Le droit de la nationalité et de la citoyenneté britannique est complexe en raison des différents statuts accordés du fait de l'histoire coloniale du pays. Ses fondements actuels et généraux ont été posés par le British Nationality Act de 1981. Les différents statuts font la distinction principalement entre les citoyens britanniques et les citoyens provenant des territoires britanniques d'outre-mer. Ils sont tous rassemblés sous la notion de citoyen du Commonwealth. Cette notion n'est toutefois pas spécifique au droit britannique : la plupart des États membres du Commonwealth ont leurs propres lois régissant les droits afférents à ce statut. Contrairement à la majorité des États-nations, il est possible d'être titulaire de la nationalité britannique sans être citoyen britannique: c'est notamment le cas de certains ressortissants de pays qui faisaient partie de l'Empire britannique, ou de la plupart des habitants de Hong Kong.
Histoire du droit de la nationalité et de la citoyenneté britannique
Historiquement, la common law accordait la citoyenneté britannique sur le fondement du droit du sol. Progressivement, le droit du sang a aussi été instauré pour les personnes nées à l'étranger de parents britanniques. Aucune réelle procédure de naturalisation n'était sinon prévue, bien qu'une procédure législative y suppléait, accordant les droits civiques mais pas les droits politiques (éligibilité, etc.), ainsi qu'une procédure exécutive, dite de , qui permettait notamment aux étrangers d'être propriétaires de terres situées dans le Royaume. Le Sophia Naturalization Act de 1705 accordait ainsi la nationalité anglaise à Sophie de Bohême, fille d'Élisabeth Stuart née à l'étranger, ainsi qu'à tous ses descendants de confession protestante. Bien que cette loi ait été abrogée en 1948, elle a permis à Ernest-Auguste IV de Hanovre d'obtenir en 1958 la nationalité britannique.
L'Acte d'Union de 1800 accorde la citoyenneté britannique à la population irlandaise, en lui permettant ainsi de s'installer en Angleterre. Les immigrants irlandais allèrent toutefois plutôt aux États-Unis. Le , abrogé en 1826 et peu strictement appliqué, limitait fortement l'émigration, dans un esprit mercantiliste, en augmentant le prix des traversées transatlantiques. Les dispositions limitant l'émigration furent abolies dans les années 1825-1826, rompant ainsi avec l'idéologie mercantiliste. Alors que la liberté de circulation était favorisée à l'intérieur, le Aliens Restriction Act de 1836 déplace les contrôles au niveau national, en obligeant toute personne ne possédant pas la nationalité anglaise à présenter au douanier « tout passeport en sa possession » ou à lui annoncer « à quel pays il ou elle appartient, ainsi que le pays et le lieu d'où il ou elle arrive ». Il précisait que la charge de la preuve (de démontrer la possession de la nationalité anglaise) incombait au porteur, l'obligeant à faire la preuve de son identité, procédure qui favorisait ainsi le développement des passeports. Cette loi tombe cependant progressivement en désuétude, et ces formalités ne seront rétablies qu'en 1905.
Des lois établissant des procédures administratives de naturalisation furent promulguées en 1844, 1847 et 1870. La loi de 1870 introduisit aussi la possibilité de perdre ou d'abandonner la nationalité britannique, prévoyant notamment que les femmes britanniques se mariant avec un étranger perdraient leur citoyenneté, ce qui était une rupture importante avec la common law qui proscrivait toute dénationalisation.
British Nationality and Status of Aliens Act de 1914
Le British Nationality Act et le Status of Aliens Act de 1914, en vigueur au et adoptés quasi-simultanément, forçaient les individus voulant entrer sur le territoire national à prouver leurs droits et donc à présenter des passeports ou d'autres documents d'identification. L'immigration avait déjà été fortement restreinte par la loi sur les étrangers de 1905, combattu par les libéraux de Manchester. L' est créé l'année suivante. Les lois restreignaient fortement le séjour des étrangers, les astreignant notamment à la détention d'un certificat et à l'enregistrement de leur lieu de résidence auprès de la police Voir le certificat de Marie-Anne Debrunner-Kalcher, BBC, publié le 14 novembre 2005 , et prévoyaient l'attribution du statut de sujet britannique selon les modalités suivantes : naissance à l'intérieur d'un des dominions de Sa Majesté ; naturalisation au Royaume-Uni ou dans l'un des dominions ayant adopté les critères impériaux de naturalisation ; par filiation paternelle, limitée à une génération (l'enfant d'un père britannique né à l'étranger). Une loi de 1922 étend aux générations suivantes, nées à l'étranger, la possibilité de se faire enregistrer en tant que citoyens britanniques dans l'année suivant la naissance ; par mariage d'une femme étrangère avec un citoyen britannique ; dans des circonstances spécifiques, des ex-citoyens britanniques ayant perdu la nationalité par mariage ou parce que leurs parents avaient perdu leur statut (par exemple, pour une femme devenue veuve, ou pour des enfants atteignant l'âge de 21 ans).
On pouvait normalement perdre le statut de sujet britannique par : la naturalisation dans un État étranger (par exemple, la France ou les États-Unis) ; par mariage avec un homme étranger. Avant 1933, la femme perdait la nationalité britannique même si elle n'acquérait pas la nationalité de son mari, devenant effectivement apatride ; le fait d'être l'enfant d'un père britannique ayant perdu la nationalité britannique, à condition que cet enfant ait aussi détenu la nouvelle nationalité de son père ; abandon.
L'Aliens Order de 1920 rend permanente toutes les restrictions adoptées pendant la guerre.
La loi de 1948, le statut de « citoyen du Royaume-Uni et des colonies » (CUKC) et les lois sur l'immigration vignette|400px|droite|Carte des différentes emprises de l'Empire britannique.
Après la décision du Canada, en 1946, de promulguer ses propres lois concernant la nationalité canadienne, les chefs de gouvernement du Commonwealth se sont accordés pour réformer le droit de la nationalité. Auparavant, tous ces États (à l'exception de l'État libre d'Irlande) partageaient un seul et unique statut, celui conférant à leurs citoyens le statut de sujet britannique. Il fut ainsi décidé que chaque État adopterait une législation spécifique.
Ainsi, dans l'empire britannique, le a accordé le statut de « citoyen du Royaume-Uni et des colonies » (CUKC) à toute personne née au Royaume-Uni ou dans l'une des colonies de l'empire. Celles-ci étaient simultanément des citoyens du Commonwealth. Jusqu'au , tout citoyen du Royaume-Uni et des colonies pouvait librement entrer et résider sur le territoire britannique. La loi de 1948 permettait l'obtention d'une double nationalité, sauf pour les citoyens du Commonwealth ou les sujets britanniques ayant adopté la nationalité de l'État en question : en d'autres termes, une personne demandant la citoyenneté canadienne, par exemple, perdait le statut de CUKC. Le British Nationality Act de 1964 permettait toutefois aux personnes ayant abandonné leur citoyenneté britannique au profit de la nationalité d'un État membre du Commonwealth de reprendre leur nationalité originelle. Il empêchait aussi toute personne menacée de devenir apatride de perdre son statut de CUKC. La même année, une autre loi permet aux citoyennes du Royaume-Uni et des colonies de transmettre leur statut à leur enfant si celui-ci risquait de devenir apatride par défaut. En règle générale, la transmission de nationalité ne pouvait se faire que par le père.
Le gouvernement britannique refusa alors d'accorder la pleine citoyenneté aux personnes nées en Inde ou au Pakistan et qui n'avaient pu obtenir la nationalité indienne ou pakistanaise. Celles-ci devinrent donc des sujets britanniques sans toutefois détenir la citoyenneté britannique. Depuis 2003, les personnes dans ce cas peuvent obtenir la citoyenneté de droit commun, même sans résider au Royaume-Uni ; le fait d'y résider peut toutefois permettre de l'obtenir par d'autres procédures, préférables puisqu'elles permettent aussi de transmettre ensuite cette citoyenneté par filiation.
Le Commonwealth Immigration Act de 1968 a accentué la distinction entre les CUKC ayant le droit d'entrer et de séjourner sur le territoire britannique, et ceux qui en étaient privés. Cela eut pour effet, pour un certain nombre de personnes nées en Afrique de l'Est dans des États ayant accédé à l'indépendance, de ne jouir dans aucun endroit du , ou droit de séjour illimité.
L' a ensuite créé le concept de , qui permet à certains citoyens du Commonwealth et sujets britanniques d'être exonérés de tout contrôle aux frontières. La loi accentua ainsi la distinction entre les différents CUKC, certains bénéficiant de ce droit, d'autres non. Le Royaume-Uni fut ainsi l'un des rares pays à ne pas accorder le droit d'entrée sur le territoire national à tous ses ressortissants, ce qui l'empêcha de ratifier le Quatrième protocole de la Convention européenne des droits de l'homme, signé en 1963. L'article 3 du protocole dispose en effet que « nul ne peut être privé du droit d'entrer sur le territoire de l'État dont il est le ressortissant. » Ces restrictions affectèrent en particulier les Indiens expulsés de l'Ouganda d'Idi Amin, qui étaient titulaires d'un passeport CUKC. 80 000 d'entre eux allèrent au Canada et en Afrique du Sud, et 25 000 seulement au Royaume-Uni, qui avait même envisagé de les envoyer sur les îles Salomon ou dans les Malouines UK 'did not want Ugandan Asians', BBC, janvier 2003 . La droite (, du , s'illustra alors 1972: Asians given 90 days to leave Uganda, BBC, 7 août 1972 ) affirmant que ces citoyens CUKC n'avaient pas de lien réel avec le Royaume-Uni, mais plutôt avec l'Inde, dont ils ne détenaient pas la nationalité.
Aujourd'hui, ce droit ne s'applique qu'aux personnes nées, adoptées ou mariées avant 1983. Ces conditions excluent par exemple l'Afrique du Sud et le Pakistan, qui n'étaient pas membres du Commonwealth en 1982, mais incluent le Zimbabwe, dont les nationaux étaient alors toujours considérés comme citoyens du Commonwealth en l'absence d'une réforme de la loi de 1981. Ce droit inclut le droit sans restriction de résider et de travailler, de façon permanente, au Royaume-Uni, celui d'entrer et sortir du territoire en utilisant les mêmes files que les citoyens britanniques, celui de bénéficier des systèmes de protection sociale, celui de voter et d'être éligible (ces derniers droits étant accordés à tout citoyen du Commonwealth). Les enfants nés au Royaume-Uni de personnes bénéficiant de ce régime sont normalement automatiquement dotés de la nationalité britannique.
La loi de 1981 et les différentes catégories de citoyenneté britannique 500px|vignette|droite|Localisation des territoires britanniques d'outre-mer. Depuis 2002, les citoyens de ces territoires peuvent combiner à cette citoyenneté spécifique la citoyenneté britannique de droit commun, acquise de plein droit. Le British Nationality Act de 1981, base du droit en vigueur, effectif depuis 1983, a remplacé le statut de « citoyen du Royaume-Uni et des colonies » (CUKC) par trois types de statut possible: « citoyen britannique » pour les bénéficiant du (droit de domicile) sous l', c'est-à-dire pouvant librement et sans restrictions entrer et résider au Royaume-Uni et dans les Îles (îles Anglo-Normandes et île de Man). Outre les habitants du Royaume-Uni et des Îles dotés du statut ordinaire de la citoyenneté britannique, jusqu'en 2002 cela incluait seulement les habitants de Gibraltar ou des Malouines (en vertu du promulgué après la guerre des Malouines).