Les Animaux malades de la peste est la première fable du livre de Jean de La Fontaine situé dans le deuxième recueil des Fables de La Fontaine, édité pour la première fois en 1678.
Présentation On y trouve les formules : et . L'expression tire son origine de cette fable.
La Fontaine fait aussi un éloge de l'éloquence dans cette fable. L'âne est sot et a une mauvaise maîtrise du langage que l'on peut voir grâce aux procédés suivants : le nombre de virgules pour une seule phrase, la rendant trop longue et cassant ainsi le rythme des vers ; les rimes en « an » laides qui rappellent les hennissements d'un âne, dit « ânonnant » ; le discours direct qui ne nuance pas son propre « méfait » avec l'utilisation du mot « diable ».
C'est la maladresse de discours de l'âne qui l'a condamné. Le véritable vainqueur de cette fable est le renard, un orateur expert dans l'art de l'esquive qui finit même par être applaudi. Il parle directement au roi en utilisant le vouvoiement pour ainsi éviter d'avoir à confesser ses propres crimes. Ses vers, contrairement à ceux de l'âne, ont une vivacité et sont construits, sans trop de virgules. Son éloge du roi est d'ailleurs plaisant à entendre grâce aux rimes internes des vers 36 et 37 (« Mouton » et « non »).
L'argumentaire du renard permet aussi un troisième niveau de lecture aux vers 41-42 : le berger est condamnable car il s'autorise seul à domestiquer les animaux, ce qui excuse d'autant plus le Lion.
Texte
Analyse Jean de La Fontaine met en place des personnages types qui correspondent chacun à des individus ou des groupes sociaux. Cette fable met en scène le bestiaire : groupe d'animaux où le roi est représenté par le lion, le ministre ou le jésuite (celui qui garde sa place en donnant raison au roi) par le renard, d'autres courtisans par l'ours et le tigre et un homme non courtisan (basse noblesse) par l’âne.
Cette fable illustre la maxime (La Fontaine, Le Loup et l'Agneau). C'est toujours le plus faible que l'on punit quand on a la force de le faire, c'est la loi des vainqueurs. Pour donner raison au lion (symbole du roi, donc du plus fort), le renard dit que ce n'est point un péché de manger des moutons. Mais, lorsqu'un âne (honnête, mais sans doute naïf) dit qu'il a mangé de l'herbe d'un pré sans en avoir le droit, les animaux décident de le sacrifier. Ils ont ainsi (une fausse) bonne conscience. Les personnages sont ancrés dans la réalité du temps de La Fontaine, mais leurs attitudes restent universelles. Le dénouement est tragique, mais il permet d’insister sur l’hypocrisie et sur le scandale d’une justice contrôlée par les puissants.
Contexte historique et exemplarité
La publication de cette fable en 1678 s'inscrit également dans le contexte de l'Affaire des Poisons, qui plonge la cour de France pendant plusieurs années dans un climat de suspicion et de médisance entre les courtisans après une série de morts brutales et suspectes jusque dans l'entourage proche de Louis XIV, à commencer par Henriette d'Angleterre, la propre belle-sœur du roi, en 1670. Si les personnes mises en cause et condamnées pour empoisonnement ou pour sorcellerie, comme la marquise de Brinvilliers ou "la Voisin", furent effectivement condamnées, de nombreuses personnalités du plus haut rang furent aussi impliquées dans ce scandale criminel pour leurs relations avérées avec les empoisonneuses reconnues coupables, comme Madame de Montespan (maîtresse officielle du roi), le Chevalier de Lorraine (ami personnel et amant du duc Philippe d'Orléans, frère du roi), le Maréchal de Luxembourg ou la comtesse de Soissons. Eu égard à leur rang et grâce à leurs relations d'influence, les membres les plus éminents de la cour pourtant suspects furent épargnés par les enquêtes judiciaires. Ainsi la morale philosophique et universelle de la fable peut aussi se lire à travers un épisode concret de l'histoire, auquel Jean de La Fontaine fait subtilement référence sans nommer aucun protagoniste : la panique contagieuse qui s'empare des animaux menacés de la Peste et appelle à désigner une victime expiatoire au bas de l'échelle (l'Ane) rappelle celle des membres de la cour de France à la même époque, qui se soupçonnent mutuellement d'empoisonner leurs rivaux tandis qu'ils se disputent les faveurs de Louis XIV (Le Lion). Le fait que les dignitaires les plus puissants (l'Ours, Le Loup, Le Renard) soient innocentés du fait de leur position à la cour et de leur discours d'influence peut être lu aussi comme la critique indirecte de l'existence d'une hiérarchie sociale dans l'application de la justice. La Fable réunit ainsi de façon magistrale l'exemplarité de la poésie antique que La Fontaine prend pour modèle, la morale philosophique et l'illustration historique.
Illustrations
Notes et références Notes 12. Cour du Roi : ainsi qu'indiqué tout le long de la fable : le lion est nommé "sire ,roi, seigneur, " puis les autres animaux " puissance" et "flatteur". Enfin la fable fait la critique d'un fonctionnement d'assemblée de courtisans au détriment du principe de justice equitable entre les personnes jugées que l'on désigne aujourd'hui sous l'appellation de cours de justice et qui se veut corriger les éléments dénoncés ici.
Références
Voir aussi Liens externes
Les Animaux malades de la peste, Musée Jean-de-La-Fontaine à Château-Thierry. Les animaux malades de la peste (78 tours numérisé / audio : 3 minutes 41 secondes), lu par Jules Leitner sur le site de la Médiathèque Musicale de Paris. Les animaux malades de la peste (78 tours numérisé / audio : 3 minutes 30 secondes), lu par Louis Seigner sur le site de la Médiathèque Musicale de Paris. Les animaux malades de la peste (78 tours numérisé / audio : 3 minutes 45 secondes), lu par Georges Berr sur le site de la Médiathèque Musicale de Paris. Les animaux malades de la peste, texte lu par Ariane Ascaride (avec La cour du Lion, Les obsèques de la lionne, Le lion, le singe, et les deux ânes, Le berger et le roi) dans l'émission « Fables » de Jean de La Fontaine : le verbe en majesté diffusé sur France Culture le . Les animaux malades de la peste ; Le savetier et le financier (audio : 3 minutes 44 secondes ; 2 minutes 59 secondes) sur le site de la Bibliothèque Nationale de France
Catégorie:Fable de La Fontaine Catégorie:Peste dans la littérature Catégorie:Âne dans la fiction