Le Mongol () est une race de chevaux des steppes, qui, comme son nom l'indique, est autochtone de la Mongolie. Très ancien, il est à l'origine de nombreuses autres races de chevaux dans le monde, que ce soit via les guerres de l'Empire mongol ou grâce au commerce. Petit, trapu et remarquablement endurant, il est parfois classé parmi les poneys. Sa docilité et sa résistance font de ce cheval le compagnon indispensable des nomades. Le cheval mongol a été décrit dans un premier temps par des Européens, souvent en des termes dépréciatifs ; les traditions orales des Mongols le décrivent au contraire en des termes valorisants et louangeurs. Ses traditions d'élevage se maintiennent en Mongolie (Mongolie-Extérieure), mais elles déclinent en Chine (Mongolie-Intérieure).
Ses usages sont extrêmement variés. Jadis monture de guerre, il reste utilisé comme un moyen de transport, généralement sous la selle pour le gardiennage des troupeaux. Le cheval mongol est surtout associé à des courses d'endurance prestigieuses, les Naadam. L'arrivée de l'économie de marché a multiplié son élevage pour la viande, entraînant des problématiques de respect animal. Les juments sont traites pour leur lait, qui donne l'aïrag.
Ce cheval fait l'objet de vastes célébrations en Mongolie lors du Naadam, la fête nationale. Race à l'impact culturel important à l'échelle mondiale, elle est la source d'inspiration d'écrits techniques comme fictionnels, dont des romans pour la jeunesse.
Dénomination et travaux scientifiques Cette race de chevaux est nommée le , ou . Elle pouvait jadis être désignée comme , mais ce terme est considéré comme obsolète. De plus, la notion de n'est pas signifiante pour les Mongols.
Le nom en mongol est Mongol aduu (Монгол Адуу en écriture cyrillique), qui désigne l'animal seul en tant que partie d'un troupeau. Addy est un terme générique qui désigne tous les chevaux. Individuellement, les chevaux mongols ne sont pas nommés par leurs éleveurs nomades, au contraire des chiens, car ils sont susceptibles d'être mangés. Il est d'usage de les désigner par leur couleur et le nom de leur propriétaire, par exemple, le .
Dans les sources écrites, il existe une confusion fréquente entre cette race domestique et le cheval de Przewalski sauvage, qui est souvent nommé .
Très peu de travaux de recherche sont consacrés aux chevaux mongols domestiques, et notamment à la manière de les sélectionner et de les élever. Ainsi, le nombre de publications scientifiques est très faible, tant en anglais qu'en mongol. La biologiste Amanda Hund (Carleton College) souligne aussi la grande difficulté à collecter des informations sur le terrain, les éleveurs mongols n'étant pas habitués à verbaliser ni à expliquer leurs pratiques quotidiennes. Il existe un biais potentiellement important dans la manière dont le cheval mongol est décrit et présenté, les questionnements des enquêtes de terrains et les sources écrites étant essentiellement produits par des Occidentaux. L'écrivain Jean-Louis Gouraud témoigne aussi que les Mongols répondent aux questions en fonction de la sensibilité de leur interlocuteur, par exemple en réfutant que les chevaux sont abattus pour leur viande si l'interlocuteur est défavorable à l'hippophagie..
Histoire Origines vignette|Le cheval de Przewalski n'est pas l'ancêtre du cheval mongol.|alt=Groupe de chevaux de couleur jaune sable dans un paysage de steppes. Une très vaste étude de Librado publiée dans la revue Nature en 2021 situe l'origine de tous les chevaux domestiques du monde dans la steppe pontique, vers .. Des travaux plus anciens soutenaient l'hypothèse que le cheval mongol descende directement du Przewalski en raison d'une convergence morphologique, mais cette hypothèse ne s'est pas vérifiée dans des travaux plus récents, ces deux populations de chevaux étant génétiquement bien distinctes, avec notamment un nombre de chromosomes différent..... En dépit de cela, de nombreux auteurs persistent à soutenir cette parenté erronée.
Le groupe des races dérivées du cheval mongol provient du plateau mongol. D'après Bonnie Lou Hendricks (université de l'Oklahoma), le cheval y est domestiqué très tôt, dès av. J.-C. Cela fait du cheval mongol l'une des plus anciennes races de chevaux domestiques au monde, voire la plus ancienne.
Le cheval mongol moderne présente un génome mitochondrial en commun avec celui de cinq échantillons anciens issus de la culture des pierres à cerfs (DSK), et d'un spécimen de cheval ancien de la culture Xiongnu, correspondant à l'âge du bronze ancien et aux débuts de l'âge du fer.. Il existe aussi des preuves d'usage du cheval dans l'actuelle Mongolie sous les cultures DSK entre et , et de rituels impliquant le sacrifice du cheval..
Rôle historique du cheval mongol vignette|Reconstitution de troupes montées de l'empire mongol.|alt=Guerriers en armure à cheval. Les chevaux mongols jouent un important rôle historique, permettant la mobilité guerrière et les conquêtes de cavaliers dans toute l'Eurasie., en particulier au , quand Gengis Khan a bâti l'un des plus vastes empires de tous les temps grâce à sa stratégie militaire et à sa grande armée de cavaliers.. D'après le sociologue politique Gérard Chaliand, ce petit cheval accorde une mobilité guerrière équivalente à par jour, favorisée par sa grande résistance au froid. Cela a permis aux armées mongoles de couvrir davantage de terrain que ne le pouvaient leurs adversaires, en utilisant une tactique d'attaque rapide suivie de retrait.
C'est à partir du que le cheval mongol devient réellement identifiable dans des sources écrites. Le religieux franciscain Jean de Plan Carpin est l'un des premiers Occidentaux à le décrire : il remarque qu'il n'est pas grand, mais exceptionnellement résistant et rustique..
Influence génétique du cheval mongol vignette|gauche|Le Cheju de Corée du Sud, l'une des nombreuses races de chevaux descendant du cheval mongol.|alt=Groupe de petits chevaux de toutes les couleurs vue de face dans l'herbe. Beaucoup d'autres chevaux descendent de chevaux mongols, résultat des conquêtes militaires menées par l'Empire mongol entre le et le , qui ont répandu la race sur un très vaste territoire, mais aussi du commerce, en particulier celui des Vikings sur la route commerciale de la Volga, qui l'amène jusqu'en Europe du Nord. Les données génétiques suggèrent qu'il a probablement contribué à de nombreuses races de chevaux européennes. et asiatiques. Parmi les races européennes, on compte le Bosnien, l'Albanais et le Huçul. Il existe aussi un questionnement sur sa parenté avec le cheval islandais. et le Fjord. La distance génétique est notablement plus importante entre les chevaux d'Europe du Nord et le Pur-sang qu'entre ces derniers et le cheval mongol.
La parenté entre le cheval mongol et le poney Cheju de Corée est démontrée depuis 1983. Le cheval mongol est aussi à l'origine de toutes les races de chevaux japonaises, via la Corée. Cela résulte peut-être de tentatives infructueuses de conquêtes mongoles du Japon et de l'Indonésie. Son influence se retrouve en effet jusqu'en Indonésie, le ministère de l'agriculture indonésien ayant confirmé une influence de poneys chinois, eux-mêmes d'ascendance mongole, sur le cheptel local. Le Sumbawa ressemble beaucoup au cheval mongol, bien que le manque d'études génétiques ne permette pas de confirmer cette filiation.
Le cheval mongol a aussi influencé le poney tibétain, qui via le commerce étend ensuite cette influence à toute la Chine.
Sous la dynastie Ming, le cheval mongol devient un cadeau diplomatique prisé de la cour impériale chinoise, la race devenant aussi en demande pour lutter contre les invasions mongoles.
Le commerce de cette race en Russie conduit à des expériences de croisement entre les grandes races de chevaux européennes et les petits chevaux mongols, en vue de récupérer ses qualités de rusticité chez les poulains hybrides. Beaucoup de ces expérimentations échouent cependant à cause de la petite taille de la jument mongole, qui complique le poulinage. La seule expérience fructueuse de ce type est celle qui donne la race Jargalant. En dehors de ces croisements, le cheval mongol reçoit très peu d'influences extérieures, les autres races de chevaux n'étant pas capables de vivre sous le rude climat de la Mongolie.
Depuis le vignette|Préparation d'un Naadam à Kharkhorin en 2010 : les chevaux sont attachés au camion qui a servi à leur transport|alt=Trois chevaux sont attachés à un camion ; une moto est visible à droite. Un sondage de 1918 cite alors la présence d'un million et demi de chevaux en Mongolie.. L'avènement du communisme entre 1921 et 1924 met un terme aux courses rituelles organisées lors des cérémonies du printemps, les naadam (ou nadom). Le gouvernement communiste en fait une fête nationale militaire, la déplace au et crée des catégories par âge et par sexe des chevaux mongols qui concourent. De profonds changements touchent aussi le mode de vie des éleveurs, leurs animaux devenant propriété de l’État. Un système d'enregistrement écrit des poulains est mis en place. De nombreux chevaux mongols sont envoyés en Union soviétique durant la Seconde Guerre mondiale, ce qui diminue les effectifs de la race. Les familles mongoles ont alors en moyenne 10 à 15 chevaux appartenant à L’État.
La littérature mongole permettant de décrire les chevaux locaux n'est longtemps restée que sous forme de manuscrits qui se transmettaient de manière informelle, car seuls les monastères lamaïstes disposaient d'imprimeries. Les impressions de ces textes profanes débutent durant les années 1960, dans la capitale Oulan-Bator.
Les traditions et rituels équestres sont remis à l'honneur en Mongolie après la chute du communisme, en 1991. Les chevaux sont privatisés, les familles d'éleveurs en devenant propriétaires, après une attribution par l’État dépendant de la taille des familles. Le secteur connaît une successions d'évolutions très rapides depuis lors, sous l'influence de l'économie de marché occidentale. Si le recours à des motos et des jeeps s'est répandu au détriment des chevaux, la race locale conserve un statut prestigieux dans ce pays. En revanche, côté chinois (Mongolie-Intérieure), l'art équestre et les connaissances hippologiques des nomades des steppes sont très peu valorisés, entraînant le déclin du cheval mongol chinois et des traditions qui lui étaient associées.
Description vignette|gauche|Chevaux mongols semi-sauvages dans le désert de Gobi, près d'un point d'eau.|alt=Deux chevaux bruns et roux et noirs dans un paysage de désert, vus de face. De par ses caractéristiques physiques exceptionnelles, sa diffusion et son rôle martial, le cheval mongol constitue une race unique à l'échelle mondiale. Son modèle se retrouve chez des races de chevaux extérieures à la Mongolie, ce qui a conduit CAB International et d'autres spécialistes à décrire un « type mongol », dont font également partie des races chinoises, tibétaines et russes comme l'Altaï, le Bouriate, le Narym, le Touva et le Iakoute. Ce type mongol est caractérisé par un modèle court et solide, massif et dense. Il peut être classé parmi les poneys dans les sources occidentales en raison de sa taille, mais en l'absence d'une notion équivalente au concept de « poney » en Mongolie, cette race est plutôt à classer parmi les chevaux.
L'influence de la sélection naturelle est prépondérante sur la plupart des chevaux mongols modernes.
Différences entre sources occidentales et sources mongoles vignette|Cavalier mongol équipé d'une perche-lasso (uurga).|alt=Un vieux cavalier sur un petit cheval roux et tenant une perch-lasso dans ses mains.