La Ronde de France, appelée aussi Bordeaux-Grenoble, est une course cycliste par étapes qui n'a été organisée qu'une seule fois, en 1946.
Histoire Cette compétition cycliste a lieu dans le contexte de politique sportive liée à la Libération. Même s'il y eut des courses cyclistes durant les années de l'Occupation allemande de la FranceVoir Jean Bobet, Le vélo à l'heure allemande, éditions La Table Ronde, Paris, 2007., le sport cycliste se trouve grandement à réorganiser aux lendemain de la victoire des Alliés sur les nazis. Nombre de compétitions s'étaient interrompues entre 1940 et 1945. C'était le cas du Tour de France. Mais le sort de la populaire "Grande boucle" était lié au journal qui la mettait sur pieds. Or L'Auto ayant paru jusqu'à l'été 1944, est interdit de publication et placé sous séquestre<ref>Serge Laget, "1940-1946 des Ersatz", pages 254-255, dans le premier volume de Tour de France 1903-2003, 100 ans, publié par L'Équipe en 2002.</ref>. Pour le cyclisme renaissant, pour les coureurs comme pour le public, l'absence de "la caravane de juillet"L'ouvrage de François Terbeen portant ce titre La caravane de juillet, aux éditions du Dauphin, ne paraît qu'en 1954, mais le reprendre ici ne semble pas aberrant, d'autant que le journaliste Terbeen va suivre la "Ronde de France", pour le compte d'un des journaux organisateurs, Miroir Sprint est difficilement imaginable.
La compétition entre journaux Plusieurs groupes de pression se proposent pour combler le vide, tous appuyés sur des titres de la presse nationale. Par des artifices financiers et juridiquesVoir le livre de Sandrine Viollet, Le Tour de France cycliste, 1903-2005, éditions de L'Harmattan, 2007. Le chapitre IX, intitulé Faut-il nationaliser le Tour de France, 1945-1947 renouvelle l'approche de cette période, par le recours aux archives, alors que seuls les témoins s'étaient exprimés. l'ancienne société éditrice de l'Auto se recycle en publiant à partir de le journal L'Équipe, dont les anciens collaborateurs de L'Auto constituent l'ossature de l'administration et de la rédactionLe fait est décrit dès 1964 par Édouard Seidler, dans Le sport et la presse, paru aux éditions Armand-Colin. Lui-même directeur des "services promotion" de L'Équipe, titre "Du jaune au blanc" le chapitre consacré à cette transition, pages 91-99.. Cependant il n'est plus seul sur le marché de la presse sportive quotidienne, et l'heure n'est pas encore aux grandes compétitions de long cours.
Dans le cadre social de l'Après-guerre où le rationnement et les tickets d'alimentation et d'équipement ont cours, les compétitions par étapes sont limitées à une durée maximum de cinq jours. Dans le contexte économique de la reconstruction du pays, le contingentement du papier est de rigueur pour toute la presse, et la presse sportive n'assure à ses publications que des périodicités de deux à trois numéros par semaine. Dans le cadre de la mise en place des institutions politiques, l'unité des forces de la Résistance se lézarde. Le général de Gaulle quitte le pouvoir le et les différents partis politiques tendent à rallier à eux, par le biais du sport, une jeunesse avide de vivre en liberté. Le premier éditorial de L'Équipe se conclut d'ailleurs par ces mots :"Contre un mal si menaçant pour la communauté (i.e. l'égoïste désir, s'élever aux dépens d'autrui, la victoire après des luttes sans scrupules), nous lutterons au nom de la solidarité. À l'individu nous substituons la cellule, l'équipe....L'Équipe, nouveau journal qui veut rendre à la jeunesse de France, l'esprit de sacrifice, la foi, l'enthousiasme"Édouard Seidler, op. cit. page 93.
Ce programme moral, de portée universelle, il est commun avec le groupe de presse, qui à la Libération se constitue dans la mouvance (large) du Parti communiste. De ce groupeJacques Augendre la mémoire du Tour de France (entretiens avec Christophe Penot) éditions Christel, St-Malo, 2001, pages 63-64 : "Les journaux en 1946 ne se disputaient pas que des lecteurs, ils se disputaient aussi la propriété du Tour de France." trois titres s'unissent au printemps 1946, pour organiser une compétition cycliste internationale par étapes.
Quels sont-ils ?
Les journaux organisateurs Ce soir Le plus ancien des journaux organisateurs de la Ronde de France est Ce soir, un quotidien généraliste du soir, créé en 1937. Deux années après sa création, Ce soir avait un tirage de exemplairesQuid, 2006, La Presse en France, tirage de la presse parisienne en 1939, . Interdit, comme l'ensemble des publications communistes en , Ce soir reparaît en . En 1947, le tirage de Ce soir atteint les exemplairesIbid. la presse communiste, . Concurrent avant la guerre de Paris-soir, il s'est installé en , rue du Louvre, dans les locaux de ce titre, interdit de parutionLes annales de la société des amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, numéro 7-2005, pages 72-73, interview Gaston Bensan, administrateur de Ce soir de 1937 à 1949.. Ce soir rivalise depuis 1944 avec France-soir. Sa direction, est en théorie bicéphale, et composée de deux écrivains, Louis Aragon et Jean-Richard Bloch, tous deux communistes. Le second, porte-parole de la France à Radio-Moscou durant la Guerre, rentré en France en , est de fait jusqu'à son décès en le maitre-d'œuvre de journal. La rédaction est composée de journalistes professionnels, dont la plupart, s'ils ont une sensibilité de gauche ne sont pas communistes. La rubrique sportive, en est l'illustration : Georges Pagnoud, le chef de rubrique est issu des mouvements de jeunesse catholiques. Albert Baker d'Isy, est issu de la rédaction de Paris-soir, Pierre Chany est un jeune débutant journaliste engagé dans la RésistancePierre Chany (entretiens avec Christophe Penot), l'homme aux 50 Tours de France, éditions Christel, 1996, page 40</ref>. Ce soir organise depuis 1945 le Circuit des Boucles de la Seine. Au printemps 1946, à la demande de Virgile Barel<ref>Dominique Olivesi, Virgile Barel (1889-1979) de Riquier à la Crimée française, éditions Serre, Nice, 1996. Successeur en 1949 de Virgile Barel, Jean Médecin reprend cette idée et confie la réorganisation de cette course à Jean Leulliot. Cf Claude Sudres, Dictionnaire international du cyclisme, notice "Paris-Nice"., Président du conseil général des Alpes-Maritimes, il reprend l'organisation de la course Paris-Nice. Le journal n'a pas l'expérience logistique des successeurs de L'Auto, mais il possède déjà l'expérience d'organisateur de courses cyclistes.
Sports Autre membre du trinôme fondateur de la Ronde de France, le journal sportif Sports. Comme L'Équipe, Sports a un contenu uniquement sportif. Le titre est nouveau lorsqu’il commence sa parution le Bernard Déon & Jacques Seray, Les revues cyclistes des origines à nos jours (complétés des revues omnisports et technique traitant du cyclisme), Association du Musée d'art et d'industrie de Saint-Étienne, 1996, page 90.. Mais l'équipe rédactionnelle provient de Sport libre, qui se situe dans la filiation de Sport, organe de la FSGT au moment du Front populaire en adoptant pour fondateur le résistant Auguste Delaune, fusillé par les nazis en 1943. Sports, comme L'Équipe est de périodicité quotidienne et ne paraît que quelques jours de la semaine en raison du manque de papier...Il est installé lui aussi rue du Louvre, à Paris. De Sport libre, qui était diffusé à l'origine, en 1944, par les Forces unies de la Jeunesse patriotique, mouvement unitaire des organisations de la jeunesse résistante, quelques rédacteurs passent à SportsUne partie de l'équipe de Sport libre, qui cesse sa parution en juillet 1945 (Ibid., page 86) ne rallie pas Sports, connoté proche du Parti communiste, et essaime dans les rédactions de la grande presse parisienne.. Mais l'essentiel de la rédaction est constituée de journalistes confirmés ou débutantsCertains travaillent pour plusieurs titres, par le biais de l'agence UFI (Union française d'informations) qui fournit en dépêches le réseau de la presse communiste. Cf Pierre Chany, op. cit. page 60. . Parmi ceux-ci Jacques MarchandChristophe Penot, J'écris ton nom Tour de France, éditions Cristel, 2002, témoignage de Jacques Marchand, page 13 : "Trois quotidiens sportifs ont ouvert leur porte le même mois, février 1946 ! Inutile de vous dire que c'était du jamais vu dans l'histoire de la presse.".
Miroir sprint Miroir sprint complète le trio des journaux organisateurs. Mais créé quelques semaines avant l'épreuve, il est peu probable que le nouvel hebdomadaire sportif soit la cheville ouvrière de l'épreuve. Il n'en revendique pas la paternité. Le numéro 3 publiéLa revue Miroir sprint sert ici de source. Ont été consultés le numéro 3 à 11, relativement faciles à acquérir dans les brocantes, vide-greniers, et site internet de vente... le consacre 4 pages au cyclisme sur un total de 16 pages. L'une d'elles n'est en fait constituée que d'une photo d'un Tour de France d'avant-guerre. Pleine page, trois coureurs sont en action dans un paysage alpestre, et un petit texte annonce : Cette photo appartient à la légende. Grâce à <<Miroir sprint>> elle redeviendra bientôt d'actualité. Le texte poursuit:Miroir sprint a répondu présent à l'appel de <<Ce Soir>> qui du 10 au fera revivre les grandes épopées du cyclisme en organisant avec le concours de <<Miroir sprint>>, de <<Sports>> et de la presse régionale, la Ronde de France. Pourtant cette participation semble avoir suscité des débats. En page 2, l'éditorial Autour du Tour s'en fait l'écho : -Alors on était contre (ie le Tour de France), nargue-t-on, et maintenant tout le monde en veut. À la vérité ceux qui étaient contre le Tour de France ne déniaient pas l'incontestable effort athlétique. (...) Mais il regrettaient que la faveur du public soit détournée au profit d'une crème de gruyère, d'un cirage ou d'un réveil (...) que le vainqueur du Tour ce n'est pas X ou Y mais le Cognac Machin. La course et ses à-côtés Le , Miroir sprint n'accorde aucune place à sa course, si ce n'estMiroir sprint, numéro 5, mardi 25 juin 1946, .</ref> une photo montrant Georges Pagnoud, le "chef des services sportifs de Ce soir négociant à Milan la venue de l'équipe d'Italie. Une semaine plus tardMiroir sprint, , 2 juillet 1946 le parcours est dévoilé, assorti de 8 photos en médaillon, annoncées en lettres grasses ; l'élu peut se trouver parmi ces coureurs. En effet le "Miroir" lance un "Grand concours Ronde de France"Il s'agit de désigner ..le nom vainqueur, le nom de l'équipe victorieuse, et le temps mis par le vainqueur pour parcourir les du parcours. Quels sont les 8 coureurs pronostiqués par "Miroir sprint" ? Deux Belges (Jules Lowie, Georges Claes) et six Français (Louis Caput, Maurice De Muer, Albert Dolhats, Apo Lazaridès, Maurice Diot, Jean-Marie Goasmat) aucun Italien. Le lecteur apprend aussi que la "caravane" et les soirées seront animées par une artiste, la chanteuse Bordas. À son tour de chant, elle va joindre une chanson, "de jeunesse et d'espoir", C'est la ronde de France, qui a du lui être conseillée par les organisateurs. Le refrain a peu à voir avec son répertoire :Filles et gars de FranceEntrez tous dans la danseBientôt nous pourrons revoirLes beaux matins et les beaux soirs...C'est la ronde de l'espoir ! Les équipes et les coureurs engagés