vignette|250 px|Stéphane Troussel, président du conseil général puis départemental depuis 2012.
La politique en Seine-Saint-Denis reste marquée par une longue domination du Parti communiste français. La Seine-Saint-Denis est l'un des départements constituant la Ceinture rouge historique de Paris. C'est un fief historique de la gauche, et en particulier du parti communiste, héritage d'un découpage tacite des zones d'influence entre le PCF et la droite sous De Gaulle.
Après avoir détenu la majorité des villes et la totalité des postes de députés ainsi que la majorité absolue au Conseil général de la Seine-Saint-Denis de 1967 à 2001 (avec l'emblématique Georges Valbon), le PCF a détenu la présidence du département jusqu'en , avant de passer le relais au Parti socialiste. Si le PS est devenu force majoritaire du département vers 2007-2008, la droite et le centre ont également étendu une influence qui restait relativement limitée jusqu'en 2001.
Histoire politique et rapports de force vignette|Le local du PCF à La Courneuve. vignette|redresse|Jean-Christophe Lagarde (Force européenne démocrate), ici en 2007, solidement implanté à Drancy. vignette|Patrick Braouezec, chef de file des refondateurs au PCF, qu'il quitte en 2011. vignette|Le maire d'Aubervilliers Jacques Salvator avec Abdelhak Kachouri et Jean-Paul Huchon.
Avant la Seine-Saint-Denis Du début du siècle à 1968, le territoire de l'actuelle Seine-Saint-Denis a aussi été marqué par la gauche. Le , Jean Jaurès fait un célèbre discours au Pré-Saint-Gervais, sur la butte du Chapeau-Rouge devant .
Le développement de l'industrie dans la banlieue ouvrière proche de Paris fait émerger, avant le Front populaire, plusieurs figures communistes, Fernand Grenier, Jacques Doriot., Théophile Gaubert à Neuilly-sur-Marne, voire socialistes comme Alexandre Bachelet.
Cinquante-cinq municipalités communistes et une trentaine de municipalités socialistes ont été élues dans les départements de la Seine et de Seine-et-Oise, dessinant autour de Paris ce qu’on appelle désormais « la ceinture rouge », selon l'expression employée pour la première fois par Paul Vaillant-Couturier. Parmi les communes ayant élu un maire communiste avant les élections municipales de 1935 figurent Bobigny (1919), Saint-Denis (1920), Villetaneuse (1920), Pierrefitte-sur-Seine (1929) et Villepinte (1932), tandis qu'à l'occasion de celles-ci, le PCF dirige aussi Aulnay-sous-Bois, Le Blanc-Mesnil, Bondy, Drancy, Montreuil, Noisy-le-Sec, Romainville et Tremblay-lès-Gonesse. Aux élections législatives de 1936, la banlieue parisienne envoie 27 députés communistes – dont Jacques Duclos, élu à Montreuil – sur 72 à l’Assemblée nationalehttp://www.seine-saint-denis.fr/Il-ya-70-ans-le-front-populaire.html.
Dans les années 1930, des scissions se produisent. Jacques Doriot est exclu du PCF en 1934 et fonde en 1936 le Parti populaire français (PPF), un parti fasciste, tandis que Fernand Grenier récupère la municipalité de Saint-Denis au profit du PCF en 1937. Albert Richard, maire communiste de Pierrefitte-sur-Seine, rejoint lui aussi le PPF, de même que Jules Lauze, maire de Villetaneuse de 1919 à 1935. Sous l'Occupation, certains participèrent à la collaboration : Jacques Doriot à Saint-Denis, Pierre Laval à Aubervilliers, Jean-Marie Clamamus à Bobigny...
À la Libération, des résistants communistes prennent le pouvoir dans de nombreuses mairies : Maurice Nilès à Drancy, Jean Lolive à Pantin, Auguste Gillot à Saint-Denis... Le PCF connaît un âge d'or, terni par des exclusions sommaires comme celles de Charles Tillon, maire d'Aubervilliers. La SFIO, avec des personnalités comme Alfred-Marcel Vincent ou Maurice Coutrot, joue les seconds rôles, limitée à quelques villes qu'elle tient de longue date comme Bondy ou Le Pré-Saint-Gervais.
La période rouge La Seine-Saint-Denis vote très majoritairement à gauche depuis fort longtemps, avec, cependant, quelques différences de comportements électoraux entre les communes issues de l'ancien département de la Seine et celles issues de l'ancienne Seine-et-Oise. La droite dispose de quelques bastions anciens dans l'est du département comme Gagny, Le Raincy ou Villemomble incarné par le gaulliste Robert Calméjane. Le PS a longtemps dû se contenter de quelques bastions hérités de la SFIO comme Bondy, Sevran, Le Pré-Saint-Gervais, Livry-Gargan et Épinay-sur-Seine, ville qui vit François Mitterrand prendre la tête du parti en 1971.
En 1968, année où le parti gaulliste UDR avait obtenu la majorité absolue à l'Assemblée nationale, il n'avait pu obtenir que 2 des 9 sièges de député du département, les 7 autres restant acquis au PCF. En 1975 la sénatrice communiste Marie-Thérèse Goutmann devient la première femme à présider un groupe parlementaire en France.
Lors des élections municipales de 1977, la gauche obtint un résultat jamais atteint puisque 27 des 40 communes du département avaient élu un maire communiste et 7 autres un maire socialiste. Claude Bartolone reprend à la droite aux cantonales de 1979, le canton des Lilas avec 54 % des suffrages.. Marcel Debarge au Pré-Saint-Gervais, Claude Fuzier à Bondy et Gilbert Bonnemaison à Épinay-sur-Seine sont alors les trois hommes forts du PS.
En 1979, la gauche disposait de l'ensemble des parlementaires du département, celui-ci comptant neuf députés communistes, quatre sénateurs communistes et deux sénateurs socialistes.
L'hégémonie communiste remise en cause Il faut attendre 1981 pour que les premiers députés socialistes soient élus sur le département, avec notamment Claude Bartolone, les postes de députés étant occupés uniquement par les communistes sous la précédente législature.
Aux élections municipales de 1983, marquées par des fraudes électorales dans trois villes dirigées par le PCFLe Conseil d'État a annulé les élections municipales à Aulnay-sous-Bois et à Noisy-le-Grand et a même inversé les résultats à Villepinte par une proclamation juridictionnelle se substituant à la proclamation primitive, dans un arrêt rendu le 6 janvier 1984, la droite conquiert un certain nombre de municipalités comme Rosny-sous-Bois et Montfermeil et, allié au Front national lors d'une partielle, Aulnay-sous-Bois. Elle récupère aussi des municipalités que la gauche avaient conquises en 1977, comme Gagny, Noisy-le-Grand, Villemomble et Villepinte. Sa faiblesse organisationnelle (quant aux militants entre autres) permet toutefois au Front national de se positionner en force pendant une certaine période et damer le pion à la droite parlementaire lors des consultations tenues dans les années 1990. Le PCF voit émerger une nouvelle génération communiste autour notamment du nouveau maire de Saint-Denis Patrick Braouezec.
Les sénatoriales de 1986 marquent également l'arrivée de premiers sénateurs de droite du département après les pertes des municipalités de gauche en 1983.
Après la rupture de l'union de la gauche en 1983, le PS qui était jusque-là un supplétif du PCF s'affirme. Lors des cantonales de 1985, le PS gagne le canton de Villepinte face à la droite alors que le PCF perd 4 de ses 25 élus (Aulnay, Montfermeil, Pantin, Noisy-le-Grand). Lors des législatives de 1986, le PS obtient un score de 29,13 % proche de celui de 1981 (alors qu'il baisse nettement au niveau national), devançant pour la première fois le PCF, (aussi concurrencé par le FN), y compris dans plusieurs des villes qu'il dirige. Cela permet au PS d'apparaître comme le parti le mieux à même de reconquérir des villes communistes passées à droiteLe Parti Socialiste en Seine-Saint-Denis ou la fin d'une "anecdote". Les cas des élections législatives et cantonales de 1985-1986. Cyril Gispert. 2010..
Aux élections municipales de 1989, le PCF perd Dugny, tandis que la situation se complique à Clichy-sous-Bois. Dans cette commune, des élections partielles aboutissent à la victoire provisoire de la droite en 1993. Aux élections municipales de 1995, le PS a gagné quelques positions notables comme Noisy-le-Grand et Clichy-sous-Bois, tandis que Sevran est provisoirement perdu par les communistes. La direction nationale du PCF est contestée par les « refondateurs » comme Patrick Braouezec et François Asensi.
Aux élections municipales de 2001, le centre-droite conquiert notamment Épinay-sur-Seine et Drancy, respectivement sur le PS et le PCF, alors que le PS gagnait Pantin sur le PCF, les Verts L'Île-Saint-Denis sur le PCF.
De manière plus prononcée qu'au niveau national, le département connaît une montée de l'abstention, hormis quelques scrutins nationaux. Seul un électeur sur cinq penseant à se réinscrire après un changements d'adresse, la mauvaise inscription sur les listes électorales contribue à un faible taux participation de la population aux scrutins.
La situation au sein de la gauche évolue, avec un renforcement de l'influence du Parti socialiste, prenant notamment appui sur les divisions et divergences d'approche des élus et organisations communistes dans le département, comme sur son évolution sociologique et l'aggravation de la situation sociale de nombreuses cités. Ce processus, déjà remarqué aux cantonales 2004, se concrétise avec le gain de la présidence du conseil général par le socialiste Claude Bartolone en .
La Seine-Saint-Denis socialiste Les municipales et cantonales de 2008 ont confirmé cet ancrage à gauche, principalement au profit du PS et des Verts, les premiers faisant basculer Aubervilliers et Aulnay-sous-Bois et les seconds Montreuil. Le succès inattendu de Mathieu Hanotin aux cantonales contribue à faire émerger en Seine-Saint-Denis une génération d'anciens militants de l'UNEF soit sur des mandats électifs, comme Razzy Hammadi, soit dans les collectivités, comme Nadjet Boubekeur ou Sibeth Ndiaye, qui collaboreront notamment avec Claude Bartolone.
Sur le plan de la représentation parlementaire, le département compte en 2007 4 députés communistes, 5 députés socialistes, 1 député Nouveau Centre et 3 députés UMP. Au Sénat, on dénombre 2 sénateurs communistes, 1 sénateur socialiste, 1 sénatrice verte, 2 sénateurs UMP..
Aux élections européennes de 2009, la tendance nationale se retrouve en Seine-Saint-Denis avec l'UMP qui arrive en tête (21,66 %) devant les trois listes de gauche : Europe Écologie (17,67 %), PS (15,08 %) et Front de gauche (11,43 %).
Aux régionales 2010, le département a confirmé son ancrage à gauche avec 66,5 % des voix à Jean-Paul Huchon contre 33,5 % à Valérie Pécresse. Au premier tour, la liste rajeunie du PS menée par Abdelhak Kachouri obtient 27,9 %, distançant la liste UMP (19,1 %) et la liste écologiste conduite par l'ancien refondateur du PCF Stéphane Gatignon (14,6 %). La liste Front de gauche (11,2 % contre 14,3 % en 2004) est comme en 2004 conduite par Marie-George Buffet, confirmant son déclin. La mise à l'écart du député Patrick Braouezec provoque une crise au PCF, confronté au départ annoncé de celui-ci et de François AsensiLe grand malaise des élus communistes, Le Parisien, édition de Seine-Saint-Denis, page II, 3 avril 2010. À droite, Patrice Toulmet devait défendre les couleurs de l'UMP mais il a été rétrogradé en pleine campagne en troisième position au profit du syndicaliste policier Bruno Beschizza, entraînant un ravivement de querelles intestines.
Lors des cantonales 2011, le PCF ne parvient pas à reconquérir la présidence du Conseil général, son objectif affiché. Il maintient cependant son nombre d'élus en reprenant deux cantons dans des villes perdues aux municipales 2008 à Aubervilliers et Montreuil. La droite reste minoritaire, mais conquiert le canton d'Epinay, consolidant son implantation dans cette ville. Aux élections sénatoriales, si la droite maintient ses deux élus UMP, le rapport de force change à gauche avec la perte d'un sénateur sur deux par les communistes au profit du PS qui en compte deux en alliance avec 1 sénatrice verte.