Desertec est un projet éco-énergétique de grande envergure qui prévoyait l'exploitation du potentiel énergétique solaire des déserts d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient pour fournir de manière durable et soutenable les régions avoisinantes (jusqu'à l'Europe) en électricité d'origine renouvelable et décarbonée. Le concept est d'abord porté par la « Coopération transméditerranéenne pour l'énergie renouvelable » (TREC pour Trans-Mediterranean Renewable Energy Cooperation).

Il se fonde sur le fait que les déserts ont un haut potentiel de production d'électricité renouvelable (ensoleillement élevé, vaste foncier disponible) : chaque km y reçoit annuellement une énergie solaire équivalent à 1,5 million de barils de pétrole ; et la surface des déserts terrestres fournirait théoriquement plusieurs centaines de fois l'énergie utilisée actuellement dans le monde. En 1986, après la catastrophe de Tchernobyl, le physicien allemand des particules Gerhard Knie calcule qu'en six heures, ces déserts reçoivent plus d’énergie du soleil que les humains n’en consomment en un an. Des calculs plus approfondis ont jeté les bases de Desertec : couvrir 0,3 % des 40 millions de km de déserts de la planète en centrales solaires thermiques à concentration permettrait de couvrir les besoins électriques de la planète en 2009 (environ /an).

Une « Fondation Desertec » nait en 2003 sous les auspices du club de Rome et du Centre national de recherche sur l'énergie en Jordanie (NERC). Les « pendants » industriels de la fondation, Dii GmbH (fondée sous le nom de Desertec Industrial Initiative) et MedGrid, visent à promouvoir l'implantation du concept Desertec dans la région EU-MENA (Europe, Moyen-Orient et Afrique du Nord). L'organisation Sahara Green continue à promouvoir toutes les initiatives qui visent à exploiter le soleil des déserts pour les reverdir.

Puis un consortium Desertec est créé, visant notamment à fournir jusqu'à près de 20 % de la demande européenne d'électricité. L'export vers l'Europe a été (au moins temporairement) abandonné, car non concurrentiel avec les productions d’électricité renouvelable et décarbonée in situ sur le continent. Le projet est recentré sur l'Afrique sub-saharienne.

En , le ministre de l'Énergie algérien, Mohamed Arkab, juge Desertec « dépassé », car nécessitant, selon lui, de « gros investissements », alors que l'Algérie gagnerait à construire de petites centrales solaires.

Histoire thumb|upright=1.5|Cartographie sommaire permettant de visualiser la structure et les nœuds du réseau électrique du projet Desertec. Le concept Desertec est né au sein d'un réseau mondial de scientifiques, de responsables et d'entrepreneurs, TREC, qui le développe en collaboration avec la branche allemande du club de Rome. TREC participe à la réalisation de trois études qui permettent en 2009 d’évaluer le potentiel des énergies renouvelables dans les pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord (MENA), les besoins attendus pour 2050 en eau et en énergie de ces pays, et la faisabilité de la construction d’un réseau de transport électrique entre l’Union européenne (UE) et le MENA. Les trois études techniques sont menées par le Centre allemand pour l'aéronautique et l'aérospatiale (DLR pour « Deutsches Zentrum für Luft- und Raumfahrt ») et financées par le ministère fédéral de l'Environnement allemand (BMU).. D'après ces études, un tel réseau pourrait avant 2050 fournir plus de 50 % des besoins en électricité de la région EUMENA (Europe + Moyen-Orient + Afrique du Nord).

La fondation Desertec, à but non lucratif, est fondée en par un réseau de scientifiques, de politiciens et d’économistes du pourtour méditerranéen, avec comme objet d’approvisionner autant de personnes et d’entreprises que possible en énergie renouvelable provenant des déserts du monde, pour améliorer la prospérité et contribuer à la protection du climat.

Le , un protocole d'accord pour la réalisation du concept Desertec dans la région EU-MENA est signé à Munich par la fondation, l'entreprise de réassurance Munich Re ainsi que douze autres entreprises basées en Europe, au Proche-Orient et en Afrique du Nord. (dont de grands énergéticiens comme E.ON, Munich Re, Siemens et Deutsche Bank qui s'y sont tous inscrits en tant qu'« actionnaires ».

Le , ces mêmes partenaires créent la Desertec Industrial Initiative, devenant plus tard Dii GmbH, qui poursuit trois objectifs : créer un cadre technique, économique, politique et réglementaire rendant possibles les investissements dans les énergies renouvelables dans la région EU-MENA ; mettre sur pied trois projets de référence afin de démontrer la faisabilité du concept Desertec ; élaborer un scénario de mise en œuvre du concept sur le long terme jusqu'à l'année 2050, contenant des recommandations en matière d'investissements et de financement. Le Néerlandais Paul van Son est nommé en 2009 à la tête du consortium.. Dii comprend alors plus de 55 actionnaires et partenaires associés issus de 15 pays en Europe, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. et travaille en collaboration non seulement avec des entreprises, mais aussi avec des institutions scientifiques, politiques et la société civile des deux côtés de la Méditerranée.

vignette|Logo de l'initiative industrielle Dii. Les activités de l'initiative industrielle Dii et celles du consortium français Medgrid ont pour toile de fond le plan solaire méditerranéen qui vise à développer l'utilisation des énergies renouvelables et à renforcer l'efficacité énergétique des 43 États membres de l'Union pour la Méditerranée.. Les deux organisations ont par ailleurs signé un protocole d'accord en à Bruxelles en présence notamment du ministre français de l'Énergie et de son homologue allemand. Les domaines de coopération comprennent l'échange d'informations, la mise à jour des progrès réalisés, l'évaluation conjointe des synergies potentielles, et les efforts conjoints de l'Europe, du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord pour obtenir un cadre réglementaire plus favorable pour le marché des énergies renouvelables..

En , le consortium Dii signe un accord de coopération avec MASEN (Moroccan Agency for Solar Energy). portant sur la mise en œuvre d’un projet solaire à grande échelle au Maroc. Ce projet vise principalement à démontrer la faisabilité de l'exportation d'électricité d'origine solaire issue du désert vers l’Europe. MASEN est développeur du projet et supervise le processus complet au Maroc, notamment la spécification du projet et l'identification des sites. Dii joue un rôle de facilitateur, et apporte son expertise en développant un dossier commercial viable pour le projet. Celui-ci devrait prendre la forme d’un regroupement de centrales thermosolaires et photovoltaïques d’une capacité totale de ... Suivant la technologie utilisée, la centrale pilote devait alimenter les réseaux espagnols et marocains en électricité entre 2014 et 2016.. Le Maroc est en effet favorisé par le réseau électrique le reliant à l’Espagne, mais aussi par l’importance qu’il accorde au secteur des énergies renouvelables.

Un autre accord est signé en entre STEG Énergies Renouvelables, filiale de la Société tunisienne de l'électricité et du gaz STEG, et l’initiative Dii, portant sur une étude de faisabilité pour de grands projets d’énergie solaire et éolienne en Tunisie. Il prévoit d'examiner les conditions techniques et le cadre réglementaire relatifs à la consommation électrique locale, à l’exportation dans les pays voisins et vers l’Europe. Les possibilités de financement d’un éventuel projet de référence d'un volume de en partenariat avec la Tunisie sont évaluées..

L’Algérie réunit également des conditions exceptionnelles pour la production de l’électricité solaire.. En , Sonelgaz, la Société nationale de l'électricité et du gaz en Algérie, et l’initiative industrielle Dii, décident de coopérer afin de renforcer les échanges d’expertise technique, d’examiner des voies et moyens pour l’accès aux marchés extérieurs et promouvoir conjointement le développement des énergies renouvelables en Algérie.. Dans le cadre de cet accord, une étude de faisabilité est menée par Sonelgaz et Dii portant sur un projet de référence potentiel d'un volume total de ..

En , une Association des gestionnaires des réseaux électriques méditerranéens (Med-TSO) est créée, présidée par Noureddine Boutarfa, PDG de Sonelgaz. Elle réunit quinze opérateurs de réseaux électriques de treize pays du pourtour de la Méditerranée. C'est un tournant dans la conduite et le renforcement des relations entre les opérateurs électriques des deux rives de la Méditerranée : l'association promeut la coordination des plans de développement et d’exploitation des réseaux des pays de la région méditerranéenne, encourage l’intégration des systèmes électriques de la zone Med-TSO, en mettant en place les cadres légaux et réglementaires et la coopération entre gestionnaires des réseaux électriques..

En , Dii publie son projet « Desert Power 2050 » selon lequel l’Europe gagnerait d’électricité en important 20 % de ses besoins depuis les régions désertiques et ..

En , Dii annonce changer de stratégie, seule une faible part de l'énergie produite en Afrique du Nord devant finalement être exportée vers l'Europe.. Le consortium recentre son projet sur la production d'énergie pour l'Afrique sub-saharienne..

En , le ministre de l'Énergie algérien Mohamed Arkab révèle la préparation d'un accord préliminaire avec l'Allemagne pour le projet Desertec.. En , il présente au gouvernement algérien le lancement du projet « Tafouk 1 » de construction de centrales solaires photovoltaïques d'une capacité totale de sur la période 2020-2024.. Quatre mois plus tard, en , Arkab, déclare cependant que le projet Desertec est , au motif qu'il nécessite, selon lui, de et que le pays gagnerait à opter plutôt pour de petites centrales solaires..

En 2025, la Fondation Desertec est toujours active, avec, selon son site, des travaux en cours pour la période 2023-2025., mais elle rencontre des défis en termes de préoccupations sécuritaires, de confiance, et des critiques sur son modèle de gouvernance., ce qui conduit certains observateurs à considérer l'initiative initiale comme un échec...

Néanmoins, l'idée d'un export d'électricité solaire saharienne vers l'Europe, même si elle semble avoir perdu le soutien de l'Algérie, est régulièrement relancée (parfois sous le terme de « Desertec reloaded »), notamment dans le contexte du développement d'hydrogène vert. en Afrique du Nord..

Des avancées technologiques telles que les lignes à courant continu haute tension (CCHT) permettant de couvrir de longues distances avec de faibles pertes, et la baisse régulière de coût des modules photovoltaïques, rendent le concept plus réalisable qu'auparavant..

Des articles scientifiques récents (début 2025) continuent d'analyser les défis et les moteurs de la transition énergétique renouvelable en Afrique, ainsi que l'impact des énergies renouvelables, de la mondialisation financière et de l'innovation technologique sur la durabilité environnementale, souvent en référence à des initiatives telles que Desertec.. Le concept, bien qu'ayant évolué, semble donc rester un sujet de recherche et d'intérêt dans le domaine de l'énergie et de la politique climatique.