La Mercedes 190SL (appellation interne W121 BII sur châssis monocoque R121) est un modèle d’automobile du constructeur allemand Mercedes-Benz, roadster cabriolet ou coupé, construite de 1955 à 1963, dérivée de la Mercedes-Benz 300SL et entrée depuis dans la légende des automobiles de collection de prestige.
Les 190SL et 300SL des années 1950 sont les premiers modèles de la mythique série des roadster SL (SL pour "Sport Light") de Mercedes-Benz. La 190SL a comme but premier de pouvoir offrir une version "light" de sa « grande sœur », la 300SL Gullwing, pour une utilisation plus « de tous les jours » et donc a fortiori à un prix moindre. Même si la performance s'avère significativement différente ( par rapport aux pour la 300SL), près de seront produits. Elle est extrêmement bien construite, facile d'entretien, et on estime que près de la moitié des 190SL fabriqués roulent encore aujourd'hui.
L'appellation interne de Mercedes-Benz de la 190SL est W121 BII ou W121 B2 (pour W121 ) pour la distinguer des berlines W121 "Ponton" () produites de 1953 à 1962. Cette confusion provoque de temps en temps l'appellation interne R121 ou R121a avec un "R" comme "Roadster". Cette deuxième appellation ne sera en revanche jamais officielle sauf pour faire référence au châssis de la 190SL dont le châssis est raccourci. On notera que les deux séries de W121, même si de carrosseries radicalement différentes, partagent de nombreuses pièces détachées (phares et optiques arrière, suspensions, roues), la "Ponton" ayant été modifiée pour servir de structure à la 190 SL.
Historique de la 190 SL La genèse En , l'importateur aux États-Unis de Daimler-Benz, Maximilien Hoffman, arrive à convaincre la maison-mère à Stuttgart de tabler sur la conception de deux nouveaux modèles de véritables voitures de sport tirés du coupé 300SL (gullwing), qui, remportant la Carrera Panamericana, a obtenu une attention très spéciale de la part des Américains. Par ailleurs, Hoffman souhaite alors compléter une gamme Mercedes-Benz très conservatrice. Pour cela, la maison mère, en collaboration avec sa filiale américaine, décide de créer deux cabriolets, dits de « tourisme sportif » afin d'offrir « un usage quotidien pratique : une version de la 300SL gullwing en version cabriolet, et une version plus petite, la 190SL.
Afin d'éviter les coûts élevés de la production de la 300SL, la 190SL va devoir significativement se différencier de sa grande sœur. Pourtant, grâce à l'œuvre des designers de la maison Karl Wilfert et Walter Hackert, Mercedes réussit à créer une automobile qui reste très similaire esthétiquement à la 300SL mais plus petite de et, surtout coûtant le tiers de son prix. À la fin de 1953, Hoffman reçoit de Stuttgart la promesse que 2 prototypes (un de la 300SL en version cabriolet et un autre de la 190SL) seront présentés à New York au « Salon International de l'Auto » le .
Une voiture faite spécialement pour le marché US Malgré les cinq mois à peine de développement entre et , Mercedes réussit un vrai tour de force et ses deux prototypes connaissent un accueil triomphal au salon de New York aussi bien par le public que par la presse américaine. Le développement de la 300SL cabriolet demandant moins de modifications par rapport à la 300SL gullwing, il est immédiatement approuvé en interne à la suite du Salon de New York, de sorte que la production de la 300SL cabriolet commence dès . La 190SL reste encore trop chère à la vente dans sa configuration de et est donc révisée au cours de l'année avec notamment un châssis monocoque W121 raccourci (nommé châssis R121) et enfin présentée dans sa version définitive en à l'exposition automobile de Genève (Geneva Motor Show). Grâce au succès rencontré à Genève, la production en série de la 190SL est approuvée et commence deux mois plus tard en à l'usine de Sindelfingen sur la même chaine de montage que la 300SL.
Même à prix réduit par rapport à leur grande sœur (la 300SL), les 190SL restent chers pour le marché automobile européen qui en 1955, année de sortie du modèle, est encore en pleine reconstruction à la suite de la Seconde Guerre mondiale. Par ailleurs, en 1955, le déficit d'image de l'Allemagne persiste et nuit à Mercedes-Benz qui a quelques difficultés à vendre ses véhicules en Europe hors Allemagne. Les modèles sportifs de rêve tels les 300SL et 190SL sont d'ailleurs là pour enrayer cette négativité, mais ils sont naturellement conçus avec le marché américain en tête et vendus quasi exclusivement vers ce marché (>80 % de sa production). On notera la très grande présence de chromes extérieurs pour plaire au marché US, une présence atypique chez Mercedes et qui diminuera drastiquement sur les modèles suivants lorsque la répartition des ventes US/Europe sera plus équilibrée.
Cette disproportion des ventes vers le marché américain explique aussi la relative rareté du véhicule aujourd'hui en Europe, même si depuis quelques années, avec l’internationalisation des ventes aux enchères de voitures de collection, beaucoup de 190SL ont été réimportées vers l'Europe. Contrairement au modèle 230SL qui lui succédera, la 190SL vendue aux États-Unis ne présente aucune différence par rapport à sa version européenne si ce n’est le compteur de vitesse en Mph. En effet, l’optique du feu arrière avec la partie du clignotant en jaune n'est offert par Mercedes qu’en pièce détachée de remplacement pour le marché européen (l’optique arrière d’origine étant bien rouge, blanc, rouge des deux côtés de l’Atlantique). Le porte-plaque minéralogique arrière est revanche de taille européenne même pour les véhicules vendus aux US car cela donnait un "European feel" (lire "chic").
Il est prévu que la 190SL puisse atteindre les par heure. Dans la pratique, la vitesse maximale est plutôt de , performance très élevée en 1955, mais qui permet de mieux la différencier de sa grande sœur la 300SL qui elle peut atteindre les .
Évolutions majeures de la 190 SL Voici une liste des changements pertinents lors de la production de la 190 SL : 04 + 09/1955: changement du rapport du pont arrière de 3,70 à 3,89 (et à 3,90 en septembre) 02/1956: changement du hardtop en aluminium vers tout acier 03/1956: garnitures chromées supplémentaires 04/1956: installation en série d'un ventilateur pour dégivrage du pare-brise 04/1956: installation en série de servofrein (ATE type T 50) 04/1956: installation en série d'un klaxon Supertone et mise à niveau des phares avant 04/1956: évolution du baquet de sièges 05/1956: installation en série d'une pendule avec enroulement dans le couvercle de la boîte à gants 06/1956: élargissement des feux arrière (similaire aux modèles Mercedes 220a ponton et 220S) 11/1956: installation en série d'un rétroviseur extérieur du côté du conducteur 11/1956: épaississement de la tôle d'aluminium du capot et le couvercle du coffre 02/1957: poignées de porte intérieures avec actionneur serrure modifié 07/1957: voyant lumineux pour la plaque minéralogique arrière 07/1957: porte plaque minéralogique avant intégré dans le pare-chocs en chrome 03/1958: installation en série de pare-soleil rembourrés, avec miroir de maquillage côté passager 07/1958: installation en série d'un volant auto-bloquant (antivol) ainsi que le fonctionnement du démarreur via bouton poussoir 07/1959: installation en série d'un système de lave-glace (actionné au pied) et essuie glace à 2 vitesses 10/1959: Refonte complète du hardtop avec notamment une grande lunette arrière panoramique 08/1960: installation en série d'une nouvelle poignée et d'une nouvelle serrure pour le hayon arrière 09/1960: installation en série d'un allume-cigare 01/1961: installation en série d'une nouvelle fermeture de réservoir d'essence 01/1961: installation en série de poignées plastiques Hostalen pour les poignées de chauffage et de ventilation 06/1961: installation en série d'un nouveau optique arrière intégrant un clignotant jaune (modèle européen uniquement) 08/1961: Nouvelle série de moteur (M 121.928) 10/1961: installation de série de points d'ancrage pour ceintures de sécurité 05/1962: installation de protection en PVC contre la corrosion (passages de roues avant et dessous de caisse)
Motorisation Le bloc moteur à quatre cylindres de la 190SL (appellation interne : M121 B II) est basé sur le moteur six cylindres de la 300SL. Le moteur de la 190SL a une cylindrée de , un arbre à cames en tête, deux carburateurs Solex double corps, et offre une puissance portée à à (77 kW). Outre la réduction du nombre des cylindres par rapport au moteur de la 300SL, la course des pistons pour la 190SL est réduite de à , bien que le diamètre de des cylindres de la 300SL reste inchangé dans la 190SL.
La transmission manuelle reste la seule transmission disponible durant toute la production de la 190SL.
Les performances de la 190SL sont de en vitesse de pointe, avec un 0 à en .
Carrosserie Comme la 300SL cabriolet, la 190SL reprend de nombreux éléments de style de la 300SL coupé. La calandre, les pare-chocs, les phares avant et de nombreuses pièces intérieures sont identiques à celle de la 300SL coupé. La 300SL cabriolet et la 190SL partagent les mêmes pièces de capote. En revanche, les feux arrière de la 190SL ont été pris à partir de la classe S ponton. En plus des exigences visuelles qu'ils s'étaient données, les ingénieurs de Mercedes pensaient aussi à la fonctionnalité de chaque élément. C'est pourquoi la présence des petites ailes avant et arrière horizontales protégeaient les côtés de la voiture de la saleté.
Contrairement à la 300SL qui avait un châssis tubulaire très innovant, le châssis de la 190SL est dérivé du châssis plate-forme de la modeste berline 180, qui est ensuite raccourci de . La carrosserie est en acier mais les quatre ouvrants (portières, coffre arrière et capot moteur) sont en aluminium.
Les suspensions, sont quant à elles, identiques sur les deux modèles 190SL et la 300SL cabriolet. Très innovantes pour l'époque, elles sont entièrement indépendantes, double triangles à l'avant et essieux battants à l'arrière.
L'empattement de la 190SL est de , sa longueur de , sa largeur de et sa hauteur toit fermé est de . Le poids à vide est de . La capacité du réservoir de carburant est de gallons (64 litres).
Options La 190SL présentait déjà un bel équipement de série pour l'époque dont un tableau de bord extrêmement bien fourni (compte-tours moteur, pression d’huile, niveau de batterie), trousse à outils, allume-cigare, pendule électrique, essuie-glace 2-vitesses + intermittents, éclairage intérieur conséquent, intérieur cuir
Quelques options étaient cependant disponibles : Toit rigide pour les versions roadster (removable hard-top) pour la conduite en hiver - option très peu prise à l'époque car très chère (>10 % du prix de la voiture) sachant que l'option toit rigide pouvait aussi permettre de ne pas avoir de capote et donc de diminuer la hausse du prix à seulement 5 % du prix de base. Radio Becker AM/FM avec sélection automatique des stations (avec installation d’une antenne rétractable manuelle sur l’aile avant droite) Troisième place d’appoint (siège arrière perpendiculaire à la direction aisément retirable) Rétroviseur côté passager à partir de 1961 Sièges sport (bucket seats) jusqu'en 1959 Éléments verticaux du pare-chocs arrière (standard aux US, en option en Europe) La 190SL sans option était vendue en 1955 au prix de US$ (DM ).
La 190SL et la 300SL seront produites jusqu'en février 1963 et toutes les deux remplacées par l'unique Mercedes-Benz W113.
Marché de la 190 SL aujourd'hui