La fièvre d'Oropouche est une maladie infectieuse émergente causée par le virus d'Oropouche (OROV, pour l'anglais Oropouche virus, un arbovirus de la famille des Bunyaviridae), identifié en 1955.

La fièvre d'Oropouche est une arbovirose semblable à la dengue, transmise aux humains par le moucheron piqueur et plusieurs espèces de moustiques à partir de vertébrés sauvages forestiers. Originaire du bassin amazonien, elle survient principalement en Amérique latine. La plupart des patients guérissent spontanément, mais les formes sévères paraissent plus fréquentes.

Depuis 2024, plusieurs cas importés (de retour de séjour en Amérique latine) sont survenus en Amérique du Nord et en Europe.

Historique vignette| gauche| Un assistant de terrain du laboratoire de virologie. , Trinidad, 1959. La fièvre et le virus doivent leur nom à la région du fleuve Oropouche (Trinité-et-Tobago) où la maladie a été décrite pour la première fois en 1955 ; il leur a été donné par le , qui a identifié le virus.

Au Brésil, le virus OROV a été isolé en 1960, à partir du sang d'un paresseux (Bradypus tridactylus) capturé dans la forêt tropicale lors de la construction de l'autoroute Belém-Brasília. Le moustique a été impliqué comme vecteur, car le virus a été retrouvé chez ces moustiques dans la même zone.

De 1960 à 1980, plusieurs épidémies sont survenues en Amazonie brésilienne, dans l'État du Pará (y compris la ville de Belém), avec enregistrés. Depuis les années 1980, les épidémies surviennent dans d'autres régions du Brésil (dont l'État de Bahia(pt) Bahia registra 1041 casos de Febre Oropouche em setembro) ainsi qu'au Panama.

Dans les années 1990, des épidémies sont signalées au Pérou, puis dans d'autres pays (Équateur, Argentine, Bolivie) dans les années 2000.

Agent causal et transmission

L'agent causal est le virus Oropouche (Orthobunyavirus oropoucheense) ou OROV, un arbovirus appartenant à la famille des Peribunyaviridae, du genre Orthobunyavirus, classé dans le sérogroupe Simbu.

C'est un virus à ARN dont le génome comporte trois segments linéaires simple brin, à sens négatif. Ce génome trisegmenté favorise la recombinaison virale, d'où une forte diversité génétique et de grandes capacités évolutives du virus (transmission, extension géographique, virulence).

En milieu urbain et péri-urbain, l'agent vecteur principal est le moucheron piqueur Culicoïdes paraensis, un diptère hématophage de la famille des Ceratopogonidae. Un vecteur secondaire est le moustique Culex quinquefasciatus. On ne connait pas de transmission interhumaine directe de la fièvre d'Oropouche, à l'exception d'une transmission verticale de la femme enceinte au fœtus. vignette|Les marais du fleuve Oropouche (dit aussi fleuve Gaudineau), près de son embouchure dans le golfe de Paria. Le virus se maintient dans la nature en deux cycles de transmission : le cycle forestier et le cycle urbain. Dans le cycle forestier, le virus circule chez des vertébrés sauvages (paresseux, primates non humains, rongeurs, oiseaux…) par l'intermédiaire de moucherons et moustiques hématophages forestiers. Dans le cycle urbain, le virus circule chez les humains et probablement chez des animaux domestiques (données en discussion pour le chien, bétail, poulets…). C'est l'humain qui fait la jonction entre les deux cycles : travailleur forestier s'infectant en forêt (hôte accidentel d'un cycle forestier) et retournant en zone urbaine (hôte amplificateur d'un cycle urbain humain).

Le moucheron Culicoïdes paraensis est présent de l'Argentine aux États-Unis. Il est surtout actif en saison chaude et humide, en s'adaptant aux régions périurbaines. Les larves se développent dans de nombreux habitats : forêt tropicale, rivages des fleuves, trous d'arbre, sols humides et matières végétales en décomposition (banane, cacao…). Il pique de préférence dans les maisons, tard le soir, lors de journées pluvieuses.

Épidémiologie Amériques En Amazonie brésilienne, la fièvre d’Oropouche est la deuxième maladie virale la plus fréquente, après la dengue. Pour la période 1960-2020, on estime qu'au moins 30 épidémies totalisant plus d'un demi-million de cas sont survenus en Amérique Centrale et du Sud.

En 2024, au Brésil, la maladie est présente dans 22 états sur 26, une transmission autochtone s'établissant dans 15 états non-amazoniens. Pour les cinq premiers mois de 2025, le Brésil compte .

La même année, des épidémies sont signalées à Cuba et Barbade, en Guyana et Guyane. Des cas importés sont survenus aux États-Unis (108 cas, de retour de Cuba) et au Canada (2 cas).

Europe En Europe, en Juin 2024, deux premiers cas de fièvre d’Oropouche sont diagnostiqués en Italie sur deux personnes en provenance de Cuba. Il s'agirait . Au , l'Europe compte 30 cas importés dans trois pays : Espagne (21 cas), Italie (6), Allemagne (3).

En France, un cas a été diagnostiqué au retour d'un voyage au Brésil en .

Caractéristiques cliniques La période d'incubation dure de quatre à huit jours.

Formes habituelles 60 % environ des personnes infectées présentent des symptômes : la fièvre d'Oropouche débute par l'apparition d'une fièvre brutale autour de , initialement avec des symptômes généraux semblables à ceux observés dans la dengue, tels que des frissons, des céphalées, anorexie, myalgies et arthralgies et vomissements.

La plupart des patients guérissent spontanément au bout d'une semaine, parfois après une rechute dans les deux semaines.

Des patients peuvent développer des symptômes de méningite, le plus souvent de bon pronostic, guérissant sans séquelles, mais après une période de fatigue et de douleurs musculaires durant deux à quatre semaines.

Formes plus sévères Depuis les années 2020, la maladie tend à se présenter sous des formes plus graves, probablement liées à de nouvelles souches virales réassorties. À Cuba, en 2024, des cas de Guillain-Barré ont été associés à une épidémie de fièvre d'Oropouche où les manifestations neurologiques étaient plus fréquentes et plus sévères. Au Brésil, quatre décès (dont deux jeunes femmes sans comorbidité) sont survenus en 2024 et un au Panama en , alors qu'aucun décès par fièvre d'Oropouche n'avait été signalé auparavant.

Chez la femme enceinte, des cas d'atteintes fœtales ont été constatées lors d'infections par virus d'Oropouche (avortement spontané, malformations, mort fœtale…), ce qui suppose que le virus pourrait franchir la barrière placentaire. En au Brésil, un mort-né et quatre nouveau-nés microcéphales dont les mères souffraient de la fièvre d'Oropouche font craindre que certains variants du virus d'Oropouche aient des effets analogues à ceux de la fièvre Zika..

Diagnostic Le diagnostic clinique est difficile, les symptômes étant similaires à ceux d'autres maladies virales sévissant dans la même région (dengue, zika, chikungunya…). Il faut prendre en compte le contexte : lieux de vie et activités du patient surtout dans la période précédant la maladie. La fièvre d'Oropouche doit être incluse dans le diagnostic différentiel d'une fièvre contractée en Amérique centrale et du sud.

Le diagnostic repose essentiellement sur : L'isolement du virus (par exemple, à partir du liquide cérébrospinal dans le cas d'une méningite), mise en culture cellulaire ; le dosage de la concentration sérique des anticorps spécifiques au virus, comme le test ELISA ; les techniques de biologie moléculaire, comme la PCR quantitative.

Traitement et prévention La maladie n'a pas de traitement spécifique, notamment antiviral, et se limite généralement à un traitement symptomatique (antalgiques, antipyrétiques…). L'infection guérit généralement d’elle-même et les complications sont rares. Les patients guérissent habituellement sans séquelles à long terme.

Mesures de prévention La protection personnelle contre les moucherons Culicoïdes est similaire à celle contre les moustiques. Elle repose sur l'utilisation de moustiquaire et de répulsifs comme la deltaméthrine, le DEET, l'huile de neem ou des huiles essentielles d'eucalyptus, de géraniol.

L'éradication des populations de culicoïdes n'est guère possible. L'utilisation à grande échelle d'insecticides pose des problèmes écologiques. L'élimination des sites de développement (déchets végétaux) des culicoïdes pourrait être obtenue par des meilleures pratiques agricoles et d'hygiène urbaine. L'éducation des populations (des travailleurs forestiers aux touristes, en passant par les écoliers) des régions endémiques, lors des saisons à risques, est aussi importante.

Recherches vaccinales En 2025, il n'existe pas de vaccin homologué contre la fièvre Oropouche. Plusieurs vaccins sont en développement, dont le plus avancé en 2024 est un vaccin vivant atténué en phase I ; d'autres candidats sont des vaccins inactivés chimiquement, à vecteur viral, à sous-unité protéique… qui n'ont pas dépassé la phase pré-clinique. La mise au point d'un vaccin est difficile à cause de l'instabilité et de la diversité génétiques des virus Oropouche.

Facteurs d'émergence et d'extension vignette|Plantation de cacao (Brésil, 2014). La fièvre d'Oropouche est une maladie infectieuse émergente qui prend son origine dans la déforestation de l'Amazonie pour un développement agricole, la culture prédominante étant celle du cacao. Au cours de la filière de production, les déchets (coques de cacao) sont déposés en tas auprès des habitations. Ces gîtes de détritus favorisent la multiplication des moucherons Culicoïdes (lieux de ponte et de développement larvaire).

Il en est de même pour d'autres plantations agricoles (bananier, hévéa, manioc…). Dans ces régions où la densité humaine et celle des moucherons augmentent, il existe un contact plus étroit entre zones forestières, agricoles et urbaines.

À cela s'ajoutent des perturbations d'écologie du paysage (construction d'autoroute, de barrage, urbanisation…). Les facteurs d'extension en dehors de l'Amazonie sont les mouvements de populations, les migrations et voyages, les transports aériens et le commerce alimentaire mondial.

Enfin le changement climatique, par ses conséquences sur la température et le régime pluvial, peut faciliter la prolifération des insectes vecteurs et modifier leur distribution mondiale.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Virus d'Oropouche

Liens externes Oropouche fever. MedicDirect. Brazilian Viruses of the Bunyaviridae Family. Medicina Ribeirão (in Portuguese)

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