Albert Frère, né le à Fontaine-l'Évêque et mort le à Gerpinnes (Hainaut) est un baron et homme d'affaires milliardaire belge. Il est alors considéré comme la personne la plus riche de Belgique.
Biographie Albert Frère est souvent présenté comme le fils d'un marchand de clous (notamment dans sa région d'origine)Ceci ayant été confirmé par son biographe José-Alain Fralon . Après le décès de son père, à la suite d'une pneumonie, sa mère est veuve à avec trois enfants en bas âge : Gérard , Marie-Andrée et Albert . . Ainsi, très tôt ils doivent aider leur mère épaulée de leur oncle Léonce dans la gestion des Établissements Frère-Bourgeois, fabricant de clous, chaines et articles de ferronnerie. Conquérir un mythe national pour cet homme né dans un petit village wallon, sans diplôme, toujours rejeté par l'establishment malgré sa richesse, a été un but ultime.
Parcours d'investisseur Dès la fin des , Albert Frère construit les bases de sa fortune sur le commerce de l'acier, puis sur la sidérurgie et particulièrement sur sa Société carolorégienne de laminage, CARLAM. Albert Frère vend notamment de l'acier dans les pays communistes après la guerre de Corée (1953), profitant des prix élevés et de la pénurie, selon son biographe José-Alain Fralon.. Ceci fait rapidement de lui un membre éminent du patronat de BelgiqueKurgan-Van Hentenryk, G. (1998). Le patronat en Belgique (1880-1960) ; Histoire, économie et société, .. Il fait, dès l'âge de , l'acquisition d'entreprises actives dans la sidérurgie wallonne, en particulier dans la région de CharleroiBelgique-Albert Frère quitte ses et Pargesa, Challenges, ..
En 1975, Albert Frère est le roi du bassin sidérurgique de Charleroi, mais la conjoncture se retourne : effondrement des prix, hausse brutale du coût des matières premières, des salaires, de l'énergie... La crise de la sidérurgie débute, l'État belge intervient et les deux bassins de Liège et Charleroi sont quasiment nationalisés (notamment Cockerill). En 1979, l'État injecte de francs belges pour sauver la sidérurgie de Charleroi et débourse pour ne prendre qu'une participation minoritaire de 49 % dans le capital de Frère-Bourgeois commerciale, la société de négoce qui empoche toutes les commissions sur les ventes d'acier, que les prix soient hauts ou bas. En 1982, Albert Frère décide de quitter le navire de la sidérurgie, du moins la production, mais pas sa vache à lait, la commercialisation exclusive de l'acier wallon. Alors que la sidérurgie perd des milliards, Albert Frère continue à faire des bénéfices en touchant ses commissions. L'État veut nationaliser la commercialisation, Albert Frère la lui cède pour de francs belges.
Après l’acier, il réinvestit alors le capital libéré en s'intéressant à la banque, l’assurance, l’énergie et les médias. Il crée en 1981, avec l'aide du financier canadien Paul Desmarais, la suisse Pargesa, profitant des nationalisations du Gouvernement socialiste de Pierre Mauroy en France..
En 1982, Albert Frère débourse de francs belges pour acquérir 35 % du capital du Groupe Bruxelles Lambert (GBL). Cette entrée dans le milieu feutré de l'establishment bruxellois est une nouvelle revanche pour Albert Frère, le commerçant carolo méprisé par les élites bruxelloises qui régnaient sur les charbonnages du pays noir. Il va prendre progressivement le contrôle de grâce au soutien de différents alliés, dont Paul Desmarais qui deviendra son plus fidèle partenaire en affaires. Via , il hérite de participations qui vont s'avérer déterminantes dans la suite de son aventure : Tractebel, BBL, et la plus belle d'entre toutes à ses yeux, Petrofina.
Le roi du CAC 40 À la fin des , Albert Frère se retire progressivement du paysage économique belge. Fait baron par le roi Albert II en 1994, il prend 50% du grand cru de Saint-Emilion, le Château Cheval Blanc en 1998 avec Bernard Arnault..
C'est dans le secteur des médias qu'Albert Frère réalise l'une de ses meilleures affaires. Le rachat de en 1982 lui a permis d'acquérir une participation dans la CLT (Compagnie luxembourgeoise de télédiffusion), maison-mère de RTL. En , Frère noue une alliance avec la et UFA, le pôle audiovisuel du géant allemand de l'édition Bertelsmann. Quatre ans plus tard, la - s'allie à son tour au pôle télévisé du groupe anglais Pearson pour donner naissance à , le premier groupe audiovisuel d'Europe. en détient 30 %, qu'Albert Frère échange en 2001 contre 25,1 % dans Bertelsmann. Le , il revend sa participation à la famille Mohn, actionnaire familial de Bertelsmann pour d'euros, enregistrant au passage une plus-value de d'euros.
En 2002, la CNP d'Albert Frère et la Ackermans & van Haaren s'entendent pour acquérir chacun 50 % des actions de la société (Groupe GIB)Frère aura sa part du gâteau , Le Soir .. Cette même année, la CNP rachète la chaîne de restauration rapide Quick.
est en 2005 détenteur de participations dans la compagnie pétrolière Total (à hauteur de 4 %, via ses participations premières dans Petrofina), dans le groupe financier et industriel Suez (à hauteur de 7,2 % ; 8,3 % en 2006), dans le groupe de matériaux Imerys (à hauteur de 30,7 %) et dans le cimentier Lafarge (21,1 %), dans lequel sa participation monte sensiblement depuis la fin de 2005De la fabrique de Charleroi au sommet du , JDN.. Fin 2005, il rachète le groupe de restauration Flo à Jean-Paul Bucher, mais cède Quick en 2007 à la Caisse des dépôts et consignations..
La fusion de Gaz de France et de Suez Son ami et protégé Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Économie, promet en 2004 qu'il n’y aura pas de privatisation de Gaz de France, mais plus de trois ans plus tard, GDF fusionne avec Suez, et l’État français devient minoritaire.. En 2008 Frère est pressenti pour être vice-président de GDF Suez..
Dernières années Une nouvelle ère s'ouvre dans l'histoire d'Albert Frère, plutôt que de posséder des positions de contrôle dans de grandes entreprises belges, il détient de petites participations dans des groupes de taille européenne, voire mondiale. Cela lui permet de profiter de la tendance à la globalisation de l'économie, mais c'est au prix d'une perte d'influence.
Il quitte en la direction de .. Il est également proche de milliardaires français comme Bernard Arnault, ainsi qu'Alain Minc à qui il téléphone tous les samedis..
La presse annonce le le rachat de , groupe de loisirs et de vacances à ancrage régional, par la société d'investissement belge qui appartient au Groupe Bruxelles Lambert... Il gère onze parcs de loisirs répartis dans cinq pays européens. Ils sont de type parc d'attractions, aquarium public, parc miniature ou parc aquatique..
Il meurt à à Gerpinnes le des suites d'un cancer du poumonAvis nécrologiques parus dans le journal La Libre Belgique du , ..
Investissements culturels Très influent dans le milieu de la finance parisienne, Frère, qui se partage entre Paris et Gerpinnes, cultive aussi un goût éclectique pour les œuvres d’art et les grands crus (voir le Château Cheval Blanc)..
Famille Albert Frère a été marié deux fois : de son union avec Nelly Depoplimont, il a eu Gérald (lui-même père de Cédric). De son deuxième mariage, avec Christine Hennuy (Thuin 1946 - Bruxelles 2023)La Libre Belgique, Carnet, 20 novembre 2023, p.45., il a eu Ségolène (), femme d'Ian Gallienne, administratrice de , et créatrice de la marque de vêtements pour enfants CdeC en partenariat avec Cordélia de Castellane, et Charles-Albert, décédé en 1999 dans un accident de voiture, à l'âge de , en mémoire de qui a été créée la fondation caritative portant son nom..
Actionnariat (avril 2009) vignette|droite|Actionnariat du Groupe Frère en 2009. vignette|gauche|Le Groupe Dassault détient 1,38 % de la CNP (source comptes annuels publiés à la Banque Nationale de Belgique).
Participations (mai 2009) Frère-Bourgeois, point de départ des sociétés, est devenue, en 2009 une société . Elle détient 53 % de la ERBE, 18,9 % de la société d'investissement CNP, et 10,5 % de la . Ce nom de société, Frère-Bourgeois, est issu des parents d'Albert Frère, Madeleine Bourgeois étant sa mère....
Fonctions et mandats sociaux Albert Frère a été :
Régent honoraire de la Banque nationale de Belgique ; Président du conseil d’administration du groupe Bruxelles Lambert, de ERBE, de Frère-Bourgeois, de la Financière de la Sambre, de FINGEN SA, de Frère-Bourgeois (Pays-Bas), de Petrofina ; Vice-président du conseil d’administration de Pargesa ; Président du conseil de surveillance de M6 ; Président honoraire de la Chambre de commerce et de l’industrie de Charleroi ; Administrateur de LVMH, Château Cheval Blanc, Raspail Investissements, (Italie), Suez ; Membre du conseil de .
Fortune En 2007, la fortune d'Albert Frère était estimée à d'euros. Frère est alors le seul Belge présent dans la liste des personnalités les plus riches du monde, établie par le magazine ForbesMais qui est Albert Frère?, JDN.. En 2018, Forbes le classe la plus riche du monde avec une fortune évaluée à d'euros ( d'euros à la date de son décès).. Il est considéré à sa mort comme la personne la plus riche de Belgique...
Distinctions Décorations () (arrêté royal du ).
Titre nobiliaire Albert Frère est anobli par le roi de Belgique, qui lui concède la noblesse héréditaire et le titre personnel de baron en 1995. En 2018, il bénéficie d'une nouvelle faveur nobiliaire octroyée par le Roi Philippe : il obtient une extension de son titre de baron à tous ses descendants.
Sa devise est (« La victoire aime qu’on s’occupe d’elle »), tirée du chant d'hyménée de Catulle (62, 16) :
(Traduction : La palme de la victoire qui s'offre à nous, compagnons, ne s'obtiendra pas facilement ; regardez bien combien ces filles vierges se fixent en leurs pensées (…) Quant à nous, nous tournons nos esprits d'un côté et nos oreilles de l'autre, c'est donc à juste titre que nous sommes vaincus : car la victoire aime qu'on s'occupe d'elle).
Notes et références
Voir aussi Bibliographie . . . - 1998 éd. Lefrancq ( légèrement modifiée) . Catherine Le Gall, Denis Robert, Les Prédateurs, Cherche Midi, 2018 .
Article de presse .
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Liens externes
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