L'abbaye Sainte-Marie est une ancienne abbaye située à Arles-sur-Tech dans le département des Pyrénées-Orientales, en France.
Histoire
Le haut Moyen Âge : une période d’expansion En 719 les Sarrasins envahissent la Septimanie. Ils la conserveront jusqu'en 759. Cette année-là, Pépin le Bref parvient à les repousser de l'autre côté des Pyrénées. Le Roussillon est pacifié mais il faut le repeupler. En effet, l'avancée des Sarrasins avait fait fuir les Wisigoths et les autres habitants de la région. Toute la vallée du Tech est déserte. Il ne reste que les vieux bâtiments romains et quelques constructions wisigothiques, essentiellement à usage défensif. Pour faire venir des pionniers francs, Charlemagne fait venir des religieux.
C'est un certain Castellanus, moine venant d'Espagne qui s'installa temporairement aux bains d'Arles (actuellement Amélie-les-Bains) en tant qu'ermite. Ces thermes étaient des constructions antiques abandonnées. Il cherchait un terrain pour y implanter une abbaye. Il trouva le lieu parfait. Ce fut sur ces ruines que le moine édifia un monastère.
Un document de 778, le premier indiquant l'existence de l'abbaye, nous apprend qu'elle a été détruite. En 820, une deuxième abbaye est fondée sur le site actuel, par l'abbé Sunifred, frère de Wilfred le Velu qui était le fondateur de la Maison de Catalogne. Elle est dédiée à sainte Marie. C’est celle qui est toujours visible aujourd'hui.
Louis le Pieux accorde à Castellanus et à sa communauté, déjà importante, la protection royale par une charte du .
Cette abbaye attire une importante population dans la vallée. En 832, le successeur de Castellanus, Babylas, vient à Elne pour faire reconnaître ce qui appartient à l'abbaye. Des arpenteurs sillonnent la vallée pour apposer des bornes, limitant ainsi le terrain foncier de l'abbaye.
Durant le , les Normands débarquent sur la côte rocheuse et remontent la vallée du Tech. Ils pillent, en 858, l'abbaye d'Arles-sur-Tech. Parmi les dégâts occasionnés, le clocher est détruit. Les moines ne se réinstallent sur le site qu’à partir de 934.
À la fin du , l'abbé se nomme Arnulfe. Il rapporte de Rome des reliques authentifiées de saint Abdon et saint Sennen qui vaudront à Arles-sur-Tech, le surnom de « ville des Corps Saints ». Il a peut-être fait ce voyage en compagnie du comte de Cerdagne, qui s'est rendu à Rome à la même époque. Ces deux saints sont toujours vénérés à Arles-sur-Tech.
Le Moyen Âge En 1078, l'abbaye passe sous l'obédience de l'Ordre de Cluny, puis sous la dépendance de l'Abbaye de Moissac, comme celle de Camprodon fondée aussi par les comtes de Besalú.
L'église abbatiale sera consacrée deux fois. Une première fois, bien qu'inachevée, en 1046 lors d'une cérémonie solennelle réunissant plusieurs évêques et notables de la région, et l'autre en 1157.
Durant les , l'abbaye prend vraiment son essor car elle est idéalement placée entre la haute vallée et la plaine. Un marché se crée sur la place aux pieds des murailles. Une ville se dessine peu à peu. Cependant, l'abbaye est rapidement spoliée de ses biens par divers laïcs. Il faut attendre le début du , avec l'extinction des dynasties des comtes de Besalú et de Cerdagne, pour qu’elle entre sous la protection des comtes de Barcelone qui lui font d'importantes donations. Une campagne de restauration et d'embellissement de l'abbaye est alors entreprise, notamment entre les années 1141 et 1157, date de la nouvelle consécration de l'abbatiale . En effet, les 12 et , les six autels dédiés à Marie, Jean-Baptiste, Pierre, Michel, Tiburce et Gabriel sont consacrés.
En 1235, le premier conflit d'importance a lieu entre les moines et les habitants de la ville. Ces derniers leur reprochent la lourdeur des servitudes, en particulier celles portant sur l'utilisation du four et du moulin. Pour manifester leurs désaccords, ils refusent de rendre hommage à l’abbé Arnald . L'évêque d'Elne, Bernard de Berga et le roi de Majorque, Nuno Sanche qui gouvernait le Roussillon, doivent intervenir pour faire rétablir la paix. Face à ces évènements, l'abbé décide de vendre à Nuno Sanche le village qui s'était formé sur les lieux où Castellanus était devenu ermite, c'est-à-dire « les Bains » (Amélie-les-Bains). Nuno Sanche prend l'engagement de faire édifier un château et d'y faire tenir une garnison.
La période de prospérité, commencée au , se prolonge au cours du : l'abbé Raymond II Desbach (1261-1303) entreprend la construction (ou la reconstruction) d'une grande partie des bâtiments abbatiaux, dont notamment le cloître gothique en marbre de Céret et le Palais abbatial, toujours debout aujourd'hui bien que restauré.
Le déclin
La décadence s'amorce au même si la guerre entre la France et la Castille durant le ne trouble pas le Vallespir. À la demande de Philippe II, roi d'Espagne, le pape Clément VIII a rattaché l'abbaye d'Arles à l'abbaye Saint-André de Sorède. Les bulles d'union sont datées du . Depuis cette date, l'abbaye de Sorède n'a plus de religieux et il y en a huit dans l'abbaye d'ArlesClaude Devic, Joseph Vaissète, Histoire générale de Languedoc, tome 4, (lire en ligne).
En 1592, le toit de l'église fuit par temps de pluie, signe d’un déclin et d’un manque de moyens financiers pour entretenir l’abbatiale.
Tout se passe sans histoire jusqu'à la Révolte des Angelets, entre 1667 et 1671. Le monastère de Sainte-Marie d'Arles s'est officieusement placé du côté des révoltés, mais sa stratégie a toujours été de feindre la neutralité. Toujours est-il que lorsque les insurgés s'emparent de la ville d'Arles le ils ne causent aucun dégât à l'abbaye.
Le , l'abbaye concède aux consuls des Bains d'Arles « les eaux chaudes, bassins et bâtiments servant aux bains, à charge d'une censive de onze francs payable chaque année à la fête de noël, à charge aussi de laisser les religieux et leurs domestiques se baigner gratuitement, de faire les réparations nécessaires… et d'y tenir une prison à la disposition de l'abbé. »
Au , la vie monacale s’éteint peu à peu à Arles. Le l'évêque d'Elne qui avait le titre d'abbé d'Arles démissionne de cette charge. Un abbé commendataire est nommé, il procèdera à la liquidation.
À la Révolution française de 1789, l'abbaye ne compte plus que six moines et fut menacée de vente en tant que bien national. Elle ne souffrit pas de destructions majeures, et l'abbatiale devint l'église paroissiale du village. Les dépendances sont, toutefois, vendues à des propriétaires privés.
Possessions de l'abbaye de Sainte Marie d'Arles au cours des âges
L'abbaye Sainte-Marie ne fut jamais très riche. Construite dans la profonde vallée du Tech, elle dépendait du comté de Bésalu, lointain. Juste à côté, sur le Canigou, Saint-Michel de Cuxa et Saint-Martin du Canigou se voyaient dotées de grandes portions de terre par leurs seigneurs temporels, les comtes de Cerdagne. Toutefois l’abbaye Sainte-Marie d’Arles-sur-Tech a pu se développer tout doucement, créant un réseau de sanctuaires suivant un but unique : l'accueil des pèlerins en route pour Saint-Jacques de Compostelle.
Le premier de ces sanctuaires est le prieuré de Saint-Martin de Fenouillar, en contrebas de la route qui va du Boulou au Perthus. Il était habité par les moines de Sainte-Marie d'Arles-sur-Tech et fut construit avant 844. Ce prieuré a servi d'église paroissiale aux habitants des contreforts des Albères. Ensuite vint l'hospice du col de la Perche, très éloigné mais habité lui aussi par ces mêmes moines. Cet hospice existait avant 965, année durant laquelle le comte Seniofred le donna à l’abbaye Sainte-Marie. L'église de Coustouges était aussi une possession de l’abbaye Sainte-Marie d’Arles-sur-Tech. En effet, une bulle de Sergius VI, en 1011, signale Coustouges comme appartenant à Arles.
Parmi les autres possessions, il y avait également Saint-Guillem de Combret, la plus élevée des chapelles de la vallée du Tech, et, enfin, la chapelle de Saint-Pierre, à proximité d'Arles-sur-Tech, sur les bords du Riuferrer qui est d'un pur style roman. C'était également une église paroissiale.
L'église abbatiale
L'église comporte une façade sculptée, ancienne. L'intérieur a été agrandi et surélevé au , le cloître date du . Les autres bâtiments monastiques ont disparu. Le le sculpteur Esteve Bosch (v.1565-16..), et le peintre Antoine Peytavi (v.1540-1592) travaillent conjointement pour différents travaux de sculpture et peinture, sur le tabernacle et la statue du retable du RosaireADPO, 3E2/258, fol.78v-79
Description de l'extérieur
L'abbatiale est construite en petit appareil clair à chainages d'angles et retouchés de briques par places. La couverture en tuiles romaines est récente.
La façade
Le décor de la façade, orientée à l'est, est un des tout premiers essais de sculpture monumentale datant du milieu du . La décoration est située aux endroits les plus visibles, c’est-à-dire, la porte d'entrée et la fenêtre qui la surmonte. Le portail est surmonté d'un ensemble de dix grandes baies cintrées dont deux seulement sont à claire-voie. Cet ensemble est, à son tour, surmonté par un pignon orné d'une galerie d'arcades aveugles qui sont caractéristiques de l'architecture lombarde.
Au tympan, une croix grecque a été sculptée avec, en son centre, un christ en gloire, assis et bénissant dit Pantocrator. Sur les branches de la croix, dans des médaillons, figurent les symboles des quatre évangélistes : l’aigle pour saint Jean, le lion pour saint Marc, le taureau pour saint Luc et l’ange pour saint Matthieu. La plaque de marbre sculptée ne coïncide donc pas avec le tracé semi-circulaire du tympan et il subsiste autour d'elle d'importantes plages de maçonnerie vierges. De part et d'autre du tympan que surmonte une archivolte, des lions dévorant leur proie, sculptés en haut relief, utilisent les retours de celle-ci comme socles. Les lions s'attaquent à des êtres humains. Ils incarnent, ainsi, le démon qui « comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer » ( épitre de Pierre 5,8). La croix du tympan apparait comme le symbole glorieux de la victoire remportée par le Christ sur les forces démoniaques.
Au-dessous du Christ, le linteau en granit est ornementé de l’Alpha et de l’Oméga. Il pourrait être le seul souvenir de l’édifice du .
L'ensemble ressort en faible relief. La sculpture rappelle celle des linteaux des églises de Saint-Genis et de Saint-André. Elle renvoie à un travail d'orfèvrerie ou d'ivoire sculpté.
La simplification thématique et formelle de la façade reflète une recherche de monumentalité. Toutefois, cette recherche ne devait pas avoir de suite immédiate et il faudra attendre l’extrême fin du pour que les sculpteurs s'intéressent de nouveau aux tympans et aux linteaux.
Le chevet
Il s’agit d’une église avec chevet orienté vers l’ouest, alors que la façade l’est vers l’est. Ceci est exceptionnel et rare à l'époque où toutes les églises et, donc à fortiori celles des abbayes, devaient être orientées vers le tombeau du Christ, soit vers Jérusalem, c’est-à-dire, pour la France, vers l'est. La raison de cette orientation est ignorée.
Le chevet est flanqué de deux clochers tours carrées. Mais seul celui du côté nord est conservé, alors que celui du côté sud est tronqué à la base. Le clocher subsistant est une tour massive avec un couronnement de merlons et sept niveaux d’ouvertures en plein cintre, sur chaque face, dont le nombre varie selon les étages. Il est appareillé de petits carreaux liés au mortier de chaux, avec un chaînage d’angle en pierres de taille.
Les tours ont été classées comme Monument historique par un arrêté du .
Description de l'intérieur La nef et ses chapelles Sa structure est de plan basilical à trois nefs avec une nef centrale plus haute que les latérales.