Lopération Red Wings (« Ailes rouges », en référence aux Red Wings de Détroit) est une opération de contre-insurrection menée par quatre membres des SEAL Delivery Vehicule Team 1 et 2 (SDVT-1 et SDVT-2) détachés au SEAL Team 10., le , contre les Talibans de la province de Kounar en Afghanistan. Ces derniers, à cette occasion, infligèrent à l'armée américaine sa défaite alors la plus coûteuse en vies humaines depuis le début de la guerre. Trois des SEAL sont tués durant l'opération initiale, ainsi que 16 militaires américains des Special Operations Forces dans le crash de leur hélicoptère alors qu'ils tentaient d'aider les hommes au sol. Marcus Luttrell fut le seul survivant américain grâce notamment à la protection offerte par des villageois locaux.
La mission (27 au 28 juin)
L'équipe des SEAL était commandée par le lieutenant Michael P. Murphy (guetteur et chef de section) et composée de (guetteur et opérateur radio), Marcus Luttrell (sniper et médecin) et Matthew Axelson (sniper et éclaireur) avec pour mission de capturer ou tuer , un leader taliban à la tête d'un groupe de . responsable d'attaques mortelles à l'explosif contre des Marines et surnommé les « Tigres des montagnes ».
La mission fut reportée par deux fois mais reprit le . Dès le débriefing, les commandos eurent un mauvais pressentiment : le terrain sur lequel ils doivent évoluer est escarpé et il y a nul endroit où se dissimuler.
Après une insertion nocturne réussie depuis un CH-47 Chinook, les quatre hommes se mirent en route pour une course de plus de 6 km sur un terrain en pente sous un ciel noir humide et glacialContrairement à ses trois compagnons plus agiles et plus légers, Luttrell n'avait pas le pied montagnard, et les évènements qui allaient suivre n'allaient surement pas arranger les choses pour lui .. Trempés et couverts de boue, ils débouchèrent sur zone en haut d'une falaise, totalement à découvert. La ligne de crête faisant un coude, Axelson jugea bon de couper en ligne droite en redescendant vers la vallée avant de remonter à nouveau. Finalement et après 7 heures de marche exténuante, les SEALS prirent position à 25 m en contrebas du sommet, un escarpement rocheux parsemé de quelques arbres.
Dietz prit contact avec le QG mais le village de leur cible était hors de portée visuelle, masqué par les arbres alors que l'aube approche. Murphy fit repartir l'équipe pour un point plus bas mais la brume les enveloppa. L'officier amena alors Axelson pour trouver un meilleur endroit et tous deux revinrent au bout d'une heure. Il en fallut une deuxième pour que tout le groupe rejoigne leur nouvelle position, située à moins d'un kilomètre : un piton rocheux à l'extrémité de la crête avec une vue imprenable sur le village ; toutefois, l'endroit n'offre aucun moyen de repli.
Tapis immobiles en pleine chaleur, les commandos attendent patiemment que leur cible se montre. C'est alors que Luttrell et Axelson sont soudainement surpris par trois éleveurs de chèvres qui sont immédiatement mis en joue. Murphy et Dietz les rejoignirent et les bergers clamèrent malgré le regard de haine des deux adultes, l'autre étant un enfant de 14 ans. Dans l'impossibilité de confirmer leurs intentions hostiles ou non., Murphy demanda une première fois à ses hommes ce qu'ils devaient faire d'eux. Axelson pense qu'il faut les tuer, Dietz ne s'exprime pas mais fera ce qu'il faudra, et Luttrell pense de même mais souhaite l'avis de Murphy. Ce dernier est réticent et craint une bavure militaire. Dietz tenta alors de prendre contact avec la base, en vain. Axelson et Dietz restèrent sur leur décision et Murphy la sienne, incitant Luttrell à voter comme son chef : les trois bergers sont donc libérés. Jusqu'à la fin de sa vie, Luttrell regrettera sa décision.
Conscients qu'ils sont maintenant en danger, les SEALS opèrent une retraite jusqu'au sommet, puis jusqu'au point d'arrêt précédent, hors de vue du village, leur meilleure position de défense jusque là. Encore une fois, il leur fut impossible d'établir le contact radio. Ils décidèrent donc ne plus bouger et de faire profil bas, en attendant de reprendre la mission. Ils sont à flanc de montagne dont la falaise se dresse derrière eux à pic. 1h30 après avoir libéré les bergers, la tension nerveuse se dissipe quelque peu et les hommes se reposent. Mais dix minutes plus tard, ils repèrent entre 80 et 100 talibans armés de AK-47, certains armés de lance-roquettes, alignés le long de la crête en surplomb.
Le combat (après midi du 28 juin) thumb|150px|left|Seul membre du SDVT-2, le premier-maître fut touché à cinq reprises avant de périr l'arme à la main. Il avait 25 ans. Les insurgés mettent alors très vite en place une attaque organisée sur les flancs et d'en haut, ne laissant aux Américains comme seule que la pente escarpée. Luttrell ouvre le feu le premier et les Talibans arrosèrent alors les Américains qui répliquèrent. Axelson garda le flanc gauche tandis que Murphy tirait au-dessus de Luttrell. Dietz ne tire que d'une main tout en essayant de faire fonctionner la radio de l'autre pour contacter la base aérienne de Bagram. Les Talibans tombent sous les balles les uns après les autres mais d'autres arrivent continuellement en renfort.
Leur situation devenant intenable, Murphy ordonne alors à l'équipe de dévaler la pente raide. Après une dégringolade que Luttrell estime entre , l'homme est vivant mais salement amoché et a perdu presque tout son matériel, excepté son arme et ses munitions. À côté de lui, le lieutenant Murphy est tout aussi blessé avec en prime une balle dans le ventre. Les roquettes fusèrent aussitôt et les deux hommes prirent position sous deux troncs d'arbres pour riposter face aux Talibans qui empruntaient à leur tour la pente. Axelson déboula peu après et rejoignit ses deux compagnons. Jusque là, les tirs n'avaient jamais cessé des deux côtés. Dietz dégringola à son tour mais fut assommé sous le choc. Luttrell et Murphy le ramenèrent à l'abri couverts par Axelson. Dietz avait le pouce droit sectionné par une balleLuttrell avait reçu une formation d'infirmier, mais comme il avait perdu tout son matériel médical lors de sa chute, il se retrouva dans l'impossibilité de soigner ses compagnons ., mais il reprit sa place au combat et tint le flanc gauche avec Murphy et Axelson, tandis que Luttrell s'occupait du droit moins menaçant.
Malgré la résistance des Américains, les Talibans continuent de se montrer en nombre et à les pilonner. Seule solution, replonger à nouveau pour atteindre le village en contrebas qui se trouve en terrain plat. Murphy donna l'ordre et le groupe dévissa une nouvelle fois, cette fois sur une dizaine de mètres et atterrirent sur un terrain plus plat. Ils se dispersèrent et engagèrent à nouveau l'ennemi, allant d'un rocher à l'autre. Dietz fut touché une nouvelle fois dans le dos mais continua de tirer malgré le sang qui coulait de sa bouche. C'est alors qu'un troisième tir l'atteignit au cou. Il se redressa, désormais incapable de parler, mais se remit à faire feu... Luttrell en eut les larmes aux yeux.
Le pilonnage ne diminuant pas, Murphy ordonna un nouveau repli. Axelson et Luttrell s'élancèrent en premiers, couverts par Murphy et Dietz. Dans sa chute, Luttrell se retrouva coincé sous un tronc d'arbre mais une roquette providentielle l'en délogea. 40 minutes interminables se sont déjà écoulées depuis le début des combats et des dizaines de Talibans continuent de se jeter dans la bataille. Dietz souffrait énormément et fut touché une nouvelle fois au cou. Luttrell courut à découvert et le traina comme il pût par l'épaule. Derrière lui, son compagnon continuait toujours pourtant de tirer… Les deux hommes sont alors très vulnérables et mis en joue par un Taliban, mais Axelson les sauvera in-extremis de deux tirs en pleine tête. Les quatre hommes veulent toujours en découdre, y compris Dietz pourtant mal en point. Axelson fut à son tour touché au ventre ; il se redressa pourtant et se remit à tirer.
Murphy opéra une nouvelle retraite avec Axelson, suivis de Luttrell aidant Dietz à marcher en l'encourageant. C'est à ce moment-là qu'un cinquième tir toucha Dietz à la tête et le tua. Luttrell le tira encore sur cinq mètres avant de le lâcher à contrecœur sous les balles des AK-47 toujours en action. Il parvient à rejoindre ses deux autres compagnons, mais les Talibans tiraient maintenant depuis le bas. Fatigués et choqués par la mort de leur frère d'arme, les trois SEALS restants sont prêts à se battre jusqu'à la mort. Après un tir de barrage de roquettes raté, l'ennemi se rapprocha inexorablement et Murphy fut une seconde fois touché en pleine poitrine, avant qu'Axelson ne soit atteint à son tour en plein visage. En dernier recours, Murphy se déplaça en espace découvert et passa avec succès un appel de secours avec son téléphone mobile. thumb|150px|left|Le quartier-maître Matthew Axelson était l'un des deux snipers du groupe. Son corps sera découvert à quelques centaines de mètres du lieu indiqué par Luttrell, avec deux de ses trois chargeurs de pistolet vides. L'officier prit encore une balle dans le dos, se releva néanmoins et pris le temps de remercier la base, avant de revenir en titubant pour continuer à se battre et défendre le flanc gauche. Luttrell demanda à Axelson de se planquer, ce dernier, horriblement blessé sur la partie droite de la tête, ne pouvant presque plus tenir son arme. Assailli de toute part, Murphy demanda de l'aide à plusieurs reprises à Luttrell, posté une trentaine de mètres plus bas. Ce dernier, les larmes aux yeux, fit du mieux qu'il put pour lui fournir un tir de couverture, avant que les cris de son chef ne cessent. Le lieutenant Murphy était mort et quatre Talibans accoururent pour lui tirer encore dessus.
Marcus Luttrell rejoignit alors Axelson planqué dans un trou en train de bander son visage du mieux qu'il pouvait. Ce dernier lui demanda de rester en vie et ses derniers mots furent pour son épouse Cindy. Luttrell resta auprès de lui, refusant de le laisser seul, prêt à mourir avec lui. C'est alors qu'une roquette souffla les deux hommes. On découvrira plus tard qu'Axelson parvint à reprendre connaissance et à avancer, tout en continuant à vider deux chargeurs avec son pistolet sur les Talibans. Ces derniers finirent par l'achever en le criblant de balles dans la tête, comme pour Murphy. Luttrell, lui, se retrouva projeté par-dessus un ravin. Sonné, le pantalon arraché, l'homme se retrouva dans un trou avec la jambe gauche criblée d'éclats métalliques, outre le visage amoché, le nez, le dos et l'épaule cassés à la suite des différentes chutes. Vers 13h40, les coups de feu cessèrent pour la première fois, mais les Talibans recommencèrent à tirer à l'aveuglette. Luttrell parvient à ramper sans se faire repérer dans une petite crevasse rocheuse et s'y planquer pendant que l'ennemi fouillait la zone. Le soldat devait rester ainsi 8 h sans bouger.
Échec de l'opération de secours Alerté par Murphy, les SEALS se mirent en branle pour sauver leurs camarades sous les ordres du Lieutenant commander Eric Kristensen. La force de réaction rapide était initialement constituée de seulement deux hélicoptères MH-47D car les autres appareils, notamment les Apaches, étaient occupés dans d'autres combats. Lors de leur arrivée sur place, les deux Chinook furent rapidement pris pour cibles. Un des hélicoptères MH-47D tenta d'insérer les commandos mais une roquette de RPG-7 le toucha au niveau du réservoir lors de la stabilisation. Plusieurs hommes furent projetés à l'extérieur et l'hélicoptère dévala la pente en flamme, entraînant la mort des 16 soldats se trouvant à bord :
160th Special Operations Aviation Regiment Commandant Stephen C. Reich Adjudant-chef Chris J. Scherkenbach Adjudant-chef Corey J. Goodnature Sergent-chef James W. Ponder Sergent Marcus V. Muralles Sergent Mike L. Russell Sergent Shamus O. Goare Sergent Kip A. Jacoby
SEAL Delivery Vehicle Team 1. Chef Daniel R. Healy