La candidature de Coluche en vue de l'élection présidentielle française de 1981 apparaît à ses débuts (il l’annonce en ) comme une simple plaisanterie. Elle est cependant prise au sérieux au début de l'année 1981, lorsque des sondages le créditent de plus de 10 % d'intentions de vote. À partir de ce moment, diverses pressions sont exercées sur l'humoriste pour qu'il renonce à se présenter. Il retire finalement sa candidature le .

Contexte Engagé le par Radio Monte-Carlo, Coluche en est débarqué le , par le directeur de la radio Michel Bassi, ex-journaliste du Figaro, qui avait été en 1976 conseiller en communication du président Valéry Giscard d'Estaing.

La décision est annoncée un lundi, après que Coluche a lâché le vendredi précédent (faisant référence au rocher de Monaco.), suscitant un courrier abondant des auditeurs de la radio.

Michel Bassi, directeur de la station, lui avait expliqué à son embauche qu'il n'y avait que deux interdictions : Bernard Pascuito, Coluche, L'Archipel, 2014 . Par ailleurs, le fait qu'il parle de ses seins à l'animatrice en face de lui, . Coluche avait déjà subi les mêmes déboires à Europe 1, en 1979, selon Le Monde. .

RMC précise alors que la promotion de la tournée de Coluche continue d'être assurée sur la radio, qui précise que son assistant, sera dédommagé pour la durée du contrat même s'il n'a été passé qu'oralement. . De son côté, Coluche reconnait et qu'il a pu dire ce qu'il voulait.

Selon les propos de Romain Goupil dans Le Monde quatre décennies plus tard, c'est lui qui aurait alors convaincu Coluche de se présenter à la présidentielle à ce moment-là, « pour dénoncer la farce électorale », mais le livre de Frank Tenaille qui évoque sa rencontre avec Coluche n'en parle pas. Selon le mémoire de fin d’études d'un étudiant en sciences politiques à l'IEP de Lyon, il est .

Coluche était un ami intime et de longue date de Maurice Najman, qui était là le soir où l'idée de la candidature est arrivée. Il est son ami via sa femme Véronique qu'il a connue aux comités d'action lycéenJean-Claude Lamy et Philippe Lorin, Chez Coluche : Histoire d'un mec inoubliable, éditions du Rocher, 2016., dont celle-ci est membre... en terminale au Lycée RodinValentine Pasquesoone, « 1981, la candidature Coluche lance le vote de crise », Slate, 29 mars 2012., rue Corvisart à Paris, dans le arrondissement, avant d'aller étudier la psychologie à Censier. Dès 1969, Véronique est journaliste pigiste aux services culture du Figaro et du quotidien Combat pour qui elle fait un reportage sur le Café de la Gare, qui vient d'ouvrir avec Romain Bouteille et Coluche, avant de revenir, danser avec lui, et être séduiteVéronique Colucci, c'était la maman des Enfoirés, Le Parisien, 7 avril 2018.. Véronique continue à écrire pour Combat sur des sujets sociaux aussi, comme les immigrants portugais de la banlieue, les 21 et Marie-Christine Volovitch-Tavares, Portugais à Champigny, le temps des baraques, 1995, ..

Maurice Najman a ramené, un soir, à la maison de Coluche, rue GazanPhilippe Boggio, Coluche, 1992., Félix Guattari, l'homme de l'antipsychiatrie, qui va ensuite réunir un groupe d'intellectuels pour une pétition de soutien à l'humoriste. Romain Goupil se joint au groupe. Après 1981, il insistera pour que Maurice Najman joue dans son film de 1982, afin d'apporter la caution d'une célébrité de Mai 68, mais ce dernier a catégoriquement refuséSelon Brigitte Pascall.

Coluche évoque sa candidature, sous la forme d'une probabilité, en un paragraphe de trois lignes, à la 31ème ligne d'une interview le dans les pages culture du Monde. : « Je vais probablement me présenter aux élections présidentielles. Comme candidat nul, pour faire voter les non-votants. Mon argument principal sera ne pas être élu ». L'information n'est reprise ni dans le titre ni dans le résumé de l'article. Le journaliste culture, Claude Fléoutier, précise que . L'interview commence par une réponse à Louis Pauwels, , dans le Figaro Magazine dit Coluche. L'humoriste évoque aussi les articles de presse sur le passé du probable candidat communiste à la prochaine présidentielle : .

Avant l'annonce Son assistant technique pour l'émission de RMC, Romain Goupil, qui avait filmé la campagne présidentielle d’Alain Krivine en 1969, lui suggère de se présenter à l'élection présidentielle française de 1981 afin que personne ne puisse le censurer. Initialement, selon Goupil, « c’était une farce, une énorme farce ».. Pendant plusieurs mois, avec Romain Goupil et son régisseur et factotum Jean-Michel Vaguelsy, il prépare son programme.

La campagne vignette|Le député européen Marco Pannella et Coluche le au Parlement européen de Strasbourg. Lancement Revêtu d'une veste queue-de-pie sur sa salopette et d'une écharpe tricolore, sa déclaration de candidature « bleu-blanc-merde » traduit le ton qu'il veut donner à cette campagne, . Quelques heures avant la conférence de presse, il publie sa profession de foi dans une affiche, réplique de celle de l'appel du 18 juin, et qui est imprimée et diffusée dans Charlie Hebdo.. Il la lit lors de sa conférence de presse :

Il lance également son slogan de campagne : ..

Coluche se jette dans la campagne avec ardeur, bientôt soutenu par son manager Paul Lederman sous la bannière de la dérision et patronné par Cavanna en tête et l'équipe d'Hara-Kiri (dont Gébé)Promu « organe officiel du futur gouvernement », Charlie Hebdo titra en couverture : .

Il sera le « candidat nul », avec pour tout programme « d'emmerder la droite jusqu’à la gaucheDans Le Matin de Paris, Catherine Clément évoque ».

Au début, beaucoup croient au canular et au coup médiatique. Coluche s'étant pris ensuite au sérieux, sa candidature se transforme d'un canular en bouffonnerie. qui conteste le système établi, prenant une teinte populiste : , proclame-t-il..

Les sondages L'humoriste pourrait avoir 10 % des intentions de vote dans un « sondage-test » de la Sofres, non diffusé, selon une rumeur surgie dès la mi-novembreFabien Roland-Levy, « Les sondeurs vont devoir pêcher le Coluche », Libération, 15 novembre 1980., juste après le lancement de sa candidature. Ceci amène Le Nouvel Observateur à sonder ses propres lecteurs lors d'un numéro consacré à « La France de Coluche »« Pour ou contre Coluche », Le Nouvel Observateur, 17 novembre 1980, . avec une interview et un sondage téléphonique suivant lequel 48 % des 500 lecteurs interrogés le trouvent sympathique et 27 % sont disposés à voter pour lui au premier tour, selon une brève reprenant ce panel dans Le Monde du ..

Le premier « vrai » sondage donne au comédien 10 à 12,5 % des intentions de vote. Il est paru le dans le Quotidien de Paris, quotidien de la droite libérale dirigé à cette époque par Philippe Tesson.

Les sondages sont souvent commandés par les grands hebdos mais aussi commentés dans les quotidiens, avec au total une vingtaine d’articles se répartissant pour moitié entre presse quotidienne et la presse hebdomadaire. Le Figaro et L’Humanité ne commenteront aucun de ces sondages, Le Matin y consacre quatre articles, Libération trois et Le Monde deux.

Plusieurs autres sondages le placent quasiment en troisième position, avec 10 à 12 % d'intentions de vote. Ainsi le sondage présidentiel Ifop-Le Point réalisé du au donne : Valéry Giscard d'Estaing 32 % ; François Mitterrand 18 % ; Georges Marchais 14,5 % ; Coluche 11 % ; Jacques Chirac 8 % ; Michel Debré 7 % ; Brice Lalonde 3,5 %..

Interrogé par Libération, Bernard Pons, président du Rassemblement pour la République, le parti de Jacques Chirac, estimera dès les premières rumeurs, alors diffusées par la presse fin novembre, qu'. Le Figaro commande des sondages sur l'élection mais sans jamais, pour aucune de ces études, inclure la possibilité de la présence de Coluche au premier tour.

Parmi les hebdomadaires, L'Express et Le Point incluent Coluche dans leur sondage respectivement jusqu’au et au , dans lesquels il baisse, à respectivement 5 % et 6,5 % des intentions de vote. Le Matin est alors le seul quotidien qui continue à analyser ces enquêtes d’opinions, tout en expliquant qu'il est extrêmement difficile de mesurer l’impact du « candidat-nul »« Le cas Coluche », Le Matin, 8 janvier 1980.Libération et Le Monde ayant abandonné, tout comme l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur.

Le Matin avait été le premier, au début de sa candidature, à commander une enquête à la Sofres montrant que 49 % trouvent Coluche sympathique mais que 20 % seulement approuvent sa candidature.

Les soutiens Des ralliements hétéroclites soutiennent le candidat Coluche : des artistes comme Eddy Mitchell ou Michel Sardou., du poujadiste Gérard Nicoud, leader de la CIDUNATI, au comité d'intellectuels conduit par Félix Guattari, avec parmi eux des sociologues et philosophes reconnus comme Pierre Bourdieu, Gilles Deleuze et Alain Touraine..Pierre Bourdieu dit ainsi : , in Propos sur le champ politique (2000), Presses Universitaires de Lyon, ..

La réunion du 3 décembre Le , la trentaine d'intellectuels qui ont signé à la mi-novembre un appel pour Coluche, sont réunis au café littéraire parisien Le Procope, pour longuement se demander .

Une militante féministe lui reproche lors de cette réunion une blague injurieuse à caractère sexuel contre la candidate de droite Marie-France Garaud, qui a amené Libération à supprimer sa chronique quotidienne, le . Le Monde, qui raconte la réunion du une semaine après, précise que travaillent avec lui ses amis du show-business et du journalisme, , ainsi que , son secrétaire-chauffeur, un cinéaste qui réalisait ses émissions à RMC et .

Un sondage Indice Opinion dans le Quotidien de Paris vient de donner à Coluche, toujours soutenu par Gérard Nicoud, de 10 à 12,5 %et la réunion du a souhaité finalement poursuivre le soutien, mais qu'il axe sa campagne sur des thèmes tels que les prisons, la garde à vue, la police, ou l'armée, pour les dénoncer et mais toujours drôle. Coluche avait déjà donné quelques jours plus tôt une interview au numéro 2 du mensuel Le Soldat, dans laquelle il réclame la suppression du service militaire, afin de Coluche ou la campagne imprévisible, Jean-Yves Lhomeau, Le Monde, 12 décembre 1980..

Le soutien du CIDUNATI et la question des parrainages Gérard Nicoud lui avait déclaré son soutien dès le . Il l'annonce lors de la passation de pouvoir à Pierre Forestier devant le congrès annuel du CIDUNATI, couvert par le journal Le Monde : ., soit les 500 parrainages exigés par la constitution pour être officiellement candidat. Selon la version de Romain Goupil en , ce serait après le sondage du donnant un potentiel de 16 % à Coluche que Nicoud serait venu négocier son soutien en disant .

À la mi-novembre les journaux avaient analysé ce soutien comme utile, parfois avec humour comme la phrase restée célèbre du journaliste Guy Sitbon dans le Nouvel Observateur, du : « Guattari et Nicoud derrière Coluche : la réconciliation du hash et du beaujolais »Guy Sitbon,« La France de Coluche », Le Nouvel Observateur, 17 novembre 1980, , ..

Deux mois et demi plus tard, le , le successeur de Nicoud à la tête du CIDUNATI, Pierre Forestier a du nouveau : il dément les propos de Coluche disant compter sur le soutien du CIDUNATI pour réunir les cinq cents parrainages d'élus.