Muhammadu Buhari, né le à Daura (Nigeria britannique) et mort le à Londres (Royaume-Uni), est un militaire et homme d'État nigérian, chef de l'État à deux reprises : en tant que chef de la junte militaire de 1983 à 1985, puis comme président de la République de 2015 à 2023.

Formé au Royaume-Uni et aux États-Unis, major général de l'armée nigériane, il dirige le pays après avoir pris la tête d'une junte militaire à la suite du coup d'État de 1983. Le terme « » renvoie aux politiques autoritaires de ce régime. Il est renversé en 1985 par Ibrahim Babangida et emprisonné pendant trois ans.

Après le retour de la démocratie, il est candidat malheureux aux élections présidentielles de , 2007 et 2011, avant d'être finalement élu lors de celle de 2015, devenant le premier homme politique nigérian à défaire un président sortant, en l’occurrence Goodluck Jonathan. Il est réélu en 2019 face à l'ancien vice-président Atiku Abubakar.

Malade et ne pouvant se présenter une troisième fois, il quitte le pouvoir et meurt deux ans plus tard.

Premières années Muhammadu Buhari naît le à Daura dans une famille peule.. Son père, Mallam Hardo Adamu, est un chef de tribu peul originaire de Mai'Adua tandis que sa mère, Zulaihat, est d'ascendance mixte haoussa et kanouri... Il est le de son père, et est nommé d'après l'érudit musulman persan du Mouhammad al-Boukhari.. Âgé de 3 ou 4 ans à la mort de son père, il est élevé par sa mère et suit une éducation primaire entre Daura et Mai'Adua avant d'être scolarisé au collège et au lycée de Katsina..

En 1971, il épouse ., avec laquelle il a cinq enfants et dont il divorce en 1988. En , Muhammadu Buhari se remarie avec ., avec qui il aura cinq autres enfants.

Carrière militaire Muhammadu Buhari rejoint l'armée nigériane en 1961 après avoir étudié à l'école militaire de Kaduna. De 1962 à 1963, il suit une formation d'élève-officier en Angleterre avant d'être nommé en sous-lieutenant puis commandant de peloton du deuxième bataillon d'infanterie à Abeokuta, au Nigeria. De à , il suit une nouvelle formation militaire au Royaume-Uni. Il sert finalement dans différents corps d'armée.. : commandant du deuxième bataillon d'infanterie (1965-1967) ; major de brigade, deuxième secteur, d'infanterie ( - ) ; major de brigade, d'infanterie ( - ) ; commandant, d'infanterie (1970 - 1971) ; adjudant général adjoint, d'infanterie (1971 - 1972) ; directeur par intérim des transports et de l'approvisionnement de l'armée nigériane (1974 - 1975) ; secrétaire militaire, QG de l'armée, et membre du Conseil militaire suprême (1978 - 1979) ; colonel (1979 - 1980) ; officier général commandant, d'infanterie ( - ) ; officier général commandant de la d'infanterie mécanisée ( - ) ; officier général commandant de la armée ( - ).

Débuts en politique Coup d'État de 1966 En , Muhammadu Buhari participe à un coup d'État dirigé par le lieutenant-colonel Murtala Muhammed qui renverse et assassine le Premier ministre du pays, Aguiyi Ironsi. Le coup d'État est considéré comme sanglant, ayant mené à la mort de la plupart des officiers Igbos..

Gouverneur de l'État du Nord-Est En , alors que le général Murtala Muhammed vient de prendre le pouvoir, il nomme Muhammadu Buhari gouverneur de l'État du Nord-Est, afin qu'il supervise les améliorations sociales, économiques et politiques de la zone..

Commissaire fédéral chargé du Pétrole et des Ressources naturelles En , le nouveau dirigeant du Nigeria, le général Olusegun Obasanjo, nomme Muhammadu Buhari commissaire fédéral chargé du Pétrole et des Ressources naturelles. La même année, est créée la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC) que Buhari dirige également jusqu'en 1978.. Coup d'État de 1983 En , Muhammadu Buhari, alors qu'il est officier général commandant (OGC) de la blindée de Jos, dirige un coup d'État dont le but est de renverser le président démocratiquement élu, Shehu Shagari.. Ce coup d'État met fin à la Deuxième République, mise en place peu de temps avant, en 1979. Muhammadu Buhari, qui prendra le pouvoir dans le pays à l'issue de ce putsch, justifie ce coup d'État en fustigeant le gouvernement civil « corrompu ». Sa première mesure sera de suspendre la Constitution de 1979.

Président du Conseil militaire suprême Politique économique Désireux de réformer l'économie, Buhari décide de reconstruire les systèmes socio-politique et économique du Nigeria et de lutter contre l'austérité. Pour cela, il encourage l'industrialisation par substitution aux importations. basée en grande partie sur l'utilisation de matériaux locaux et le resserrement du développement national.

Il centre également sa politique économique sur le rééquilibrage des finances publiques, mais la limitation des importations a finalement pour conséquence de nombreuses pertes d'emplois et la fermeture d'entreprises..

Muhammadu Buhari met rapidement un terme aux relations du pays avec le Fonds monétaire international (FMI) qui lui demande de dévaluer le naira de 60 %, ce qu'il refuse. Malgré cela, les réformes engagées par Buhari restent tout autant, voire plus rigoureuses que celles demandées par le FMI.

Le , Buhari présente son budget national, accompagné d'une série de mesures complémentaires : interdiction temporaire de recruter des travailleurs dans le secteur public ; relèvement des taux d'intérêt ; arrêt des projets immobiliers ; interdiction d'emprunt pour les gouvernements d'État ; réduction de 15 % du budget par rapport à 1983 ; réalignement des droits d'importation ; réduction du déficit de la balance de paiement en réduisant les importations ; priorité à l'importation de matières premières et de matériel utile pour l'agriculture et l'industrie. Buhari est également connu pour sa gestion de la crise alimentaire de 1984 et 1985, où, pour des raisons populistes, il expulse le million de Nigériens vivant alors au Nigeria, alors que les ressources alimentaires au Niger étaient encore plus rares qu'au Nigeria. La grande famine est ainsi appelée au Niger ..

Politique extérieure Le gouvernement militaire de Buhari est peu ou prou resté sur la même ligne politique que Shehu Shagari concernant les relations internationales. En , dans son discours annuel radiodiffusé, Buhari déclare en effet qu'il maintiendra, voire renforcera, les relations diplomatiques avec des organisations telles que l'OUA, l'ONU, l'OPEP ou encore la CEDEAO. Il indique également qu'il honorera les obligations conventionnelles contractées par les gouvernements précédents.

En 1985, alors que la criminalité augmente et que l'économie du pays est en berne, le gouvernement de Buhari ouvre ses frontières avec le Bénin, le Niger, le Tchad et le Cameroun (fermées depuis ) afin d'accélérer l'expulsion de étrangers et travailleurs migrants..

Droits de l'homme En 20 mois à la tête du Nigeria, Muhammadu Buhari a adopté nombre de décrets, dont certains constituent une atteinte aux droits de l'homme. Son régime est la cible de nombreuses critiques dans le monde, à l'image de la pièce de théâtre écrite par le premier lauréat nigérian du prix Nobel, Wole Soyinka, intitulée Les Crimes de Buhari. qui décrit un grand nombre de violations menées sous son régime militaire.

Début 1984, par le biais du décret n 2 et pour des raisons de sécurité d'État, le chef de cabinet de Buhari peut infliger jusqu'à 3 mois de détention, sans procès ni charges, à n'importe quel individu considéré comme un risque pour la sécurité du pays.. Le décret interdit de plus les manifestations populaires et donne des pouvoirs sans précédent aux services secrets nigérians. Ces derniers jouent un grand rôle dans la répression de la dissidence publique en intimidant, harcelant et emprisonnant chaque personne qui brise l'interdiction de manifester ou de faire la grève. En , plus de fonctionnaires sont ainsi licenciés.. De nombreux opposants politiques sont également emprisonnés. Parmi eux, un des artistes les plus populaires du Nigeria, ancien candidat à la présidentielle : Fela.. Il est arrêté pour exportation illégale de devises le à l'aéroport alors qu'il s'apprêtait à partir pour une tournée aux États-Unis. Amnesty International décrit les accusations portées contre lui comme . Bénéficiant d'un pouvoir largement étendu par le décret , le gouvernement condamne Fela à 10 ans de prison. Il sera finalement libéré en 1985 après 18 mois de prison, lorsque le gouvernement de Buhari est renversé.

Toujours en 1984, il adopte le décret n 4 pour la protection contre les fausses accusations, considéré par les spécialistes comme la loi sur la presse la plus répressive jamais adoptée au Nigeria.. L'article 1 de la loi établit que « toute personne qui publie, qu'importe la forme, un message, une rumeur, un rapport ou une déclaration [...] non véridique sur un point important ou qui pourrait ridiculiser ou discréditer l'État, se rend coupable d'une infraction en vertu du présent décret ».. La loi déclare en outre que les journalistes et éditeurs incriminés seront jugés par un tribunal militaire, dont le jugement est définitif et sans appel. Les coupables sont admissibles à une amende d'un minimum de nairas et une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à deux ans.

Le décret n 20 sur le soutage illégal des navires et le trafic de drogues constitue un autre exemple de la lutte sévère de Buhari contre la criminalité.. L'article 3 (2) (K) établit que « toute personne qui, sans autorisation, vend, fume ou inhale une drogue comme la cocaïne ou toute autre drogue similaire, est coupable en vertu de l'article 6 (3) (K) d'infraction et encourt, sur déclaration de culpabilité, la peine de mort par peloton d'exécution ». Dans le cas de Bernard Ogedengebe, le décret a été appliqué rétroactivement. et l'homme a été exécuté, même si au moment de son arrestation, il avait été jugé et condamné à 6 mois d'emprisonnement. En , 6 autres Nigérians sont condamnés à mort en vertu du même décret : Sidikatu Tairi, Sola Oguntayo, Oladele Omosebi, Lasunkanmi Awolola, Jimi Adebayo et Gladys Iyamah.

Le , Muhammadu Buhari déclenche une guerre contre l'indiscipline, connue aujourd'hui sous l'acronyme WAI (War against indiscipline) afin de lutter contre le manque de moralité publique et de responsabilité civique de la société nigériane. Les Nigérians considérés comme indisciplinés doivent former des files d'attente devant des soldats équipés de fouets. Les fonctionnaires arrivant en retard au travail sont humiliés et forcés à faire des sauts de grenouille. Toujours en vertu de la lutte contre l'indiscipline, tout étudiant âgé de plus de 17 ans surpris en train de tricher à un examen peut être condamné à 21 ans de prison. La contrefaçon et les incendies criminels sont quant à eux passibles de la peine de mort..

En 20 mois de présidence, environ 500 hommes politiques, fonctionnaires et hommes d'affaires ont été emprisonnés et accusés de corruption..

Coup d'État de 1985 et renversement En , Muhammadu Buhari est renversé par un coup d'État dirigé par le général Ibrahim Babangida et d'autres membres du Conseil militaire suprême.. Parmi les alliés de Babangida figure le frère de Fela Kuti, Olukoye Ransome-Kuti, un médecin qui avait mené une grève contre Buhari quelques mois plus tôt pour protester contre la baisse des services de soins de santé. Après le coup d'État, Buhari est détenu dans une prison à Benin City jusqu'en 1988.

Les partisans de Buhari déclarent qu'il a été renversé par des personnes corrompues de son gouvernement qui avaient peur d'être traduites en justice alors que sa politique commençait à montrer des résultats en matière de discipline publique, de lutte contre la corruption, de réduction de l'inflation et de productivité. Ibrahim Babangida justifie de son côté son coup d'État en évoquant l'échec de Buhari dans la résolution des problèmes économiques du pays et promet de .

Durant son premier passage au pouvoir, Muhammadu Buhari laisse une réputation d'homme intègre..

Président du Petroleum Trust Fund