vignette|redresse=1.5|Diagramme simplifié représentant une coupe transversale de l'émail ( en anglais) et de la dentine (). La carie résulte d'une altération du processus dynamique de (dissolution puis reprécipitation des cristaux d'hydroxyapatite HA)., pouvant aboutir à la formation de cavités (processus de cavitation)Les bactéries cariogènes de la plaque dentaire métabolisent par fermentation les glucides alimentaires. Les déchets produits sont des acides organiques qui baissent le pH local, ce qui entraîne une dissolution acide interprismatique puis intraprismatique des cristaux d'hydroxyapatite (déminéralisation en surface de l'émail : lésion cavitaire de la figure 1), et secondairement une dissolution des cristaux de la dentine péritubulaire puis intertubulaire (figure 2). La phase de reminéralisation est un processus naturel de réparation par reprécipitation des lésions carieuses initiales, qui se déroule principalement entre les repas. Le pouvoir tampon de la salive induit une remontée du pH buccal qui conduit au dépôt des cristaux ayant été dissous, selon trois schémas distincts (restauration de cristaux partiellement dissous, formation de nouveaux cristaux ou croissance des cristaux résiduels). Cf .. La , ou simplement , est une maladie infectieuse de la dent, qui se manifeste par une lésion de l'émail, du cément ou de la dentine, voire de la pulpe. Elle est très souvent noire et forme un creux dans la dent.
Chez la plupart des mammifères, la carie témoigne d'une santé générale dégradée ou de carences alimentaires. Chez l'homme, la carie est une maladie courante fortement liée à l'alimentation.
Historique Chez l'être humain, la carie serait apparue au cours de l'époque néolithique : à la suite de la sédentarisation associée à la domestication des céréales, le changement de régime alimentaire dû à la consommation des farines aurait permis son apparition. Les dents humaines datant de cette période mais appartenant à des populations vivant encore de la chasse et de la cueillette (y compris de baies sucrées) ne sont pas atteintes par des caries. Les caries sont fréquentes dans certaines populations médiévales, ainsi l'étude des tombes des alentours du à Varnhem (Suède) révèle qu'une majorité des adultes était atteinte de caries..
À la fin des années 1600, grâce à l'un des premiers microscopes, Antoni van Leeuwenhoek décrit des micro-organismes (« très joliment en mouvement ») provenant de l'intérieur de sa bouche.
Au , le chirurgien Antoine Lambert pense que les cavités noirâtres des dents gâtées sont une conséquence de la fissuration de l'os, contusion et perte d'humidité, ou par la formation d'un phlegmon ou d'un abcès dans la substance interne de l'os.. Jusqu'à la fin du , on reste persuadé que les caries sont dues aux facteurs invoqués par Lambert ou creusés par des vers..
Reprenant les travaux de Pasteur qui découvre dans les années 1850 que les fermentations sont l'œuvre de micro-organismes, le dentiste américain mène des études microbiologiques sur la flore buccale qui le conduisent à publier en 1890 sa théorie chimico-parasitaire de la carie (origine chimique et bactérienne des caries dentaires)..
En 1924, un dentiste anglais (J. Kilian Clarke) observe que la bactérie Streptococcus mutans, retrouvée dans les solides biofilms au contact de l'émail dentaire, qui apprécie les sucres alimentaires et qui acidifie son milieu, semble responsable des caries. Au début des années 1960, S. mutans est souvent considéré comme la cause de la carie, ce qui explique que dans les années 1970, on teste un vaccin contre la carie, créé à partir de cellules bactériennes entières.
Les menées entre 1945 et 1953 sont la première étude interventionnelle qui montre le lien entre la consommation de sucre et l'apparition de caries. Selon cette étude controversée, tant sur les plans éthique que déontologique , la quantité totale de sucre ingéré est un facteur de cariogénicité (effet cariogène) moindre que la fréquence sous laquelle le sucre est consommé et du type d'alimentTexture de l'aliment (collant ou non), forme de l'aliment (solide ou liquide). ingéré.. Dans les années 1960 et 1970, d'autres études observationnelles confirment ce lien..
Les microbiologistes constatent ensuite que les dommages gingivo-dentaires résultent en réalité d'une synergie d'actions entre différents microbes. La carie est alors considérée selon la « représentation de Miller », comme : une maladie infectieuse à germes spécifiques transmissibles. Les bactéries Lactobacillus acidophilus et Streptococcus mutans seraient les responsables de la formation de la carie ; principalement induite par une substance cariogène : le sucre ;
Peu à peu, l'exploration du microbiome buccal et laisse envisager de nouvelles manières d'utiliser la communauté microbienne buccale au profit d'une meilleure santé.
L’intégration de l’intelligence artificielle (IA) en odontologie pédiatrique peut aussi aider à prévenir et gérer la carie précoce de l’enfance, via l’apprentissage automatique appliqué aux radiographies et photos intra‑orales, qui améliorent fortement la précision dans la détection des caries, tandis que des algorithmes prédictifs identifient les enfants à haut risque (à partir de données démographiques, comportementales et génétiques). Des applications pour smartphone comme AICaries, qui a obtenu un score SUS de 78,4 dans une étude mixte auprès de dyades parent‑enfant défavorisées, montrant une bonne acceptation et une utilité pour le dépistage à domicile et l’éducation bucco‑dentaire, mais nécessitant une validation externe sur des échantillons diversifiés pour confirmer son efficacité.. L'IA peut enfin optimiser les soins et à personnaliser les stratégies thérapeutiques, notamment dans les zones sous‑dotées en dentistes et équipements ORL. Mais selon Prajna P. Nayak (2025), dans un contexte encore peu régulé, des biais persistants existent dans les jeux de données, avec aussi des risques pour l’équité, la discrimination et la vie privée, ainsi que l’absence de régulation ; des recherches interdisciplinaires et de politiques fondées sur des preuves sont nécessaires pour garantir une mise en œuvre sûre et équitable de l'IA en dentisterie..
Facteurs étiologiques vignette|285x285px|Carie dentaire La formation de la carie, affectant la santé buccodentaire, est avant tout due à de multiples facteurs endogènes :
Les facteurs déterminant l'équilibre (et le déséquilibre) du biofilm sont : les bactéries elles-mêmes. Toute bouche possède une flore bactérienne. Celle-ci peut comporter plusieurs centaines d'espèces, variables d'un individu à l'autre ; le régime et la fréquence d'absorption des intrants : régime alimentaire, alcool, cigarette, médicaments… le système salivaire de l'hôte ; le système immunitaire de l'hôte. Les importances relatives et les interactions entre tous ces facteurs ne sont pas encore entièrement comprises.
La formation de la carie débute lorsqu'un déséquilibre dans le biofilm permet à certaines bactéries de se reproduire plus vite. Une fois que la proportion de ces populations a atteint un seuil critique la maladie peut se développer. Les bactéries impliquées dans le phénomène sont présentes dans le biofilm à l'état sain. Elles participent à son équilibre et ne sont pas des agents pathogènes à détruire préventivement, d'où l'abandon de l'idée d'un vaccin.
Certains des facteurs pouvant rendre le biofilm propice à la formation de caries semblent être identifiés : génétiques ; la prise de tabac, l'alcool ; la prise de certains médicaments, par exemple ceux entraînant une diminution de la sécrétion salivaire ; certains changements d'habitudes alimentaires ; les facteurs socio-économiques et psychosociaux de l'hôte.
Des études indiquent un lien entre une carence en vitamine D et la formation de caries. Les enfants atteints de rachitisme ont de graves problèmes de caries dentaires.
Sucre Le sucre constitue un élément déterminant dans la formation des caries.
Certaines études indiquent que le sucre ne devrait plus être considéré comme le seul responsable de la carie : la relation sucre/carie serait moins importante lors de la prise de fluoride. Ces études sont néanmoins à prendre avec précautions, certaines d'entre elles pouvant être soupçonnées de partialité due à leur lien (en particulier financier) avec l'industrie sucrière, d'autres études récentes consolidant bel et bien le lien entre consommation de sucre et apparition de troubles de la santé, en particulier dentaire.
Selon une étude de 2014, il existe une relation log-linéaire robuste entre les caries et la consommation de sucre. Une consommation de sucre induit un coût important en soins de caries. Selon cette étude, les objectifs de santé publique doivent fixer des apports en sucre idéalement inférieur à 3 % de l'apport en énergie total et ce même lorsque le fluor est largement utilisé.
Il a été constaté que lors de la Seconde Guerre mondiale le taux de carie dentaire a chuté. Probablement en raison des pénuries d’aliments riches en sucres. Les analyses en temps de guerre confirment l'étroite corrélation entre la disponibilité du sucre et la prévalence et la gravité des caries dentaires. Cela a été observé en Norvège, au Japon, au Royaume-Uni et en Europe en général pendant et après la Seconde Guerre mondiale mais aussi plus récemment en Irak pendant les sanctions de l'ONU.
Les données nationales les plus complètes proviennent cependant de Takeuchi au Japon où, avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale, les niveaux de sucre par habitant sont passés de 15 kg par an à 0-2 kg, puis sont remontés à 15 kg par an sur une période de 11 ans, ce qui a permis d'analyser l'impact du sucre sur la carie dentaire. Les études ont montré une relation claire entre la consommation moyenne de sucre et les caries dentaires ayant évolué vers la cavitation.
Symptômes vignette|Caries à un stade avancé (sur sup. et inf.).
Les premiers signes peuvent apparaître une fois que la carie a atteint la dentine. Mais parfois la douleur ne survient que très tardivement, ou même jamais. C'est pourquoi il est vivement conseillé de ne pas attendre d'avoir mal pour consulter un dentiste.
Douleurs au froid et au sucré signalent le plus souvent une carie active ou une dénudation du collet dentaire, qu'il est urgent de faire traiter. Douleurs au chaud ou à la pression signalent généralement une reprise de carie sous une obturation qui a évolué discrètement et a provoqué la nécrose de la dent concernée. Dommages visibles : initialement tache blanche (pas toujours très visible). Une tache marron (plus ou moins foncée) signale une carie ancienne, reminéralisée, qui n'est plus active. Lorsqu'on remarque un trou dans la dent, la carie est déjà avancée ; la dent risque de devoir être dévitalisée.
Classification Greene Vardiman Black a proposé ce qui a plus tard été appelé la Classification de Black des lésions carieuses, toujours utilisée aujourd'hui, une seule catégorie ayant été ajoutée à son système originel de classification. Il y a 6 classes : vignette|350px|Classification des restaurations de GV Black Classe I : caries affectant les puits et les fissures du tiers occlusal des molaires et des prémolaires, des deux tiers occlusaux des molaires et des prémolaires, et de la partie linguale des dents antérieures. Classe II : caries affectant les surfaces proximales des molaires et prémolaires. Classe III : caries affectant les surfaces proximales des incisives centrales, des incisives latérales et des cuspides sans toucher les angles incisifs. Classe IV : caries affectant les surfaces proximales, y compris les angles incisifs des dents antérieures. Classe V : caries affectant le tiers gingival des surfaces faciales ou linguales des dents antérieures ou postérieures. Classe VI (non décrite par Black, ajoutée en 1956 par W. J. Simon) : caries affectant les pointes des cuspides des molaires, prémolaires et cuspides.
Prévalence