La reine de Saba (hébreu : « מלכת שבא », ; guèze : « ንግሥተ ሳባ », nəgəstä Saba ; arabe : « ملكة سبأ », ) est mentionnée dans divers passages de la Torah, du Nouveau Testament et du Coran comme ayant régné sur le royaume de Saba, qui se serait étendu du Yémen au nord de l'Éthiopie et en Érythrée.

Les détails de la rencontre entre la reine et le roi Salomon à Jérusalem varient selon les sources.

Textes religieux

Noms Différents noms lui sont attribués.

En hébreu, elle est nommée « » dans le , en grec « » dans la Septante et « Nicaulis » chez Flavius Josèphe., en syriaque : ., en langues éthiosémitiques : « ንግሥተ፡ሳባእ፡ ». et en latin dans la Vulgate « »Vulgate, , 10, .. Au , Martin Luther traduit en allemand « »Das erste Buch der Könige, 10,1, Die gantze Heilige Schrifft: Deudsch (Luther 1545)., situant son lieu d'origine en Arabie Saoudite.

Dans la traduction en français de l'Ancien Testament, son titre est « reine » et la translittération de son nom propre, de l'hébreu « שְׁבָא », qui se lit shva, peut varier en « Sheba » (Darby) ou « Séba » (Louis Segond), ou encore « Saba » (TOB) d'après le grec « Σαβὰ » ou le latin « Saba »Bible, 1 Rois 10, Parallèles en français, Observateur chrétien..

Dans la tradition chrétienne, dans le Nouveau Testament (), elle est appelée en grec, « » en latin, et « Reine du Midi » en français.

En arabe, elle s'appelle « بلقيس », avec des translittérations en « Balqis », « Balkis », « Baalkis » ou « Bilqis »..

La tradition éthiopienne l'appelle « Makéda » (ge'ez : « ማከዳ »), celle du Yémen « Balqama ».

Bible hébraïque L'histoire de la reine de Saba est relatée dans deux passages de la Bible hébraïque : 1 Rois 10:1 à 10:13Bible, 1 Rois 10:1-13, Versions parallèles, Bible Hub. et 2 Chroniques 9:1 à 9:12Bible, 2 Chroniques 9:1-12, Versions parallèles, Bible Hub.. vignette|redresse=1.2|Salomon et la reine de Saba, vue d'artiste (La Légende de la Vraie Croix), par Piero della Francesca, v. 1460. Elle est nommée (« מַֽלְכַּת־שְׁבָׄא », malkat-sheba dans le Tanakh, « βασίλισσα Σαβὰ », basilissa Saba dans la Septante, en syriaque : « ܡܠܟܬ ܫܒܐ », langues éthiosémitiques : « ንግሥተ፡ሳባእ፡ »).

Le récit est le suivant : la reine de Saba arrive à Jérusalem accompagnée d'une grande suite, « avec des chameaux portant des épices, et beaucoup d'or et de pierres précieuses » (). Durant sa visite à Salomon, elle pose au roi de nombreuses questions auxquelles ce dernier répond correctement (). Elle est impressionnée par la sagesse et la richesse de Salomon et lui offre « cent vingt talents d'or, une très grande quantité d'aromates, et des pierres précieuses » ().

Elle lui offre également du bois précieux dont Salomon fera des éléments du temple et de son palais ainsi que des instruments de musique : « Le roi fit avec le bois de santal des balustrades pour la maison de l'Éternel et pour la maison du roi, et des harpes et des luths pour les chantres. Il ne vint plus de ce bois de santal, et on n'en a plus vu jusqu'à ce jour » (). Salomon lui offre également des présents dignes d'un roi, après quoi elle retourne dans son pays..

L'utilisation du terme hid dot ou « énigmes » (), un mot d'emprunt araméen qui n'apparait pas avant le , révèle l'origine tardive du texte. Comme le texte ne mentionne pas la chute de Babylone, advenue en 539 , Martin Noth estime que le Livre des rois a connu sa rédaction définitive vers 550 ..

L'identification botanique du bois précieux nommé , almuggim « אַלְמֻגִּים » au pluriel dans le texte, est incertaine. Il pourrait s'agir d'une espèce de genévrier. Selon la localisation d'Ophir, d'où ce bois est censé provenir, il pourrait s'agir du faux-santal rouge pterocarpus santalinus. ou du santal blanc Santalum album.. Selon d'autres sources, la reine de Saba apporte en Israël les premiers spécimens de commiphora opobalsamum, le Baumier de la Mecque, qui grandirent sur la Terre sainte...

Nouveau Testament Dans le Nouveau Testament, Luc évoque la reine de Saba sous le nom de « Reine du Midi » () (grec : , « basilissa notou » ; latin : « »).. Cette appellation inattendue de reine du Midi ne correspond pas au nom initial de Saba dans le texte hébreu, la Septante ou les , ce qui a amené des chercheurs à en supposer l'origine dans la Source Q, un texte aujourd'hui perdu et supposé être à l'origine des éléments communs aux Évangiles de Matthieu et Luc..

Coran Dans le Coran, la reine de Saba est citée dans la sourate 27, Les Fourmis (An-Naml, v. 20-44, lire en ligne). Selon un hadîth, c'est-à-dire les recueils des propos du prophète Mahomet, elle s'appelle « Balqis » ()Du grec ancien pallakis : concubine, qui se retrouve dans l'hébreu pelegesh, de même sens., qui se retrouve sous la graphie « Balkis » ou « Baalkis ».

Interprétations Judaïsme

Selon Flavius Josèphe (Antiquités judaïques 8:165–173), la reine de Saba était reine d'Égypte et d'Éthiopie. Il situe son royaume à Méroé dans la Nubie éthiopienne. et nomme la reine de Saba Nicaulis (Ant. . 6, 2-6).. Cette interprétation faisant de la reine de Saba une Égyptienne trouve sa source dans des textes grecs antiques, notamment des commentaires d'Hérodote (, 29) ayant associé au pays de Saba le royaume soudanais de Méroé situé entre l'Égypte et l'Abyssinie et décrit par Diodore de Sicile (, 17). Des récits ultérieurs fondés sur cette tradition grecque et sur l'interprétation de Flavius Josèphe considèrent la reine de Saba comme la fille du Pharaon, dont le mariage avec Salomon est mentionné dans , Rois 3:1 :

Le Talmud (Baba Batra 15b) rapporte une lecture de la racine « mlkt » indiquant qu'il ne faut pas comprendre reine (malkat) de Sheba (Saba), mais royaume [malkhuta] de Saba. Cette interprétation s’appuie sur une mention du mot Sheba dans le livre de Job (1:15) où celui-ci est attaqué par « ceux de Sheba ».. Cette version évite d'envisager la rencontre de Salomon et de la reine de Saba comme celle d'un homme et d'une femme.

Le compte rendu le plus détaillé de la visite de la reine de Saba au roi Salomon est donné au dans le , un développement du Livre d'Esther. Ce récit, qui embellit le récit biblique avec une grande quantité d'informations apocryphes, contient un récit de la visite de la reine de Saba au Roi Salomon, qui voit le roi commander à une armée impressionnante d'animaux, d'oiseaux et d'esprits démoniaques comme à ses sujets.

Une huppe informe Salomon que le royaume de Saba est le seul royaume dont le peuple ne lui est pas sujet et que sa reine idolâtre le soleil. Il la renvoie alors à Kitor dans le pays de Saba. Dans la lettre qu'il a attachée à son aile, le roi ordonne à la reine de venir à lui en tant que sujet. En réponse, elle lui envoie tous les bateaux de la mer chargés de cadeaux et de de taille égale, tous nés à la même heure et habillés de vêtements pourpres. Ils portent avec eux une lettre déclarant que la reine arrivera à Jérusalem dans trois années quand le voyage en prend normalement sept. Quand cette dernière arrive et se rend au palais de Salomon, elle confond le sol en miroir avec de l'eau. Elle soulève donc le bas de sa robe et découvre ses jambes. Salomon l'informe de son erreur et la réprimande sur ses jambes velues.. La reine lui demande de résoudre trois énigmes, selon le Midrash, essentiellement pour éprouver sa sagesse, avant de lui rendre hommageJacob Lassner, . , 1993, .. La caractérise ce récit comme un « authentique et exubérant », avec un développement libre, d'un genre qui n'est pas inhabituel dans la littérature rabbinique.

Des éléments du récit du , comme le thème de la huppe et de la pilosité de la reine, se retrouvent dans le récit coranique de Salomon et de la reine dans la sourate 27 Les fourmis. Le monde musulman développe la légende avec des éléments propres comme l'ajout de la difformité de la reine avec un sabot d'âne velu à la place du pied et des énigmes spécifiques comme celles des perles.

Dans sa compilation des Légendes des juifs qui recueille des écrits du avant notre ère jusqu'à l'époque médiévale, Louis Ginzberg mentionne, sans les sourcer, plusieurs légendes parlant de la reine de Saba..

Elle est assimilée à Lilith dans un commentaire sur le livre de Job (Ginzberg 2:3:23) : l'une des adversaires de Job était Lilith, la reine de Saba. Elle vivait très loin et a mis trois années à arriver chez Job avec son armée. Elle décime son bétail et ses hommes.

Dans l'une des légendes (Ginzberg 4:5:90), la reine de Saba est présentée comme une sorcière venue de loin pour admirer le temple de Salomon qu'il aurait lui-même construit avec l'aide des démons. Dans une autre (Ginzberg 3:6:107), elle demande à Salomon un antidote contre les serpents de Balaam : après sa mort, les os du devin Balaam se transforment en serpents redoutables. Les magiciens usent alors de ces serpents pour faire trois sortes d'ensorcellements. L'une des questions de la Reine de Saba à Salomon portait sur la manière de se prémunir contre ces ensorcellements et le roi Salomon lui en a révélé le secret.

La compilation de Ginzberg cite dans son intégralité la légende de la huppe (Ginzberg 4:5:50-82) racontée dans le , le développement apocryphe du livre d'Esther dont le thème sera repris dans la tradition musulmane.

C'est dans cette légende que se trouve le passage (Ginzberg 4:5:58) concernant les jambes poilues de la reine de Saba : grâce à un stratagème de Salomon qui la fait passer sur une surface réfléchissante qu'elle confond avec de l'eau, la reine relève sa robe et révèle qu'elle a les jambes poilues et Salomon lui dit : « Ta beauté est celle d'une femme, mais tes poils sont masculins. »

Ginzberg a également compilé les légendaires qu'elle aurait posées à Salomon (Ginzberg 4.5.59-82). Ces énigmes portent sur l'enfantement, la filiation, l'identité religieuse ou sexuelle, la question de la divinité, du monde terrestre, du corps humain. Les quatre premières figurent dans le Midrash sur les Proverbes (), les quinze suivantes proviennent du d'origine yéménite et d'une composition ancienne connue par un manuscrit de 1430 et les trois dernières du qui raconte la légende de la huppe.

À propos de Nabuchodonosor, une légende (Ginzberg 4.10.17) dit : « Ce roi de Babylone était un fils de Salomon et de la reine de Saba. » Ce passage vient de l'alphabet de Ben Sira qui affirme que de leur union serait né .

Dans le judaïsme alexandrin, dans le Troisième livre des oracles sibyllins, la reine de Saba est considérée comme étant une sibylle, la Sabbé chaldéo-judaïque descendante de Noé dont le nom araméen est « sabha » ou « sabhta »..

Dans la kabbale, la reine de Saba est considérée comme la reine des démons et est parfois identifiée avec Lilith, une première fois dans le , puis plus tard dans le Zohar.

Certains des mythes juifs et arabes maintiennent que la reine était en fait une Djinn, mi-humaine, mi-démon...

Les légendes ashkénazes dépeignent la reine de Saba comme une danseuse séductrice. Dans le folklore ashkénaze, sa figure se confond avec celle de Lilith.. Pendant longtemps, elle fut décrite comme une infanticide ou une sorcière démoniaque.

Le Testament de Salomon, un texte faussement attribué à Salomon, dont la rédaction est estimée selon les chercheurs entre le et le et dont l'auteur serait soit juif, soit chrétien, lui donne le nom d'Onoskélis et mentionne la reine de Saba comme étant une sorcière : « Et tous les rois de la terre sont venus (…) et parmi eux également la reine du sud qui est une sorcière.. »

Les textes bibliques sur la reine de Saba et ses bateaux en provenance d'Ophir ont servi de base à la légende selon laquelle des israélites auraient voyagé avec sa cour, lorsqu'elle retourna dans son pays en portant l'enfant de Salomon.. Selon la légende, les premiers Juifs du Yémen y seraient arrivés au temps du roi Salomon, grâce à l'alliance politico-économique passée entre la reine de Saba et lui.

Christianisme vignette|redresse=1.2|Rencontre entre le roi Salomon et la reine de Saba, scène des portes du Paradis de Lorenzo Ghiberti, .