La principauté de Moldavie (1359–1859) est un État européen historique. Avec celle de Valachie et celle de Transylvanie, c'est l'une des trois principautés médiévales à population roumanophone. Avec la Valachie, c'est aussi l'une des deux . La Moldavie en tant que région historique couvrait un territoire aujourd'hui partagé entre trois États modernes : la Roumanie, la Moldavie et l'Ukraine. Son histoire constitue une période importante du passé de la république de Moldavie et de la Roumanie qui en revendiquent toutes deux la culture, les souverains, le patrimoine littéraire et les monuments (dont certains se trouvent aujourd'hui en Ukraine). Elle avait une législation (Pravila), une armée (Oastea), une flotte sur le Danube (Bolozanele) et un corps diplomatique (Logofeții) : ce n'était donc pas, comme le représentent de façon inexacte de nombreux ouvrages historiques modernes, une province turque ou polonaise, mais une principauté d'abord indépendante, ensuite autonome, vassale seulement tantôt des rois de Pologne, tantôt du sultan ottoman de Constantinople.
Préhistoire
L'implantation humaine date du Paléolithique, mais, en dehors des rives des principaux cours d'eau (Siret, Prut, Răut et Dniestr), elle a été sporadique en raison du climat (périodes de sécheresse pluriannuelle) et d'invasions venues des steppes de l'est (peuples de cavaliers nomades). Les deux phénomènes sont d'ailleurs liés. La végétation aussi a évolué selon ces aléas : lors des périodes plus humides à peuplement sédentaire, les forêts (codri), les prés (pășuni) et les cultures (ogoare) progressaient, tandis que lors des périodes sèches à passage de peuples nomades, c'étaient les steppes à chardons. À chaque période sèche, les populations autochtones, à commencer par les Gétodaces et parmi ceux-ci, les Carpiens (qui ont laissé leur nom aux Carpates) et en finissant par les Moldaves actuels, se sont réfugiées sur les piémonts des Carpates orientales ou dans le Codru (plus arrosés en raison de leur altitude), puis, les pluies revenues, ont repeuplé le pays en creusant des puits et en refondant des villages et des villes, tout en assimilant au passage les minorités installées lors des invasions Gheorghe Postică, Civilizaţia veche din Moldova, éd. Ştiinţa, Chişinău 1995, ..
Antiquité
La Moldavie était, dans l'Antiquité, peuplée par des Thraces septentrionaux : les Tyragètes, qui subissaient (comme en témoigne l'archéologie) l'influence commerciale et culturelle des colons grecs pontiques de Tyras et de Harpis, sur la mer Noire.
Elle passe sous influence romaine pendant un siècle et demi, en tant que marche septentrionale de la province de Mésie. Au , des peuples germaniques venus du nord : Bastarnes, Ostrogoths et Gépides, y passent, soumis pendant un temps à l'Empire hunnique. Les derniers Thraces non-romanisés, les Carpiens, quittent alors le pays pour se réfugier dans les Balkans, et les linguistesEqrem Çabej, Eric Hamp, Georgiev, Kortlandt, Walter Porzig, Sergent et d'autres linguistes considèrent, dans une perspective paléolinguistique ou phylogénétique, que le proto-albanais s'est formé sur un fond thraco-illyrien vers le , à l'intérieur des terres, subissant un début de romanisation encore sensible dans la langue moderne, tandis que les emprunts les plus anciens de l'albanais aux langues romanes proviennent du diasystème roman oriental et non de l'illyro-roman qui était la langue romane anciennement parlée en Illyrie après la disparition de l'illyrien (pendant l'occupation romaine, l'illyro-roman a remplacé l'illyrien à la manière du gallo-roman remplaçant le celtique en Gaule). Comme les lieux albanais ayant conservé leur appellation antique, ont évolué selon des lois phonétiques propres aux langues slaves et que l'albanais a emprunté tout son vocabulaire maritime au latin et au grec, ces auteurs pensent que les ancêtres des Albanais ont vécu à l'est de l'actuelle Albanie et que régions côtières de ce pays (thème du Dyrrhacheion) étaient initialement gréco-latines. De nos jours, l'existence en albanais de mots empruntés au roman oriental balkanique et en roumain de mots de substrat apparentés à des mots albanais corrobore cette manière de voir. pensent qu'ils sont entrés dans l'ethnogénèse des actuels Albanais.
Antiquité tardive et grandes invasions À partir du , les Thraces romanisés vécurent essentiellement de pastoralisme sur les territoires des actuelles Moldavie, Roumanie, Bulgarie et Serbie, de sorte qu'autour des massifs montagneux et dans les posade, leur langue romane a perduré au milieu de divers peuples migrateurs dont les plus importants furent les Slaves, les Magyars, les Petchénègues, les Iasses, les Coumans et les Mongols de la Horde d'or. Les Slaves, notamment les Antes, les Tivertses, les Oulitches et les , se sont alors mêlés aux Thraces romanisés, leur léguant un important lexique slave présent dans la langue roumaine ancienne. Au sont mentionnés en Moldavie les , population probablement issue de ces mélanges, dont le nom semble avoir la même étymologie que , et où l'historiographie russe situe l'origine des Moldaves. L'avant-dernière grande invasion ayant dépeuplé le pays (mentionné comme loca deserta ou terra sine incolis sur les cartes de l'époque) fut celle des Tatars/Mongols au , puis le repeuplement moldave s'est effectué au , conclu en 1359 par l'unification des petits voïvodats en une principauté de Moldavie.
Formation du voïvodat moldave vignette|La Moldavie sous le règne de Stefan cel Mare Selon Nicolae Chetraru, le voïvodat moldave n'a pu se former que parce qu'il comportait, dès le , une population slavo-valaque sédentaire nommée, dans les chroniques russes, . En 1247, le Diplôme des Chevaliers de Saint-Jean décrit à l'est des Carpates un voïvode valaque, tributaire du Khan tatar de la Horde d'or. En 1277 les voïvodes Litovoi et Bărbat affirment leur autonomie face à leurs suzerains ruthènes de la principauté de Galicie-Volhynie voisine qui les aide à se défendre contre les raids mongols et tatars (au moyen de forteresses en bois comme celles de Vasilău, Hotin, Orheiu Vechi, Hansca et Pereseceni)Nicolae Chetraru, Din istoria arheologiei Moldovei, ed. Știința, Chișinău 1994, ..
Le recul des Tatars de la Horde d'or favorise, dans les premières années du , l'émergence d'une autonomie moldave : les chroniques allemandes évoquent un pays des Valaques (Wlachenlant) conduit par un voïvode dans le Nord de la Moldavie.
Au la Moldavie est une fédération de petits duchés vassaux de la Galicie et/ou de la Hongrie, parsemée de petits bourgs fortifiés comme Baia (civitas Moldaviæ), Suceava, Aski (aujourd'hui Iași ou Jassy, qui tire son nom des Iasses) et BârladLa translittération de l'alphabet cyrillique moldave permet d'accorder à ces toponymes leur forme locale et d'éviter ainsi l'emploi d'exonymes aux orthographes approximatives qui fourmillent dans les sources secondaires.. La Hongrie était aussi présente dans la future Moldavie avec les colons csangos, à proximité de la rivière Siret, et postait des garnisons sur le chemin des invasions tatares : c'est l'origine des toponymes tels que Miclăușeni (Miklósfalu), Orhei (Varhély), Chișinău (kis-jenő : le « petit flanc ») ou Ciobruci (forme russifiée de Ciubărciu, de csupór, la « baratte »). La route commerciale le long du Siret, qui reliait le Nord de l'Europe aux bouches du Danube, a joué un rôle important dans le développement économique et politique de ces territoires. Les villes moldaves se développent, dont Baia, mentionnée au comme fief de Dragoș de Bedeu, un voïvode originaire du Maramureș, vassal du roi de Hongrie, Louis d'Anjou. Ce dernier avait organisé ce fief dans le bassin de la rivière Moldova, à la suite d'une expédition en 1343–1345 à l'est des Carpates, en vue de renforcer l'influence hongroise face aux Tatars et aux Galiciens.
Mais les Moldaves s'unissent contre Dragoș et lui préfèrent Bogdan de Dolha, lui aussi voïvode originaire du Maramureș mais opposé à la suzeraineté hongroise. Après plusieurs années de guérilla, en 1359, Bogdan est reconnu par les Moldaves comme prince à la place des descendants de Dragoș, qui doivent retourner au Maramureș. La cité de Baia devient capitale de la fédération en 1359 sous le sceptre de Bogdan, désormais appelé Bogdan le Fondateur (Bogdan Întemeietorul). Cette fédération de cnésats devient alors un voïvodat gouverné par des voïvodes, tandis que les anciens cnésats deviennent des comtés (ținuturi), gouvernés par les grandes familles de boyards.
Ce regroupement au des seigneuries moldaves situées entre Carpates, Dniestr et mer Noire, vassales de la Galicie ou des Tatars au , est parallèle à celui qui a lieu dans la Valachie voisine, dont les seigneurs étaient vassaux de la Hongrie. Tous ces petits duchés avaient repris les couleurs (or et sinople à six fasces) du royaume bulgaro-valaque (1186–1261, fondé par les dynasties Deleanu, Caloian et Asan dans les actuelles Roumanie, Moldavie, Bulgarie et Macédoine) dont ils se considéraient les héritiersNic. Șerban Tanașoca, Héraldique roumaine, Anuarul Inst. A.D.Xenopol, Iași, 1997.. D'abord appelée Bogdania ou Bogdano-Valachie, la principauté de Moldavie s'étend des Carpates au Dniestr et de la Pocoutie aux bouches du Danube et à la mer Noire.
Le roi de Hongrie, Louis , ne renonce pas de bon gré à sa souveraineté sur le pays moldave à l'est des Carpates, et ce qui s'était passé en 1330 en Valachie se répète en 1364–1365 en Moldavie. Louis de Hongrie organise une expédition pour soumettre la Moldavie et remplacer Bogdan, mais il n'y réussit pas, l'État moldave s'étant consolidé économiquement et démographiquement, et étant mieux organisé politiquement et militairement.
Sur le plan héraldique, les armoiries de la Moldavie médiévale sont le plus souvent de gueules portant tête d'aurochs d'or, entourés du soleil d'or entre ses cornes, d'une rose d'or à cinq pétales à sa gauche et d'un croissant de lune à sa droiteGrigore Jitaru, Blazoane domnești din Țara Românească și Moldova : sec. XII-XV (« Blasons princiers de Valachie et Moldavie »), ed. Ştiinţa, Chişinău 1992.. Une variante dérivée de ces armoiries circule dans les sources secondaires, avec une étoile à la place du soleilY compris dans l'infobox de cet article., et une erreur fréquente dans les exégèses est que la tête d'aurochs est prise pour une tête de bison d'EuropeAlexandru Filipașcu : Sălbăticiuni din vremea strămoșilor noștri (« Animaux sauvages du temps de nos ancêtres »), Ed. Științifică, Bucarest 1969, ..
Histoire médiévale 400px|left|thumb|La principauté de Moldavie avec ses routes et comtés (ținuturi) en 1483.