verset 1
Le premier verset, dont la translittération est « bismillāh ar-rahmān ar-rahīm » (« Au nom de Dieu, le Tout miséricordieux, le Très Miséricordieux »), peut être familier à l'oreille d'un non arabophone ou d'un non musulman car il est omniprésent dans les sociétés musulmanes, notamment sous sa forme contractée « Bismillâh » . Cette formule apparaît au début de chaque sourate du Coran, excepté la neuvième, At-Tawba (). On ne la trouve qu'une fois à l'intérieur même du texte coranique, au verset 30 de la sourate 27 (an-Naml): elle y sert de formule d'ouverture dans une lettre envoyée par Salomon à la reine de Saba. Elle est un verset uniquement dans la Fatiha.. Cependant, certains savants (malikites) sont d'avis qu'elle ne constitue pas un verset.
De nombreux chercheurs se sont penchés sur les rapports entre la basmala et des formules juives ou chrétiennes. Nöldeke et Schwally voyaient dans les formules « Au nom de Yhwh » et « Au nom du Seigneur », provenant respectivement de l'Ancien et du Nouveau Testament, des antécédents. Si la première proposition présente une même particularité orthographique que la basmala, elle n'expliquerait pourtant pas la deuxième partie de la formule. Pour Kropp, la double épithète est une « citation claire » du livre des Psaumes [Source ? Citation ?], formule utilisée à l'époque préislamique dans la liturgie en langue guèze, sous la forme « Au nom de Dieu, le Miséricordieux et Compatissant ».
Les premières inscriptions officielles épigraphiques de la basmala remontent à la fin du VIIe siècle, au règne d'Abd al-Malik, connu pour ses grandes réformes d'islamisation. Des monnaies plus anciennes contiennent des variantes ou des formes simplifiées. Néanmoins, la basmala existe préalablement dans les inscriptions populaires. La plus ancienne, étudiée par Muhammad 'Ali al-Hajj, remonte à la fin du VIe siècle ou au début du VIIe et se trouve au sud du Yémen. Il s'agit d'une attestation préislamique, en sud-arabique de type zaburi. « Selon al-Hajj, cette attestation préislamique en Arabie du Sud, d'une basmala équivalente à celle du Coran, s'explique par la présence ancienne de chrétiens employant une terminologie monothéiste ».
Commentaires des versets 2 à 4 La deuxième partie est d'ordre doxologique. Il est intéressant de noter que ces formes particulières apparaissent dans le Coran en introduction de sourate à cinq reprises.
Le deuxième verset « » (« al-hamdulillah ») est une des invocations les plus populaires du monde arabe et du monde musulman. Il peut être, lui-même divisé en deux parties : la doxologie elle-même et l'énonciation de son objet. Il possède une variante dans l'ouvrage du savant chiite Allameh Madjlessi. La formule commence par le substantif dérivé de la racine H-M-D, . Il existe des équivalents exacts dans la littérature syriaque [exemple ?], qui proviennent notamment de la Peshitta. Ils sont courants dans cette littérature.
Suivent une succession de titres et de qualifications divines. La première, par exemple, a fait l'objet de plusieurs interprétations. Il en ressort qu'elle est un calque de formules liturgiques chrétiennes.
Plusieurs variantes ont été rapportées pour le terme issu de la racine M-L-K du verset 4 : roi, souverain, possesseur. Sans qu'il soit possible d'en juger l'historicité, elles ne sont pas moins légitimes, les Corans anciens étant écrits en scriptio defectiva.
Commentaire du verset 5 Le verset 5 est le verset autour duquel se forme une transition entre la doxologie et l'imploration. Ainsi, la première partie du verset est un rappel de la première partie tandis que la seconde renvoie à la seconde partie. Différentes variantes ont été rapportées de ce verset et en particulier le premier terme. Ce verset rappelle particulièrement le rôle liturgique de la sourate et peut trouver un rapprochement avec la fin de la Doxologia ou avec l'hymne ambrosien.
Commentaires des versets 6 et 7 Le terme sirât a fait tout particulièrement l'objet de discussions, dont le reflet se trouve dans l'existence de variantes orthographiques ou exégétiques (sirât remplacé par sabîl chemin, par lectio facilior). Si les lexicographes musulmans y ont reconnu une influence étrangère, Frankel le fait dériver du latin « voie », via l'araméen. Si l'origine latine est majoritaire [Source ? ], la langue par laquelle ce terme a transité ne fait pas consensus. Plusieurs influences ont été proposées sur ce verset (Ps 27, ps 1, Livre d'Isaie). Il n'est pourtant pas impossible que ce concept de voie droite soit un concept monothéiste général, connu de l'auditoire du Coran. Le « nous » [verset 6] première personne du pluriel par opposition au « je », indique que le fidèle prie au nom de tous les musulmans et pas seulement en son seul nom.
L'exégèse musulmane a voulu voir dans le début du verset une évocation des musulmans ou des prophètes. Néanmoins, le caractère liturgique de la sourate tendrait à évoquer une imploration personnelle afin que le croyant soit guidé sur le chemin des pieux.