Le Groupe sunnite pour la prédication et le djihad (, « Jama'atu Ahlis Sunna Lidda'Awati Wal-Jihad »), plus connu sous le surnom de Boko Haram (بوكو حرام), est un mouvement insurrectionnel et terroriste d'idéologie salafiste djihadiste. Formé en 2002 à Maiduguri, dans le nord du Nigeria, par le prédicateur Mohamed Yusuf, le groupe est à l'origine une secte qui prône un islam « radical et rigoriste », hostile à toute influence occidentale. En 2009, Boko Haram lance une insurrection armée dans laquelle Mohamed Yusuf trouve la mort. En 2010, Abubakar Shekau prend la tête du mouvement, qui devient un groupe armé et se rapproche des thèses djihadistes d'Al-Qaïda, puis de l'État islamique.
Le , Boko Haram prête allégeance à l'État islamique, que ce dernier reconnaît officiellement cinq jours plus tard. Le groupe prend alors le nom d'État islamique en Afrique de l'Ouest ou de Province d'Afrique de l'Ouest de l'État islamique. Mais en , il se scinde en deux : Abubakar Shekau est écarté par l'État islamique pour « extrémisme » et est remplacé par Abou Mosab al-Barnaoui (Habib Yusuf), le fils aîné du fondateur du mouvement. Opposé à cette décision, Shekau prend alors la tête d'une faction qui réadopte son ancien nom de « Groupe sunnite pour la prédication et le djihad », tout en maintenant son allégeance à l'État islamique. Des combats finissent cependant par éclater entre les deux factions et Shekau est tué par les hommes de Barnaoui en 2021.
Le mouvement est à l'origine de nombreux massacres, attentats et enlèvements de masse à l'encontre de populations civiles de toutes confessions, au Nigeria mais aussi au Cameroun, au Niger et au Tchad. Il est responsable de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité. et est classé comme organisation terroriste par le Conseil de sécurité des Nations unies le ONU, 22 mai 2014..
Fondation et contexte vignette|droite|Premier logo Le , le Nigeria devient officiellement la première puissance économique d'Afrique. Il est le premier exportateur de gaz et de pétrole sur le continent, grâce à ses réserves dans le delta du Niger. Cependant le PIB par habitant demeure faible et le Nigeria reste un pays en développement, gangrené par la corruptionMathilde Damgé,Comment le Nigeria est devenu la « première économie » d'Afrique, Le Monde, 7 avril 2014., AFP, 25 juin 2016.. En 2016, Vincent Foucher, chercheur à l'International Crisis Group, déclare : Pierre Wolf-Mandroux, « Boko Haram s’est affaibli, mais il peut encore perdurer longtemps », La Croix, 17 juin 2016.. En 2016, un sondage de la fondation Afrobaromètre montre que seulement 21 % des Nigérians ont confiance en leur police, soit le taux le plus faible d'Afrique. Au Nigeria, État fédéral, les inégalités entre le nord, majoritairement musulman, et le sud, majoritairement chrétien, se creusent au début des années 2000, sous le mandat d'Olusegun Obasanjo. Les 12 États du nord sont les moins développés du pays et l'État de Borno est le plus pauvre de tous ; les trois quarts de la population y vivent sous le seuil de pauvreté, 98 % des enfants de moins de quinze mois ne sont pas vaccinés, 83 % des jeunes sont illettrés et 48,5 % des enfants ne sont pas scolarisés. En 2000, la charia est instaurée dans les États musulmans du nord, cependant elle s'avère moins religieuse que politique. Selon le journaliste Alain Vicky : . La Zakât, un des cinq piliers de l'islam, n'est même pas appliquée. Surnommé le « Pakistan d'Afrique », le nord-est du Nigeria est parcouru par des dizaines de milliers de prédicateurs itinérants. Dans l'État de Yobe, l'un d'eux, Mohamed Yusuf, commence à se démarquer dans les années 2000. Il fonde en 2002, le mouvement qui va devenir plus connu par son surnom de « Boko Haram ». Ses adeptes sont également surnommés les « talibans ». Yusuf réclame une application stricte de la charia, il rejette la modernité, la démocratie — assimilée à la corruption — et les idées de l'Occident. Il s'oppose aux autres prédicateurs, majoritairement quiétistes, et à Izala, un mouvement salafiste et néohanbaliste. À plusieurs reprises des membres d'Izala ou des confréries soufies Tidjaniyya et Qadiriyya sont assassinés par des adeptes de Boko Haram. En avril 2003, Boko Haram appuie discrètement, contre un soutien financier, la candidature d' — qui promet une application plus stricte de la charia — pour l'élection du nouveau gouverneur de l'État de Borno. Celui-ci élu, il crée un ministère des Affaires religieuses et nomme à sa tête Buju Foi, un membre de Boko Haram. À l'automne 2003 cependant, la police de l'État de Yobe attaque la « cité céleste » de Yusuf à Kannamma. Après quelques attaques, Boko Haram se replie à Maiduguri, dans l'État de Borno. La secte y installe une mosquée et une école et attire les jeunes des quartiers pauvres, ainsi que des étudiants et des fonctionnaires. Selon Alain Vicky, . Ali Modo Sheriff ne tient pas ses promesses une fois élu, Mohamed Yusuf l'attaque alors publiquement dans ses sermonsPierre Lepidi, Boko Haram, comprendre les origines du mal, Le Monde, 28 juin 2016.. En 2007, Ali Modo Sheriff est réélu gouverneur de l'État de Borno au terme d'une campagne marquée par des assassinats politiques. Mais cette fois-ci Boko Haram a soutenu un autre candidat ; Kashim Ibrahim Imam, membre du Parti démocratique populaire. Ali Modo Sheriff cherche alors à se débarrasser de la secte. En , lors de l'enterrement d'un membre de Boko Haram tué par la police, quinze autres fidèles sont assassinés par des policiers qui leur reprochaient de ne pas porter de casques sur leurs motos. Mohamed Yusuf annonce alors sur internet son intention de se venger. Le mois suivant, plusieurs attaques simultanées ont alors lieu dans les États de Bauchi, Borno, Kano et Yobe et le des milliers de partisans de Mohamed Yusuf se soulèvent à Maiduguri..Qui était Mohammed Yusuf, chef des talibans nigérians ?, RFI, 3 août 2009.. Idéologie L'idéologie du mouvement a largement évolué depuis sa création en 2002 par Mohamed Yusuf à Maiduguri, mais son objectif reste l'application de la charia au Nigeria.. Selon Elodie Apard, chercheuse à l'Institut français de recherche en Afrique, jusqu'en 2009 le mouvement n’a pas de nom officiel, il est appelé la « Yusufiyya » ce qui signifie « l'idéologie de Yusuf »Les mots de Boko Haram (1/2) : les prêches de Mohammed Yusuf sur le « djihad obligatoire », Le Monde, 29 avril 2016.. En 2010, il prend pour nom officiel Jama'atu Ahlis Sunna Lidda'Awati Wal-Jihad, qui signifie « groupe sunnite pour la prédication et le djihad ». Le nom de Boko Haram, sa dénomination abrégée en haoussa, peut être traduit par « l'éducation occidentale est un péché ». Le mot BokoQui proviendrait de book, '« livre » en anglais), bien que cette étymologie soit contestée- cf. désigne un alphabet latin, créé par les autorités coloniales pour transcrire la langue orale haoussa, et désigne par extension l'école laïque. Le mot Haram signifie « interdit » ou « illicite » en arabe et dans le monde musulman maguzawa.dyndns.ws (dictionnaire haoussa-anglais). Ce nom aurait été attribué par la population locale et les médias, marqués par le discours de son chef rejetant l'éducation « occidentale ». Ce rejet s'accompagne d'une lecture littérale du Coran, qui fait par exemple dire à Mohamed Yusuf que la Terre est plate, ou que l'eau de pluie ne résulte pas de l'évaporation, puisqu'elle est une création d'Allah.. De ce fait, il est régulièrement dénoncé pour son idéologie obscurantiste, afriqueactualite.com, 17 février 2015 Nigéria – le prix Nobel Wole Soyinka défie l’obscurantisme du terrorisme islamiste, observatoirepharos.com, 7 octobre 2013Boko Haram, portrait illustré, info.arte.tv, 13 janvier 2015. Bien que revendiquant à son origine une filiation avec l'islamisme salafiste et les talibans afghans, Boko Haram est fréquemment qualifié de secte. Selon Marc-Antoine Pérouse de Montclos de l'Institut de recherche pour le développement, « le groupe tient à la fois de la secte et du mouvement social. Dès ses débuts, il est sectaire de par son intransigeance religieuse, son culte du chef, ses techniques d’endoctrinement, son intolérance à l’égard des autres musulmans et son fonctionnement en vase clos ». D'après lui, son discours est également très hétérodoxe : « la doctrine de Boko Haram ne correspond pas vraiment au modèle wahhabite : c'est une secte qui endoctrine et a recours à la magie. Certains fidèles de Boko Haram portent des grigris, ce qui ne ressemble pas vraiment à Al-Qaïda ». Selon Mathieu Guidère, professeur à l'Université Toulouse-Jean-Jaurès, Boko Haram fut une secte jusqu'en 2009 avant de devenir un mouvement insurrectionnel islamiste après la mort de son fondateur Mohamed Yusuf.. De même, pour Élodie Apard, en 2010 . Selon la BBC, en 2009, l'affiliation du groupe à Al-Qaïda serait sujette à caution, car les deux groupuscules poursuivent des objectifs différents Al-Qaïda et Boko Haram : même combat ? BBC Afrique.com, 6 août 2009. Cependant, à partir de 2010 et surtout des attentats de l'été 2011, il est possible que Boko Haram ait tissé des liens avec Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), ex-groupe salafiste pour la prédication et le combat algérien. En 2012, des hommes de Boko Haram se rendent au Mali, où des membres d'AQMI leur offrent des formations et des entraînements sur le maniement d'armes, d'explosifs et sur les techniques d'attentat ou d'enlèvement. Selon Marc Mémier, chercheur à l'Institut français des relations internationales (IFRI), Boko Haram aurait cherché à prêter allégeance à al-Qaïda à plusieurs reprises, mais ces offres auraient été à chaque fois rejetées par Ayman al-Zawahiri. AQMI et Boko Haram auraient alors partiellement coupé leur relationMarc Mémier, AQMI et Al-Mourabitoun : le djihad sahélien réunifié? IFRI, 6 janvier 2017.. En 2014, pour Bertrand Monnet, professeur à l'EDHEC, l'agenda de Boko Haram est et , contrairement à sa branche dissidente Ansaru.. Dans une vidéo diffusée le , Abubakar Shekau apporte son soutien à la fois à Abou Bakr al-Baghdadi, calife de l'État islamique, Ayman al-Zaouahiri, émir d'Al-Qaïda et au mollah Omar, chef des talibansAFP et Le Monde : Boko Haram soutient l'EI, Al-Qaida et les talibans. En , Shekau annonce vouloir instaurer « un Sultanat de Dieu », selon Élodie Apard : Elodie Apard, Les mots de Boko Haram (2/2) : stratégie médiatique, provocations et outrance verbale dans les messages d’Abubakar Shekau, Le Monde, 29 avril 2016.. Le Shekau annonce son intention de reconquérir les anciens territoires du califat de Sokoto.. Une dizaine de jours plus tard, dans une nouvelle vidéo, Abubakar Shekau expose sa doctrine idéologique et se réfère à Ibn Taymiyya et Mohammed ben Abdelwahhab. Selon Romain Caillet, chercheur à l'Institut français du Proche-Orient, au regard de cet exposé il apparaît que Boko Haram Romain Caillet, twitter.. Insurrection de Boko Haram
Conflit armé de 2009 et mort de Mohamed Yusuf vignette|Bauchi, Wudil, Potiskum et Maiduguri, les quatre villes les plus touchées par les combats de 2009.
Le , Boko Haram lance une série d'attaques simultanées dans quatre États du nord du Nigeria (Bauchi, Borno, Yobe et Kano).. Les combats les plus violents durent pendant cinq jours à Maiduguri, capitale de l'État de Borno. L'armée mettra quatre jours à venir en aide à la police locale. Le , les forces de sécurité infligent une sérieuse défaite aux fondamentalistes et les chassent de la capitale de l'État de Borno. Le bilan des combats s'élève à plus de , dont au moins 300 militants islamistes. Mohamed Yusuf, capturé par l'armée à Maiduguri, est abattu par la police dans des circonstances floues. Le , Sanni Umaru, membre de Boko Haram se présentant comme le successeur de Mohamed Yusuf, lance un appel au jihad au Nigeria dans une lettre datée du Boko Haram - We're Ready for Battle, New Leader Says AllAfrica.com, 15 août 2009. Poursuite des attaques