Jean-Baptiste-Antoine Nourrisson ( - Lyon ✝ - Besançon) est un magistrat et homme politique français des .

Biographie

Environnement familial Jean-Baptiste Antoine Nourrisson naquit à Lyon de Antoine Nourrisson et Marguerite Jeanne Guelfe, le . Il fut baptisé le lendemain en l’église Saint-Paul de Lyon, paroisse traditionnelle de la famille Nourrisson, et recevait pour parrain son grand-père paternel, Jean-Baptiste Nourrisson, maître marchand horloger et pour marraine Catherine Vial, sa grand-mère maternelle, veuve de Joseph Guelfe. Un passeport pour la France du début du nous renseigne sur son aspect physique. Sa taille était d’un mètre 46, ses cheveux et sourcils châtain brun, son front étroit, son nez gros, des yeux bruns, une bouche grande, un menton rond et un visage ovalePasseport pour l’intérieur, découvert par Madame Frédéric dans les archives municipales de Saint-Broing.

La famille de son pèreCf Sine Dolo 1, p. 32, où se voit son ascendance complète était lyonnaise depuis quatre générations au moins, et fixée dans l’horlogerie où elle avait acquis une solide réputation puisque son bisaïeul, Guillaume Nourrisson, avait complètement transformé l’horloge astronomique de la Primatiale Saint-Jean de LyonSine Dolo 1, p. 129-134., au milieu du . Quant à la famille de sa mère, les Guelfe, ils exerçaient dans cette même ville le métier de parfumeurs et vendeurs d’agrumes. D’après quelques actes, ils seraient génois de nation ou d’origine corse.

Une carrière d’homme de loi interrompue par la Révolution Avec Jean-Baptiste Antoine Nourrisson devait cependant s’arrêter cette belle lignée de maîtres horlogers. En effet, après avoir fait de fortes études classiques, il alla suivre à Paris les leçons de la Faculté de Droit et de retour dans sa ville natale, il ne tarda pas à y conquérir une place au barreauSuchaux (L.), Galerie biographique du département de la Haute-Saône, Vesoul, 1864, p. 408.. Enrôlé dans les armées de la République, il fit campagne d’octobre 1793 à octobre 1795, d’abord dans les dragons (cavalerie légère) de la Légion Allobroge, puis par incorporation, au régiment de dragons.

Libéré de ses contraintes militaires, il revint à Lyon exercer encore un temps le métier des lois puisqu’on le retrouve à la date du 17 thermidor an IV dans cet état. Plus particulièrement, il était choisi par le citoyen Antoine Varenard, propriétaire à Fontaine sur Saône, comme procureur général et spécial afin de recueillir une portion d’héritage qui lui revenaitAD 69, 3E 9528, minutes Fiard, Lyon, an IV..

Contre-révolutionnaire

Une hostilité certaine à la Convention Cependant, la Révolution n’allait pas être très tendre avec lui et les tribunaux révolutionnaires conservent encore quelques notices révélant son état d’esprit. Le de l’an II, comparaissait le citoyen Berger, domicilié au 82 rue de la Loge, qui rapportait que «le citoyen Nourrisson fils, place du Change 8, était un des plus échauffés pour opérer la contre-révolution dans Lyon et lors de l’acceptation de la constitution, il avait dit qu’on ne devait pas l’accepter parce qu’elle était faite par un tas de brigands, de scélérats, dont on ferait bientôt justice et que CrancéDubois-Crancé avait été un membre influent au comité de la guerre sous la Convention, on lui doit l’amalgame complété ensuite par Merlino par l’embrigadement (BN 8 Le 38/411 8921 067) ; ces deux notions sont souvent confondues : l’amalgame consistait à soumettre aux mêmes règles les armées de lignes et les corps de volontaires tandis que l’embrigadement, abandonnant la notion de régiment, concept d’Ancien Régime, avait pour but de lui substituer des demi-brigades formées d’un bataillon de ligne et de deux bataillons de volontaires. était un scélérat et que ceux qui voulaient le soutenir, il fallait les mettre en prison pour les faire guillotiner. Il a dit aussi qu’il fallait au plus tôt former une armée départementale pour aller écraser la Convention.»AD 69, 42 L 82, tribunaux révolutionnaires, registre des dénonciations du Comité de surveillance révolutionnaire de l’arrondissement de Marat, ci-devant du Change, folio 128.. Plus loin, Berger ajoutait que Nourrisson avait été de tout temps un contre-révolutionnaire.

Plus fédéraliste que contre-révolutionnaire Une autre source affine nos connaissances. Clerc de procureur, Nourrisson fils a été caserné pendant le siège de Lyon en 1793. Une notice précise certains éléments : «Nourrisson fils est royaliste. Après la journée du , il a été un des plus acharnés à conduire lui-même les clubistes dans les prisons.»AD 69, 42 L 97, tribunaux révolutionnaires. Nourrisson était-il véritablement royaliste ? C’est difficile à préciser dans la mesure où l’insurrection lyonnaise contre la Convention fut taxée de royalisme alors qu’elle provenait surtout d’une volonté fédéraliste. Dans ces conditions, tout opposant à la Convention devenait contre-révolutionnaire et donc royaliste.

Un mariage avantageux

Une épouse richement dotée À trente ans, Nourrisson se décidait au mariage. Le 19 floréal an VI il épousait Marie-Jeanne Roche, fille mineure de Pierre Virginie Roche et de Marie-Louise Jeanne Pradin. À cette occasion avait été établi un contrat de mariage au domicile du père de la future, quai de Marseille. Ce contrat témoigne d’une réelle ascension sociale de notre homme de loi qui, à cette date, logeait au 6 de la rue Saint-Jean. Pour ce mariage, Roche avait constitué en dot et avancement d’hoirie une série de bâtiments situés sur le territoire de la commune de Corneux, non loin de Gray, dans la Haute-Saône. Parmi ces bâtiments et biens immobiliers figuraient la ferme de La Bergerie et ses dépendances, un étang et quelques prés alentour. De plus, Roche donnait à sa fille dix mille livres, dont six mille en espèces métalliques. Par ce contrat, les époux convenaient encore d’habiter dans le domicile du citoyen Roche qui promettait de les y nourrir, chauffer, blanchir et éclairer pendant tout le temps qu’ils demeureraient avec luiAD 69, minutes Bombes de Villers, Lyon, 19 floréal an VI.. Notons encore au passage la grande présence des Bruyzet, célèbres imprimeurs lyonnais du , dont l’un de ses membres, Pierre Bruyzet-Ponthus, fut le parrain de Pierre Virginie RocheAML, Saint-Nizier, 8 décembre 1757..

Une installation définitive en Haute-Saône C’est donc par son mariage que Nourrisson devint comtois et qu’il alla se fixer non loin de Gray, au sud du département de la Haute-Saône, dans une ancienne abbaye de l’ordre des Prémontrés dont Roche, son beau-père, avait fait l’acquisition comme bien national le , au prix de , ce qui, d’après les historiens haut-saônois, équivalait au revenu d’une année des terres de cette abbayeCe qui semble beaucoup ; disons que l’affaire était très rentable.. Pour éviter que le domaine ne soit partagé entre Marie-Jeanne Roche et sa sœur Antoinette Julie (épouse Frin de Cormeret, puis Duchemin-Decepeaux), Roche vendit à son gendre une partie du domaine par un acte ultérieur au contrat de mariageNote de Monsieur Henri Sexe à Sine Dolo.. C’est là que la famille Nourrisson allait vivre plusieurs décennies jusqu’à la vente de 1882.

Alternativement Commissaire du gouvernement et législateur

du Consulat à l’Empire un bonapartiste convaincu Ayant de bonnes connaissances de jurisconsulte, Nourrisson ne pouvait cependant pas rester dans cette retraite. Nommé commissaire du gouvernement près le tribunal de Gray, Nourrisson aurait été aussi conseiller municipal de Gray du au Cl-Isabelle Brelot, Grands notables du Premier Empire-Jura, Doubs, Haute-Saône, Paris 1979, p. 112. et AN, BB/25/235, dossier de la carrière judiciaire de Nourrisson.. Il fut ensuite l’un des trois députés que le département de la Haute-Saône dut envoyer au Corps Législatif (-). Son élection, par le Sénat conservateur, date précisément du 6 germinal an X. Le Corps Législatif était une assemblée créée par la constitution de l’an VIII (Consulat) comprenant 300 membres choisis sur la liste nationale des notabilités. Ses membres étaient nommés pour cinq ans et renouvelables par cinquième chaque année. Siégeant au Palais Bourbon, le Corps Législatif fut souvent taxé d’assemblée de muets : il acceptait ou rejetait sans pouvoir les discuter lui-même les projets de loi sur lesquels le Tribunat avait formulé son avis. Dans les procès-verbaux du Corps Législatif figurent quelques actions de Jean-Baptiste Nourrisson : Serment de fidélité à la constitution le 15 germinal an X ; Membre d’une députation au gouvernement le 17 floréal an X ; Membre d’une autre députation au gouvernement le 3 prairial an XI ; Discussion au Tribunat le 2 vendémiaire an XI.

Nourrisson n’entra donc dans la vie politique qu’avec le Consulat. Franc-comtois d’adoption, il fait exception parmi les notables de la Haute-Saône. Cependant sa notoriété est attestée par son inscription à toutes les listes des notables. Le 28 thermidor an XIII (), sous le prénom erroné de Jean-Baptiste François, il est septième des trente plus imposés et figure parmi les vingt plus gros propriétaires dont une grande partie de leur fortune est composée de biens nationaux. Son cens s’élève alors à 3.545 francs et il est considéré comme l’un des soixante propriétaires les plus distingués. Enfin, en 1811, il est au quatorzième rang des six cents plus imposés de la Haute-SaôneBrelot, Op. cit., p. 112., ce qui lui permet, lors des suffrages censitaires du premier , d’être non seulement électeur, mais en plus éligible. À la fin de son mandat, il revint à Gray où il occupa jusqu’au les mêmes fonctions de commissaire du gouvernement. Lors de la réorganisation de l’ordre judiciaire, il fut nommé procureur impérial près le tribunal criminel de Vesoul (-). D’après Louis Suchaux, il «montra dans ses fonctions les qualités d’un vrai magistrat, sachant concilier avec les égards dus à la faiblesse humaine la fermeté nécessaire au maintien de l’ordre et à la répression des délits.»L.Suchaux, Op. cit., p. 409.

Sous la Restauration du bonapartisme au partisan de la Charte Malheureusement, si Nourrisson s’était peu à peu hissé vers les honneurs judiciaires, sa réputation de bonapartiste allait déranger la première restauration de Louis XVIII. Destitué de ses fonctions en 1814, les électeurs de la Haute-Saône devaient cependant lui prouver leur fidélité en l’envoyant l’année suivante siéger à la Chambre des Représentants des Cent-Jours. En fait, il était l’élu du Grand Collège de la Haute-Saône et avait triomphé de son adversaire par 117 voix sur 151 votants et 244 inscritsDictionnaire des parlementaires français, Paris, 1891.. Dans la foulée, il fut nommé procureur impérial à Besançon le et ce jusqu’à sa nouvelle destitution, le suivant, pour cause de retour du roi.