L’abbatiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul est une abbatiale (église d'une abbaye) bénédictine disparue, l'abbaye Notre-Dame de Montier-en-Der.. fondée au et située à Montier-en-Der dans le département français de la Haute-Marne, diocèse de Châlons-en-Champagne.
L'abbatiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul est quant à elle consacrée le par l'évêque de Châlons-sur-Marne . Elle est devenue de nos jours l'église paroissiale, également connue sous le nom de Saint-Rémy (patron de la paroisse)..
La nef pré-romane est parmi les plus anciennes en France, et le chœur est l'un des rares exemples de l'architecture gothique champenoise avec Laon et Noyon« À Montier, une surprenante abbatiale » sur patrimoinedefrance.fr..
Historique L'emplacement de la future abbaye, situé entre la Voire et le Magnentin (« haut menson »), est celui du pavillon de chasseAbbaye de Montier-en-Der. ou maison de plaisance nommé Puisies, Puisy ou Puisé et appartenant à Childéric II. Sur la recommandation de saint Léger, évêque d'Autun, et d'Almaric maire du Palais, Chilpéric II donne la propriété à Berchaire, abbé d'HautvillersNoter que Berchaire fonde d'abord un premier monastère pour femmes dans la forêt du Der, sur une terre donnée ou vendue par « une dame de qualité » au lieu-dit Mangevilliers, lieu appelé plus tard Puelle-Montier puis Pelle-Montier, de Monasterium Puellarum. Cet établissement avait disparu en 1029. Berchaire bâtit ensuite une petite église sur le bord de la Voire. Voir ..
En 672, saint Berchaire fonde le monastère bénédictin de Montier-en-Der, — en latin : Monasterium Dervense. Il dote sa fondation de 21 villages. Parmi les reliques et objets précieux dont il dote l'église de son monastère, figure le diptyque des Nicomaque et des Symmaque, qui y restera jusqu'à la Révolution française.Les premiers habitants du lieu et de Puellemoutier sont huit prisonniers et huit prisonnières rachetés par Berchaire. Le bourg se développe autour du monastère et prend rapidement le nom de celui-ci.
En 827, Haudo, abbé de Stavelot et du Der, réforme l'établissement avec l'approbation de Louis le Pieux et de son fils Lothaire. Les clercs expulsés sont remplacés par des moines réguliers. En 832 Haudo reçoit en donation de Louis le Pieux le domaine de Dodiniaca curtis..
En 845, l'abbaye a son premier abbé laïc. C'est l'époque des aliénations des biens du clergé par les nobles carolingiens, période qui dure jusqu'après l'an mille dans certains cas.
L’abbaye connaît son apogée sous l’abbatiat , homme d’une haute élévation spirituelle, intellectuelle et littéraire, lié avec toutes les grandes personnalités de son temps. Il commence à construire l'église, qui est terminée par son successeur Béranger. Il en reste les grandes arcades de la nef..
En 1023, les reliques de saint Berchaire sont apportées au concile d'Héry, réuni par Hugues de Chalon ( évêque d'Auxerre 999-1039), pour ajouter à la solennité de l'assemblée.. Ce concile est l'occasion d'une curieuse anecdote concernant le comte d'Auxerre Landry, époux de Mathilde fille d'Otton-Guillaume comte de Bourgogne et héritier du duché.. Landry ayant volé quelques terres à l'abbaye, les moines profitent de l'assemblée d'Héry pour obtenir justice. Sommé de s'expliquer, Landry essaie de s'approprier les reliques de saint Berchaire : « ayant en sa possession l'héritier autant que l'héritage », il espère ne plus être inquiété..
Au cours de la première moitié du , la nef est dotée de tribunes et d'un massif antérieur à tours. Le chœur et la tour de façade sont construits à la fin du et probablement achevés vers l'an 1200.
Aux , une prospérité nouvelle amène la reconstruction des anciens bâtiments monastiques et du chœur de l’église.. L'abbé Ferry () fait élever la chapelle des fonts sur le côté nord du chœur.
: commende et gros travaux L'abbaye est donnée en commende en 1499. Les guerres précédentes (guerre de Cent Ans (1337-1453), guerre de succession de Bourgogne (1477-1482), guerre folle (1485-1488), etc) l'ont bien endommagée. En tant qu'abbé de Notre-Dame de Montier-en-Der, François de Dinteville ( évêque d'Auxerre 1513-1530) fait effectuer de grosses réparations à l'abbaye. et modifier la partie antérieure de l'église. ; la façade est reconstruite, la tour septentrionale est démolie et les charpentes des tribunes sont remplacées par des voûtes. Et il affranchit les habitants du bourg, moyennant 12 sols par foyer« La Haute-Marne et ses villages - Montier-en-Der ».. Il passe ce bénéfice à son neveu François de Dinteville II, également évêque d'Auxerre (1530-1554), qui y invite des religieux pour réformer l'établissement. Mais cette possession, qui lui rapporte un assez gros revenu, engendre des jalousies et Dinteville II s'en défait quelques années après en permutant avec les abbayes de Moutier-la-Celle près de Troyes et de Moutier-Ramé.Sur l'abbaye de Moutier-Ramé ou Montier-Ramey, voir ..
Le , Charles de Lorraine, à cette époque cardinal, archevêque de Reims et abbé commendataire, passe un accord le avec Girard de Hault procureur des habitants dépendants de l'abbaye, pour 600 charrois afin de réparer les flèches des deux clochers de l'abbaye et leur toit d'ardoise ; de démolir les bâtiments de l'abbaye dont la structure est en bois, ces derniers incluant les maisons abbatiales, la trésorerie, la chantrerie, l'aumônerie, les étables et la prévôté ; et de reconstruire le mur de clôture de l'abbaye en y ajoutant quatre tours à canonnière, un pont-levis et une herse à l'entrée.
En 1659, l'abbaye devient affiliée à la congrégation de saint Vanne.
En 1735, un incendie détruit les bâtiments abbatiaux, qui sont reconstruits en 1773.
Révolution et post-Révolution À la Révolution, l'église paroissiale Saint-Rémy de Montier est détruite. L'abbatiale étant inoccupée, les habitants y recourent pour leurs offices — et continuent de célébrer saint Rémy, mais dès lors dans l'abbatiale.
Le haras de Montier-en-Der est créé par décret impérial en 1806 et est installé en 1812 dans les bâtiments de l'abbaye. La région est au cœur du territoire de la race des chevaux ardennais et le haras héberge un institut régional de cette race locale« Une nouvelle génération de Haras - Les Haras nationaux ».. Les bâtiments de l'abbaye sont rasés en 1860. Les bâtiments du haras, entièrement reconstruits à partir de 1860, sont inscrits au titre des monuments historiques en 2015..
Grâce aux efforts de Prosper Mérimée, entre 1851-1855 et 1860-1863 Émile Boeswillwald restaure le chœur, la chapelle axiale et le déambulatoire. En 1893 un incendie détruit la charpente de la nef ; Paul Louis Boeswillwald, fils du précédent, la reconstruit entre 1896 et 1901 ainsi que les parties supérieures du clocher.
Le , l'église est bombardée et incendiée. La reconstruction commence dès 1941, dirigée par Jacques Laurent, architecte en chef des Monuments Historiques. La nef est reconstruite presque entièrement et achevée dans les années 1950. La flèche de la tour est montée en 1982, selon les plans de Jean-Baptiste Bouchardon qui l'avait construite au et non ceux de Boeswilwald qui l'avait reconstruite à la fin du .
Description De l'abbaye Notre-Dame seule subsiste l’abbatiale et dont la construction révèle diverses influences. Très endommagée en 1940, la nef a été restaurée. L’élévation intérieure de l’église, actuellement datée de la fin du , est remarquable pour son étagement en trois niveaux et pour les arcades des tribunes du . Elle est de style pré-romane, et l'abside est de style gothique.
L'église est le point de départ de la « route des églises à pans de bois et vitraux de Champagne »« La route des églises à pans de bois de Champagne » sur aube-champagne.com..
Protection L'abbatiale est classée au titre des monuments historiques par la liste de 1862..
Liste des abbés Liste des abbés depuis la fondation de l'abbaye jusqu'à sa fermetureL'abbé Roussel, Le diocèse de Langres : histoire et statistique, 1875. :
672-685 : Berchaire, fondateur de l'abbaye dont il est le premier abbé, jusqu'à sa mort en martyr, assassiné dans son lit 685-705 : Synaulius ou Silonius 705 : Garibalde, avant de devenir évêque de Toul en 707 730 : Félicius 760 : Gauthier 780 : Bozon 800-816 : Richard 760 : Hatton, auparavant abbé de Stavelon et qui fut le premier réformateur de l'abbaye 836-839 : Altimare 839 : Pardule, avant de devenir évêque de Laon en 846 850 : Vulfaude 856 : Humfrède, qui assiste au concile de Bologne 860 : Adalgaire 880 : Adalric 900 : Alard 920 : Benzon, chassé par le comte de Champagne avec d'autres religieux indisciplinés 936-960 : Albéric, qui fut le deuxième réformateur de l'abbaye 960-992 : Adon ou Adson, ami du pape Sylvestre II. Sous son règne, le comte de Champagne Herbert II fut guéri par les reliques de saint Bercaire, et en remerciement fit d’importantes donations 992-1015 : Bérenger, qui fit consacrer l'église abbatiale en 998 1020 : Nivon 1025-1034 : Dudon , qui eut des démêlés avec Étienne de Vaux, fondateur de la maison de Joinville, qui empiétait sur les droits et les propriétés de l'abbaye. 1034-1049 : Milon 1049-1082 : Brunon dit aussi Wandalger, issu de la maison de Vignory, ami du pape Léon IX et eut comme protecteur le comte de Champagne Thibaut . Il se rend célèbre en défendant l'abbaye contre les prétentions de plusieurs seigneurs laïques. 1082-1091 : Dudon II 1091 : Nocher 1097-1123 : Roger de Vignory, réputé par son zèle et sa piété 1125-1133 : Raulon 1133-1139 : Guillaume 1139-1162 : Thibaut 1162-1166 : Gauthier 1166-1170 : Joramne 1170-1174 : Ebal de Sommevoire 1174-1183 : Rainaud 1183-1191 : Vuiter 1191-1200 : Evrard 1200-1201 : Nicolas 1201-1215 : Rainaud II 1215-1220 : Ancher 1220-1236 : Rodolphe ou Radulphe ou encore Raoul, troisième réformateur de l'abbaye. 1236-1238 : Guillaume II, qui fait un traité avec le comte de Champagne Thibaut IV en 1237. 1238-1241 : Anselme 1241-1254 : Pierre 1254-1260 : Henri 1260-1269 : Rainaud III 1269-1295 : Guillaume III 1295-1334 : Ferry 1334-1356 : Vuiter II de Jarnay, sous lequel se fait la translation solennelle du chef de saint Berchaire. 1356-1368 : Jacques de Saint-Martin, sous lequel l'abbaye est plusieurs fois dévastée. 1368-1392 : Ponce de Mirevault, qui fait construire à Sommevoire un château fort pour défendre l'abbaye. 1392-1420 : Simon d'Ambonville 1420-1442 : Pierre II de Changey, en lutte avec les ennemis de l'abbaye 1442-1458 : Jean de Bétigny 1458 : Thierry-le-Villain, abbé un seul jour seulement 1458-1461 : Odon ou Eudes de Ficourt 1461-1462 : Simon II de Goix 1462-1486 : Simon III d'Yèvre 1486-1498 : Pierre III de Rivières 1499-1528 : François de Dinteville, premier abbé commendataire, qui est chanoine de Langres et de Chalon-sur-Saône, puis évêque de Sisteron et ensuite d'Auxerre. Il résigne en faveur de son neveu. 1528-1538 : François II de Dinteville, qui devient évêque de Riez puis d'Auxerre 1538-1574 : Charles de Lorraine, archevêque de Reims et cardinal 1574-1588 : Louis de Lorraine, cardinal de Guise et archevêque de Reims 1588-1621 : Louis II de Lorraine, cardinal-archevêque de Reims 1621-1641 : Henri II de Lorraine, il résigne afin de se marier, étant simple clerc tonsuré 1641-1645 : Antoine de Guillon 1645-1657 : François III de Rancher 1657-1700 : Armand de Troisville, de 1657 à 1700, qui donne à l'abbaye la réforme de Saint-Vannes 1701-1712 : Anne-Marie d'Armagnac 1713-1740 : Pierre IV Ottoboni, cardinal, qui œuvre pour l'instruction des religieux 1740-1763 : Claude-Antoine de Choiseul-Beaupré, évêque de Châlons-sur-Marne 1763-1764 : Antoine de Lastic, évêque de Comminges 1764-1781 : Antoine-Eléonore-Léon Leclerc de Juigné, évêque de Châlons-sur-Marne puis archevêque de Paris. 1781-1791 : Anne-Antoine-Jules de Clermont-Tonnerre, évêque de Châlons-sur-Marne, qui devint ensuite archevêque de Toulouse et cardinal.
Voir aussi Articles connexes Diocèse de Châlons-sur-Marne Abbaye de la Chapelle-aux-Planches