Béatrice de Nazareth (en néerlandais : Beatrijs van Nazareth), née à Tirlemont en 1200 et décédée le à l'abbaye Notre-Dame-de-NazarethL'abbaye Notre-Dame-de-Nazareth de Brecht a repris la tradition et la vie monastique de l'ancienne abbaye de Lierre., près de Lierre, est une moniale cistercienne, mystique et auteur spirituel des Pays-Bas méridionaux, qui écrivait en moyen néerlandais.
Biographie Dès son jeune âge elle est attirée vers la vie religieuse, la plus jeune des six enfants de Barthélemy, d'un père pieux issu de la basse classe moyenneKroll et Bachrach 146. bourgeoise de Tirlemont, a toute l'opportunité de développer ses talentsMak et Reynaert 61.. Sa mère, Gertrude, lui enseigna les rudiments de la lecture et de l'écriture. Ayant perdu sa mère à l'âge de sept ans, Béatrice est envoyée à Léau par son père pour y recevoir une formation. Durant l'année 1207, elle séjourne dans cette ville, elle est pensionnaire dans une maison de béguinesVan Kerckvoorde 152.. En 1208, elle est rappelée chez elle, la décision ayant été prise de l'envoyer auprès des moniales de l'abbaye de Florival (ordre cistercien) dans l'espoir qu'elle y devienne religieuse. Le père de Béatrice est l'administrateur () des biens temporels () du monastère. Elle reçoit une formation soignéeTer Laan 38., qui comprend autant les arts libéraux et le latinLie 251. que les pratiques d'ascèse monastique habituelles, telle l'autoflagellationKroll et Bachrach 153., et prend l'habit de novice des cisterciennes de l'abbaye de Florival à Archennes en 1215. Son noviciat achevé, elle prononce ses vœux et devint moniale le Kroll et Bachrach 147..
À l'âge de seize ans, Béatrice est envoyée à l'abbaye de la Ramée par son abbesse, sans doute afin d'y apprendre le travail de copiste. Revenue à Archennes, Béatrice est affectée au scriptorium du monastère comme copiste pendant les six années suivantes. Son père, ainsi que deux de ses sœurs, Christina et Sybilla, et l'un de ses frères, Wickbert, vinrent vivre à Archennes. Barthélemy devint « frère lai » et continua à servir le monastère comme .
En 1223, l'abbaye de Florival trouve les moyens de fonder un prieuré à Maagdendaal (Oplinter), près de Tirlemont. En compagnie de ses deux sœurs et de quelques autres moniales, Béatrice inaugura la vie communautaire de ce deuxième monastère, fondé par son père, selon la (Vie de Béatrice). Là aussi, elle est la copiste du monastère. Son père, qui doit avoir dans les cinquante ans et exerce apparemment toujours la fonction de à l'abbaye de Maagdendaal. Béatrice reçoit la « consécration de vierge » avec un groupe d'autres par l'évêque de Liège en 1225. Dix ans plus tard les autorités de Maagdendaal autorise la fondation d'une nouvelle communauté religieuse près de Lierre, qui devient l'abbaye Notre-Dame-de-Nazareth. Béatrice y déménage avec son père et ses sœurs moniales, ainsi qu'avec plusieurs de ses frères et sœurs. De nouveau membre du groupe fondateur, BéatriceVekeman 178. remplit la fonction de prieure à partir du mois de Mak et Reynaert 62..
Béatrice est introduite à la vie mystique par (1197-1231), qui, elle-même, avait été formée par une Hadewijch de Nivelles, décédée en 1214Knuvelder 176.. Malgré son jeune âge (elle a un an de moins que Béatrice), son expérience de la vie spirituelle lui a fait gagner l'estime de la population localeKroll et Bachrach 158.. À Ida, l'essence du Père dans le Fils a été révélée dans une expérience extatique qui lui a fait goûter et sentir la TrinitéFaesen 30-31.. Spirituellement attirée par la relation intimement personnelle qu'a Ida avec Dieu, Béatrice lui demanda d'intercéder pour qu'elle également puisse faire l'expérience d'une telle relation privilégiée. Ida devient alors la « mère spirituelle » de Béatrice et l'aide à dépasser le cercle vicieux du contrôle obsessionnel et de mortification physique.
Dans sa langue maternelle, le moyen néerlandais, Béatrice écrit des notes mystiques et autobiographiques, dont les textes originaux sont perdus. Des traces de ces documents se retrouvent cependant dans l'adaptation latine de son autobiographie, , et dans (Les Sept Degrés de l'amour divin). Ces écrits en langue vernaculaire, destinés à un cercle de femmes partageant les mêmes idéaux, servent à apporter une orientation pédagogique et spirituelle aux sœurs qui ne maîtrisent pas le latin. Contrastant avec Hadewijch d'Anvers, Béatrice, comme cistercienne, choisit un mode de vie religieuse classique au sein de l'Église, promouvant ses idées mystiques de l'intérieur des structures acceptées du christianisme.
Œuvre La Vie de Béatrice Béatrice a l'habitude de consigner par écrit ses expériences spirituelles et mystiques, parmi lesquelles les visions tiennent une place importante. Lorsqu'il écrit sur elle, son mentor spirituel, sans doute le futur abbé de Saint-Trond et moine d'Affligem (à qui une main tardive a attribué, dans le manuscrit mêmeMantingh 32., la plus ancienne copie conservée de cet ouvrage), utilisant des notes faites par Béatrice même, ainsi qu'un certain nombre d'autres sources, compile une « autobiographie » en un latin assez artificiel, tout en résumant plusieurs écrits d'elle. La (Vie de Béatrice) en fournit la preuve qu'elle a acquis une connaissance approfondie des sujets théologiques.
On a suggéré que son journal a été détruit par l'abbesse et le chapelain biographe pour des raisons de protection, car elle plonge dans les mystères trinitaires avec une profondeur considérée comme peu convenable aux femmes religieusesKroll et Bachrach 148..
Béatrice écrit une sur son père. L'aumônier emploie cette biographie comme introduction à la vie de sa fille. La , comprenant de ce fait deux , une brève et une longue Kroll et Bachrach 149..
Les Sept Degrés de l'amour divin Cet ouvrage existe aussi sous la forme d'une traduction latine partielle et sensiblement remaniée par le chapelain et hagiographe qui l'a intégrée dans sa version latine de l'autobiographie, devenue hagiographie, de Béatrice, la . Comme a été écrite longtemps après 1236, alors que le journal intime autobiographique n'est plus tenu à partir de cette époque, et que le mysticisme de Béatrice a atteint son apogée, il est généralement admis que les efforts visant à intégrer des parties de cette œuvre mystique dans la représentent plutôt l'œuvre de l'aumônier même.
, qui date d'environ 1235, est un traité moyen néerlandais sur l'ascension mystique en sept étapes. Son texte est transmis dans un recueil de sermons de la fin du ou du début du Gumbert 179., connu dans la littérature comme les sermons de Limbourg, les premiers conservés en moyen néerlandais. La structure et la matière de ce traité de mystique témoignent de la formation de son auteur, prouvant que Béatrice a étudié plusieurs ouvrages sur la Trinité.
La , consistant en sept aspectsVekeman 195., est son amour pour Dieu qui se manifeste en elle comme un désir ou un sentiment, dans lequel opère l'amour pour Dieu. Cette expérience résulte en une réponse dynamique, qui, elle, se heurte à la limitation humaine et à l'absence réelle de Dieu. Cette pénurie et cette perte sont acceptées et explicitées comme caractéristiques authentiques de l'amour pour Dieu. Le cœur () est le centre actif et réceptif de cet événementVekeman 198..
Laissant de côté les degrés de progrès où le service de Dieu est plutôt mu par la crainte que par l'amour, Béatrice part de celui où l'âme est mue par le véritable amour. Premier degré : l'âme se purifie et retrouve sa liberté et noblesse spirituelle, à l'image de Dieu, telle qu'elle fut créée. Deuxième degré : l'âme veut servir l'amour sans désir de récompense, dans la seule joie de servir Dieu. Troisième degré : ce désir de faire toujours plus devient une torture ; l'âme cherche à agir dans la mesure de l'amour infini, ce qui est impossible, d'où cette « torture » spirituelle. Quatrième degré : Dieu délivre de cette torture, dans la joie de l'amour mystique infus ; l'âme vaincue par l'amour fait une première expérience passive de Dieu. Cinquième degré : cette première joie est interrompue par la faiblesse du corps et d'autres éléments extrinsèques à la vie intérieure. Sixième degré : l'amour divin triomphant se rend maître de l'âme ; travail et repos dans la paix ; l'amour est en elle : l'âme ne craint plus rien ni personne. Septième degré : passage de l'âme dans l'amour éternel ; désir d'être délivré du corps de chair et d'être toujours avec l'amour, car l'âme ne peut plus aimer que DieuVekeman 181-195..
Cet hymne à l'amour se termine sur les resplendissantes perspectives de l'éternelle béatitude.
Cette conception de l'amour est étroitement liée à la conception jadis nouvelle de l'« amor » dans la spiritualité du nord de la France du . L'assimilation de ces aspects de l'« amor » dans la conception de la minne, ou amour, eut lieu au sein du mouvement extatique de femmes au dans les anciens Pays-Bas. Il n'est pas certain que Béatrice a introduit de nouveaux thèmes dans sa prose ; selon toute vraisemblance, le climat général est à l'origine de la manière spécifique dont Béatrice voit la conception de l'« amor » du , en particulier pour ce qui concerne quelques accents personnels émanant de sa propre expérienceVekeman 196..
Traduction Selon Béatrice, sixième degré : l'amour divin triomphant se rend maître de l'âmeLa sacralisation de l’amour.. La véritable pureté de cœur
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Bienheureux / Bienheureuse Béatification Canonisation
Bibliographie
Faesen, Rob. « Zoals een minnaar met zijn geliefde : hoe reageert de vroegste Middelnederlandse mystiek op de scheiding van theologie en spiritualiteit », (réd. Peter de Mey et Jacques Haers), Louvain, ACCO, 2004. Gumbert, Johan Peter, « De datering van het Haagse handschrift van de « Limburgse Sermoenen » », Miscellanea Neerlandica : opstellen voor dr. Jan Deschamps ter gelegenheid van zijn zeventigste verjaardag, Dl. I. (réd. Elly Cockx-Indestege et Frans Hendrickx), Louvain, Peeters, 1987, . Kerckvoorde (van), Colette Marie-Christine Étienne, An introduction to Middle Dutch, Berlin, Walter de Gruyter, 1993, . Knuvelder, Gerard Petrus Maria, Handboek tot de geschiedenis der Nederlandse letterkunde, Deel 1, Bois-le-Duc, Malmberg, [s. d.] , . Kroll, Jerome, et Bernard S. Bachrach, The Mystic Mind : The Psychology of Medieval Mystics and Ascetics, New York/Oxon, Routledge, 2005, . Laan (ter), Kornelis, Letterkundig woordenboek voor Noord en Zuid, impr., La Haye/Jakarta, G.B. van Goor Zonen's Uitgeversmaatschappij, 1952, . Lie, Orlanda S.H., « Middelnederlandse literatuur vanuit genderperspectief. Een verkenning », , 2001, . Mak, Jacobus Johannes, et Joris Reynaert, « Beatrijs van Nazareth », De Nederlandse en Vlaamse auteurs van middeleeuwen tot heden met inbegrip van de Friese auteurs (réd. Gerrit Jan van Bork et Pieter Jozias Verkruijsse), Weesp, De Haan, 1985, . Mantingh, Erwin, Een monnik met een rol : Willem van Affligem, het Kopenhaagse leven van Lutgart en de fictie van een meerdaagse voorlezing, Hilversum, Uitgeverij Verloren, 2000. Mierlo (van), Jozef, « Béatrice de Nazareth », Dictionnaire de spiritualité, vol. 1, col. 1310-1314, 1935, . Vekeman, Herman W.J., « Van seuen manieren van heiliger minnen : extase en traditie in een cultus van de minne », , année 88, Leyde, E.J. Brill, 1972, . . .
Liens externes
Biographies et bibliographie sur le site web Bibliothèque numérique des lettres néerlandaises. Le mouvement béguinal ː Béatrice de NAZARETH (+/-1200-1268). Beatrijs van Nazareth - Archives de littérature du Moyen Âge.
Catégorie:Naissance en 1200 Catégorie:Décès en 1268 Catégorie:Cistercien Catégorie:Écrivain flamand (avant 1830) Catégorie:Écrivain de langue moyen-néerlandaise Catégorie:Écrivaine néerlandaise Catégorie:Mystique néerlandais Catégorie:Mystique chrétien du XIIIe siècle Catégorie:Mystique rhénane Catégorie:Naissance à Tirlemont Catégorie:Religieuse catholique du XIIIe siècle