Le cheval de montagne des Balkans, nommé Bosnien des montagnes () en Bosnie-Herzégovine, est une population transfrontière de petits chevaux de montagne, divisée en plusieurs races réparties dans les Balkans. Présumée proche du Tarpan et du cheval de Przewalski, cette population est influencée par le cheval oriental sous l'Empire ottoman. À partir du début du , les autorités austro-hongroises prennent le contrôle sur la qualité du cheptel et sélectionnent drastiquement les étalons, pour revenir à l'ancien type et élever un cheval de bât. Cette sélection est poursuivie dans les haras de Yougoslavie.

Ce cheval de travail présente la morphologie typique des races de montagne utilitaires d'Europe de l'Est. Sa robe est le plus souvent baie ou noire. Il est mis au travail agricole et sert toujours de moyen de transport, au bât et à la traction légère. La guerre de Bosnie-Herzégovine a emporté plus de la moitié des effectifs, ce qui motive des mesures de protection du cheptel survivant. La majorité des sujets se trouvent en Bosnie-Herzégovine . Ces chevaux vivent en petits nombres en Macédoine du Nord, en Croatie et en Slovénie ; ils ont enfin été exportés vers l'Allemagne afin d'assurer leur sauvegarde.

Dénomination

vignette|Les chevaux sauvages de Livno, en Bosnie-Herzégovine, sont l'une des populations rattachées au groupe du cheval de montagne des Balkans.|alt=Groupes de chevaux broutant dans un champ.

Il existe un groupe de races de chevaux de bât et de traction dans les Balkans, présentant un type nettement similaire. Ces chevaux sont nommés « poney de montagne yougoslave », « poney des Balkans », ou encore « poney bosnien ». D'après CAB International, plus ils vivent dans le sud des Balkans, plus leur modèle est influencé par le cheval oriental. L'éclatement de la Yougoslavie en 1992 a entraîné l'usage de noms spécifiques en fonction de la région d'élevage.

En Bosnie-Herzégovine, la race est nommée (en serbo-croate) . se traduit par « montagne », et par « cheval », ce qui donne mot à mot, en français, « Cheval de montagne bosniaque ». Cette race est aussi nommée « Bosnien » ou « Bosniaque ». En anglais, cette race est nommée , ou . D'après l'écrivain Giacomo Giammatteo, la seule graphie juste du nom de cette race de chevaux fait appel à une initiale en lettre majuscule, dans la mesure où la race est nommée d'après le pays où elle vit.. La variété des plateaux d'Herzégovine, la plus légère, est connue sous le nom de « Podveleski ». L'autre variété, influencée par l'Arabe, porte le nom de « Glasinacki ».

Les chevaux présents en Serbie sont connus sous le nom de (« cheval domestique de montagne »). Les chevaux de Macédoine du Nord, réputés similaires, sont nommés des « poneys de Macédoine ».

La dénomination de ou () a été proposée comme nom transfrontière, pour permettre de désigner l'ensemble de ces populations chevalines.

Histoire

vignette|gauche|Cheval de montagne attelé sur le plateau de Pešter, en Serbie.|alt=Cheval brun-noir vu de face, devant son attelage chargé de bois.

Ce cheval présente de nombreuses similitudes avec le Huçul, le Konik et l'Albanais ; comme lui, il appartient au groupe des races des Balkans. Son analyse génétique confirme qu'il s'agit d'une très ancienne race autochtone. Il est souvent présenté comme la plus ancienne race de chevaux indigène des Balkans..

Origines La Bosnien est décrit comme un descendant du Tarpan. et du cheval de Przewalski, cité par . ; ou du moins, de . Le cheval mongol est parfois citéIl pourrait s'agir d'une erreur de traduction de Hendricks reprise par l'autrice du Guide Delachaux, lequel contient de nombreuses autres erreurs de traduction.. En Serbie, c'est l'influence de races asiatiques et du sud de la Russie qui est évoquée. Le cheval de montagnes local y est décrit comme descendant de croisements avec l'Arabe. A. Ogrizek et F. Hrasnica estiment, en 1952, qu'il descend d'un cheval autochtone des Balkans influencé par des chevaux venus du Sud de la Russie avec les migrations slaves..

La race reçoit peut-être l'influence des chevaux des Huns au , puis celle de chevaux slovènes des Carpates au , de chevaux de l'Empire byzantin au , enfin celle des montures des Avars au . L'influence du Thessalien est discutée, et semble mineure.

D'après la FAO et CAB International, le cheval bosniaque semble plutôt descendre de la race locale du Buša, connue au . L'Herzégovine comptait un type primitif de cette race portant une robe bai-brun, désormais éteint : le Karst.

De l'Antiquité à la fin du

Déjà présent dans la région sous l'Empire romain, le cheptel est présumé avoir reçu une forte influence du cheval oriental entre les et , par le biais de la cavalerie des Turcs, sous l'Empire ottoman, cité par ., ce qui a pu modifier les allures et l'aspect de l'ancienne race, qui a perdu en robustesse et en puissance de traction. Ces chevaux sont utilisés pendant des siècles pour le transport en montagne, ce qui sélectionne un pied sûr et une grande endurance. Aux , différents types de chevaux co-existent dans cette région géographique.

Sous l'empire austro-hongrois D'après un article du Sporting Magazine, en 1869, il n'était pas rare de parvenir à faire vendre frauduleusement des chevaux bosniens comme chevaux arabes en leur apposant le marquage au fer réservé à cette dernière race..

Sous l'empire austro-hongrois, une sélection minutieuse des chevaux est mise en place. En 1893, les autorités austro-hongroises organisent une course d'endurance de dans les montagnes, pour tester la résistance de ces chevaux.. prennent le départ, une moitié environ étant des officiers austro-hongrois sur des montures de sang, l'autre moitié des cavaliers locaux avec leurs montures de montagne. La course est remportée par un cavalier Musulman, en et . Une autre course d'endurance, réservée aux chevaux bosniens, est organisée la même année sur , entre Bihać et Sarajevo..

À partir de 1900, ce petit cheval est élevé sélectivement par le gouvernement, qui contrôle les programmes de sélection et réoriente la race vers son ancien type. Cette race est reconnue en 1908, lorsque démarre un programme de sélection officiel au haras de Goražde. Ce programme est interrompu six ans seulement après son lancement.

Sous le gouvernement yougoslave

vignette|Poney bosnien des montagnes sur un timbre yougoslave.|alt=Timbre rouge avec un cheval noir vu de profil.

La race est reconnue officiellement par la Yougoslavie en 1929, avec la création d'un nouveau haras, sur une base de juments acquises parmi les meilleures de la région, ne montrant aucun croisement oriental dans leurs origines. En 1932, les trois étalons fondateurs de la race rejoignent ce haras : Miško (le plus petit et le plus raffiné), Barut et Agan. Agan et Barut ressemblent au cheval sauvage asiatique. L'objectif de l'époque est de sélectionner un cheval de bât plus lourd que la souche originelle. Tout croisement extérieur est interdit depuis 1933. L'un des principaux centres de reproduction historiques est le Borike Stud, ou Haras militaire de Borique, créé en 1893 et situé près de Rogatica, à d'altitude. Un autre lieu important est le haras militaire de Han Pijesak, qui n'existe désormais plus.

L'État contrôle tous les étalons de l'élevage, tandis que les juments restent privées. À partir de 1945, les croisements extérieurs disparaissent et la sélection tend à l'accroissement de la taille. Ces petits chevaux de montagne se trouvent alors dans de nombreux autres biotopes, dont les plateaux, forêts, plaines et collines, cité par .. Entre les années 1950 et 1990, ce cheval a été disséminé dans de nombreuses régions de Yougoslavie.

Le cheptel entame une décrue importante à partir des années 1970. En 1979, le petit cheval de montagne reste très répandu dans les Balkans : leur nombre dans toute la Yougoslavie est estimé à par la journaliste britannique Caroline Silver. L'élevage est alors toujours étroitement contrôlé par l'État, notamment en matière de sélection des étalons. Cette sélection passe par l'aptitude au bât, les étalons étant testés avec un port de charge de sur environ , distance que certains d'entre eux parcourent en .

Depuis les années 1990

vignette|gauche|Chevaux de montagne de Macédoine du Nord.|alt=Photo en couleurs montrant quatre chevaux bruns de dos

La guerre de Bosnie-Herzégovine fait nettement souffrir la race, avec une grande perte de cheptel (le petit cheval de montagne représentant 70 % des chevaux de la région en guerre), et un effet sérieux sur son programme de sélection et de conservation . Environ la moitié des chevaux de cette région géographique périssent durant le conflit, ou de ses suites.

Le recensement des chevaux de Bosnie effectué après la guerre, en 2002, permet de dénombrer , dont 70 % sont du type des montagnes local. En l'absence d'élevage sélectif sur cette période, les chevaux ont pu être croisés au hasard, et la qualité du cheptel survivant est considérée comme faible. Le testage des étalons prend fin en 2011. Entre 2008 et 2012, le nombre de chevaux du haras de Borike fluctue entre 81 et 96 ; huit lignées de juments et deux d'étalons y sont conservées. Le nombre de lignées de juments poulinières subit un déclin continu. En 2018, ce constat est porté au ministère de l'agriculture de la république serbe de Bosnie afin de le convaincre de lancer un plan d'action pour sauvegarder la race.

En 2008, le département d'agriculture de Macédoine du Nord demande qu'un programme d'élevage soit créé pour toutes les races animales domestiques du pays. En 2015 et 2016, la race du « cheval domestique des montagnes » est caractérisée en Macédoine du Nord, à partir de l'étude de 220 chevaux trouvés dans les régions montagneuses centrales. La majorité des macédoniens recensés en 2016 sont croisés avec des races européennes et avec l'Arabe.

Description vignette|Groupe de Bosniens.|alt=photo en couleurs de quatre chevaux brun noir dans un pré, deux regardent en direction du photographe C'est un petit cheval de type médioligne, très proche de la race Huçul : l'encyclopédie de CAB International le classe comme une variété plus petite de cette dernière race. D'après Martin Haller, il présente le modèle typique du cheval utilitaire d'Europe de l'Est, que Bonnie Lou Hendricks (université de l'Oklahoma) décrit comme un petit cheval compact. La sélection menée dans les haras de Bosnie sur la capacité à porter de lourdes charges (cheval de bât) a laissé des traces sur la morphologie de la race. Bien que souvent nommés « poneys », ces chevaux n'en présentent pas la morphologie.

Taille et poids

La base de données DAD-IS, ainsi que diverses encyclopédies, citent une taille moyenne de chez les mâles comme chez les femelles en Bosnie. Les mesures de référence pour la Serbie sont de en moyenne chez les femelles et chez les mâles. Des mesures de référence ont été prises en 1940 : la moyenne était de , avec des variations allant de à , et un dimorphisme sexuel sensible, les mâles étant en moyenne un peu plus grands.

Les auteurs italiens Maurizio Bongianni (1987) et Gianni Ravazzi (2010) indiquent une fourchette de à ; Martin Haller donne à . L'encyclopédie de référence de CAB International (CABI ; 2016) indique une fourchette de à , le guide Delachaux (2014 et 2016) donne à . Il existe des variations régionales : dans la Romanija Planina, les chevaux sont plus grands et plus forts, atteignant en moyenne d'après CABI. En Herzégovine, ils sont plus petits, atteignant en moyenne à . Ces variations sont attribuées aux différences d'apport de nourriture et de rigueur du climat. En Macédoine du Nord, la taille moyenne des chevaux caractérisés en 2016 est de , une petite taille attribuée à un environnement particulièrement rigoureux.