Jacques-Pascal Virebent, né le à Toulouse et mort le dans la même ville, fut l'architecte de la Ville de Toulouse de la fin du règne de Louis XVI au but de celui de Louis-Philippe, ce qui lui permit de concevoir un certain nombre de sites aujourd'hui emblématiques du centre de la ville comme la place Wilson, la place du Capitole ou les boulevards et les allées Jean-Jaurès. Il est aussi le fondateur d'une lignée d'architectes et fabricants d'ornements architecturaux de ToulouseJean-Loup Marfaing, in Le Dictionnaire de Toulouse, Loubatières, 2004. Il est enterré au cimetière de Terre-Cabade.
Biographie
Fils de Jean-François Virebent, contrôleur général de la Ville de Toulouse, Jacques-Pascal Virebent étudie comme ses frères (qui deviendront géomètres) les mathématiques puis participe aux cours donnés à l'Académie royale d'architecture de Toulouse, où il est l'élève du chevalier Rivalz (dessin et peinture) et de Labat de Savignac (architecture civile). Il poursuit ses études dans les années 1760 au collège bénédictin de Sorèze dont les méthodes sont alors très novatrices. Puis effectue un voyage en Languedoc et Provence pour "s'approprier les belles formes, l'aspect pittoresque des précieux monuments que notre patrie renferme encore, et les plans, les élévations, les coupes, et surtout les belles aquarelles qu'il rapporta de son voyage (..) fixèrent son goût et donnèrent dans la suite à ses compositions une fermeté, une élégance mâle et sévère, que l'on semblait alors avoir totalement rejetées de l'architecture moderne"Du Mège, Notice sur M. Virebent, et 147. À noter que ce goût du jeune Virebent pour l'architecture romaine est alors tout à fait dans la norme du retour à l'antique qui caractérise l'architecture Louis XVI (qui domine déjà dans les dernières années du règne de Louis XV). La plupart des indications biographiques mentionnées ici sont issues de cette notice élogieuse.. Il effectue aussi un séjour à Paris où il travaille sous la direction d'un méridional comme lui, l'architecte François II Franque, à des projets aux Invalides.
Revenu à Toulouse à la mort de son père, il y est nommé dès 1782 architecte et ingénieur en chef de la Ville. Un poste qu'il occupera presque cinquante ans jusqu'en 1830, un an avant sa mort, et sous les nombreux régimes politiques qui vont se succéder à partir de 1789. Ce sont ces changements qui vont permettre à Virebent, malgré des moyens limités, de marquer la ville de son empreinte: le très complexe jeu des autorités concurrentes qui paralysait toute décision dans la Toulouse d'ancien régime (le conflit traditionnel entre le Parlement et les Capitouls étant arbitré plus ou moins efficacement par le gouverneur, l'intendant et les États de Languedoc représentés ici par l'archevêque) est simplifié par la centralisation révolutionnaire et napoléonienne qui ne laisse plus sur place qu'un préfet et une municipalité aux ordres. Les nouvelles lois (et surtout la possibilité d'expropriations à partir de 1807) donnent en plus à l'architecte des outils dont n'auraient pas osé rêver les urbanistes qui l'avaient précédé. Tenace et patient, entouré d'un réseau familial solide, il impose son style dans de nombreux lieux emblématiques de la ville.
Pendant la Révolution, il aurait selon Du Mège sauvé un certain nombre de monuments de la destruction : les clochers de la Dalbade et des Jacobins, le couvent des Augustins, la statue d'Henri IV et le buste de Louis XIV (par Marc Arcis) au Capitole. Mais il est aussi responsable (au moins en partie) de la destruction du couvent des Grands Carmes et de sa très particulière église.
De ses cinq fils, deux, Auguste et François furent architectes et leur père comptait bien qu'ils prennent sa suite à la mairie puisqu'ils l'aidaient déjà dans ses fonctions depuis les années 1820. Mais c'est son neveu Urbain Vitry qui lui succéda finalement et les fils Virebent (y-compris les 3 autres frères Victor, Sylvestre et Prosper), qui avaient acheté en 1829 le manoir et le terrain de Launaguet, y fondent une briqueterie où ils vont révolutionner la décoration architecturale grâce à la "plinthotomie", un procédé de moulage céramique permettant de créer des ornements jusqu'alors uniquement réalisables en pierre.
Œuvres
Héritier des urbanistes toulousains du (Mondran, Garipuy et Saget), Virebent forma et influença la génération qui lui succéda (Vitry, Esquié), contribuant à créer un style particulier à la ville, adaptant avec souplesse les styles en vogue aux constantes locales. Son grand-œuvre fut la construction de la place Villeneuve (actuelle place Wilson) mais il fut aussi le concepteur d'une grande partie des boulevards et des autres places toulousaines.
Le plan d'alignement Un premier plan d'alignement des rues de Toulouse, mais à trop grande échelle, avait été réalisé à partir du plan de Saget par l'ingénieur Philippe Gleizes à la fin des années 1770. Virebent pousse l'administration municipale à reprendre le chantier et obtient en 1801 un arrêté stipulant "qu'il importe de fixer d'une manière stable et uniforme la largeur à donner aux rues de cette commune (...) au lieu de l'arbitraire et du hasard auquel ils ont jusqu'ici été abandonnés"Cité dans Toulouse, parcelles de mémoire, . La plupart des renseignements architecturaux et urbanistiques sur Virebent viennent de cet ouvrage.. L'arrêté fixe les largeurs à atteindre pour les rues principales (), les rues secondaires () et les petites rues de traverse ().
L'ingénieur Julien Rivet est chargé de dresser le plan général au 1/1000 en deux ans et demi... mais ne le terminera qu'en 1819 car "il n'est pas aisé de saisir, de combiner, d'accorder, d'arrêter toutes les parties du plan général d'alignement d'une ville, dont la superficie est de 90 a 57 ca; qui compte 6500 maisons, 198 îles ou moulons, 330 rues, et principales"Préface au Plan général, cité dans Toulouse, parcelles de mémoire, .. Problème: une instruction ministérielle de 1815 a fixé l'échelle de ces plans au 1/2000... D'où une réduction du plan demandée à Rivet qui livre son travail en 1824. Virebent y fait apposer par son fils Auguste les tracés de ses alignements projetés. Tout est terminé en 1825. Mais on s'aperçoit alors que les plans particuliers des rues ne sont pas au 1/500 exigé par l'instruction de 1815 (mais au 1/125). Virebent doit aller en 1829 à Paris défendre son plan qui est finalement renvoyé par l'administration centrale pour révision: il n'y a pas assez de rues à réaligner et leur largeur est insuffisante. Ces soucis, comme les difficultés du chantier de la place Villeneuve, assombrissent les dernières années de Virebent. Après sa mort, Joseph Vitry (qui avait aidé Rivet sur la première mouture) sera chargé de dresser le plan révisé qui sera finalement ratifié par le roi fin 1842 et restera en vigueur à Toulouse jusqu'aux années 1970.
La place du Capitole
C'est en 1806 que la mairie demande à Virebent de travailler à ce projet. La place est alors constituée par l'espace laissé libre par la destruction de deux « moulons » (pâtés de maisons) médiévaux au . Il s'agit de créer des façades uniformes à l'ouest, au nord et au sud de la place pour s'harmoniser avec la grande façade du Capitole bâtie par Guillaume Cammas de 1750 à 1759. Virebent s'inspire pour ses dessins du style déjà appliqué à côté place Villeneuve (actuelle place Wilson) et inspiré de celui de l'hôtel de Malte, "la plus belle façade qui existe à Toulouse (...), composée d'après le style des beaux palais d'Italie, ceux-ci en effet présentent partout de grandes lignes, des fonds lisses sur lesquels se détachent sans confusion les membres d'architecture dont ils sont ornés, des croisées d'un profil élégant dont les appuis sont souvent continus et liés, partout une simplicité noble et séduisante"Lettre de Virebent au chef de l'exécutif municipal (12 septembre 1810), citée dans Toulouse, parcelles de mémoire, p. 253..
Les premiers travaux ont lieu de 1809 à 1812 côté sud entre la rue de la Pomme et la rue Saint-Rome. Un grand immeuble (celui de l'actuel café Bibent) remplace les façades anciennes liées à l'ancien collège Saint-Martial (qui servait alors de théâtre).
Une deuxième tranche de travaux se déroule de 1823 à 1835 côté nord où un immeuble semblable est édifié entre les rues de Rémusat et du Taur (ancienne librairie Castela).
Virebent avait aussi prévu des acrotères en haut des façades qui seront refusés par la municipalité à cause de leur coûtSelon Du Mège, "Son projet pour la place Royale, exécuté en partie, fut mutilé par le Conseil municipal. Le premier étage devait reposer sur un péristyle qui eût servi de place couverte. Les façades, dont l'architecture est si simple et si noble, devaient être couronnées par des acrotères qui, en embellissant l'aspect de la place, auraient établi plus d'harmonie entre ces bâtiments et le Capitole.".
Le côté ouest, reconstruit de 1850 à 1852, bien après la mort de Virebent, prend quelques libertés avec le dessin de l'architecte (le plan d'alignement qu'il avait prévu est d'ailleurs modifié pour aligner cette nouvelle façade sur celle du Capitole). Le long bâtiment à arcades conçu par Jean Bonnal est un compromis entre le style Virebent et celui des immeubles de la rue de Rivoli à Paris (architectes Percier et Fontaine).
La place Villeneuve (place Wilson)
C'est le chantier le plus long de la période Virebent, celui sans doute auquel il a consacré le plus d'efforts et de passion (son portrait par Roques, juste avant sa mort, le montre tenant le plan de la place) et qu'il ne verra même pas fini. Aujourd'hui, c'est, avec la rue Saint-Antoine du T qui y débouche, le site toulousain qui montre le mieux ses conceptions et sa réussite.
En 1778, les Capitouls, excédés par "les accidents funestes qui mettent en danger la vie des citoyens" causés par les rouliers venant s'acquitter des droits d'entrée en ville dans l'aile nord du Capitole, décident de "faire l'ouverture de la porte dite de Versailles", sans doute l'ancienne porte Villeneuve murée en 1562 après que les protestants l'aient empruntée pour quitter Toulouse à la fin des combats de la "Délivrance". Mais rien n'est fait jusqu'en 1783, quand le jeune Virebent, tout juste nommé architecte de la ville, obtient des Capitouls une délibération ordonnant "de faire ouvrir incessamment l'ancienne porte de Villeneuve en exécutant le devis dressé par le sieur Virebent, directeur des travaux publics". L'ouverture prévue dans la muraille est de 23 toises (). Virebent fait aussi réaliser une maquette de ce premier projet: une double place "intérieure" et "extérieure" (comme celle que Saget vient de réaliser à Saint-Cyprien) avec au milieu une porte monumentale. La muraille est ouverte la même année mais rien n'avance vraiment, sans doute pour raisons financières, jusqu'à fin 1788 (la disette avait donné l'idée à la municipalité de faire faire l'ouvrage par des ateliers de charité) où Virebent réalise un nouveau plan sans doute très proche du projet initial et prévoyant déjà une promenade partant en ligne droite vers le Canal du Midi.