thumb|right|Alain de la Roche, Le Psautier et le Rosaire de Notre-Dame, 1492
Une confrérie du Rosaire est une association de chrétiens destinée à encourager et diffuser la méditation du rosaire. Les premières confréries du Rosaire ont été instituées au début du XIIIe siècle par saint Dominique de Guzman. Elle connurent un premier essor puis la Grande Peste survenue en France au milieu de XIVe siècle met un arrêt à leur expansion. A la fin du le dominicain Alain de la Roche les relance. Elles connaissent un grand succès en Europe occidentale au et , grâce au soutien des couvents dominicains et aux nombreuses indulgences accordées par les papes aux membres de ces confréries. Les confréries du Rosaire ont eu un rôle essentiel dans la diffusion de la prière du Rosaire dans le monde catholique.
Fondation et débuts Confrérie de Douai thumb | Alain de la Roche, Le Psautier et le Rosaire de Notre-Dame, 1492|alt=
En 1470 à Douai, le dominicain Alain de la Roche fonde la Confrérie de la Vierge et de Saint Dominique. Selon Alain de la Roche, c'est la Vierge Marie qui lui aurait demandé dans une vision de diffuser la prière du Rosaire au moyen des confréries, reprenant à son compte l'initiative de Dominique de Guzman, fondateur de l'ordre dominicain.
La fondation de la Confrérie de la Vierge et de Saint Dominique définit les principes fondateurs des confréries du Rosaire, qui sont ouvertes à tous. Les membres de la confrérie, inscrits sur un registre, s'engagent à prier le Rosaire, qui consiste à réciter le « psautier de Jésus et de Marie », composé de 150 Ave Maria et de 15 Pater Noster, accompagné d'une méditation sur quinze mystères de la vie de Jésus, issus des Evangiles ou de la tradition chrétienne. La confrérie institue une solidarité spirituelle entre tous les membres de la confrérie, permettant à chacun de bénéficier des bienfaits spirituels obtenus de la prière de l'ensemble des membres de la confrérie.
Confrérie de Cologne Le , jour de fête mariale de la Nativité de Marie et jour de la mort d'Alain de la Roche, le dominicain Jacques Sprenger, prieur du couvent de Cologne, institue une confrérie du Rosaire (Rozenkranzbruderschaft) à l'exemple de ce qu'avait fait Alain de la Roche à Douai. La fondation de cette confrérie est une manière de remercier la Vierge Marie pour la fin du siège de Neuss.
Cette confrérie, destinée aux laïcs comme aux religieux, dispose de statuts. La confrérie était ouverte à tous aussi bien aux riches qu'aux pauvres et aux indigents. Les membres de cette confrérie étaient tenus de dire un Rosaire durant la semaine. Des messes de requiem étaient offertes pour les membres défunts de la confrérie et des prières du Rosaire étaient offertes pour les âmes du purgatoire et les confrères trépassés.
Le légat du pape Alexandre de Forli accorda des indulgences à ceux qui s'y inscriraient et obtint de l'empereur Frédéric III du Saint-Empire une reconnaissance officielle de la confrérie, approuvée par une Bulle Ea quae fidelium de Sixte IV du accordant sept ans d'indulgence et sept quarantaines de jours. C'est à Cologne que le Psautier hebdomadaire de la Vierge prend le nom de Rosaire, nom qu'Alain de la Roche ne lui donnait pas encore.
Dans les années qui suivent sa fondation, la confrérie du Rosaire de Cologne connaît un immense succès : membres en 1476, en 1481.
thumb|Triptyque de Saint-André de Cologne, Vierge de miséricorde, autel de la confrérie du Rosaire, 1515
C'est pour cette confrérie que fut peint un grand triptyque de Vierge de miséricorde ou Vierge au manteau peint par le maître de Saint-Séverin entre 1510 et 1515, pour l'église Saint-André de Cologne. La Vierge Marie y reçoit une triple couronne de roses en mémoire de la triple couronne de ses vertus (puissance, bonté, excellence) selon une ancienne tradition mariale.
Propagation des confréries Encouragées par l'appui du pape Sixte IV et de l'ordre des Prêcheurs ainsi que par l'exemple de la confrérie de Cologne, de nouvelles confréries sont fondées en Europe à la fin du : création d'une confrérie à Lille le , fondation de confréries par les couvents dominicains de Venise, Florence et Rome en 1481.
Les confréries vont être pour les dominicains le moyen d'étendre la pratique du Rosaire à toute la chrétienté. Les papes feront plus tard bénéficier les membres de ces confréries de nombreuses indulgences.
Les confréries se propagent dans toute l'Europe, par exemple à Colmar (1485)Schmitt Jean-Claude, «La confrérie du Rosaire de Colmar (1485), textes de fondation, "exempla" en allemand d'Alain de la Roche, listes des Prêcheurs et des sœurs dominicaines», dans Archivum fratrum praedicatorum, Instituto storico domenicano, Rome, 1970., ParisPersée : Jean-Claude Schmitt Apostolat mendiant et société : une confrérie dominicaine à la veille de la Réforme Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, année 1971, volume 26, numéro 1, : lire en ligne sur Persée ., Lisbonne (1479), Ulm (1483), Francfort (1486), Toulouse (1492), Millau (1500), Barcelonnette (1512), Rodez (1513), Marseille (1515), Embrun (1516), LimogesDieu pour tous et Dieu pour soi : histoire des confréries et de leurs images Par Marie-Hélène Froeschlé-Chopard, ., souvent associées au couvent dominicain le plus proche.
En Bretagne, terre d'origine du dominicain Alain de la Roche, les confréries du Rosaire se multiplient. À la demande du duc de Bretagne François II et de la duchesse Marguerite de Foix, le pape Sixte IV promulgue le une bulle approuvant la dévotion du Rosaire et accordant des indulgences aux fidèles qui le réciteraient.
Les confréries du Rosaire se répandent également en Suède (chartreuse de Mariefred en 1495), en Espagne, au Portugal, puis plus tard sur les autres continents grâce aux missionnaires dominicains : Afrique, Amériques, Asie.
Bien que la plupart des confréries du Rosaire furent fondées dès l'origine par les dominicains, certaines confréries voient le jour dans des paroisses qui ne sont pas gérées par eux. Par une bulle du , le pape dominicain Pie V accorde à l'ordre des Prêcheurs le pouvoir exclusif d'autoriser la fondation d'une confrérie du Rosaire dans d'autres églises ou chapelles que celles de l'ordre.
Livres du Rosaire La diffusion du Rosaire et le succès des confréries du Rosaire dépendent en grande partie de la diffusion des livres du Rosaire, supports écrits et illustrés favorisant la méditation du Rosaire par les membres des confréries. Parmi ces ouvrages ayant été conservés figurent Quod libet de veritate fraternitis Rosarii seu psalterii beate Marie Virginis de Michel François, (Cologne 1476 - conservé à la BNF) et Le Livre et ordonnance de la dévote confrérie du psaultier de la glorieuse Vierge Marie (conservé au British Museum).
Iconographie Lors de la fondation d'une confrérie du Rosaire, les dominicains demandent que soit réalisé un autel du Rosaire ainsi qu'une bannière du Rosaire. Pour cette raison, de nombreuses églises disposent d'un retable du Rosaire dans l'église du village ou de la ville, représentant la donation du rosaire à Dominique de Guzman par la Vierge Marie.
De nombreux tableaux de Vierge de miséricorde (aussi appelée « Vierge protectrice » et « Vierge du Manteau ») apparaissent, comme le triptyque de l'église Saint-André de Cologne. Généralement elle n'abrite pas sous son manteau que les confrères, mais aussi la chrétienté tout entière et des religieux cisterciens, chartreux et dominicains, c'est-à-dire les trois ordres fondateurs du rosairePersée : recension de A.Boinet Paul Perdrizet. La Vierge de Miséricorde. Étude d'un thème iconographique - Boinet Amédée Bibliothèque de l'école des chartes, année 1909, volume 70, numéro 70, .Les Ordres religieux et le manteau de Marie - Dominique Donadieu-Rigaut xiv protection spirituelle au Moyen Âge C.R.M. Cahier de Recherches médiévales .Journal of Medieval Studies ..
Au En Asie : martyrisés entre 1617 et 1622 à Nagasaki, une cinquantaine de chrétiens japonais et de coréens sont membres de la confrérie du Rosaire..
En Afrique et au Brésil, les jésuites créent des confréries du Rosaire des Noirs. En Afrique : elles se répandent à la suite de la demande de libérer deux esclaves noirs, celle établie sur l'île de São Tomé (1526) étant la plus ancienneLes confréries étant tout d'abord réservées aux Portugais, comme à Sao Salvador au Portugal en 1548, jusqu'à l'arrivée des dominicains. Cette confrérie avait obtenu du chapitre de Lisbonne, ville de la plus ancienne confrérie du Rosaire du Portugal des privilèges pour faire affranchir par leurs maîtres les membres noirs de la confrérie, ou aider les membres libérés par leur maître par voie testamentaire, mais ayant de mal à obtenir leur liberté lire : From slavery to emancipation in the Atlantic world par Sylvia R. Frey, Betty Wood, page 14. Cette confrérie du Rosaire de Lisbonne était originellement composée de noirs et de blancs mais dans les faits, à partir de 1497, elle fut uniquement composée de noirs. Fin du elle devint très populaire chez les noirs originaires d'Afrique ou nés esclaves au Portugal car elle permettait à ses membres esclaves noirs d'avoir l'assurance de ne pas être venu en dehors du territoire portugais, au Brésil lire aussi The Black lay brotherhoods of colonial Brazil: a history, par Patricia A. Mulvey. Blacks of the Rosary: Memory and History in Minas Gerais, Brazil Par Elizabeth W. Kiddy, pages 31-32. ; en Angola (1693 à Luanda, capitale angolaise portugaise) et au Congo.
En Amérique du Nord, Nouvelle-France, à Québec se crée aussi grâce à Marie FaveryActe de fondation de la confrérie du Saint Rosaire par Marie Favery, veuve de Pierre Le Gardeur de Repentigny., en 1647, et au père Poncet, en 1656, une confrérie du Saint RosaireSur Google Books Les Pratiques de dévotion en Nouvelle-France par Marie-Aimée Cliche, page 146, notes.. thumb|220px|right|Érection de la confrérie du Rosaire dans l'église de Lasbordes, 1696. Europe :
En France, de nombreux diocèses et villes ou villages font la demande de ces confréries, par exemple :— Brée (1651) ;— Lasbordes (1696) fait sa demande auprès des religieux de Fanjeaux et des autorités ecclésiastiques ou bien en Bretagne : La confrérie détermine pour l’exercice d’icelle la chapelle de Notre Dame autrement dite des cinq plaies, bâtie et ornée, obligeant les dits suppliants d’entretenir la chapelle. Le curé, le seigneur, les consuls promettent d’observer et faire observer en tant qui leur sera possible les statuts et règles qui sont principalement de faire dire une messe du Saint Rosaire ou de Notre-Dame dans ladite chapelle tous les premiers dimanches du mois et aux fêtes principales de la Vierge comme aussi de solenniser la principale fête du Rosaire qui tombe le premier dimanche d’octobreSource : et Établissement de la confrérie de Lasbordes.. ;— Tréguier (1635) : « Les actes capitulaires portent l'érection et fondation du Saint Rosaire en l'église cathédrale, par noble et discret messire Michel Thépault, chanoine, et l'approbation des évêque et Chapitre. » « Il veut qu'une messe basse soit célébrée en la chapelle du Rosaire, en l'honneur de la glorieuse Vierge, à toutes les fêtes d'icelle et à chaque premier dimanche du mois, par un chapelain que le Chapitre, après le décès du fondateur, nommera et instituera. À la fin de la messe, se dira le De profundis sur la tombe qui lui est concédée par le Chapitre dans la dite chapellenie ». Cette confrérie est dotée de trois sommes de froment payables par le procureur de la fabrique, ainsi qu'il est rapporté par l'acte de donation, daté de l'an 1635, signé par Noel Deslandes, évêque, et M. Thépault..
Les membres de la confrérie ont parfois un habit spécial comme dans de nombreuses confréries : la confrérie du Rosaire de Jumièges, fondée en 1639 par dom Étienne Duval, moine non réformé, porte ainsi chaperon blanc ..