est une chanson du groupe de rock britannique The Beatles, écrite par John Lennon, mais créditée à Lennon/McCartney. La chanson est jouée et enregistrée dans le cadre de la participation du groupe à Our World, la première émission en mondovision — c'est-à-dire diffusée en direct par satellite dans le monde entier — de l'histoire, le , pour un auditoire dont l'estimation varie de à de téléspectateurs. Les Beatles, choisis pour représenter le Royaume-Uni lors de cet événement télévisé organisé par la BBC, interprètent All You Need Is Love en direct du studio d'Abbey Road, et sortent dans la foulée un single, publié le au Royaume-Uni et dix jours plus tard aux États-Unis, qui se classe numéro un dans de nombreux pays.

est une des chansons les plus connues et symboliques de la carrière des Beatles, et devient durablement l'hymne du . Elle sera également toujours associée à John Lennon, son auteur, qui n'a jamais cessé jusqu'à sa mort de promouvoir son message sous toutes les formes possibles. Dans le contexte de sa publication en 1967 (notamment la guerre du Viêt Nam qui fait rage) la chanson, qui insiste sur les idéaux d'amour, de paix et d'unité véhiculés par la contre-culture, accompagne l'essor du mouvement hippie, et devient la bande sonore du Summer of Love californien. Elle a notamment été interprétée simultanément dans , le , dans le cadre d'une campagne contre le SIDA en Afrique.

La date du est également celle de la célébration annuelle de la « Journée mondiale des Beatles » (« Global Beatles Day »).

Genèse

Au cours du printemps et de l'été 1967, tout va très vite pour les Beatles, engagés sur plusieurs fronts à la fois. À peine ont-ils mis la dernière main à leur album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (il sera publié le ), qu'ils se lancent simultanément sur deux projets : d'une part, à l'initiative de Paul McCartney, les chansons du futur film télévisé Magical Mystery Tour — dont ils débutent les enregistrements dès le — et, d'autre part, le dessin animé Yellow Submarine, auquel ils ne s'intéressent guère pour le moment et pour lequel ils n'ont pas l'intention de créer la moindre chanson.

C'est dans ce contexte que, fin mai, Brian Epstein rend visite au groupe dans les studios EMI, pour annoncer avec enthousiasme : . Le manager n'obtient pas la réaction à laquelle il s'attendait, les Beatles semblant indifférents à son annonce, mais John Lennon finit par dire qu'il est prêt à écrire quelque chose pour l'occasion.

Le contrat est signé avec la BBC le . L'émission s'appellera (« Notre monde ») et la publicité lancée par la chaîne nationale britannique proclame : .

La première semaine de juin passe, le groupe continue à enregistrer sans trop se préoccuper de l'échéance. Les Beatles travaillent sur You Know My Name (Look Up the Number), lorsque Paul McCartney interroge son partenaire : . John se tourne vers Neil Aspinall, qui tient l'agenda du groupe, et celui-ci lui apprend qu'il ne reste que deux semaines. réagit Lennon.

C'est ainsi que naît cet hymne, que John Lennon écrit en quelques jours, avec la volonté de proposer une chanson intemporelle et de délivrer un message simple et universel. Une question reste toutefois posée : a-t-il composé cette « chanson de commande » dans l'urgence, spécifiquement pour l'émission télévisée du , ou est-il parti de plus loin ? , dit George Harrison. Quant à Paul McCartney, il explique dans la série vidéo Anthology : Anthology DVD, épisode VII, chapitre I : Live satellite broadcast of All You Need Is Love, Apple, 2003..

Composition

John Lennon a souvent déclaré aimer , et c'est dans cet esprit qu'il écrit ce qui devient, par la suite, l'hymne de toute une génération, développant un message déjà entendu sur l'album Rubber Soul avec la chanson The Word : . Dans l'interview qu'il donne au magazine Rolling Stone en 1971, il précise : . Le changement va jusqu'à la signature rythmique de la chanson qui varie de 7/4 à 3/4 et à 4/4. Quant à l'aspect international, il se matérialise dès l'introduction de la chanson : ce sont les premières notes de La Marseillaise, hymne national de la France, qui sont jouées. Paradoxalement, ce chant révolutionnaire français, qui est par essence un hymne guerrier et violent, est immédiatement suivi des mots .

La conception d'All You Need Is Love, qui synthétise l'esprit du Summer of Love de l'été 1967, ne peut être évoquée sans citer la partition, écrite elle aussi dans l'urgence par George Martin, pour accompagner les Beatles avec un orchestre classique. Le producteur va concocter un fameux arrangement, notamment ces notes jouées par des trombones (ra-tatatata…) — en réponse à chaque chanté dans le refrain — indissociablement liées pour quiconque fredonne la chanson. Et aussi un bric-à-brac musical pour le final, où on distingue plusieurs éléments : Greensleeves (jouée par les cordes), une chanson traditionnelle anglaise du , l'invention 8 en fa majeur de Johann Sebastian Bach (transposée en sol et jouée par deux trompettes piccolo), ainsi que le titre jazzy In the Mood de Glenn Miller.

, raconte George Martin. .

Bien que composée par le seul Lennon, la chanson est créditée Lennon/McCartney, comme toutes les chansons des Beatles composées par John Lennon ou Paul McCartney, seuls ou en collaboration.

Enregistrement Piste de base

thumb|C'est dans les studios Abbey Road qu'a été enregistrée une partie de la chanson, et qu'a été filmée la prestation des Beatles devant le monde entier. Il est prévu de diffuser l'émission du en direct du gigantesque Studio 1 d'Abbey Road mais, en attendant, compte tenu de l'urgence, George Martin n'a pas le temps de bousculer les plannings des studios EMI, tous réservés. Le groupe doit donc se rabattre sur les studios Olympic pour enregistrer la piste de base, étant entendu que les Beatles ont l'intention de jouer des parties en direct durant l'émission proprement dite. Le , ils sont à pied d'œuvre dans la proche banlieue londonienne de Barnes, où sont situés les studios. 33 prises sont mises en boîte. Comme d'habitude, les Beatles se montrent avides de capitaliser sur des accidents sonores. , raconte George Chkiantz, ingénieur du son pour cette séance.

En dehors de Ringo Starr, qui joue sa partie de batterie, les autres membres s'escriment sur des instruments inhabituels : , explique John Lennon. .

Le , de retour à Abbey Road (dans le Studio 3), le travail continue, avec des overdubs de voix, de chœurs, de batterie, du piano joué par George Martin, et du banjo joué par John Lennon. Ce dernier a décidé de chanter en direct durant l'émission. Piqué au vif, Paul McCartney embraye en annonçant qu'il jouera, lui aussi , sa partie de basse. Les deux compères persuadent ensuite George Harrison d'exécuter, de la même façon, son solo de guitare sur quatre mesures. George Martin et l'équipe technique des studios EMI sont saisis d'effroi. Que se passerait-il si l'un d'entre eux chantait ou jouait une fausse note, en direct devant 400 millions de téléspectateurs ? Le producteur tente sans succès de les dissuader de se lancer dans ce véritable défi. Il ne peut rien contre le sentiment de confiance qui anime les deux leaders du groupe.

Le , le groupe fait ses premiers essais avec l'orchestre au complet. Le lendemain, à vingt-quatre heures de l'événement, une opération « portes ouvertes » est organisée dans le Studio 1 d'Abbey Road. Plus de cent journalistes et photographes assistent à la dernière répétition. Le soir, au calme, le groupe et l'orchestre ajoutent des éléments à ce qui servira de piste pré-enregistrée pour la prestation télévisée, afin de la parfaire, compte tenu de la décision prise au dernier moment — ce jour-là, en fait — de sortir un single dans la foulée de l'émission. L'annonce de cette sortie en single se fait d'ailleurs après la diffusion mondiale, évitant ainsi aux Beatles d'être accusés de profiter de l'événement comme support publicitaire.

Our World

À l'initiative et sous la houlette de la BBC, diffusée grâce aux satellites Intelsat I (Early Bird), Intelsat II et ATS-1, est historiquement la première émission télévisée programmée en direct à travers le monde , Union européenne de radio-télévision, 4 juillet 2007.. Au cours des deux heures que dure le programme, impliquant techniciens aux quatre coins de la planète, l'émission propose des séquences tournées dans 19 pays différents — on se rend notamment du Canada à l'Australie, en passant par le Japon — Maria Callas s'y produit et Pablo Picasso y apparaît . Le concept est de démontrer que tous les humains font partie du même monde, et aucun politicien ou chef d'État ne doit apparaître à l'image. L'audience, dans trente et un pays, est estimée entre 400 et 700 millions de téléspectateurs. La séquence britannique est lancée à GMT et c'est ce que l'on retient aujourd'hui de cette grande première télévisée : la prestation des Beatles.

Transformé en plateau de télévision, le Studio 1 est décoré avec des pancartes portées par plusieurs participants, sur lesquelles est inscrit le message des Beatles dans toutes les langues, des dizaines de ballons gonflables, des fleurs partout, les habits bigarrés des membres du groupe et de leurs amis du qui les entourent, notamment les Rolling Stones, Eric Clapton, Marianne Faithfull, Keith Moon, Graham Nash, et bien d'autres. John, Paul, George et Ringo se font également photographier en « hommes-sandwiches ». Le tout contraste avec les costumes noirs des musiciens de l'orchestre classique, regroupés en plusieurs unités réparties en différents endroits du studio.

L'orchestre en question (composé de quatre violons, deux violoncelles, deux saxophones ténor, deux trombones, un accordéon, deux trompettes et une trompette piccolo), John Lennon au chant, Paul McCartney sur une basse Rickenbacker, et George Harrison pour un court solo exécuté sur une Fender Stratocaster, doivent tous jouer en direct par-dessus la bande pré-enregistrée, comprenant essentiellement des chœurs, du piano, du clavecin et de la batterie. George Martin est à la manœuvre dans la salle de contrôle du studio, où il apparaît au début de la séquence, dans un costume blanc. L'orchestre est placé sous la direction de Mike Vickers, saxophoniste et multi-instrumentiste du groupe Manfred Mann.

Le groupe et l'orchestre continuent de répéter dans la journée, en ce dimanche , belle journée d'été ensoleillée, tandis que la BBC installe les caméras et réalise le câblage avec le camion de retransmission installé dans le parking des studios. Toute l'équipe impliquée dans ce projet à hauts risques est très nerveuse, alors qu'approche le moment où la lumière rouge va s'allumer, particulièrement les musiciens — Paul McCartney vient de passer une quasi-nuit blanche à dessiner la chemise qu'il porte pour l'émission — et par-dessus tout John Lennon, que Geoff Emerick entend dire et qui mâche un chewing-gum qu'il oublie de retirer de sa bouche au moment de chanter. La séquence démarre avec le présentateur introduisant le groupe sur fond de la bande préenregistrée. Tâche ardue pour l'assistant ingénieur du son , qui doit ensuite la rembobiner, la recaler et la lancer pour l'enregistrement en direct dans un laps de temps très serré : tout ce qui a déjà été enregistré est sur la première piste ; la basse, le solo de guitare et la batterie (puisque Ringo Starr a aussi décidé de jouer live) sont pris sur la piste 2, l'orchestre sur la piste 3 et la voix de Lennon sur la piste 4.