Mourad BeyAussi orthographié « Murad ». Bey est un titre honorifique., né à une date inconnue et mort le à Beni Suef, est un chef mamelouk et bey égyptien. Enlevé dans sa jeunesse, il entre au service du chef mamelouk Muhammad Bey Abû Dhahâb et lui succède après la mort de ce dernier. Il s'allie alors avec le mamelouk Ibrahim Bey pour prendre le pouvoir en Égypte. Après plusieurs échecs et de longues années d'exil, Mourad arrive à ses fins en 1784 et se partage le contrôle du pays avec Ibrahim. Leur gestion des affaires très personnelle vis-à-vis de l'Empire ottoman suscite toutefois la colère des Turcs qui contraignent Mourad à quitter le Caire en 1786. Cinq ans plus tard, il reprend les rênes du pouvoir aux côtés d'Ibrahim.

En 1798, il est l'un des principaux adversaires du général français Napoléon Bonaparte qui entreprend la conquête de l'Égypte. Sa cavalerie se heurte à la discipline des troupes françaises et il est vaincu à Chebreiss puis aux Pyramides. Mourad Bey s'enfuit vers la Haute-Égypte, poursuivi par le général Desaix. Après une année de combats dans le désert, il signe finalement la paix avec le général Kléber et reste fidèle à cette alliance avec le général Menou, son successeur. Alors qu'il s'apprête à porter secours à la garnison du Caire menacée par les Anglais, il meurt de la peste bubonique. Homme cultivé et réputé pour sa force physique, sa résistance face aux Français en Haute-Égypte lui vaut l'estime de certains contemporains.

Biographie

Jeunesse et arrivée au pouvoir en Égypte

vignette|gauche|Portrait de Mourad Bey, extrait de l’Histoire des armées françaises de terre et de mer de 1792 à 1833 par Abel Hugo.

Les origines de Mourad Bey sont controversées. L'historien géorgien Alexander Mikaberidze soutient que Mourad Bey est né à Tiflis, en Géorgie, de parents paysans., tandis que les auteurs Kadir Natho et Christopher Herold affirment qu'il serait plutôt circassien.. Enlevé très jeune à sa famille, le jeune homme est vendu en 1768 au chef mamelouk Muhammad Bey Abû Dhahâb, un proche d'Ali Bey al-Kabir qui prend le pouvoir en Égypte l'année suivante..

Selon Eman M. Vovsi, Mourad reçoit, en sa qualité d'esclave, une éducation islamique en même temps qu'un entraînement au combat et à l'équitation, alors que Mikaberidze affirme qu'il n'a aucune formation militaire. Il est ensuite affranchi, ce qui lui permet de progresser rapidement dans la hiérarchie mamelouke. Ali Bey, entré en guerre contre les Ottomans dont il cherche à s'émanciper de la tutelle, est lâché par Muhammad et tué lors d'un affrontement avec les hommes de ce dernier. Muhammad envahit ensuite la Palestine avant de mourir à son tour en 1775.

À la suite du décès de Muhammad, Mourad, qui jouit d'une solide réputation martiale, devient le nouveau chef des mamelouks. Il épouse la veuve d'Ali Bey, Nafissa al-Bayda, et se retrouve à la tête d'une importante fortune. De là, il s'associe avec Ibrahim Bey, lui aussi ancien serviteur de Muhammad, dans une lutte pour le pouvoir contre Ismail Bey, ex-garde du corps d'Ali Bey. Une guerre civile s'ensuit entre les deux partis, au terme de laquelle Mourad et Ibrahim, vaincus, s'enfuient en Haute-Égypte. Abandonné par la plupart de ses partisans, Ismail se réfugie à Constantinople en 1778 et cède la place à Mourad et Ibrahim. En 1784, Mourad s'empare seul du pouvoir et oblige Ibrahim à regagner la Haute-Égypte. Réconciliés, ils se partagent la direction du pays en 1785. Bien que théoriquement vassaux de l'Empire ottoman, ils sont les véritables détenteurs du pouvoir.

En 1786, à la suite d'un refus de Mourad et Ibrahim de lui verser un tribut, le sultan ottoman Abdülhamid envoie le grand amiral de la flotte ottomane, Hasan Pacha, pour évincer Ibrahim et Mourad Bey. Hasan Pacha réussit à vaincre les mamelouks et place à court terme l'Égypte sous le contrôle direct de l'Empire ottoman.. Revenu aux affaires grâce au soutien de la Sublime Porte, Ismail Bey meurt en 1791 ; la même année, après s'être réfugiés pendant cinq ans en Haute-Égypte, Mourad et Ibrahim Bey regagnent Le Caire, reprennent le pouvoir et rétablissent le duumvirat. Mourad s'installe alors à Gizeh, dans une maison richement décorée.

Au cours de son règne, Mourad Bey fait construire l'arsenal du Caire et ordonne la restauration de la mosquée Amr ibn al-As. Il ordonne également la création d'une petite flotte sur le Nil, inspirée des navires européens, mais abandonne l'idée face au manque d'enthousiasme de la population. Par ailleurs, en 1798, sa décision de remettre en vigueur l'impôt de capitation pour les étrangers suscite le mécontentement des ambassadeurs européens.

La campagne d'Égypte

Chebreiss, les Pyramides et la lutte contre le général Desaix

vignette|gauche|upright=1.5|alt=Une charge de cavaliers égyptiens vêtus d'habits colorés contre des soldats français à pied, sous des pyramides.|Les mamelouks de Mourad Bey chargent les carrés français pendant la bataille des Pyramides. Tableau de Wojciech Kossak, 1896.

En 1798, Mourad Bey s'oppose aux troupes françaises du général Napoléon Bonaparte pendant la campagne d'Égypte. Accusé par Ibrahim d'avoir mené une politique préjudiciable aux intérêts français, c'est à lui que revient la mission d'arrêter la marche de Bonaparte sur Le Caire.. Il est nommé sari askar (commandant en chef), avec autorité sur toutes les forces mameloukes. Compte tenu des nombreuses difficultés rencontrées par l'armée française et la faiblesse de cette dernière en cavalerie, Mourad est confiant dans ses chances de succès ; apprenant que les forces adverses sont composées avant tout de fantassins, il déclare : .

Il est cependant repoussé une première fois à Chebreiss, le , où ses hommes se heurtent à la discipline des carrés français. Le , il tente de stopper à nouveau ses adversaires à la bataille des Pyramides, en s'élançant avec sur les divisions de Bonaparte, mais il est mis en déroute par des salves meurtrières. Blessé à la joue par un coup de sabre, Mourad Bey fuit en Haute-Égypte tandis que sa femme Nafissa reste au Caire. En signe d'admiration pour son vainqueur, il fait remettre à Bonaparte son propre sabre, alors considéré dans toute l'Égypte comme un objet sacré. De son côté, Bonaparte tente de négocier avec le chef mamelouk en lui offrant le titre de gouverneur de la province de Girga. Le vaincu des Pyramides refuse et exige le retrait des troupes françaises d'Égypte, en proposant dix mille pièces d'or pour couvrir les frais du rembarquement.

Bonaparte décide alors d'envoyer son second, le général Louis Desaix, à la poursuite de Mourad Bey qui s'est retiré dans le désert. À nouveau battu par les Français à Sédiman, le , il poursuit sa retraite en direction de l'oasis du Fayoum. Il organise ensuite une brève campagne de guérilla qui l'oppose, durant une année, aux forces françaises de Desaix.. Les mamelouks, défavorisés en bataille rangée, harcèlent les lignes de communication, détruisent les navires de ravitaillement français, attaquent les soldats isolés et obligent même, un temps, leurs adversaires à évacuer Assouan. C'est en poursuivant Mourad en Haute-Égypte que les Français découvrent les monuments de Dendérah, Thèbes, Edfou et Philæ..

Allié de la France

vignette|gauche|alt=Portrait en pied d'un général français, coiffé d'un bicorne à plume rouge et en uniforme bleu brodé d'or, sabre à la main, à côté de son cheval.|Le général Jean-Baptiste Kléber signe en 1800 un traité d'alliance avec Mourad Bey, mais meurt assassiné quelque temps plus tard. Tableau de Jean-Joseph Ansiaux, 1804.

Peu après la victoire française d'Aboukir le , le chef mamelouk manque d'être fait prisonnier à Samhud par Desaix, et engage rapidement des pourparlers. Il cesse finalement les hostilités et adopte la neutralité en octobre. En 1800, le général Jean-Baptiste Kléber, nouveau commandant en chef de l'armée française, propose à Mourad Bey de se joindre à lui en échange du titre de gouverneur de la Haute-Égypte. Le chef mamelouk accepte, et tout en assurant Kléber de protéger la Haute-Égypte des Ottomans, il invite l'ensemble des mamelouks à se rallier à lui.. Le , lors de la bataille d'Héliopolis, lui et ses hommes font partie de l'aile droite française, mais dès le début de la bataille, le bey se retire dans le désert avec ses cavaliers sans prendre part au combat. Après le retour des Français au Caire, il invite Kléber et le général Damas dans sa demeure pour une entrevue, à l'issue de laquelle Mourad Bey fait remettre au général en chef un sabre et un poignard ornés de diamants..

Confirmé dans ses fonctions de gouverneur de la Haute-Égypte, il est chargé de collecter les impôts sur les terres relevant de sa juridiction pour le compte de la République française .. Kléber est assassiné peu après au Caire et est remplacé par le général Menou, auquel Mourad Bey reste fidèle. Dans le cadre de ses nouvelles fonctions, ce dernier échange régulièrement avec ses homologues français, notamment quant aux faits et gestes des Ottomans au sein desquels le chef égyptien a conservé des relations ; ses rapports avec le général Donzelot, qui dirige la province voisine de la sienne, sont très fréquents et empreints d'une considération mutuelle. Bien qu'ayant autorité sur la province de Girgâ, Mourad Bey doit s'acquitter auprès de ses alliés français d'un impôt sur la propriété foncière, entre autres conditions restrictives qui limitent sa marge de manœuvre. Malgré tout, ses contacts avec les occupants restent apaisés, les Français étant par ailleurs, en dépit de leur influence dans les affaires du bey, dépendants des mamelouks pour assurer la perception efficace des impôts et l'absence de troubles dans les campagnes. En outre, Mourad Bey veille très attentivement au respect de ses prérogatives en tant que chef des différentes factions mameloukes, qu'il cherche à rassembler et unifier sous sa bannière..

Le , l'armée française est vaincue à Canope par les troupes britanniques du général Abercromby et se retranche dans Alexandrie. Le gouverneur du Caire, Belliard, demande à Mourad Bey de le rejoindre avec sa cavalerie pour l'aider à défendre la capitale.. Le bey se met en route, mais atteint de la peste bubonique, il meurt à Beni Suef le . Le chef mamelouk est enterré à Suhaj, et sa femme Nafissa lui construit, plus tard, un tombeau non loin de la sépulture d'Ali Bey al-Kabir, son ancien époux. Les dernières troupes de Mourad, influencées par le général Hutchinson, se rallient aux Britanniques à la fin du mois de ..

Treize ans plus tard, le , , qui vient de signer son acte d'abdication, reçoit le maréchal Macdonald à Fontainebleau et lui offre le sabre de Mourad Bey en signe de gratitude.

Description physique, caractère et regards des contemporains

vignette|Portrait de Mourad Bey par André Dutertre, publié dans le deuxième tome de la Description de l'Égypte, 1809.

Mourad Bey est souvent décrit comme un dirigeant cupide et cruel envers ses ennemis, mais aussi comme un guerrier énergique et courageux.. Homme à la stature imposante, il possède une grande force physique et est réputé pour savoir . C'est également un individu très orgueilleux dont les aptitudes guerrières ne l'empêchent pas de s'intéresser à la musique et aux lettres.

Dans son Journal de l'expédition d'Égypte, le général Jean-Pierre Doguereau considère Mourad Bey comme . Le dessinateur et écrivain Dominique Vivant Denon, qui suit en spectateur le général Desaix en Haute-Égypte, se montre lui aussi admiratif du bey :

Notes et références

Notes

Références

Voir aussi

Bibliographie

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Articles connexes

Ibrahim Bey (mamelouk) Campagne d'Égypte

Liens externes

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