Blerick est une ancienne bourgade paysanne, localité du bord occidental de Meuse dans la province du Limbourg, devenue une modeste ville vers la fin du , annexée en 1940 pour former un quartier excentré de la grande commune néerlandaise de Venlo, avant de prêter son nom à un vaste district urbain de cette dernière en rive gauche de la Meuse. Cette dénomination rappelle non seulement l'existence médiévale d'une communauté du comté de Kessel, puis de la Haute Gueldre, mais aussi une station antique protégée par un camp fortifié sur la voie romaine principale doublant l'axe de transport fluvial.

Géographie Après Ruremonde, la vallée de la Meuse s'élargit, perdant régulièrement plus de par kilomètre. Le fleuve coule sur des terres sableuses, charriant les débris de calcaires coquilliers alliés à des sables plus ou moins grossiers depuis la sortie du couloir resserré de MaastrichtLa perte d'altitude moyenne, plus faible, avoisine par kilomètre à hauteur de cette dernière ville. Peu avant la ligne transversale Blerick-Venlo, la Meuse coule à nouveau sur de la roche calcaire, ce qui permettait le mirifique développement sur l'eau claire autrefois d'une mousse tourbeuse, servant, une fois séchées, au chauffage domestique. Cette transversale représente un seuil naturel, car la Meuse ne perdant plus que 6 cm par kilomètre commence son lent parcours de rivière de plaine tranquille. Il était bien connu des bateliers médiévaux ou nautes antiques de la Meuse, qui préféraient, au mieux, changer de type de navire et transborder au voisinage de Blerick-Venlo.

Les observateurs descendant la rivière ont été frappés par les abords de la vallée, couverts de landes peu fertiles à bruyères, souvent laissées à une maigre forêt ainsi qu'à des dépressions humides, souvent ennoyées, nommées "peel", occupées naturellement par de marais tourbeux ou communiquant avec de vastes étendues similairesLa commune, issue de fusion communale récente, Peel en Maas, sorte de Peel sur Meuse, rappelle ce milieu naturel.. Mais, c'est oublier que très tôt, les rives de Meuse ont été aménagées, parfaitement mises en valeur par une agriculture précoce et intensive, disposant de techniques d'amendements spécifiques (apport d'argiles diverses sur sols sableux) et d'une irrigation appropriée.

Blerick, en partie éloignée de la Meuse dont les bords sont entre d'altitude, est situé sur l'axe d'une vieille route qui la relie au sud à Hout-Blerick, terminologie rappelant que les deux localités ont été de simples villages agricoles il y a plus d'un siècle. Plus à l'ouest, Boekend et les « Blerickse bergen », monticules constituées d'anciennes dunes fluviales porteuses de forêts de conifères, marquent la limite de cet ancien monde agro-pastoral partant de la rive gauche de la Meuse. Au nord, l'ancien et autrefois minuscule hameau d'Ubroek est désormais enserré dans de multiples parcs et zones d'activités industrielles, menant au vaste port industriel moderne construit sur la Meuse en face de l'ancienne Venlo. Il s'agit ici d'un espace repris à la zone de visibilité ou de dernières manœuvres au , des forts militaires construits en face de Venlo, pour verrouiller à différentes époques la Meuse.

Histoire Histoire antique vignette|left|100px|Bronze à tête protectrice de méduse Il s'agit d'un campement fortifié, un castrum de surveillance militaire et un espace de colonisation, sur la voie romaine de Mosa Trajectum à Noviomagus, c'est-à-dire de Maastricht à Nimègue : il est dénommé avant le Moyen-âge moyen "Blariaco", et plus tard renommé en Blariacum par les humanistes latinistes du . Cette partie de la chaussée romaine de Tongres à Nimègue le long de la Meuse est mentionnée sur la Table de PeutingerEusèbe Girault de Saint-Fargeau, Dictionnaire géographique, historique, industriel et commercial de toutes les communes de la France et de plus de en dépendant, illustré de de costumes coloriés, plans et armes des villes en trois volumes, in quarto, Firmin Didot, Paris, 1844-46, en particulier volume 1, , entrée "Blariacum", , entrée "catualium" et cevelum, . Cette dernière station, dont une forme double serait Cevecum, à 19 lieues gauloises de Blariacum, donnerait Cuick..

L'abandon de « Blariacum », camp devenu simple vicus en Germanie inférieure, se situerait peut-être après les réformes de Constantin, et avant l'abandon de Augusta Treverorum en 407 par le pouvoir impérial pour Arelate.

Notons que le camp romain est largement décalé, on ignore si c'est au sud-ouest au-delà de Hout-Blerick en limite du parc naturel de Crayelheide, hypothèse la plus probable, ou parfois au nord sous l'ancien fort Saint-Michel, par rapport au gros village Blerke ou Blerijk des temps modernes, ou à la modeste Blérick à l'époque française.

Période médiévale L'effacement des vestiges en hauteur proéminente de Blariaco est lent. Le site militaire garde probablement un usage polyvalent, au profit des autorités franques saliennes, jusqu'au . La vieille voie antonine au voisinage de la Meuse garde les traces d'un vaste cimetière de la fin du deuxième siècle.

Probablement avant le début du , cette fraction basse de la vallée de la Meuse intègre le grand pagus mosariorum. Ce Maasgau ou pays de Meuse est attesté en 714, avant d'être divisé à la fin du en pays inférieur et supérieur de Meuse à l'aval de LiègeLes indices de peuplement archéologique abondent, montrant aujourd'hui parfois une continuité antique. Au nord, les historiens de l'Atlas historique néerlandais hésitent sur l'influence grandissante du comté de Hettergau, fondé sur le pagus de Geldern et Goch, dont des ressortissants semblent avoir franchi le fleuve à l'ouest pour s'installer, de manière saisonnière ou permanente, au sud dans le peel. Les comtes de Haute Gueldres en suivant leurs sujets auraient alors pris un poids politique grandissant sur cette contrée.. La première mention d'archives carolingiennes date de la fin du , il s'agit dans une missive rédigée en latin de l'abbé de Fulda à un nommé Albéric de la mention de ce domaine singulier du Maasgau ou pays de Meuse "in villa nomine Blaricge in pago masao"Atlas historique néerlandais cité infra, ..

Ces rives occidentales de Meuse à haut rebord et collines sableuses, dénommées autrefois Maas-Blerick, sont fréquentées par la batellerie et habitées, la découverte d'un trésor monétaire en 1996, lors de la construction du pont sud (Zuider brug) à du centre de Venlo, au niveau des piles en rive gauche l'atteste. Les monnaies thésaurisées et enfouies se dispersaient entre le Atlas historique néerlandais cité infra, Premières traces de Venlo médiévale, ..

Les terres dépendances de l'archevêché de Cologne dans l'Empire d'Otton dès le font partie au du comté de Kessel (issu d'un castellum Menapiorum connu, près de Roermund), dirigée par une branche issue de la première maison de JuliersLes possessions du puissant comté du onzième siècle, aux temps où il possédait les avoueries de Neuss, Lasch et Gladbach, s'échelonnent au long de la Meuse entre au sud le comté de Hornes et au nord le pays de Cuyck. À l'orient, ce comté touchait du nord au sud, aux comtés de Gueldres et de Juliers, voire autres terres d'Outre-Meuse, et n'aurait jamais dépassé au ponant le vaste marécage de Peel. Monsieur de Kessel, Livre d'or de la noblesse luxembourgeoise, opus cité, p. 85-97.. Néanmoins dès le les comtes de Kessel peinent à y exercer leurs autorités, passant insensiblement sous la tutelle des comtes et ducs de Brabant.

Le noble Otton, seigneur de Borne, vassal du puissant comté de Looz qui protège ici la batellerie meusienne fait ériger en 1219 une église dédiée à son vénérable aïeul, saint Lambert de Liège à Blerick. L'église première, construite probablement avec un stock de pierre transporté du site de Blariaco, est modeste, mais elle est élargie et agrandie au fil des décennies. C'est l'origine de la paroisse rurale saint Lambert. La population du village (Dorp), des abords des routes ou chemins menant à Blerick et de la rive, segmenté de collines, donnant sur la Meuse (Maes-Blerick) vers 1450 peut être estimée à , si on anticipe les limites communales de la Belle Epoque.

Un descendant d'Otton, Goswin seigneur de Borne, revendique en 1185 un pariage sur l'oppidum ou ville forte de Venlo, fondé vingt ans plus tôt sur des prairies d'irrigation rehaussées par le creusement de large canaux latéraux, sur l'autre rive en face de Blerick, avec le concours de dame Agnès de Heinsberg et de ses représentants vers 1163, alors que l'année suivante, en 1186, le comte de Gueldres, Reginald ou Renaud Ier, en affirme par cette périphrase en ancien français "me ville de Venle" l'entier patronage. La contestation paraît logique au registre politique, car l'essor de la ville bourgeoise a été prodigieux en deux décades.

Renaud II de Gueldres règle les divers litiges en rachetant après 1305 le comté de Kessel, les droits comtaux et les villages, parmi lesquels figurent Blerick, Brey et Baerlo, à l'héritier de Waléran de Kessel, sire de Grevenbroeck, à savoir Henri de Kessel, qui, désormais dépourvu de dettes et sans souci pour sa vie, peut demeurer dans son château de Kessel, seigneur de la petite châtellenie réduite aux environs de KesselLa carte dressée d'après les mémoires d'Eugène-Henri Fricx, opus cité infra, permet de visualiser ces dernières terres du comté. Les vingt-et-une localités concernées par ces dix-huit villages de droit sont par ordre alphabétique : Baerlo, Blerick, Blitterswyck, Brey, Brouckuysen, Castenay, Geesteren, Held, Horst, Kessel/Kestel, Lotten, Luenen, Meysl, Mierle, Oerle, Olterum, Sevenum, Swollegem, Veenrald, Wansem. Le château de Kessel, centre de la dernière seigneurie, est à deux lieues sous Ruremonde. Monsieur de Kessel, ibidem, opus cité infra, page 84..

Sur le territoire du district actuel de Blerick, Venlo affirme en 1450 son droit de ville forte en construisant hors les murs et sur l'autre rive un puissant fort de contrôle de la Meuse, en bois et en terre, derrière le débarcadère au lieu-dit « De Staay ».

Période moderne Devenue partie des Pays-Bas du Sud à large majorité catholique, l'évêché de Ruermond tolère un pluralisme protestant. Toutefois, ces petits groupes pratiquant la religion réformée ne possèdent au cours des siècles ni église ni maison commune à Blerick, à la différence de la ville voisine de Venlo où l'ancienne église dédiée à saint Joris est dès 1632 transformée en temple réformé dénommé trivialement « Joriskerk ».

La couronne espagnole, chargée de cette contrée de Haute Gueldre conquise en 1637 qui ne dévie plus de la foi catholique, transforme la place forte en forteresse de pierre, inaugurant de spectaculaire travaux le . Les travaux lancés sous la protection de l'archange saint Michel dure deux longues années et laisse à l'édifice de défense le nom de fort saint-Michel (Sinkt Michiels). Les espaces de visibilité autour du fort, doté par ailleurs de camps de manœuvre, sont accrus, ce qui explique le caractère campagnard des environs du fort avant l'essor du chemin de fer, les habitations ne pouvant être érigées que fort loin du site militaire. vignette|right|200px|Bâtisse initialement construite en 1705, devenue la brasserie « Sur la Meuse », la plus vieille maison sur la première colline de Blérick