Faust. Une tragédie (en allemand ) (également Faust. Première partie de la tragédie ou Faust I), est une tragédie de Johann Wolfgang von Goethe publiée en 1808. Elle est l'une des œuvres les plus importantes et les plus citées de la littérature allemande.

Le drame s'inspire d'une légende populaire, mise en scène par de nombreux autres écrivains, tirée de l'histoire d'un personnage réel, Johann Georg Faust. Selon la légende, Faust fait un pacte avec le diable, incarné par Méphistophélès, en échange de l'aide de ce dernier pour réaliser ses désirs. L’œuvre aborde de nombreux thèmes tels que la quête de connaissances, la tentation du mal et la quête de l'éternité.

Elle est développée dans une suite, Faust II, en une parabole de l'humanité.

Contexte Publiée pour la première fois en 1790, l’oeuvre s’inscrit dans la période littéraire du Classicisme de Weimar, qui est souvent délimitée par le premier voyage en Italie de Goethe en 1786 et la mort de Friedrich Schiller en 1805. Cette période est caractérisée par un retour à l’antiquité, mais ce qui la différencie des autres formes de classicisme est une nouvelle image de la Grèce antique. En effet, l’attrait pour l’antiquité mêlait à l’époque une réalité historique et un esthétisme idéal.

Bien que l’œuvre ne semble pas classique à première vue, il est possible de dresser une comparaison entre la prose de Goethe et l’esthétisme littéraire de l’antiquité. Cette comparaison est d’autant plus pertinente que les auteurs de la période classique de Weimar ont cherché à renouer avec les idéaux esthétiques de l’antiquité grecque, en valorisant l’unité organique et l’harmonie d’ensemble.

Argument L'action se déroule à l'époque de Johann Georg Faust au début du en Allemagne, entre autres à Leipzig et dans le Harz.

Heinrich Faust, un savant et professeur considéré, fait le bilan de sa vie et en tire deux constats accablants : malgré sa science, il lui manque une compréhension profonde des choses et des résultats probants et en tant qu'homme, il est incapable de profiter de la vie dans toute sa plénitude. Dans cette situation sans espoir, il promet son âme à Mephisto, le diable, si ce dernier parvient à le libérer de son insatisfaction et de son tourment. Le diable emmène alors Faust dans un voyage autour du monde, lui donne un aperçu des plaisirs de la vie et le mêle à une histoire d'amour avec la jeune Marguerite qui finira tragiquement. vignette|Portrait de Johann Georg Faust dont la légende inspira Goethe. Auteur anonyme, huile sur toile, , 117 x 88 cm. Hôtel de ville de Staufen im Breisgau, Bade-Wurtemberg, Allemagne.

Personnages Heinrich Faust, un érudit Méphistophélès, le diable (souvent abrégé en Méphisto) Marguerite, (Gretchen), une jeune fille, amour de Faust Marthe Schwerdtlein, la voisine de Gretchen Valentin, le frère de Gretchen Wagner, un étudiant de Faust Sorcière, au service de Méphisto Un Élève, qui veut étudier auprès de Faust Lieschen, une connaissance de Gretchen Le directeur de théâtre (apparaît seulement dans le Prologue sur le Théâtre) Le poète dramatique (seulement dans le Prologue sur le Théâtre) Le Personnage Bouffon (seulement dans le Prologue sur le Théâtre) Les trois archanges Raphaël, Gabriel et Michel Le Seigneur L'Esprit de la Terre, appelé par Faust aussi : un chœur d'anges, de femmes, des apôtres, des promeneurs de toute sorte, paysans, esprits, compagnons joyeux, animaux des sorcières, esprit malin, des personnages de la Nuit de Walpurgis, une voix d'en-haut.

Introduction Dédicace thumb|Satan parie avec DieuScène du récit de Job sur une fresque de Campo Santo di Pisa, par Taddeo Gaddi. La « Dédicace », qui ouvre la pièce, est une élégie. L’auteur (je) s’adresse à d’hésitantes figures (schwankende Gestalten) à propos de leur réapparition. Ces figures font surgir les images des jours heureux (die Bilder froher Tage), des jours d’autrefois quand les amis, les gens de bien (die Guten) vivaient encore et pouvaient l’entendre. C’est pourquoi il est pris d’un désir depuis longtemps oublié de ce silencieux, grave empire des esprits (ein längst entwöhntes Sehnen Nach jenem stillen, ernsten Geisterreich) afin que ce qui fut aboli [devienne]pour moi réel (was verschwand, wird mir zu Wirklichkeiten).

Goethe décrit le processus de création et les sentiments qui se sont emparés de lui. Il pleure sa jeunesse passée, son premier amour, sa première passion ainsi que ses compagnons disparus.

Prologue sur le Théâtre Trois personnages, un directeur de théâtre, un poète et un bouffon, débattent de la nature, de la finalité et de la fonction de l’acte de création, ici du théâtre.

Le directeur défend l’idée qu’il faut plaire à la foule (der Menge behagen), qui vient pour regarder des choses curieuses et stimulantes. Comme il s’agit pour lui de remplir la salle, il doit tenir compte du public pour qui vous écrivez (für wen ihr schreibt).

Le poète s’offusque de cette diminution de son art qu’il conçoit comme une création séparée, dans ce coin de ciel paisible (stillen Himmelsenge), où comptent le goût de la vérité et la joie de l’illusion (den Drang nach Wahrheit und die Lust am Trug).

Le bouffon pense qu’il leur faut du rire (den [Spass] soll ihn haben), et pour cela il faut un grain de folie (Narrheit) et surtout il faut puiser seulement en plein dans la vie de l’homme (nur hinein ins volle Menschenleben greifen).

Le directeur clôt le débat en demandant au poète et au bouffon de tenir leur rôle pour que le spectacle puisse débuter : Ainsi faites défiler dans l’étroite baraque de planches le cercle entier de la Création et, dans votre hâte pensive, allez du Ciel à l’Enfer en passant par le Monde ! (So schreitet in dem engen Bretterhaus Den ganzen Kreis der Schöpfung aus Und wandelt, mit bedächt’ger Schnelle, Vom Himmel durch die Welt zur Hölle !)

Prologue dans le ciel Le « Prologue dans le ciel » est une reprise du livre de JobJean-Christophe Attias et Pierre Gisel, De la Bible à la littérature, Labor et Fides, 2003, 147.. Il met en scène les trois archanges, Raphaël, Gabriel et Michel, le Seigneur, puis Méphistophélès. Le Seigneur rencontre Méphistophélès qui vient lui parler de comment il voit s’échiner les hommes (wie sich die Menschen plagen) qu’il décrit comme ridicules. Le Seigneur l’interroge sur Faust, que Méphistophélès affirme pouvoir faire chuter. Il propose au Seigneur un pari que ce dernier accepte :

Méphistophélès :

Que pariez-Vous ? Vous perdrez encore celui-là !

Si seulement Vous me donniez licence

de le mener doucement par ma route !

(Was wettet Ihr ? den sollt Ihr noch verlieren !

Wenn Ihr mir die Erlaubnis gebt,

Ihn meine Strasse sacht zu führen.

Le Seigneur :

Tant qu’il vivra sur la Terre,

aussi longtemps cela ne te sera pas interdit.

L’homme erre aussi longtemps qu’il cherche.

(Solang’ er auf der Erde lebt,

Solange sei dir’s nicht verboten,

Es irrt der Mensch, solang’ er strebt.)

Le Seigneur prédit que Faust ne suivra pas Méphisto sur la longueur : .

Première partie La nuit (Nacht) thumb|Faust et l'esprit, illustration de la propre main de Goethe Didascalie :

Dans sa chambre gothique, à son pupitre, le savant Faust se lamente de l’échec de ses longues recherches rationnelles (philosophie, droit, médecine, théologie) et magiques : je vois que nous ne pouvons rien savoir ! (sehe, dass wir nichts wissen können !). Grâce au savoir, il est lucide mais sans joie. Il oscille entre des moments de désespoir (de ne pouvoir être un esprit, d’être enfermé dans cette chambre) et d’euphorie, quand il ouvre le livre au signe du macrocosme (qui n’est en fait qu’un vain spectacle où il ne peut saisir la Nature infinie (unendliche Natur). Il appelle alors l’Esprit de la Terre, en est effrayé lorsque ce dernier apparaît, se sent son égal mais l’Esprit disparaît en disant : Tu ressembles à l’Esprit que tu conçois, pas à moi ! (Du gleichst dem Geist, den du begreifst, Nicht mir !).

Wagner, son famulus, arrive à ce moment. Il aimerait apprendre de Faust comment devenir savant, comment connaître. Faust, contrarié, lui dit que cela ne peut s’apprendre, qu’il faut que cela jaillisse de l’impulsion doit venir de l’intérieur. Wagner est le type du savant optimiste et croyant au progrès qui ne construit son érudition que sur les livresDans le Faust II, Wagner sera mis en scène comme un professeur généticien loin du caractère rêveur de Faust, mais qui se révèlera être un visionnaire en créant un homoncule.. Après le départ de Wagner, qui annonce que le lendemain est le premier jour de Pâques, Faust se rend compte que cette interruption l’a sauvé du désespoir.

Faust retombe dans ses inquiétudes spéculatives, il prend conscience qu’il n’est pas l’égal de l’Esprit de la Terre, qu’il n’est pas l’égal des dieux : je suis l’égal du vermisseau (dem Wurme gleich’ ich), que les livres ne sont que poussière, que les instruments ne permettent pas d’ôter son voile (des Schleichers berauben) à la Nature. Cela le plonge dans le désespoir. Il voit alors une fiole de poison depuis longtemps abandonnée. Il la prend pour en finir, pour tourner résolument le dos au caressant soleil (kehre nur der holden Erdensonne Entschlossen deinen Rücken zu !).

À cet instant sonnent un carillon et s’élèvent des chants des anges qui célèbrent la résurrection du Christ. [Ces harmonies] me rappellent dans la vie (Ruft [dieser Klang] jetzt zurück mich in das Leben), moins à cause du message chrétien que par le souvenir nostalgique des jours heureux de l'enfance.

Devant la porte de la ville (Vor dem Tor) Indication scénique :

Devant la porte de la ville, le dimanche de Pâques, la jeunesse flirte, les bourgeois se délassent, les paysans et les soldats chantent.

Faust admire le printemps et les gens qui « ressuscitent » tandis que Wagner regarde la populace avec mépris. Un paysan rappelle à Faust les bienfaits de son père et de lui-même lors de l’épidémie de peste. Wagner est admiratif du prestige que Faust a auprès du peuple mais Faust le détrompe : son père était un vulgaire alchimiste et ses électuaires n’ont jamais soigné personne, au contraire. Mais il ne veut pas se laisser emporter à la mélancolie, il rêve vainement d’avoir des ailes pour être comme un dieu. Pourtant chacun porte en lui dès sa naissance l’essor et l’élan de son sentiment (Doch ist es jedem eingeboren, Dass sein Gefühl hinauf und vorwärts dringt), élan que Wagner n’a jamais senti. Faust se sent déchiré entre deux âmes, une attachée au monde d’ici-bas, l’autre emportée vers les séjours de ses nobles aïeux (Zu den Gefilden hoher Ahnen). Il implore alors l’Esprit de l’Air de l’emporter mais Wagner l’en dissuade et l’invite à rentrer, le soir tombant. À ce moment Faust remarque un chien noir dans la campagne, qui, par une vaste spirale se rapproche d’[eux]de plus en plus (wie in weitem Schneckenkreise Er um uns her und immer näher jägt) : Il me semble qu’il trace autour de nos pieds des boucles magiques, amorces d’un lien futur (Mir scheint es, dass er magisch leise Schlingen, Zu künft’gem Band, um unsre Füsse zieht). Faust le prend avec lui dans son cabinet d'étude.

Cabinet d'étude I (Studierzimmer I)