La vallée de Joux est une vallée située dans la partie centrale du massif du Jura, dans le canton de Vaud (Suisse). Son nom était aussi celui de l'ancien district de La Vallée, disparu le .

Elle est composée de trois communes : Le Chenit, Le Lieu et L'Abbaye qui comptent plusieurs villages et hameaux.

C'est l'un des berceaux de l'horlogerie et de nombreux ateliers des plus fameuses manufactures horlogères suisses s'y trouvent, comme Breguet, Audemars Piguet, Blancpain, Jaeger-LeCoultre, etc.

Les habitants de la vallée de Joux sont appelés les Combiers. Quand ils parlent de leur région, ils disent simplement : « La Vallée ».

Géographie Situation, topographie La vallée de Joux est située à environ 50 kilomètres au nord de Genève et au nord-ouest de Lausanne, à une altitude moyenne de (niveau moyen des lacs : ). Sa longueur est d'environ .

Elle est composée de trois communes qui comptent plusieurs villages et hameaux dont : Le Chenit, qui se compose de 4 villages (appelés « fractions de commune »), Le Sentier (chef-lieu de commune), Le Brassus, L'Orient, Le Solliat et des hameaux Chez-le-Maître, Derrière-la-Côte, La Golisse, Le Campe, Le Rocheray, Les Piguet-Dessous, Les Piguet-Dessus, Le Marchairuz ; Le Lieu, qui contient les villages de Le Lieu (chef-lieu de commune), Le Séchey et Les Charbonnières, ainsi que le hameau des Esserts-de-Rive ; L'Abbaye, qui contient les villages de L'Abbaye (chef-lieu de commune), Le Pont, Les Bioux. Le , ces trois communes ont accepté une convention de fusion pour former la commune de La Vallée de Joux, dont l'officialisation est prévue le .Convention de fusion entre les communes de L’Abbaye, Le Chenit et Le Lieu.

Quoiqu'étant le prolongement de la partie française de la haute vallée de l'Orbe, autrefois dénommée des LandesSoit la région de Bois-d'Amont. Seul un mur de pierres sèches qui coupe le thalweg à angle droit trahit l'emplacement de la frontière artificielle, qui aurait été établie dès le , ou, plus vraisemblablement, ultérieurement (cf. la question de la charte de 1186 falsifiée et de la délimitation que celle-ci a introduite)., elle constitue une région géographique bien individualisée distincte des régions avoisinantes par ses caractères dominants : l'altitude et l'isolement. C'est un bassin fermé, selon René Meylan..

La vallée de Joux comprend trois lacs : deux dans le vallon principal : le lac de Joux (environ de long) et le lac Brenet et un troisième dans la combe supérieure : le lac Ter. Ces trois étendues d'eau confèrent à cette région un paysage varié, entre forêts d'épicéas, pâturages et cultures.

Géologie vignette|Photographie infrarouge de la dent de Vaulion prise depuis la vallée de Joux.

Géologiquement, la vallée de Joux est un vaste poljé.. Les plissements qui le déterminent s'étendent sur une trentaine de kilomètres entre la dépression de Saint-Cergue à Morez et le décrochement de Vallorbe-Pontarlier.. Sans tenir compte des plissements secondaires, vers l'est, du côté de la plaine vaudoise, s'étend la chaîne du mont Tendre () qui relie le Marchairuz à Petrafelix. Vers l'ouest, la vallée est fermée par le RisoudLa graphie « Risoux » est probablement née de la ressemblance avec le mot « Joux ». Néanmoins plusieurs spécialistes estiment que la graphie « Risoud » est plus conforme à la toponymie originelle. Voir : ., qui culmine au Gros Crêt () et s'étale en un vaste plateau ondulé dont la ligne de faîte est approximativement suivie par la frontière franco-suisse. La forêt du Risoux est essentiellement constituée d'épicéas et représente une des plus vastes étendues forestières de Suisse.. Au nord, le décrochement transversal forme la dent de Vaulion () en chevauchant la terminaison du synclinal de Joux par les parois de l'Aouille () et des Agouillons ( et )..

Du côté oriental se glisse en outre un synclinal peu prononcé mais ininterrompu qui va des Amburnex jusqu'à Vaulion. Samuel Aubert l'appelle « la Haute-Combe »., bien que ce toponyme ne figure sur aucun document cartographique. En fait elle porte plusieurs noms, suivant les lieux : Combe-des-Crosets, des Prés-de-Bière, des Amburnex. À l'ouest de la vallée principale, court parallèlement un vallon beaucoup plus étroit, autrefois dénommée « Combe-du-Lieu ». Une crête boisée, souvent rocheuse, La Côte, sépare les deux dépressions. Divers ravins, parfois transformés en torrents, coupent cette crête. Des entonnoirs assurent, jusqu’à un certain point, l’écoulement des eaux, mais les bas-fonds tourbeux ne manquent pas. La combe supérieure parallèle ne présente pas la régularité de la vallée principale. Des seuils séparant divers bassins la partagent en un certain nombre de tronçons..

Climat L’orientation de la vallée lui est défavorable au point de vue du climat. Le vent du nord s’engouffre dans cette « Sibérie vaudoise » et la balaie avec rage. À cette altitude, il faut compter avec des hivers singulièrement rudes..

Histoire

La région faisait partie de l’immense étendue qualifiée de desertum jurense par Grégoire de Tours. Il semblerait toutefois singulier que les Romains (voire auparavant les Helvètes ou les Séquanes) n’aient pas utilisé à l’occasion la longue dépression caractéristique de la haute vallée de l'OrbeDont l’actuelle Vallée de Joux, partie nord-est (et aval) de ladite haute vallée de l’Orbe. reliant la voie de Saint-Cergue à celle d’Ariolica (Pontarlier). Un modeste chemin dut se faufiler dès une haute époque à travers les marécages et les fondrières du vallon.

Ainsi s’expliquerait peut-être qu’au , saint Romain et son frère saint Lupicin (« pères du Jura ») aient songé à fonder l'abbaye de Romainmôtier à près de quinze lieues de leur monastère de Condat (Saint-Claude)Après que le roi burgonde Chilpéric, alors à Genève, leur fit don de terres dans la forêt du Jura, et qu’ils se rendirent en pèlerinage à Agaune.. Le territoire de la future principauté monastique s'étend ainsi du côté de l'Alémanie vers Romainmôtier, englobant la Vallée.

Un service d’étapes se serait bientôt imposé le long de ce probable chemin. C’est ainsi que, dès le peut-être, quelques ermites auraient habité la Vallée., et que dut apparaître l’établissement religieux de Dom PoncetOu saint Point (Pontius)., aux abords du poissonneux lac Ter, dans la combe Du Lieu. C’est aussi à partir de cette époque que durent débuter de modestes défrichements et cultures de la ValléeDéfrichement qui est poursuivi et développé dans le cadre des installations plus pérennes de colons qui sont organisées à partir du ; et cf. ci-après (observation faite que s’agissant de la partie sud-ouest/amont de la vallée – Bois d’Amont et Les Rousses, l’installation pérenne des 1ers colons semble avoir été plus tardive, d’un siècle au moins)..

Cette dépendance de la maison mère n’atteignit semble-t-il jamais une grande dimension : seule une douzaine de moines auraient résidé au Lieu-Poncet.Sans que l’on sache toutefois précisément si ceux-ci eurent disposé, ou pas, ponctuellement ou pas, de valets ou de serfs ; Dom P. Benoît estime que les moines de Saint-Claude, en quittant le Lieu en 1157, y laissèrent des colons, et que « ceux-ci y étaient sans doute établis depuis l’origine de la fondation », soit depuis cinq ou six siècles ; Tome II, p. 63, §1346.. La Vallée demeure ainsi de longs siècles durant dans la mouvance de l’illustre abbaye bénédictine de Saint-Oyend de Joux (Saint-Claude). Cette principauté monastique jurassienneLadite principauté dépendait directement du roi de Bourgogne puis de l’empereur germanique, en tant que fief d’empire, et qu’elle et sa Terre ne rentre dans le giron du comté de Bourgogne (future Franche-Comté), qu’à partir de la fin du ou début . En conséquence de quoi la vallée de Joux ne peut être considérée comme ayant fait partie, à un moment quelconque de son histoire, du comté de Bourgogne (mais avec un passé commun avec ses voisins jurassiens, en ce qu’elle aura fait partie, même avec très peu d’habitants, pendant quasi le millénaire médiéval, de ce qui s’apparentait à une entité politique jurassienne indépendante). va toutefois progressivement décliner au cours du Moyen Âge.

Moyen Âge Ce déclin va aller de pair avec les velléités de certains seigneurs du pays de Vaud, en particulier des Grandson-La Sarraz, dont l'influence dans la région est attestée depuis le , d’expansion vers l’ouest., et donc dans cette partie nord-est de la haute vallée de l’Orbe. Ebal de Grandson-La Sarraz contribue à l’établissement dans la Vallée d’un ordre de moines récemment fondé, rival de ceux de saint Benoît, celui des Prémontrés. Les « moines blancs » s’installèrent sur la rive orientale du lac de Joux ; ., entre 1126 et 1134., et Ebal s’en proclame avoué (protecteur).

Avec la fondation de cette communauté religieuse, dédiée à sainte Marie-Madeleine, les Grandson-La-Sarraz (qui vont progressivement augmenter leur mainmise sur celle-ci et son territoire.), obtenaient de fait un droit de regard sur la nouvelle abbaye et ses terres, seraient à même de contrôler un vaste territoire, de mieux surveiller les lieux de passage, de même que les frontières avec les seigneurs à l’Ouest sans les heurter directement.Vis-à-vis de la déclinante abbaye de Saint-Oyend de Joux, mais aussi des seigneurs laïcs rivaux, notamment les Cossonay, Corbières et Cuarnens (dont le rôle dans la fondation de l’abbaye est a posteriori gommé par les Grandson-la-Sarraz), et s’agissant de l’Ouest, les Chalon-Arlay, sires de Salins, comtes de Bourgogne ; ces trois derniers stoppent d’ailleurs au l’expansion vers l’ouest des Grandson-La-Sarraz, .L’évêque de Lausanne semble également avoir eu quelque intérêt à ce nouvel établissement monastique. Sa reconnaissance par Girold (ou Gérold) de Faucigny lui permettait en effet de revendiquer l’abbaye ainsi que le territoire attenant comme partie intégrante de son diocèse. C’est ainsi que l’appui de celui-ci dans la fondation de l’abbaye prémontrée du Lac de Joux a pu être, au moins en partie, motivée par l’augmentation, ou en tout état de cause, par la fixation des limites occidentales de son territoire diocésain, qui jusqu’alors n’étaient pas encore clairement définies. Ainsi, le litige qui très vite opposa l’abbaye de Saint-Oyend à celle du Lac de Joux exprima-t-elle probablement la confusion régnant dans la délimitation des frontières diocésaines...

Un conflit entre les deux monastères devint inévitable ; celui-ci nous est connu par plusieurs actes, répartis entre le milieu du et le tout début du . Il prit très vite de l’ampleur et dépassa un cadre strictement local, car il s’agit de régler la question de la possession de la vallée de Joux, en l’absence de toute délimitation territoriale et juridictionnelle précise dans cette région..