Érik Desmazières, né le à Rabat (Maroc), est un graveur aquafortiste français installé à Paris.

Biographie Érik Desmazières passe son enfance au Maroc avant de venir en France faire ses études supérieures en 1967 à l'Institut d'études politiques de Paris dont il sort diplômé en 1971. Il passe quelques mois à l’École spéciale d'architecture de Paris. Réalisant que ce n'est pas sa voie, il prend des cours de gravure de la ville de Paris auprès de Jean Delpech et y rencontre de nombreux graveurs comme Yves Doaré, François Houtin et Philippe Mohlitz.

Il décide d'en faire son métier en 1972, avec les encouragements de Philippe Mohlitz.« Érik Desmazières, artiste graveur » sur Canal Académie.. Son œuvre est alors défendue par le marchand américain Andy Fitch Fitch Febvrel. (qui a publié un catalogue raisonné en quatre volumes), ainsi que par Arsène Bonafous-Murat, Michèle Broutta, François Ditesheim, la Galleria del Leone, Larry Warnock ou Armstrong Fine Art.

Il est membre du comité de rédaction des Nouvelles de l'estampe et, depuis 2006, président de la Société des peintres-graveurs français.

Le , il est élu à l'Académie des beaux-arts dans la section gravure au fauteuil numéro après le décès de Jean-Marie Granier ; il est reçu sous la coupole par Hugues Gall le , au cours d'une séance solennelle présidée par le sculpteur Antoine PoncetVoir sur le site de l'Académie des beaux-arts.. Il préside l'Académie des beaux-arts en 2016. Il est depuis 2020 directeur du musée Marmottan Monet.

Distinctions Prix 1978 : Grand prix des arts de la ville de Paris pour la gravure

Décorations (2016).

(2016)Arrêté du 13 septembre 2016 portant nomination dans l'ordre des Arts et des Lettres.

Honneur Musée Carnavalet, Paris : nom gravé depuis 2006 à l'entrée, sur l'une des quatre plaques des grands donateurs.

Œuvre L'œuvre gravée d'Érik Desmazières s'inscrit au départ dans le courant fantastique/visionnaire.

Certaines de ses planches apparaissent dans L'Art visionnaire de Michel RandomFernand Nathan, 1980, puis éditions Philippe Lebaud, 1991.. À partir des années 1980, son expression alterne le fantastique (La Tentation de saint Antoine, la série des Caprices) avec des sujets réalistes (L'Atelier René Tazé), des portraits de rues parisiennes (La Rue de Marignan, La Rue Charles-Nodier, Le Quai de Montebello), ainsi que des vues d'Amsterdam (exécutées à l'occasion de son exposition au Rembrandthuis). Son œuvre de graveur est célèbre à partir de 1979 lorsqu'il est collectionné par le galeriste new-yorkais Andrew Fitch« Le monde des bibliothèques d’Érik Desmazières, hommage graphique au monde de l’écrit » sur Canal Académie..

Son œuvre gravée, forte de quelque deux cents planches, est présente notamment dans les collections de la Bibliothèque nationale de France, du musée Carnavalet, du British Museum, du Rijksmuseum et du Rembrandthuis, du musée Boijmans Van Beuningen de Rotterdam, du musée Jenisch de Vevey, du cabinet des estampes et des dessins de l'école polytechnique fédérale de Zurich, du Metropolitan Museum of Art, de la New York Public Library et du Brooklyn Museum à New York, de la Library of Congress de Washington, du musée des beaux-arts de Boston, de la bibliothèque de l'université de Princeton et dans de très nombreuses autres institutions ou collections privées.

Desmazières est également l'auteur de la gravure de l'étiquette du château Lafite Rothschild (depuis le millésime 2005).

Éditions de bibliophilie Érik Desmazières a participé à la réalisation de plusieurs livres illustrés de bibliophilie. 1980 : Benito Cereno d'Herman Melville, pour Les Bibliophiles de France 1986 : Le Tremblement de terre du Chili, de Heinrich von Kleist (trad. de G. La Flize), pour les bibliophiles de l'Automobile-Club de France 2005 : Une invitation au voyage par Olivier Rolin ; ouvrage commandité par la Bibliothèque nationale de FranceÉdition initiale de 2005 hors commerce. Édition de 2006 avec une préface de Jean-Noël Jeanneney . (à l'occasion de la restauration des globes de Coronelli), Paris 2009 : Le Prince Pluie de Maxime Préaud, illustré de gravures en manière noire

Regards sur l’œuvre

Bibliothèques Érik Desmazières grave onze estampes inspirées de La Bibliothèque de Babel de Jorge Luis Borges. Cette suite fait aussi écho aux projets de Boullée pour le cénotaphe d'Isaac Newton. L'équilibre géométrique de La Vue en élevation de 1784 a dû servir de trame à la représentation de l'entrée de la Bibliothèque. À partir de 1997, il se tourne résolument vers l'univers de l'écrit (bibliothèques, librairies). Vignette et cul-de-lampe de la carte de vœux de 1987 témoignent déjà de sa passion pour ces endroits où règne l'écrit.

La suite de La Bibliothèque de Babel répond à une commande. La difficulté du projet réside dans l'absence de description dans le texte de Borges. Seul un raisonnement analytique est à l'œuvre dans Borges.

Faisant appel à son imagination, Érik Desmazières s'est appuyé sur des précisions du texte littéraire (rayonnages réguliers, forme géométrique hexagonale, mise en abyme) sans s'y asservir. Ce rapport libre adopté par l'artiste avec les œuvres littéraires (Kleist, Melville) est une récurrence bien qu'ici soit atteint son apogée. Certaines figurations de La Bibliothèque de BabelLa composition de La Bibliothèque imaginaire s'appuie sur les recherches antérieures menées pour La Salle des planètes et les prolonge. ont été entièrement créées par l'artiste : La Salle des planètes, Le Grand Hémicycle, Le Labyrinthe. Cette dernière œuvre citée a été en 2003 modifiée en y ajoutant le polyèdre de la Mélancolie de Dürer, cette forme géométrique symbolisant la compréhension par l'espèce humaine du monde par la géométrie.

Attiré par les architectures, Desmazières ne pouvait qu'être fasciné par la Bibliothèque nationale conçue par l'architecte Henri Labrouste. Il propose donc sa vision de la Bibliothèque nationale. L'entrée de la bibliothèque dite Babel aux quatre tours, s'inspire de la tour de Babel de Breughel dans sa dimension formelle et gigantesque, remplissant entièrement la feuille de papier et ne laissant aucune alternative à toute autre issue.

La complexité de l'architecture de la tour de Babel est particulièrement mise en valeur dans sa représentation de 1976. Cette tour, malmenée, en proie à de profonds mouvements de distorsions, témoigne du talent technique de l'artiste. Il y ajoute un gisant tiré par un treuil (discret clin d'œil à son ami graveur Philippe Mohlitz) réussissant ainsi à mettre en miroir le symbole de la vanité humaine avec la finalité inéluctable du genre humain. La tour, véritable obsession, est aussi présente dans le paysage en ruine dans Le Déluge.

Sur la salle Labrouste de la BNF-site Richelieu, cf. aussi l'exposition de 2025-2026 infra, avec une œuvre de 2002 sur son hémicycle.

Emporté par un enthousiasme exégétique, Desmazières crée trois versions d'un alphabet imaginaire composé chacun de vingt-trois lettres.

Batailles Les dessins de Léonard de Vinci ont inspiré depuis son enfance Érik Desmazières. Notamment, Machine volante et La Grande Bataille ont été analysées et copiées depuis qu'il a découvert l'univers de l'artiste italien.

Dans les années 1970, il n'hésite pas à basculer ces représentations dans un monde plus violent. Rares sont cependant les gravures qui montrent clairement la violence. Les exceptions à cette règle artistique sont L'Aviateur (1975), La Mutinerie (1980) et Le Massacre des innocents (1987) par leur gestuelle brutale et leurs visages criant leur fureur.

Céder à cette tentation aurait pu être effectué avec l'illustration du texte de Heinrich von Kleist Le Tremblement de terre au Chili dont les descriptions se prêtaient bien à cette tendance. Nostalgique des petits soldats de plomb de son enfance, il n'hésite pas à représenter deux soldats sur le frontispice de l'ouvrage de Kleist en toute cohérence avec l'ambiance apocalyptique de l'œuvre mais sans relation directe avec le texte littéraire. Piranèse est plutôt sa source d'inspiration ainsi que Monsù Desiderio.

Le graveur exerce le double rôle ambivalent de créateur et destructeur en plus de celui de démiurge. Cette métaphore est illustrée dans sa gravure Chaos (1988) où ses pouvoirs destructeurs sont mis en évidence par un revers de l'esprit (en empoignant le cerveau d'un humain), par la main (en démontant et en déchirant le décor) ou par un brunissoir. Il nous montre ainsi la représentation pérenne d'un instant temporaire. Les figures de chef représentées de profil sont nombreuses comme dans la tradition numismatique et dans le portrait de Malatesta de Piero della Francesca : Prince de Thulé, Songe de Malatesta et Guerrier dans une grotte.

Entre 1992 et 1994, il grave dans de multiples versions La Tentation de Saint Antoine en s'inspirant de la première version (1615-1617) de Jacques Callot., agrandie de manière insatisfaisante en 1627 par Anton Meitingh.. L'artiste a été séduit par la taille de l'image, son créateur initial et par les motifs fantaisistes dans leur cruauté et leur aspect caverneux. Pour une fois, Desmazières reste fidèle à son modèle bien qu'il s'en distingue en utilisant une technique différente, un mélange d'aquatinte et d'eau forte et en multipliant les versions de l'estampe, impression en rouge, tirée en deux tons ou rehaussée à la gouache.. Ce qui importe dans cette représentation n'est pas la figure de saint Antoine. qui est situé en arrière-plan sous les falaises mais bien les multiples tentations et attractions qu'il doit combattre. Saint Antoine réussit à pourfendre les menaces de ces assaillants en les chargeant, muni d'une extraordinaire vitalité.

Explorations La mer est le premier lieu de découverte de nouveaux mondes. En 1974, avec une estampe reprise à l'aquatinte quelques années plus tard, Érik Desmazières nous fait partager une ambiance maritime traversée par des émotions torturées, triste avec un ciel menaçant. En 1975, dans Le Débarquement, un paquebot pas franchement de croisière pour touristes, lâche ses passagers sur des terres loin d'être accueillantes. Ces migrants semblent être condamnés à errer au milieu d'un paysage hostile et dans une ambiance froide et humide.

En illustrant la nouvelle d'Herman Melville, Benito Cereno (1980)Pour Les Bibliophiles de France., cette destinée incertaine est puissamment mise en exergue à travers le dessin des voiles assimilées à des haillons, qui augure mal d'une issue heureuse. Dans San Dominick (1980), il maintient toujours une ambiance gothique en arborant même à la proue de ce bateau un squelette dissuadant de toute velléité d'agression.

Dans Terres inconnues (1981), Érik Desmazières fait partager toujours cet environnement spleenétique en y inscrivant ses choix préférés (falaises, villes, eau, bateaux) dans un sfumato dramatique et artificiel, rendant un hommage détourné au nigromaniériste John Martin.

Avec Explorations (1984), un changement de tonalité est effectué : influencé par le rococo, inspiré par les décorations fantastiques des ruines romaines, l'atmosphère est moins grave bien que toujours inquiétante, plus romanesque.

En 1985, Dernier pont avant la mer, rappelle L'Embarquement pour Cythère d'Antoine Watteau. L'ambiance est joyeuse, toute en finesse avec ses personnages élégants, avec une architecture aérée et majestueuse, avec ses gondoles délicatement ciselées.

En 2005, Olivier Rolin, écrivain, avait demandé à Érik Desmazières, d'illustrer sa nouvelle Une invitation au voyage. Les globes céleste et terrestre de Coronelli ont servi de trame poétique aux illustrations. L'exploration et la découverte sont ainsi mises à l'honneur avec ces globes gigantesques manipulés par de sacrés acrobates et admirés par des personnages raffinés d'un autre siècle.

Chambres des merveilles