Moïse (hébreu : מֹשֶׁה בן עמרם Moshé ben ´Amram ; grec : ou ; latin : Moyses ; arabe : موسى Mūsā ; araméen syriaque : ܡܘܫܐ Mousha, Moushe) est, selon la tradition, le premier prophète du judaïsme. Moïse apparaît dans le Livre de l'Exode. Il est le personnage le plus important de la Bible hébraïque, recevant la Loi pour le judaïsme, préfigurant Jésus-Christ pour le christianisme et précédant le prophète Mahomet pour l'islam.

Pour les traditions monothéistes juive et chrétienne, Moïse est l'auteur sous inspiration divine du Pentateuque, c'est-à-dire des cinq premiers livres de la Bible, livres qui constituent la Torah juive et sont appelés la « Loi de Moïse » dans ces deux religions. C'est là que sont relatées les histoires de Moïse lui-même, celles des Patriarches et celles du peuple d'Israël. Moïse y apparaît comme le prophète et le guide qui conduit le peuple hébreu hors d'Égypte, où il vivait dans la servitude, après que les dix plaies infligées à l'Égypte ont permis sa libération. Fils d'Amram et de Yokébed, Moïse est le premier personnage à être nommé « homme de Dieu » dans la Bible.

Selon ces traditions, Moïse écrit également « sous la dictée de Dieu » le Décalogue et tout un ensemble de lois religieuses, sociales et alimentaires. En plus de cette idée d'une rédaction mosaïque sous la dictée de Dieu connue comme la , les rabbins attribuent également à Moïse la réception prophétique de la que constituent les commentaires de la Loi codifiés dans la Mishna.

En islam, Moïse est le prophète le plus présent dans le Coran, cité à cent trente-six reprises. Il fait partie des « grands prophètes ». Considéré comme l'un des messagers envoyés par Allah, il annonce le prophète Mahomet. Les récits mosaïques du Coran font référence au Pentateuque et à l'Aggada et proposent aussi des épisodes originaux, insistant sur le parallélisme entre Mahomet et Moïse.

La place précise de Moïse dans la chronologie universelle tout comme son historicité demeurent inaccessibles pour la recherche contemporaine.

La tradition de la rédaction mosaïque de la Torah a été remise en question à partir du , entre autres par Spinoza, puis au par Jean Astruc, qui ne réfutent pas pour autant l'historicité de Moïse. Par la suite, se développe l’école de la critique biblique, étudiant la Bible comme un objet scientifique.

Anthroponymie vignette|redresse=1.2|alt=Gravure stylisée en couleurs. Une femme nue dans un cours d'eau tient un panier. Derrière elle, sur la berge, se tiennent des femmes habillées.|Une des fresques de la synagogue de Doura Europos, datée du milieu du , rappelle le lien explicite entre le nom de Moïse et son étymologie populaire hébraïque : la fille d'un pharaon, entourée de suivantes, sauve des eaux Moïse nourrisson. L'onomastique propose plusieurs pistes concernant l'étymologie du nom de Moïse.

La plupart des linguistes s'accordent sur une origine étymologique égyptienne du nom. Ce mot serait parvenu du latin Moyses, par le grec ancien , lui-même depuis l’hébreu ancien מֹשֶׁה, Mošẹ, tiré de l'égyptien 𓄟, ms (mos, mes).

Ce nom apparaît dans le Livre de l'Exode. Le récit ne fait d'abord mention que de « l'enfant », sa mère ne lui donnant curieusement pas de nom à la naissance. Il faut attendre le final de l'épisode, en Exode 2, 10 dans la Bible Segond, Exode 2:10 dans la Bible du Rabbinat., pour que le rédacteur biblique propose un nom qui, suivant une étymologie populaire hébraïque, grammaticalement fausse, signifierait « tiré des eaux ». Le nom de Moïse, ou Moshé, est mal expliqué dans le texte massorétique, le rédacteur proposant « Car je l'ai tiré des eaux. » Or, Moshé, participe actif de masha (littéralement « tiré de »), signifie au mieux « celui qui tire, tirant » (la syntaxe correcte aurait dû être , « mashuy »), ce qui suggère la difficulté du rédacteur biblique à trouver une racine hébraïque satisfaisante à ce récit étiologique et confirme l'origine égyptienne du nom. Source : Thomas Römer, La naissance de Moïse. Moïse chez les Madianites, Chaire des Milieux bibliques du Collège de France, 13 mars 2014, 19 min 30 s. : la fille de Pharaon découvre sur la rive du fleuve un panier où se trouve un nourrisson. Elle rend le bébé à sa mère, afin que celle-ci continue à l'allaiter. Puis, « quand [l’enfant] eut grandi, [la mère du nourrisson] l'amena à la fille de Pharaon, et il fut pour elle comme un fils. Elle lui donna le nom de Moïse (, MSH, Mosheh ou Moshé), car, dit-elle, je l’ai retiré des eaux » (MSYTHW, Mechitihou).

vignette|gauche|Hiéroglyphe MS (s)|alt= La recherche contemporaine s'accorde sur une origine égyptienne de ce nomCette thèse apparaît à la fin du avant d'être popularisée par Freud ; cf. Jan Assmann, Moses the Egyptian. The Memory of Egypt in Western Monotheism, Harvard University Press, 1977. Voir Recension en ligne, 1998 par Jacques Le Brun, EPHE., en lien avec l'histoire des Juifs en Égypte. Ainsi, l'étymologie hébraïque populaire proposée en Exode 2, 10, qui décrit davantage un état plutôt qu'une identité, ne peut cacher le caractère égyptien du patronyme : Moïse, Môseh en hébreu, constitue la déviation d'un nom très égyptien dont l'affixe -mosé issu de la racine égyptienne mesi/mas/mes (en hiéroglyphe : 𓄟) qui signifie « enfanter » ou de la racine m-s-s signifiant « engendré par », est souvent constitutive de noms théophores que portent soit des grands prêtres égyptiens, soit des pharaons tels que Ptahmosis, Thoutmosis, Ramsès« Le dieu (Ptah, Thot, Râ...) a engendré », cité par . Le nom composé ana(t)mosé, trouvé en Samarie, est construit sur le même modèle, combinant la racine égyptienne avec la divinité cananéenne Anat ; cf. .

Môseh est ainsi probablement une translittération de la seconde partie de ce nom théophore composé, dont la disparition d'une éventuelle première partie désignant une divinité égyptienne a pu résulter d'une censure biblique et dont l'existence du nom court attestée pour d'autres personnages dans la littérature égyptienneUn officier et un contremaître égyptiens sont connus sous ce nom ; cf. . rend l'hypothèse superflue.

Il semble que le rédacteur biblique connaisse bien le sens égyptien du nom de Moïse : avant l'attribution de son nom en Exode 2:10, il le désigne en effet comme yèlèd (« nouveau-né, enfant ») issu de la racine yalad qui est la racine hébraïque équivalente à la racine égyptienne mesi/mas/mesThomas Römer, La naissance de Moïse. Moïse chez les Madianites, Chaire des Milieux bibliques du Collège de France, 13 mars 2014, 19 min 15 s à 21 min 30 s.. Dans son récit, il réalise ainsi, par une réinterprétation tardive, une construction littéraire donnant une étiologie hébraïque au nom de Moïse grâce à un procédé de style, appelé paronomase (jeu de mots qui repose sur les ressemblances graphique et phonétique), avec la racine hébraïque très rare .

La Septante ne peut effectuer cette reconstitution pseudo-étymologique par ce procédé littéraire. Philon d'AlexandriePhilon, De vita Mosis, I, 17 ; cf Clément, Stromates, I, 23, 152 et Flavius JosèpheFlavius Josèphe, Antiquités juives 2, 228 ; Clément d'Alexandrie, Stromates 1, 268) trouvent un autre jeu de mots sur Moïse en l'appelant Môusês : ils rapprochent (en transcription grecque) ce Môusês du nom égyptien mṓu (« eau »), rendant compte par là de la déclaration de la fille du pharaon.

Les différentes formes égyptiennes possibles du nom et leurs significations respectives sont : ms-is/mos-is ou ms-isw/mos-isu (né d'un roseau), ms-SAi/mos-shai (né d'une botte de lin), ms-H/mos-eḥ ou ms-mHy/mos-meḥy (né du lin), mw-sA/mu-sa (fils du Nil), msa/mosa (tiré, accouché), ms-mw/mos-mu (né de l'eau), ms/mos ou msw/mosu (enfant), msy/mosy (enfant de), msi (produire, faire naître), msyt/mosyt (ceux qui sont nés), Ptah-mose (dans le cas de Moïse en tant que surnom). En copte on retrouve les formes ⲙⲱⲩⲥⲏⲥ Mōwses (mwses) et ⲙⲱⲩ̇ⲥⲏⲥ Mōysās..

Récit biblique vignette|redresse=1.2|Moïse sauvé des eaux, huile sur toile de Sébastien Bourdon, vers 1650, National Gallery of Art, Washington. La vie de Moïse décrite dans la Bible se découpe en trois parties de quarante ans, valeurs mythiques (le nombre 120 étant symbole de perfection) fréquemment employés par les rédacteurs bibliques au sujet de la longévité des personnages de la Bible..

Pharaon ayant décidé le meurtre des enfants hébreux mâles, la fille de Pharaon recueille sur la rive du fleuve un panier d'osierCorbeille d'osier (les traducteurs préfèrent le terme de papyrus) qu'elle enduit de bitume et abandonne au fil du fleuve. enduite de bitume et de poix, ce panier correspond au terme hébreu de (« tebah » provenant peut-être de l'égyptien tebat) dont le sens est plus généralement caisse en roseaux et dont l'unique autre occurrence biblique est le mot désignant l'arche de Noé dans le livre de la Genèse ( étant traduit par le latin , « boîte, coffre » dans la Vulgate de saint Jérôme). Ce parallèle rattache l'histoire de la délivrance divine de Moïse à celle de Noé. Source : , . qui flotte et dans lequel est un nourrisson abandonné par sa mère hébraïque qu'elle nomme « Moïse », « sauvé des eaux ». La princesse adopte cet enfant hébreu. Le récit rapporte l'intervention de la sœur du bébé, donc Israélite, allant proposer à la princesse d'aller chercher une nourrice parmi les femmes des Hébreux, le rendant ainsi en fait, le temps de l'allaitement, à celle qui est sa mère biologique.

Plus tard, Moïse constate la misère de ce qu'il ignore être son peuple d’origine et tue un contremaître égyptien qui battait un Hébreu. Il s’enfuit dans le désert et trouve asile auprès de Jéthro (ou Yitro), prêtre de Madian. Moïse prête main-forte aux filles de Jethro et se marie avec l’une d’elles, Tsippora (Séphora). Il mène une vie de berger, « faisant paître ses moutons loin dans le désert ».

Lorsque Moïse atteint l'âge de 80 ans, Dieu se révèle à lui et lui dévoile sa mission : « L’ange de l’Éternel lui apparut au milieu d'un buisson alors qu’il faisait paître les moutons de son beau-père.. Il conduit alors les « Enfants d'Israël » hors d’Égypte, jusqu'à la « Terre promise », le pays de Canaan, sur le seuil duquel il meurt, à 120 ans. »

Jeunesse de Moïse thumb|Moïse défend les filles de Jethro, huile sur toile de Rosso Fiorentino, vers 1523, Galerie des Offices, Florence.

Les parents de Moïse, Amram et Jocabed (hébreu Yokheved), sont tous deux issus de la maison de Lévi (qui sera consacrée plus tard au service de Dieu après l'épisode du veau d'or)Holman Bible Editorial Staff, Holman Concise Bible Dictionary, B&H Publishing Group, USA, 2011, p. 435. Amram est le fils de Qehath et le petit-fils de Lévi. Ils sont de la première génération des Hébreux qui naissent en Égypte. Moïse est donc de la deuxième génération qui voit le jour en Égypte. C'est au cours de cette génération que Pharaon donne l'ordre à son peuple d'éliminer les nouveau-nés mâles et de ne laisser vivre que les filles. Le frère de Moïse s'appelle Aaron.

Après sa naissance (le 7 adar selon la traditionTalmud de Babylone Sotah 12b), sa mère Yokheved cache l'enfant durant trois mois puis l'abandonne dans une corbeille sur le Nil, près de la rive (le 6 sivan). La fille du pharaon (Bithiah — hébreu Batya — dans le midrash), qui se baignait avec des suivantes, trouve l'enfant et l'adopte (inspirée dans ce geste par l’ange Gabriel, selon le midrash), bien qu'ayant immédiatement devinéExode 2:6 dans la Bible du Rabbinat. que l'enfant était hébreuCette capacité de la princesse est étonnante : le midrash Exxode Rabba explique qu'elle l'a vu circoncis : or, les Égyptiens pratiquent partiellement la circoncision et chez les Juifs, la circoncision est un rite de puberté, n'étant pratiqué le huitième jour que tardivement, lors de la rédaction du document sacerdotal de la Torah. Source : Thomas Römer, La naissance de Moïse. Moïse chez les Madianites, Chaire des Milieux bibliques du Collège de France, 13 mars 2014, 13 min 30 s..