est une chanson écrite et composée par Michael Jackson, parue dans l'album Thriller en 1982, puis sortie en single le . Dès sa sortie, Billie Jean est un succès commercial considérable, se classant dans les premières places de nombreux hit-parades à travers le monde. Le titre reste ainsi sept semaines d'affilée en tête du et neuf semaines en tête du Hot R&B/Hip-Hop Songs aux États-Unis. Il s'agit d'un des singles les plus vendus au monde, avec plus de 18 millions d'exemplaires écoulés, et du single le plus vendu de Michael Jackson. Son succès contribue à faire de Thriller, encore aujourd'hui, l'album le plus vendu au monde.
Billie Jean est également connue pour son vidéoclip, réalisé par Steve Barron, qui permit l'ouverture de MTV aux artistes afro-américains, ainsi que pour sa première interprétation, en playback accompagnée d'une chorégraphie, lors de l'émission Motown 25: Yesterday, Today, ForeverEnregistrée le 25 mars 1983 et diffusée le 16 mai sur la chaîne NBC en première partie de soirée.. Vêtu de ce qui deviendra la signature visuelle de Billie Jean en concert (fédora noir, gant blanc et veste noire à paillettes), Michael Jackson y réalise pour la première fois en public le mouvement de danse du moonwalk qui deviendra emblématique de la chanson et de l'artiste. Cette prestation a un retentissement considérable sur les ventes du single et de l'album Thriller.
La chanson est sacrée chanson de tous les temps par le magazine en 2004.. L'actualisation de la liste en 2021 place la chanson à la place. Elle est l'une des chansons emblématiques de Michael Jackson et figure par conséquent au programme de toutes ses tournées et sur de nombreuses compilations. En , soit peu de temps après la mort du chanteur, le titre ressort en version numérique. En 2026, à la suite de la sortie du biopic Michael, la chanson connaît un regain de popularité, atteignant la place numéro 1 du Billboard Global 200 et de nombreuses plateformes de streaming comme Spotify.
Composition Michael Jackson commence à écrire Billie Jean un an avant le début de la session d'enregistrement, et il a tout de suite pensé qu'elle serait un succès : « Un musicien connaît les tubes. Tout doit être en place. Cela vous comble et cela vous fait sentir bien. C'est ce que j'ai ressenti à propos de Billie Jean. Je savais que ça allait être quelque chose d'important quand je l'écrivais. »« A musician knows hit material. Everything has to feel in place. It fulfills you and it makes you feel good. That's how I felt about Billie Jean. I knew it was going to be big when I was writing it ».
Dans les paroles, Michael parle d'une femme qui prétend qu'il est le père de son enfant alors que lui dément : (« L'enfant n'est pas mon fils »). Il n'y a jamais eu de vraie Billie Jean mais Jackson a déclaré que le thème de la chanson avait été inspiré par les dires de groupies à propos de ses frères aînés durant l'époque des Jackson 5. Par ailleurs, Michael Jackson évoque le fait qu'il n'est qu'un « récepteur » et que cette chanson lui a été transmise par quelque chose de supérieur, de transcendant..
Lorsque Quincy Jones et Michael Jackson écoutent la première version de l'album, ils ne sont pas satisfaits. Ils conservent l'idée qu'il y manque quelque chose. Dès lors, Michael va travailler pendant plusieurs jours avec le bassiste Louis Johnson sur cette chanson (qui l'obsédera jusqu'à frôler l'accident de voiture)Dans sa biographie, Michael raconte que pendant une pause d'enregistrement, alors qu'il roulait sur l'autoroute Ventura (Californie) avec Nelson Hayes (qui travaillait avec lui sur Billie Jean), il était tellement absorbé par la chanson qu'il ne vit pas de la fumée s'échappant de l'arrière de la Rolls-Royce qu'il conduisait. C'est un garçon en mobylette qui leur fit signe de s'arrêter, leur épargnant peut-être un accident. Source : Moonwalk, Michael Jackson, Michel Lafon, 1988, réédition de 2009, p. 194. afin de trouver ce qui sera la signature de Billie Jean : la ligne de basse. Michael Jackson décide ainsi de faire une introduction de vingt-huit secondes mais cela déplaît à Quincy Jones qui raconte : « And when Michael Jackson tells you: "That's what makes me want to dance", well, the rest of us just have to shut up » - Interview Quincy Jones dans la réédition 2001 de l'album Thriller
Outre la ligne de basse, la batterie joue également un rôle prépondérant dans Billie Jean. Lors de l'enregistrement en studio, Bruce Swedien, l'ingénieur son, a l'idée de surélever la batterie sur une plateforme de contreplaqué pour l'isoler des vibrations, de glisser un morceau de bois plat entre la caisse claire et le charleston, ainsi que de couvrir la grosse caisse avec une couverture à fermeture éclair pour y glisser un micro. Cela donne à Billie Jean une signature sonore unique avec un son de batterie immédiatement reconnaissable.. Quincy Jones dira en effet à ce sujet : « Il n'y a pas beaucoup de morceaux de musique où vous pouvez entendre les trois ou quatre premières notes de la batterie, et dire immédiatement quel est ce morceau de musique. Mais je pense que c'est le cas avec Billie Jean - ce que j'attribue à la personnalité sonore. »« There aren't many pieces of music where you can hear the first three or four notes of the drums, and immediately tell what the piece of music is. But I think that is the case with 'Billie Jean'—and that I attribute to sonic personality. »
Greg Phillinganes, qui est au clavier, déclare à propos de la chanson : « Billie Jean est chaud à tous les niveaux. C'est chaud rythmiquement. C'est chaud sur le plan sonore, parce que l'instrumentation est si minimale, vous pouvez vraiment tout entendre. C'est chaud sur le plan de la mélodie... des paroles [et] de la voix. Cela vous affecte physiquement, émotionnellement, même spirituellement. »« Billie Jean is hot on every level. It's hot rhythmically. It's hot sonically, because the instrumentation is so minimal, you can really hear everything. It's hot melodically... lyrically [and] vocally. It affects you physically, emotionally, even spiritually. »
À l'origine, la chanson devait avoir pour titre Not my lover car Quincy Jones avait peur que les gens l'associent à la joueuse de tennis Billie Jean King. Ce titre n'a finalement pas été retenu. Par ailleurs, 91 mixes sont réalisés par l'ingénieur du son Bruce Swedien (qui ne mixait généralement une chanson qu'une seule fois) lors des sessions d'enregistrement, et c'est Quincy Jones qui choisira le mix n°2 comme version finale.
Selon Quincy Jones, Michael Jackson a pris des notes de la chanson de Jon and Vangelis State of Independence. Jones avait d'ailleurs produit une reprise pour Donna Summer et Jackson avait participé aux chœurs. Jon Anderson, membre de Yes, ajoute : « Ils ont pris le riff et l'ont rendu funky pour Billie Jean... Donc c'est plutôt cool, cette pollinisation croisée dans la musique »« They took the riff and made it funky for Billie Jean... So that's kinda cool, that cross-pollination in music. ». Quant au groove du titre, il aurait été inspiré pour Daryl Hall, du groupe Hall & Oates, de leur morceau I Can't Go for That (No Can Do) de 1981. Michael Jackson lui a fait cette confidence, ce à quoi il lui répondit : « Oh Michael, qu'est-ce que ça peut faire ? Tu l'as fait très différemment. »« Oh Michael, what do I care? You did it very differently. »
Ventes Outre les ventes importantes du single (de l'ordre de 7 millions d'exemplaires), Billie Jean est incluse sur l'album Thriller (le plus vendu au monde avec environ d'exemplaires vendus). La popularité du titre va contribuer au succès phénoménal de l'album. Chanson emblématique de l'artiste, elle figure également sur le CD du double-album HIStory (20 millions d'exemplaires écoulés), les compilations Greatest Hits: HIStory Volume I (9,5 millions), (9 millions), (6 millions), , ou encore le coffret The Ultimate Collection.
Clip Contexte : MTV, une chaîne musicale restrictive Lorsqu'en 1981, la chaîne musicale américaine MTV démarre son activité commerciale, elle se distingue par la diffusion de vidéoclips, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Spécialisée dans le rock 'n' roll, MTV adopte une définition restrictive de ce genre musical, excluant de fait les artistes noirs. Durant les dix-huit premiers mois, la programmation musicale de MTV comprend à peine 3 % d'œuvres interprétées par des musiciens noirs, le département marketing de l'entreprise ayant estimé que sa cible commerciale, les jeunes urbains blancs, n'aime pas la musique afro-américaine et qu'elle est susceptible d'être rebutée par le visionnage de Noirs à l'écran... La conception du clip, établie par MTV, s'impose alors à toute l'industrie musicale : une chanson filmée, de la new wave, du rock, du heavy metal ou de la pop destinée à un public blanc. Selon MTV, un genre musical ne serait pas le produit d'un développement artistique original mais correspondrait à une division raciale de la société ; la musique noire étant strictement une musique jouée par des Noirs pour des Noirs et la blanche par des Blancs pour des Blancs...
Accusée de racisme , la chaîne est même menacée de poursuite judiciaire par quelques artistes noirs, comme l'artiste de funk et de soul Rick James, dont MTV refuse de diffuser les clips.. D'abord confinée dans des débats internes à l'industrie du disque, la critique de la politique de programmation musicale de MTV se répand rapidement dans les médias puis dans le public.. Invité de la chaîne musicale, la rockstar David Bowie amplifie la portée de la controverse en affirmant que MTV a un devoir moral d'ouvrir son antenne aux artistes noirs. Mais la Warner Communications, propriétaire de MTV, reste insensible aux critiques et à la publicité négative qu'elles engendrent. Elle martèle que sa chaîne musicale est spécialisée dans le rock 'n' roll et propose des vidéos correspondant aux attentes de son audience. Elle soutient, de plus, qu'il ne s'agit pas de discrimination raciale, puisque des groupes, tels que les britanniques de Musical Youth, un groupe de reggae composé de musiciens noirs, sont diffusés sur MTV.
L'arrivée de Billie Jean
En , l'album Thriller, publié par Michael Jackson atteint la place de du classement de l'influent magazine Billboard. Le mois suivant, le titre Billie Jean se hisse au sommet du Billboard Hot 100. Afin d'exploiter l'aspect crossover de l'œuvre de Jackson, la maison de disque Columbia Records (CBS) double le succès commercial d'un vidéoclip et présente sa production culturelle à MTV, en vue de sa diffusion auprès d'un plus large public. MTV rejette le clip de Jackson, malgré les demandes insistantes de Columbia Records. Excédé, le président de la maison de disque, Walter Yetnikoff, menace de retirer de la programmation de MTV tous ses artistes, parmi lesquels Pink Floyd, Journey et Billy Joel.
Le , MTV cède et passe le clip du futur « roi de la pop ». Celui de Beat It, inspiré du drame lyrique West Side Story et mis en scène par un publicitaire et un chorégraphe de Broadway, est au programme de MTV le mois suivant. Initialement, les dirigeants de MTV et CBS sont convaincus que Billie Jean séduira essentiellement le public noir, contrairement à Beat It qui s'adresserait davantage à une audience blanche. Or, l'énorme succès de ces deux titres, aussi bien chez une audience blanche que noire, déjoue leurs prévisions..
L'ouverture de MTV aux artistes afro-américains