La Fouine (Martes foina) est une espèce de mammifères carnivores de la famille des Mustélidés. Elle est largement répartie d’un bout à l'autre du continent eurasiatique, et a même été introduite par l'Homme en Amérique du Nord. Du même genre que la martre des pins (genre Martes), la fouine se caractérise par ses dimensions plus graciles, son poitrail blanc caractéristique, ainsi que par son mode de vie plus terrestre et ses habitudes plus généralistes, faisant d’elle une espèce très commune, se retrouvant dans un grand nombre d’habitats, vivant aussi bien dans des milieux ouverts que plus boisés, mais surtout à proximité des habitations humaines, comme des fermes et les maisons de campagne.
Cette proximité particulière avec l'Homme a donné à la fouine une saillance culturelle remarquable, presque aussi importante que celle du loup ou du renard et fait l'objet d'une forte récurrence dans la langue française, avec un grand nombre d'appellations régionales, de proverbes et de métaphores.
Dénominations Nom scientifique valide : Martes foina (von Schreber, 1776) Protonyme : Mustela foina von Schreber, 1776 Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Fouine, Fouine d'Europe, Marte fouine, Martre fouine Noms vernaculaires (langage courant) : fagina (catalan), faïna (occitan), fawene (wallon), fin·ne (picard), kaerell-vras (breton), lepazuri (basque), steemarder (luxembourgeois)
Dans la littérature ancienne, on trouve également la dénomination « martre des hêtres ».
Étymologie et dénominations régionales Le nom latin de l'espèce, , signifie littéralement « martre des hêtres ». Ce terme est à rapprocher du mot faîne, issu du latin (ou de la racine reconstruite *faginus), qui désigne le fruit du hêtre (Fagus), l'animal étant traditionnellement associé à la fréquentation de ces massifs forestiers. Bien que cette terminologie scientifique soit descriptive, le nom vernaculaire de « fouine » est très ancien. Sa première mention écrite remonterait à la fin du et il apparaît officiellement dès la première édition du Dictionnaire de l'Académie française en 1694.
L’analyse des patois locaux révèle une immense variété de dénominations directement basées sur cette racine latine liée au hêtre, avec des variantes phonétiques telles que fagina en catalan des Pyrénées-Orientales, faguino ou fahino en provençal moderne, faina en ancien provençal, ou encore faïno dans le Tarn et la Corrèze. Les dialectes de la langue d'oïl et du domaine francoprovençal partagent également cette étymologie avec des formes comme payne en ancien français, faïenne à Namur, fawinne ou fawènne en wallon et dans le pays messin, fowène en wallon de la nappe de Selys Longchamps, pouainna en Suisse romande, et foine ou foigne en picard.
D'autres formes plus contractées ou modifiées subsistent historiquement, à l'instar de foin ou fouin rencontrés dans le Jura, l'ogrien, l'Aube, le Berry, la Bresse chalonnaise ou le Morbihan, tandis que la forme fine est signalée à Saint-Amé. Dans certaines régions du Centre et de l'Ouest de la France, comme la Charente, la Vendée ou la Saintonge, on emploie traditionnellement les variantes masculines fouin, chafouin ou chat fouin pour la désignerchafouin dans le Dictionnaire de patois vendéen de Troospeanet, consulté le 15 janvier 2015..
+ Noms régionaux de Martes foina issus de la racine du hêtre et autres parlers Groupe ou zone linguistique / Région Nom vernaculaire Catalan (Pyrénées-Orientales) martra fagina, fagina, gat fagi Provençal / Gard / Nice faguino, fahino, fouina, fouino Ancien provençal faina Languedocien / Tarn / Toulouse / Gers faïno, foïno, hàgino, feïno Ancien français payne, fluyne Namur (Belgique) faïenne, faïnne Wallon / Cambrésis / Pays messin fawinne, fawènne, fowène, poeunne, madrai, maudrai, wiha, wiheu Picard / Lille foine, foigne, flokhne, florène, fichauAppellation vernaculaire locale qui s'applique de manière interchangeable ou confuse dans l'esprit des populations à la fouine, au putois, à la martre des pins ou à la belette, en raison de la ressemblance générale entre les différents membres de la famille des Mustélidés (classés dans le genre Mustela à l’époque de la rédaction de l’ouvrage). Suisse romande pouainna, pouainna Jura / Aube / Berry / Bresse / Morbihan / Bourgogne foin, fouin, fine, pitô Charente / Saintonge / Vendée fouin, chafouin, chat fouin, chat mouin Meuse / Centre / Avranches visso, marginDésigne traditionnellement une petite variété de fouine nichant fréquemment au cœur des meules de paille et des paillons. Selon une coutume berrichonne datant de 1869, les bergers la promenaient vivante de ferme en ferme pour collecter des œufs, de la volaille ou du vin., margotin, peruno
Histoire et taxonomie gauche|vignette|Illustration de la Marte fouine dans Atlas de poche des mammifères de France, de la Suisse romane et de la Belgique, 1910. Systématique L'espèce Martes foina aurait été décrite par le naturaliste allemand Johann Christian Erxleben en 1777, sous le nom initial de Mustela foinaErxleben, J. C. P. 1777. Systema regni animalis per classes, ordines, genera, species, varietates, cum synonymia et historia animalium. Classis I. Mammalia. Weygandianis, Lipsiae, 1:458. Mais il semblerait que cela soit en fait le naturaliste Johann Christian Daniel von Schreber qui l’ai mentionnée un an auparavant, plaçant la localité type en l'Allemagne. L’espèce fut rapidement reclassée par Philippe Pinel en 1792 dans le genre Martes, dont elle est l'espèce type : Martes domestica.
En 1865, dans une édition du Proceedings of the Zoological Society of London, le zoologiste britannique John Edward Gray décide de placer la fouine à part des autres martres au sein d’un sous-genre monotypique nommé sobrement Foina.
Plusieurs sous-espèces ont été répertoriées : Nom et auteur Description Aire de répartition Synonymes Fouine d'Europe Murray Wrobel, 2007. Elsevier's dictionary of mammals: in Latin, English, German, French and Italian. Elsevier, 2007. , 9780444518774. 857 page Rechercher dans le document numérisé Martes f. foina Erxleben, 1777 (Espèce-type) 150 pxPetite sous-espèce au crâne de taille moyenne. En hiver, le dos varie d’une teinte fauve-gris clair au brun foncé uniforme. Les poils de jarre sont fauves ou brun-châtaigne, tandis que le sous-poil est très clair, gris pâle. Les flancs et le garrot sont légèrement plus clairs que le dos, et le ventre plus sombre. Les pattes sont brun foncé et la tache de la gorge est d’un blanc pur. Cette tache varie en taille et en forme.Ouest de la Russie, Europe de l’Ouest, sauf la péninsule balkanique) et péninsule Ibérique.alba (Bechstein, 1801) domestica (Pinel, 1792) fagorum (Fatio, 1869)Martes f. bosniaca Brass, 1911— Péninsule balkanique—Martes f. bunites Bate, 1906Sous-espèce plus petite que foina, avec la tache sur le poitrail moins définie, parfois absente chez certains spécimens.Crète, Skópelos, Naxos, Erimomilos, Karpathos, Samothrace, Sériphos et Kýthnos.—Martes f. intermedia Severtzov, 1873Sous-espèce plus petite que nehringi, au pelage plus clair. Le dos est d’un fauve grisâtre modérément foncé. Les flancs sont plus clairs, mais de la même teinte. Les poils de jarre sont fauve foncé, tandis que le sous-poil est presque blanc. La queue est brun foncé. La tache sur le poitrail est très variable, parfois complètement indéfinie.Régions montagneuses d’Asie centrale, du Kopet-Dag et du Grand Balkhas jusqu’au Tarbagataï (dans les monts Khangaï) et l’Altaï. Hors de l’ex-URSS, son aire comprend le nord de l’Iran, l’Afghanistan, l’ouest du Pakistan, l’ouest de l’Himalaya, le Tian Shan, le Tibet et le nord de la Mongolie.altaica (Satunin, 1914) leucolachnaea (Blanford, 1879)Martes f. kozlovi Ognev, 1931— Est du Tibet—Martes f. mediterranea Barrett-Hamilton, 1898Forme plus claire et moins terne que foina.Péninsule Ibérique—Martes f. milleri Festa, 1914—Rhodes—Martes f. nehringi Satunin, 1906Grande sous-espèce au crâne massif. Le pelage hivernal est assez sombre, fauve brunâtre ou fauve foncé à reflet grisâtre. Les flancs sont plus clairs que le dos, et la queue ainsi que les pattes sont brun foncé. La tache gulaire varie en forme et en taille, mais tend à être réduite.Caucase et régions limitrophes de la Turquie et de l’Iran.—Martes f. rosanowi Martino et Martino, 1917Sous-espèce plus petite que foina, mais présentant des couleurs presque identiques.Régions montagneuses de Crimée—Martes f. syriaca Nehring, 1902Sous-espèce à la robe claire, au crâne plus petit que la forme nominale.Syrie—Martes f. toufoeus Hodgson, 1842—Lhassa, Tibet—
Cependant, les études récentes ne font plus état d’une seule sous-espèce, rendant le taxon monotypique selon .
Évolution et phylogénie La martre des pins et la fouine étant deux animaux très semblables, il est fortement suggéré que les deux espèces aient un ancêtre commun du nom de Martes vetus. Les plus anciens fossiles de cette espèce ont été découverts dans des dépôts datés de la glaciation de Würm au Liban et en Israël. La fouine serait probablement originaire du Proche-Orient ou du sud-ouest de l’Asie, et aurait pu arriver en Europe à la fin du Pléistocène ou au début de l’Holocène. Elle se distingue de la plupart des autres mustélidés européens du Quaternaire, puisque toutes les autres espèces, à l’exception du vison d’Europe, sont apparues durant le Pléistocène moyen. Les comparaisons entre les spécimens fossiles et leurs descendants indiquent que l’espèce a subi une diminution de taille à partir de la glaciation de Würm. Les fouines indigènes des îles Égéennes représentent une population ancestrale présentant des affinités primitives avec le continent asiatique.
Le crâne de la fouine laisse supposer une adaptation plus poussée que celle de la martre des pins vers l’hypercarnivorie, comme l’indiquent sa tête plus petite, son museau plus court, un rétrécissement postorbitaire plus marqué et des dents jugales réduites. Des pressions sélectives ont probablement favorisé l’augmentation de la force de morsure de la fouine au détriment des capacités d’ouverture de la mâchoire. Ces caractéristiques ont sans doute agi chez les mâles comme un mécanisme permettant d’éviter à la fois la compétition intraspécifique avec les femelles et la compétition interspécifique avec la martre des pins, très comparable sur le plan écologique.
Phylogénie Le cladogramme suivant présente les relations de parenté au sein du genre Martes. Il montre que la fouine est en réalité, très différente de la marte des pins. La fouine est située dans un isolat intermédiaire entre le sous-genre Charronia, composé des espèces « jaunes » d’Asie du Sud-Est et les espèces du groupe Holarctique comprenant la marte des pins, la marte d’Amérique et la Marte à pieds noirs :
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