Sheshonq Chechonq ou encore Chechanq selon les translittérations de son nom en berbère, Cacnaq ; en tifinagh, ⵛⵛⵏⵈ est un roi égyptien, fondateur de la et issu de la tribu libyque des MâchaouachSheshonk I, king of Egypt sur britannica.com. Il n'est pas le premier roi de sa famille : en effet, son oncle Osorkon l'ancien a régné quelques années avant son avènement. Il succède à , dernier roi de la , et précède son fils .

Il est appelé SesonchôsisEn anglais le nom s'écrit Shoshenq, en allemand Scheschonq... par Manéthon, qui lui compte vingt et un ans de règne. La grande majorité des égyptologues situent celui-ci entre 945 et 924 avant l'ère commune, bien que cette durée ait été revue à la baisse de quelques années, de 943 à 922 AEC, par quelques spécialistes dont Erik Hornung, Rolf Krauss et Frédéric Payraudeau, car Sheshonq aurait vécu pendant deux à trois ans après sa campagne réussie en Canaan, traditionnellement datée comme s'étant achevée en 925 AEC. Il serait le Sesaq ou Shishak (שִׁישַׁק) de la Bible hébraïque, et ses exploits sont gravés sur le pylône bubastite, à Karnak.

Généalogie

Nom et titres Le nom complet de est Hedjkhéperrê Sheshonq.. Il porte les titres à connotation militaire de grand chef des Mâ, à l'instar des autres nobles et souverains de sa lignée, mais aussi, et ce de manière exclusive, celui de .

Origine Les origines de , et donc de la dynastie , sont connues grâce notamment à lÆgyptiaca de Manéthon et à une stèle qu'un certain Pasenhor, prêtre et lointain descendant de sa lignée, laissa au Sérapéum de Saqqarah sous le règne de . Ce document, connu sous le nom de stèle de Pasenhor ou de généalogie de Pasenhor, énumère les ancêtres de ce prêtre selon un genre assez courant à l'époque.. Il donne les fonctions et le rang de chaque personnalité et, élément non négligeable pour établir la généalogie de la dynastie, il donne également le nom et les qualités des épousesÀ l'exception des quatre plus anciens ancêtres, pour lesquels les noms des épouses n'apparaissent pas..

C'est ainsi que l'on connaît des ancêtres du fondateur de la . Ils occupaient déjà des postes à responsabilité dès la fin de la dynastie précédente. Ils cumulaient des charges religieuses et militaires, héritaient de père en fils de titres prestigieux à la cour tels que père divin, et spécifiques à leur ethnie comme celui de grand chef des Mâ et .. Enfin, cette généalogie relie directement la lignée aux tribus libyques, le premier ancêtre cité étant le Libyen BouyouwawaVoir la descendance de Bouyouwawa sur l'arbre généalogique de Pasenhor..

Selon lÆgyptiaca, serait originaire de Tell Basta, l'actuelle ville de Bubastis. L'assertion de Manéthon sur le lieu d'origine du fondateur et premier souverain de la dynastie, généralement tenue pour acquise au sein de la communauté scientifique, est matériellement confirmée et documentée par plusieurs éléments de vestiges : un relief en quartzite mise en évidence sur le site archéologique bubastide ; par un morceau de granodiorite portant des cartouches au nom de et, bien que très probablement issu de Tell Basta, retrouvé sur le site de Tell el-Maskhouta ; quelques fragments de blocs monumentaux découverts sur des sites établis à proximité de Tell el-Maskhouta ; et possiblement une pierre de calcaire taillée ornée de deux cartouches incomplets......

Famille proche Sheshonq , est donc le petit-fils d'un grand chef des Mâ, nommé Sheshonq l'ancien comme lui, et de son épouse Méhytemousekhet. Sheshonq est le fils du grand chef des Mâ, et Nimlot, et de son épouse Tanytsepeh. Sheshonq l'ancien est également le père d'un roi nommé Osorkon l'ancien, qui règne à la fin de la , avant les rois Siamon et .

Sheshonq a une sœur nommée Méhytemousekhet et qui épouse le grand prêtre de Ptah Chedsounéfertoum. Sheshonq épouse , avec qui il est le père du roi . Il a également plusieurs autres enfants : , général d'Héracléopolis (la reine Pentreshmès, épouse d'un roi Sheshonq et mère d'un général Nimlot, n'est probablement pas l'épouse de Sheshonq mais plutôt d'un des deux rois Sheshonq ), Ioupout, grand prêtre d'Amon à Thèbes, général en chef des armées et gouverneur de la Haute-Égypte, Tashepenbastet, épouse du général et troisième prophète d'Amon Djeddjéhoutyiouefânkh, Méhytemouskhet, fille royale et divine adoratrice d'Amon à Thèbes, est soit sa fille soit celle d'Osorkon l'ancien, Tanytsepeh, fille royale et épouse du grand prêtre de Ptah Chedsounéfertoum, est donnée comme la fille de Sheshonq par Frédéric Payraudeau mais comme celle de par Kenneth Anderson Kitchen, Djedptahiouefânkh, « fils du roi de Ramsès », de « fils du roi du seigneur des Deux Terres » et « gouverneur de district » aux alentours de Thèbes et deuxième et troisième prophète d'Amon, est donné comme fils de Sheshonq par Frédéric Payraudeau, bien qu'il ait pu être un fils d'un roi de la .

Règne vignette|Grand sphinx de granit réinscrit au nom de Sheshonq - Trouvé à Tanis, aujourd'hui au Musée du Louvre.

Avant le règne et prise du pouvoir La famille de Sheshonq fait partie de la tribu des Mâchaouach. Elle est inscrite sur la stèle de Pasenhor où la généalogie de Pasenhor, prêtre et lointain descendant de Sheshonq , est décrite, remontant à six générations avant le fondateur de la . Les premiers sheshonqides exercèrent semble-t-il des fonctions militaires dans la région de Per-Sopdou. Il est probable que la famille entretenait des liens avec les dirigeants de la . Osorkon l'ancien, oncle de Sheshonq , a en effet régné pendant la , entre des rois égyptiens (Amenemopet (pharaon) et Siamon), sans que cela ne pose visiblement problème. Des liaisons matrimoniales sont possibles, même si cela reste spéculatif.

De plus, sous le règne de , dernier roi de la , lorsque le père de Sheshonq , Nimlot, meurt, Sheshonq arrive à lui obtenir l'établissement d'un culte funéraire à Abydos, ce qui montre son importance en cette fin de : Sheshonq devait être alors le numéro deux ou trois de l'État (après le roi lui-même).

À la mort de , Sheshonq monte sur le trône vers pour un règne d'environ vingt et un ans. Il s'allie aux grandes familles thébaines et memphites : le grand prêtre de Ptah Chedsounéfertoum semble épouser la sœur de Sheshonq , nommée Méhytemousekhet, tandis que son propre fils, le futur , épouse Maâtkarê, la fille de . Ces différents éléments assurent une transition sans heurt entre la et la . Le règne de s'achève à sa mort, en

Politique intérieure vignette|gauche|Relief représentant Sheshonq et son fils, le grand prêtre d'Amon Ioupout, à Karnak. Selon la Bible (), les forces militaires de comportaient environ 1200 unités de chars, 6000 cavaliers et un nombre inconnu de troupes d'infanterie. Ces troupes étaient, toujours d'après la Bible (), surtout composées de Libyens, de Sukkiens et de Koushites. Toutefois, il est probable que la mention de cavaliers au sein de l'armée de soit un anachronisme de l'auteur.

Plusieurs hauts-gradés militaires sous le règne de portent le titre de (). Ce titre, connu uniquement à des hauts-officiers de la dynastie, indiquerait, selon Henri Gauthier, une filiation héréditaire ou maritale des hauts dignitaires avec les .. Néanmoins, les études généalogique des membres de la dynastie n'ont permis d'établir aucun lien de parenté entre les sheshonqides et les ramessides. Pour les égyptologues Philippe Collombert et Pierre-Marie Chevereau il serait bien plus probable que, sur la base d'éléments prosopographiques, le titre de corresponde à un statut militaire honorifique, cette appellation faisant écho à Ramsès II, aux yeux de ses successeurs, qu'ils soient d'origine égyptienne ou libyenne.

La famille sheshonqide tient une place prépondérante au sein de la hiérarchie militaire et étatique. En effet, le roi pratique une politique d'apanages, en octroyant des fonctions importantes à ses fils, politique poursuivie par ses successeurs. Ainsi, Ioupout devient généralissime du Sud et grand prêtre d'Amon, Nimlot devient général d'Héracléopolis et grand prêtre d'Héryshef tandis que Djedptahiouefânkh, qui était peut-être son fils ou son beau-fils, devient deuxième prophète d'Amon et chef du district autour de Thèbes. De plus, sa fille probable Méhytemouskhet devient divine adoratrice d'Amon vers 940 AEC. Il continue de s'allier aux puissantes familles locales : sa fille Tashepenbastet épouse le général et troisième prophète d'Amon Djeddjéhoutyiouefânkh, une fille de Ioupout épouse le quatrième prophète d'Amon Djedkhousouiouefânkh et une autre fille du roi, Tanytsepeh, épouse le grand prêtre de Ptah Chedsounéfertoum de Memphis.

Grâce à cette politique, Sheshonq parvient à réaliser sous sa coupe l'unité des Deux Terres. De plus, dans le cadre de cette politique, seul un fils royal peut succéder à un autre fils royal, permettant ainsi d'éviter la constitution de dynasties locales. Cette stratégie, reprise par les successeurs de Sheshonq (en particulier son fils et son arrière-petit-fils ), va entraîner l'éclatement du royaume de manière irréversible à partir de la fin du règne d' vers 834 avant notre ère, soit un peu moins d'un siècle après le règne de Sheshonq .

Il semble que ce soit sous son règne qu'a lieu le déplacement final de certaines momies royales du Nouvel Empire. avait fait restaurer et réinhumer un certain nombre de momies royales dans le tombeau d' (où elles resteront jusqu'à leur découverte en 1898) et celui de . Ensuite, avait fait déplacer en l'an de Siamon les momies situées dans le tombeau de vers celui non localisé de la reine Ahmès-Inhapy. Et c'est sous le règne de Sheshonq que ces momies, ainsi que celles de la famille de , sont déplacées dans le tombeau de la famille de , où elles seront découvertes en 1881. La date la plus haute est l'an de son règne sur des bandelettes de la momie de Djedptahiouefânkh.

Activité constructrice vignette|Statue de Sekhmet portant la titulature de Sheshonq - Temple de Mout à Karnak La déesse Bastet, associée à la déesse Sekhmet à laquelle le roi fait ériger de nombreuses statues dans le temple de Mout à Thèbes, devient la grande déesse nationale. Le culte de ces divinités autrefois mineures prendra peu à peu le pas sur celui d'Amon dans les générations suivantes. Mais le programme architectural de Sheshonq reste centré sur les grands dieux de l'empire des Ramsès. En effet, le règne de Sheshonq apporte aussi un renouveau dans la construction de monuments à travers tout le pays.

À Thèbes, outre son intervention dans le temple de Mout, en l'an 21, Sheshonq entreprend, dans l'enceinte d'Amon-Rê, l'édification d'un monument baptisé « le Château des millions d'années d'Hejkhéperrê Sétepenrê ». Il est constitué d'un grand pylône et d'une vaste cour bordée de portiques dont les murs sont décorés de reliefs à la gloire de ses victorieuses conquêtes consacrées au dieu de Karnak. Il dépêche dans cette intention l'architecte royal Horemsaf, et fait rouvrir les carrières du Gebel Silsileh par son fils le grand prêtre d'Amon Ioupout.

À Memphis, il commande la construction d'un autre monument baptisé « le Château des millions d'années du roi Hedjkhéperrê Sétepenrê, le fils de Rê Sheshonq Méryamon qui est dans l'Hout-ka-Ptah ». Consacré au dieu Ptah, l'édifice serait à rechercher sous la ville moderne de Mit-Rahineh. Un taureau sacré est enterré sous son règne, comme l'atteste une stèle provenant du Sérapéum de Saqqarah et inscrite à son nom. C'est probablement à l'occasion ou en prévision de cet événement national que le roi commande également au grand prêtre de Ptah, Chedsounéfertoum, l'édification d'une salle d'embaumement, une ouâbet, pour le dieu Apis, bâtie en calcaire, décorée de reliefs et pourvue du mobilier nécessaire pour le service funéraire du dieu, et dont une des inscriptions signale :