Camp de Thiaroye est un film résultat d'une coproduction internationale dramatique algéro-tuniso-sénégalaise d'Ousmane Sembène (ancien tirailleur sénégalais) et Thierno Faty Sow présentée à la Mostra de Venise 1988. Il évoque ce qui sera appelé le massacre de Thiaroye. Ce film participe au retour de cet événement dans la mémoire et l'historiographie..

Le film suit des tirailleurs sénégalais venus des colonies de l'Afrique-Occidentale française, anciens combattants de l'armée française et prisonniers en Europe durant la Seconde Guerre mondiale, qui sont rassemblés avant leur démobilisation en au camp de transit de Thiaroye au Sénégal. Soumis à divers humiliations, ils apprennent enfin que le montant des indemnités et pécule qui doit leur être payé (arriéré de solde, pécule, prime de démobilisation) sera divisé par deux. Un général, venu dans le camp pour imposer les décisions de l'administration, est brièvement maintenu de force. En représailles, le camp est attaqué à l'artillerie en pleine nuit le . De nombreux tirailleurs sont tués.

L'histoire est organisée autour de la figure du sergent-chef Diatta. Sénégalais cultivé et élégant, parlant wolof, français et anglais, amateur de musique classique et de littérature, marié à une femme d'origine européenne et fier de son « africanité », il exacerbe les contradictions du système colonial. Il s'oppose au capitaine Labrousse, officier d'active des troupes coloniales, et est soutenu par le capitaine Raymond, qui rentre en France avec de nouveaux engagés à la fin du film.

Synopsis Des tirailleurs arrivent au port de Dakar, honorés par une fanfare militaire et salués joyeusement par des habitants. Sur la passerelle, des cercueils et des blessés précèdent les tirailleurs. Des Blancs en famille crient : . Le capitaine Raymond, commandant le détachement des tirailleurs rapatriés, est accueilli par le commandant Auguste de la Place de Dakar et par le capitaine Labrousse, commandant le camp de transit de Thiaroye. Ce dernier remarque que les tenues des tirailleurs ne sont pas réglementaires mais le capitaine Raymond indique qu'elles ont été données par les Américains, .

Le sergent-chef Aloïse Diatta se détache pour saluer sa famille. Raymond les rejoint qui demande comment dire bonjour en dioula, mais le chef de famille refuse de lui serrer la main. Diatta demande des nouvelles de leur village, mais les femmes se retournent en croisant les bras sur les épaules.

Camp de transit Les tirailleurs défilent en rangs et au pas derrière la fanfare qui se range finalement de côté tandis que le générique se termine. Ils passent un champ de baobabs en chantant tandis que la jeep des commandants arrive au camp, accueillis par le lieutenant Pierre. Raymond espère qu'ils n'y resteront pas longtemps, rappelant que tandis que Labrousse le rassure en affirmant que c'est un transit de quelques jours seulement.

À la demande de l'état-major, Labrousse fait un discours de remerciements sur la bravoure des tirailleurs . Les tirailleurs s'installent sous les ordres du caporal-chef Diarra dans les baraquements en bois et toits de tôles. Pays s'éloigne vers les barbelés de clôture du camp et les miradors. Diarra lui verse de la terre sur la main et lui dit qu'ils sont en terre d'Afrique et ne sont plus au camp de concentration de Buchenwald. Par la suite, Pays, muni d'un casque allemand, empêche des soldats d'étendre leur lessive sur les barbelés et en fait la garde jusqu'au soir. Il est considéré comme ayant perdu la raison, brisé par la guerre. Quelques photos de Buchenwald sont insérées.

Diatta reçoit sa famille qui lui dit que ses parents sont morts sous le coup d'une attaque des militaires français qui ont rasé le villageRéférence au massacre d'Effok.. Voyant une photo de sa femme blanche et de leur fille métisse, sa tante lui demande s'il oserait amener cette femme au village et quitte les lieux sur le champ.

Les tirailleurs, qui s'expriment en petit nègre, se plaignent de la nourriture, bonne pour les cochons. Appelé, le lieutenant Pierre dit que ça lui est égal s'ils ne veulent pas manger la ration ordinaire des tirailleurs. Témoin, Diatta confie à Diarra la bonbonne apportée par sa tante, pour distribution aux hommes. Labrousse arrive avec Raymond qui trouve la nourriture infecte. Alors que Labrousse dit que cela vaut ce que les Africains mangent au village, Raymond demande ostensiblement à Diatta s'il n'aurait pas un livre à lui prêter. Diatta propose Le Silence de la mer de Vercors, et Raymond demande, provocateur, s'il pourrait le prêter à Labrousse ensuite, échangeant un sourire avec Diatta.

Sergent-chef Diatta à Dakar Pendant ce temps, trois tirailleurs sont allés chercher des moutons pour améliorer l'ordinaire. Un carré de tirailleurs est en train de prier. Il est demandé au marabout de tuer les bêtes, comme le veut la tradition. En ville, Diatta voit une affiche de cinéma : Le Corbeau. Les deux Africains au chapeau colonial qui disent qu'ils vont aller voir le film lui proposent en anglais des filles. Diatta les pousse pour passer. Voyant une colonne de soldats français, il enlève ses insignes, met sa cravate et demande en anglais à leur chef où se trouve le bordel. Celui-ci lui indique la direction du Coq hardi.

On entend la chanson Que reste-t-il de nos amours ? de Charles Trenet alors que Diatta croise des invités européens à une résidence et qu'un vendeur de journaux vend le journal Paris-DakarEn 1937, Charles de Breteuil fonde le quotidien Paris-Dakar qui change de nom à l'indépendance en 1960 pour devenir Dakar-Matin puis Le Soleil.. Diatta entre au Coq hardi, dont la clientèle et les prostituées sont blancs et où on le prend pour un Américain. Il demande un Pernod et l'on prévient aussitôt la patronne qu'. Elle le jette dehors malgré ses protestations d'avoir lutté pour la France. Une prostituée métisse regarde la scène.

Dans la rue, il est arrêté par la police militaire américaine qui le prend pour un voleur en l'absence d'insignes. Son bras est cassé et ses lunettes de soleil sont volontairement piétinées. Le tirailleur Gabon a vu la scène et va prévenir les autres au camp, lesquels décident avec Diarra de faire un commando le lendemain pour le libérer, avec Ubangui, Koffi et GabonLes tirailleurs s'appellent par le nom de leur pays d'origine, Koffi vaut pour Côte d'Ivoire..

Le tirailleur Niger a ramené une machine à coudre et veut s'installer comme tailleur sous le nom d'OumarouRéférence au réalisateur nigérien Oumarou Ganda, lui-même ancien tirailleur.. Un camion apportant de la viande manque d'écraser le vélo d'un tirailleur. Il s'ensuit une altercation méprisante entre le chauffeur tirailleur autochtone et les soldats africains.

Réponse des tirailleurs Près du Coq hardi, les quatre commandos maîtrisent un sergent américain blanc et l'emmènent dans sa jeep jusqu'au camp où ils l'enferment dans la chambre de Diatta. Le lieutenant Pierre intervient pour le libérer mais Diarra résiste. Inquiet, revolver à la main, il téléphone à Labrousse qui lui dit de ne rien entreprendre. Celui-ci se renseigne et apprend que Diatta est à l'hôpital. Au mess des officiers, il prévient Raymond de l'incident. La radio indique que les forces de l'AOF seront sollicitées pour soutenir l'effort de guerre, les alliés étant aux frontières de l'Allemagne. Labrousse dit à Raymond que l'opinion qui prévaut à l'état-major est que le comportement de ses tirailleurs est de l'indiscipline caractérisée. Ulcéré, Raymond s'oppose clairement aux affirmations racistes de ses interlocuteurs qui divisent les droits entre Nègres et Blancs.

Le lendemain matin, Labrousse et Raymond, se rendent au camp avec Diatta, le bras dans le plâtre, et un officier américain. Le sergent américain est libéré mais ni Labrousse ni le lieutenant Pierre ne parlent anglais. Raymond signale que Diatta le maîtrise parfaitement. Il interprète donc la discussion avec l'officier américain qui indique que si son gradé avait été maltraité, le camp aurait été rasé. Labrousse minimise l'incident pour le clore. L'officier américain réagit en disant que les Français ont perdu le contrôle et donc leur empire. Labrousse s'adresse aux tirailleurs pour leur dire que le camp est consigné par ordre du général. Il ajoute que les pécules et indemnités ne seront perçus que lorsqu'ils seront retournés dans leur village.

Le commando et Pays se retrouvent dans la chambre de Diatta qui rit en écoutant leur récit. Un tirailleur joue Lili Marleen à l'harmonica et Diatta remet son casque allemand sur la tête de Pays pour le rassurer. Diatta écoute ensuite l'Adagio d'Albinoni, morceau de musique préféré de son épouse, en lui écrivant une longue et émouvante lettre qu'il dit en voix off.

Le soldat américain noir de la police militaire qui avait agressé Diatta arrive en jeep au camp pour s'excuser auprès de Diatta qui le reçoit cordialement dans sa chambre. Il lui remet un cadeau et de nouvelles lunettes de soleil, après quoi Diatta lui fait écouter au phonographe Honeysuckle Rose interprété par Charlie Parker. L'Américain indique que le sergent blanc est raciste. Diatta lui parle des écrivains noirs américains comme Marcus Garvey. Il répond en rappelant qu'à Détroit, d'où il vient, les Noirs travaillent dans les usines d'automobile.

Injustice Des uniformes de tirailleurs avec chéchia sont distribués en remplacement des uniformes américains. Diatta se plaint de recevoir un képi d'homme de troupe, mais est éconduit par une remarque raciste. Labrousse lève la consigne et prévoit pour le lendemain l'échange des francs en francs CFA.

L'échange de tenue militaire provoque frustration et discussion. Dans un coin du baraquement, un tirailleur interprété par Ousmane Sembène (qui apparaît toujours dans ses films) fait claquer nerveusement son ceinturon. Certains vont chercher des femmes dans un village voisin.

Diatta reçoit la visite de son oncle, à qui il dit vouloir terminer ses études de droit en France. Son oncle lui dit lui avoir déjà choisi une femme avec sa défunte mère, sa fille Bintoum. Diatta dit être déjà marié et catholique, mais son oncle dit qu'au village, à EffokLocalité de Casamance incendiée et détruite en 1943 par mesure répressive., les hommes sont catholiques mais ont plusieurs femmes. Diatta promet qu'à sa libération, il y passera quelques mois et lui demande d'acheter du café pour sa femme. Il lui remet pour les enfants le cadeau offert par le militaire américain (du chocolat, du sucre et du lait). L'oncle dit qu'il le donnera à Bintoum.

Le tirailleur imam appelle à la prière. Diatta reçoit la visite de Bintoum sous les baobabs : . Il ne lui répond pas et s'en va. Raymond lui rend son livre et lui demande s'il ne veut pas demander la nationalité française. Diatta répond qu'il veut rester Africain et l'invite à visiter les ruines de son village où les soldats français avaient voulu réquisitionner le rizRéférence à Emitaï.. Raymond réplique que c'était sous le régime de Vichy et que les temps ont changé, ce à quoi Diatta répond en faisant la comparaison entre Effok et Oradour-sur-Glane et qu'il ne pourra pas oublier.