Le terme d'économie sociale stricto sensu fait référence à l'approche qui délimite historiquementComme l'indiquent Amandine Barthélémy et Romain Slitine dans leur ouvrage Entrepreneuriat social, Vuibert 2012 : "la notion d'économie sociale est née à la fin du et s'est progressivement structurée sous l'impulsion de deux courants : le socialisme utopique, avec le mouvement ouvrier, et le catholicisme social". Par ailleurs, dans le mouvement coopératif et syndical agricole, un courant porté par la noblesse de l'Ancien Régime et le clergé a même été très influent à la fin du et durant la première moitié du - sans être un mouvement politique. le secteur en fonction du statut juridique des organisations : dans cette approche, l'économie sociale désigne les associations, coopératives, mutuelles, fondations, fonds de dotation, indépendamment de leur objet social ou activités.
Les organisations de l'économie sociale adhèrent à des principes fondateurs, parmi lesquels. : la recherche d'une utilité collective, l'absence ou la limitation de la lucrativité (bénéfices réinvestis au service du projet collectif), une gouvernance démocratique (primauté des personnes sur le capital : « 1 personne = 1 voix », implication des parties prenantes)...
Plus floue, l'« économie solidaire » peut être considérée comme le résultat d'un mouvement qui s'est affirmé dans les années 1990, se définissant plus par la finalité de l'organisation, parfois ses activités et sa gouvernance, indépendamment de son statut : commerce équitable, insertion par l'activité économique, etc. Le terme solidaire tend à caractériser une forme de réciprocité, prioritaire sur les principes du marché et de la distribution. Elle se définit d'une façon politique, comme l’ensemble des activités de production, d’échange, d’épargne et de consommation contribuant à la démocratisation de l’économie à partir d’engagements citoyensFraisse Laurent, Guérin Isabelle, Laville Jean-Louis, « Économie solidaire : des initiatives locales à l'action publique. Introduction », Revue Tiers Monde 2/2007 (), URL : www.cairn.info/revue-tiers-monde-2007-2-page-245.htm. DOI : 10.3917/rtm.190.0245..
Définition et inscription dans l'économie Principes de l'économie sociale L'économie sociale se compose des activités économiques exercées par des sociétés, principalement des coopératives et des mutuelles, ainsi que par des associations. Elle a sa propre éthique, qui se traduit par les principes suivants : un statut privé, la primauté de l’humain sur le capital, un secteur économique à part entière qui œuvre sur le marché mais avec ses principes propres, l’indivisibilité des réserves : patrimoine collectif et impartageable, une finalité explicite au service de la collectivité : intérêt général et utilité sociale (inscrite dans les statuts de l'entreprise), un ancrage territorial des entreprises, .
Les formes de l'économie sociale L'économie sociale est constituée par les organisations qui la composent, qui ont traditionnellement des statuts associatifs, coopératifs ou mutuellistes. L’économie solidaire se définit plus que l'économie sociale par la finalité de ses activités, et revendique des nouvelles formes de gouvernance remettant en cause celle - plus figée - de l'économie sociale traditionnelle. On peut inclure dans ces nouvelles initiatives plus récentes les associations pour le maintien d'une agriculture paysanne (AMAP)
L'économie sociale comme secteur thumb|Matrice situant l'économie sociale Les économies peuvent être considérées comme ayant trois secteursComment entreprendre autrement août 2007.. : le secteur privé lucratif, composée d'organisations actionnariales appartenant à des individus, motivées par l'esprit d'entreprise individuel, une gestion patrimoniale des biens et/ou la recherche du profit ; le secteur public, détenu par l'État ou par les collectivités territoriales ; le secteur privé non lucratif (association loi de 1901, fondation…), parfois appelée l', qui peut se définir en creux par rapport à ces deux premiers secteurs : il n'est pas public mais privé et n'appartient pas à un nombre limité d'actionnaires comme parfois le sont les sociétés du secteur privé lucratif. Par conséquent, il désigne un large éventail de groupes de bénévoles ou communautaires et d'activités sans but lucratif.
Parfois, il est fait également référence à un quatrième secteur, l'économie informelle, où les échanges informels ont lieu entre la famille et les amis, entre membres d'une famille ou entre membres d'un groupe d'amis.
Entrepreneuriat social Le mouvement de l'entrepreneuriat social dialogue avec la notion historique d'« économie sociale et solidaire » afin d'en ouvrir le champ progressivement aux « entreprises à finalité sociale ou sociétale à lucrativité limitée ». De fait, cette notion aborde le champ social par la finalité de l'organisation et l'efficacité des moyens, les modalités de la gouvernance étant des aspects secondaires. Il faut noter que la notion d'entrepreneuriat social est anglo-saxonne, alors que celle d'économie sociale fait référence à la vision latine du concept d'innovation sociale. En France depuis 2010, le Mouvement des entrepreneurs sociaux fédère les entrepreneurs sociaux et promeut l'ESS comme une solution pour un développement durable.
Le Benefit corporation qui existe depuis 2010 aux États-Unis et est définie dans 30 États américains (et dans d'autres pays comme l'Italie), partage certains objectifs avec l'ESS tout en s'en distinguant ; ce sont des entreprises à but lucratif mais une législation particulière leur est appliquée.
Personnalités de l'économie sociale
La théorisation de l'économie sociale a mobilisé depuis l'origine des personnalités aux inspirations très diverses, de la religion (catholicisme social, par exemple) à la politique (critique marxiste du capitalisme) en passant par la philosophie (humanisme, personnalisme…). Les argumentations se développent donc sur le plan moral, économique et politique – avec une tendance parfois à être plus normatif qu'analytique.
Cependant, Charles Dunoyer publie en 1830 un Traité d’économie socialeCharles Dunoyer, Traité d'économie sociale sur Gallica., et Louis-Gabriel Du Buat-Nancay Éléments de la politique, ou Recherche des vrais principes de l’économie sociale. semblent les premiers à avoir utilisé le terme d'économie sociale.
Théories pionnières L'économie sociale s'inscrit dans la lignée de pratiques très anciennes, apparues dès le Moyen Âge (guildes, confréries, compagnonnages, associations ouvrières, patronages).
À la suite de la loi Le Chapelier en 1791 et de l'arrivée de la révolution industrielle, de nombreux mouvements sociaux et théories économiques apparaissent.
Socialisme utopique Robert Owen Charles Fourier Saint-simonnisme Claude-Henri de Rouvroy de Saint-Simon Barthélemy Prosper Enfantin
Enfantin critique l'approche d'Adam Smith sur le plan méthodologique. Là où Adam Smith a une approche naturaliste qui explique l'économie uniquement par des comportements individuels « naturellement » égoïstes, Enfantin propose une méthode historique qui voit en premier la société comme responsable des comportements et non les individus. Le libéralisme étant fondé sur l'égoïsme, il mènerait pour Enfantin au désordre social en détruisant les liens sociaux.
D'un point de vue moral, la division en classes qui oppose travailleurs et capitalistes est injuste car les capitalistes peuvent consommer sans travailler. Pour Enfantin, cette division est aussi inefficace car les travailleurs ne sont pas incités à améliorer leur travail car le gain va au capital.
Collectivisme Pierre Buchez (créateur de la coopérative des Bijoutiers en doré, en 1828)
Réponse des théoriciens libéraux Charles Dunoyer Frédéric Bastiat
Ni libéraux, ni marxistes Pierre-Joseph Proudhon Léon Bourgeois
Théories de la coopération Charles Gide Marcel Mauss Edgard Milhaud Pierre Kropotkine : L'Entraide, un facteur de l'évolution Point de vue libéral sur la coopération Léon Walras
Pendant les Trente Glorieuses George Fauquet Claude Vienney Henri Desroche
Approches contemporaines
Analyse néoclassique des associations
Pour l'économie néoclassique, l'existence d'organisations de forme associative n'est pas un objet d'étude central : d'une part, l'économie sociale est, à la suite de Walras, souvent définie comme le champ de la redistribution et de la justice sociale (impliquant généralement l'action étatique à la suite de défaillances de marché) ; d'autre part, cette forme d'organisation relève de la liberté d'entreprise, qui n'est pas leur objet principal, et donc sans incidence particulière sur l'analyse néoclassique des équilibres de marché.
Certains auteurs ont cependant mobilisé le concept néoclassique de défaillance de marché (market failure) pour théoriser l'entreprise associative : dans les cas de défaillance du marché où la relation entre vendeur et acheteur est déséquilibrée par des asymétries d'information en faveur du vendeur (il a plus d'information sur son produit que le client), une forme associative d'organisation est un moyen de rétablir la confiance entre acheteur et vendeur et donc de pallier cette défaillance de marché.. Cependant, ce seul argument ne peut suffire car d'autres solutions existent (droit de la consommation et de la concurrence, certifications de qualité, etc.).
Historique du mouvement coopératif et mutualiste
Au apparaissent les premières sociétés de secours mutuel. En 1844 est créée Équitables Pionniers en Angleterre. En 1847, Friedrich Wilhelm Raiffeisen crée une boulangerie coopérative en Allemagne. En 1884, abrogation définitive de la Loi Le Chapelier qui proscrivait les organisations ouvrières, notamment les corporations des métiers, mais également les rassemblements paysans et ouvriers ainsi que le compagnonnage. Naissance de l'ancêtre de la Confédération Générale des SCOP, la Chambre Consultative des Associations Ouvrières de Production. En 1895, l'identité coopérative est déclarée. En 1901, la liberté d'association est définie en France. En 1921, la Société belge d'Economie sociale était présidée par le baron de Trannoy. En 1947, le statut de la coopération est défini en France. Depuis 2002, l'Organisation internationale du travail (OIT) recommande la structuration coopérative des entreprises pour le travail décent.
L'ESS dans le monde En Europe Poids de l'ESS en Europe Si on prend en compte les organismes d'assurance mutualistes ou les banques coopératives (comme le Crédit agricole en France ou la GLS Bank en Allemagne), l'économie sociale présente une proportion importante des entreprises et des emplois au sein de l'Union européenne.
Les entreprises les plus importantes sont : les coopératives avec 63 millions de membres et plus de 370 milliards d'euros de chiffre d'affaires ; les mutuelles de santé respectant le Code de la mutualité, avec 18 millions d'adhérents et 38 millions de personnes protégées. ; les 25 millions de familles couvertes par des mutuelles d'assurance pour un chiffre d'affaires de 40 milliards ; les 40 millions d'adhérents et 3 millions de salariés animant des associationsSource : Commission Européenne (4 mars 1993)..
Selon le rapport de Rafael Chaves et José Luis Monzón (CIRIEC) intitulé « L'économie sociale dans l'Union européenne » (publié fin 2007 par le Comité économique et social européen, N°CESE COMM/05/2005), les coopératives, les associations et les mutuelles (ainsi que les structures assimilées) comptaient, en 2002-2003, soit 6,7 % du volume total de l'emploi salarié dans l'Union européenne à 25. Dans l'UE à 15, ce taux est de 7 %. L'étude a été actualisée en 2012..
Influence de la législation européenne