Hadj Ahmed Maaninou (1906 - ) est un nationaliste, résistant, panarabiste et démocrate marocain. Mohammed VI, roi du Maroc dans sa lettre de condoléances adressée à la famille du défunt : « ... Le Maroc a perdu une personnalité qui avait un rôle notable dans l'histoire du mouvement national marocain et dans la lutte par l'action et la plume pour l'avènement de la liberté et de l'indépendance pages 4 et 5 du livre Un nationaliste n'est plus...) ».

Biographie Adolescence

Né à Salé au Maroc, rue Léblida, en 1906, Ahmed Maâninou est le cadet d’une famille de huit enfants, d’origine andalouse. Orphelin à l’âge de six mois, il est élevé par sa tante maternelle devenue la femme de son père.

Ahmed a suivi le cursus traditionnel des études islamiques. Dès l’âge de cinq ans, il intègre l’école coranique du quartier « msid », pour apprendre par cœur tous les versets du Coran. Puis il poursuit ses études dans quelques zaouias et à la Grande Mosquée de Salé aux côtés des grands théologiens et oulémas de l’Exégèse du Coran, du Hadith, de la grammaire, du droit et de la théologie. La fin de ses études a été couronnée par l’obtention d’une licence « Ijaza » verbale qui lui a été accordée par le « fkih » Ahmed al-Jariri. Au cours de son premier voyage au Moyen-Orient, il a obtenu une « Ijaza » écrite du grand imam de Damas, le « Cheikh » Badr Eddine Al Housni.

Avec les autres élèves du msid, il participe involontairement à la marche de protestation des artisans de la ville contre l’institution par le protectorat, en 1920, d’une patente connue sous le nom de « Daribat Al Akiab ».

Il assiste à la zaouïa Naciria de Rabat à quelques conférences du grand salafiste le cheikh Abou Chouaïb Doukkali, et surtout du alem Mohamed Ibn Housni Madani qui ont beaucoup aidé les jeunes dans leur émancipation culturelle.

L’influence des oulémas du Proche-Orient sur la jeunesse arabe a été très grande. Les écrits des grands théologiens du monde musulman tels que Djemâl ad-Dîn al-Afghâni et Mohamed Abdou appelaient à un retour aux sources d’un islam libéré de l’influence des colonisateurs.

Lors d’une visite en compagnie de son père à la zaouïa Derkaouiyya située aux abords du Rif, en 1924, il entend pour la première fois les coups de feu et apprend beaucoup sur la révolte armée de Abdelkrim el-Khattabi contre les occupants français et espagnols.

L’année 1927 a vu la création de l’Association littéraire musulmane de Salé « Annadi Al Adabi Al Islami » qui groupe les élèves de l’école de fils de notables et ceux des écoles religieuses de la ville. Elle constitue une bibliothèque ouverte aux jeunes, organise des conférences-débats et des voyages dans différentes régions du Maroc. Ahmed participe activement à la propagation des idées nobles de cette association.

L’année suivante, sous l’égide d’Abdellatif Sbihi, une troupe théâtrale d’amateurs est créée groupant des jeunes du Annadi Al Adabi. Elle donne des représentations, à Salé et Rabat, des pièces théâtrales à résonance patriotique puisés des épisodes illustres du monde arabo-musulman. Ahmed participe à l’organisation des spectacles.

En 1930, Ahmed âgé de vingt-quatre ans seulement, entame un long voyage en direction de La Mecque pour accomplir le pèlerinage. Lors de la première escale du bateau à Marseille, il envoie son premier article qui est publié dans le journal Assaada, le seul quotidien national en arabe au Maroc. À Alexandrie, il rencontre son cousin Mustapha As-Slaoui. À Beyrouth, sa grande surprise est de trouver un nombre important de revues et de journaux en vente libre. Après un cours séjour à Damas, il arrive enfin à Médine puis à La Mecque pour accomplir son pèlerinage.

Le nationaliste

De retour à Salé, Ahmed Maâninou est vite informé par les jeunes nationalistes du Dahir berbère qui est publié le et qui instaure une division ethnique entre Arabes et Berbères pour mieux encrer la politique coloniale au Maroc. Après plusieurs concertations avec ses amis : Mohamed Hassar, Abdellatif Sbihi, les frères Saïd et Abdelkrim Hajji, Mohamed Chémaou et Abdeslam Aouad, ils décident d’utiliser le « Latif », comme arme religieuse pour sensibiliser les gens sur le danger que constitue ce Dahir.

Le , après l’arrestation de tous ses amis, Ahmed Maâninou arrive à convaincre l’imam de la Grande Mosquée de Salé, Hadj Ali Aouad de terminer la prière de ce vendredi par la lecture du « Latif ». Tous les fidèles scandent à haute voix la phrase suivante : « O Sauveur, épargne nous les mauvais traitements du Destin et ne nous sépare pas de nos frères berbères ». Cette prière du Latif constitue le point de départ des manifestations religieuses qui se propagent de ville en ville dans tout le pays. Ce jour est considéré comme le jour de l’éclosion du nationalisme marocain.

Le , une centaine de nationalistes se sont retrouvés dans la demeure de Ahmed Lahrech pour rédiger et signer la pétition de protestation contre la publication de ce fameux Dahir parmi lesquels figure Ahmed Maaninou, pétition adressée au Grand vizir.

Au premier anniversaire de la lutte contre ce Dahir, Maaninou participe à Fès, avec un groupe de jeunes dirigé par Brahim Ouazzani, à la distribution des premiers tracts arrivés secrètement du Caire, appelant à la poursuite de la contestation contre ce Dahir.

Ahmed Maaninou donne ses premiers cours à un groupe d’enfants à la mosquée de la rue Herarta. La présence parmi eux du fils du Moufti de Salé, Abderrahmane Benabdenbi, est un signe de confiance très encourageant pour lui. À la création de la première école nationale libre de Salé en 1932, il fait partie des enseignants volontaires qui tentent de structurer l’enseignement primaire tout en préservant son caractère national.

À la suite d’un litige avec le directeur, il fonde en 1933, avec Boubker el-Kadiri, une nouvelle école libre. En 1937, pour des raisons politiques, il crée, dans une maison offerte par Al Hadj Talbi, une autre école moderne avec un tableau, des bancs et des bureaux.

L’année 1932 voit la création de la première association religieuse et politique au Maroc. Appelée « Association pour la sauvegarde du Coran », elle groupe au sein de son premier bureau trois élèves expulsés de l’école publique de Salé pour leur participation à la contestation contre le dahir berbère : Abdeslam Bensaid, Mohamed Bakkali et Mohamed Kadiri, ainsi que Ahmed Maaninou, Boubker el-Kadiri et à sa présidence l’imam Hadj Mohamed Aouad.

À l’initiative du jeune Mohamed Hassar, la commémoration de la première fête du trône à Salé le a un grand succès. Elle est organisée par un comité groupant Idriss Jaidi, Mohamed Maâninou, Mohamed Hajji, Mohamed Alaoui, Hadj Mohamed Aouad, Hadj Ahmed Maâninou, Hadj Boubker Aouad et Mohamed Gharbi. C’est une manifestation de loyalisme au Sultan l’associant à la cause nationaliste. Un an après cette fête est officialisé le Dahir du .

En juillet de la même année, dans la demeure d’Ahmed Hajji, les jeunes nationalistes de Salé, Rabat et Fès célèbrent le premier anniversaire de la revue « Maghreb » publié à Paris et qui défend la cause marocaine. Cette manifestation est l’occasion d’annoncer la parution du premier hebdomadaire national de langue française sous la direction de Mohamed Hassan Ouazzani portant le nom de « L’Action du Peuple ».

Le jour de la fête de « L’Achoura », le , une marche de protestation traverse les ruelles de la médina obligeant les gérants de vingt-sept débits de boissons alcoolisées à fermer boutique. Mohamed Hassar et Ahmed Maâninou, meneurs de cette révolte sont condamnés par les autorités du protectorat à deux mois de prison ferme. Une pétition de protestation signée par les notables de la ville est adressée au Sultan.

La première rencontre entre Hadj Ahmed et Allal El Fassi se déroule chez un ami commun Saïd Hajji, à Salé en 1934, pour discuter du « Plan de Réformes Marocaines ». Les jeunes nationalistes salétins refusent d’apporter leur appui à ce projet pour deux raisons. D’abord pour la création du Comité d'action marocaine (CAM) à Fès, sans concertation avec les autres nationalistes du Maroc et aussi pour la non prise en considération, dans la rédaction de ce plan, du projet de réformes préparé par Mohamed Hassar dès 1933 avec l’appui des nationalistes de Salé.

Lors du premier congrès national du CAM, Hadj Ahmed prononce un discours au nom des jeunes nationalistes salétins apportant leur appui à l’union nationale autour de ce projet, faisant fi des discordes internes.

Hadj Ahmed prononce un discours de bienvenue aux congressistes de l’Association des étudiants musulmans de l’Afrique du Nord en France réunis à Rabat le , malgré l’interdiction du résident général.

Par ordre du contrôleur civil de Salé, Hadj Ahmed est incarcéré une dizaine de jours à la prison Laâlou de Rabat pour avoir applaudi à l’intérieur du tribunal.

Après l’interdiction du congrès du CAM qui doit se tenir à Casablanca et l’arrestation des trois nationalistes : Mohamed Hassan Ouazzani, Allal Fassi et Mohamed Yazidi, à l’instar des autres villes, les nationalistes de Salé organisent une grande manifestation le avec comme slogans la levée de l’interdiction des journaux et la liberté de la presse.

Les sentences sont vite tombées sans jugement aucun, Hadj Ahmed qui dirige cette manifestation écope de six mois de prison ferme, Boubker Kadiri de trois mois et un mois pour le reste des organisateurs.

La première grève des tisserons des nattes de Salé, au début de 1937, est soutenu par les jeunes nationalistes de la ville.

Devant la vague d’arrestations punitives des grévistes, Hadj Ahmed Maâninou et Boubker Kadiri adressent une lettre de protestation au contrôleur civil de Salé pour son refus de la proposition des nationalistes pour trouver une solution équitable à ce problème.

À la suite de dissensions internes le CAM se scinde, en , en deux mouvements : Le Parti national pour la réalisation des réformes sous la houlette de Allal Fassi et « Al Haraka al Kawmiya” le Mouvement nationaliste (MN) dirigé par Mohamed Hassan Ouazzani, auquel se rallie Hadj Ahmed.

Pour donner un écho national à la lutte des nationalistes de Meknès qui se révoltent contre le détournement de l’eau de la rivière Abou Fékrane au profit des colons de la région, Hadj Ahmed édite à Salé avec Mohamed Chemaou un numéro spécial du journal Al Widade qui est largement diffusé à Meknès et à travers le Maroc.

À la commémoration à la Grande Mosquée de Salé, le , de la journée de solidarité avec la Palestine, Hadj Ahmed prononce un discours et présente le lendemain avec des responsables du Mouvement national une pétition de protestation, signée par un grand nombre de notables et de personnalités, à l’ambassade de la Grande-Bretagne à Rabat.

L’exilé

Obtention miraculeuse d’un passeport le et nouveau départ de Hadj Ahmed Maâninou vers la Mecque pour le pèlerinage qu’il utilise, comme couverture officielle, pour la défense de la cause nationale et pour réclamer la libération des nationalistes emprisonnés, qu’il entreprend auprès des responsables politiques des pays arabes du Moyen-Orient.

Grâce à sa carte de journaliste du journal Al Maghreb de Saïd Hajji, il obtient un visa pour rentrer au Caire. Son cousin Mustapha Slaoui, résidant en Égypte, lui apporte une aide financière et logistique pour rencontrer plusieurs représentants des associations, des journaux et des partis politiques égyptiens.

Au cours de ses activités politiques en Arabie saoudite, au côté du grand poète marocain Hadj Yamani Nasiri, Hadj Ahmed apprend que les autorités françaises demandent son extradition. À la fin de son pèlerinage, son ami Naciri lui propose de retourner au Maroc, en sa compagnie, pour vivre son exil forcé à Tétouan qui est sous protectorat espagnol.