Le fort de Loncin est l'un des douze forts semi-enterrés établis pour la défense de Liège, en Belgique. Il a été édifié entre 1888 et 1891 d'après les plans du général Henri Alexis Brialmont. Contrairement aux ouvrages français de l'époque (voir Séré de Rivières), le fort a été construit presque exclusivement en béton (non armé).

Au début de la Première Guerre mondiale, il est détruit par un tir d'obus engendrant une puissante explosion. La grande majorité des défenseurs ayant été enfoui sous les décombres, le fort est rapidement devenu une nécropole militaire. Il est même élevé au rang de nécropole nationale, le par le roi Philippehttp://www.lesoir.be/615429/article/14-18/actualites-14-18/2014-08-03/roi-philippe-remet-diplome-necropole-nationale-au-fort-loncin (consulté le 20 janvier 2017). En , il est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO avec plus d'une centaine d'autres sites funéraires et mémoriels de la Première Guerre mondiale (Front Ouest).

Situation et description

Le fort est situé sur la rive gauche de la Meuse à environ à l'ouest du centre-ville de Liège. Il est intercalé entre le fort de Flémalle au sud-ouest et le fort de Lantin au nord-est. gauche|vignette|Coupe d'un grand fort de la position fortifiée de Liège. Le fort est l'un des grands forts de Liège et a la forme d'un triangle isocèle dont la base fait environ (les côtés font de long). Les grands forts de plus grande taille sont mieux pourvus en personnel d'artillerie qui fait partie des troupes de forteresse appartenant à l'armée d'active.

L'armement principal est concentré dans le massif central en béton qui protège le bureau de tir (centre nerveux du fort) ainsi que les magasins et les coupoles de tir. Le sommet du massif central est constitué de de béton non armé alors que les parois, jugées moins exposées le sont de de béton. Au sommet du massif central, on trouve un phare à ellipse. L'armement du fort de Loncin inclut pour les cibles à distance deux coupoles Grüsonwerke avec un obusier Krupp de , une coupole Creusot avec deux canons de et deux coupoles Châtillon-Commentry comportant deux canons Krupp . Pour la défense rapprochée, il possède quatre coupoles Grüsonwerke à éclipse avec un canon de . Les canons utilisent de la poudre noire ce qui produisent des gaz asphyxiants se propageant dans les espaces confinés du fort. Neuf canons de à tir rapide sous casemate équipaient les casemates protégeant les fossés et la poterne. Les forts conçus par Brialmont étaient prévus pour supporter un bombardement de canons de , calibre le plus puissant à l'époque de sa conception.

Il y avait aussi sur le fort une coupole d'observation équipée d'un projecteur longue portée. La communication entre les forts voisins de fort de Flémalle et de Lantin se fait au moyen de signaux lumineux en morse avec les .Un personnel d'observation est disposé sur les clochers des environs, sur les carrefours et points dominants et communique les informations par téléphone.

Un fossé de de profondeur et de de large entoure le fort. Les fossés sont défendus en enfilade par des canons à tir rapide de disposés dans les coffres de contrescarpe. Le fort de Loncin au contraire des autres forts belges de Liège possède plus de provisions pour subvenir à l'intendance quotidienne d'une garnison en temps de guerre. En revanche, les latrines, douches, cuisine, morgue se trouvent dans la contrescarpe, une position intenable au combat. Cela aura d'importantes conséquences sur la capacité des forts à soutenir un assaut prolongé. La zone de service est placée directement en face des baraquements, qui s'ouvrent sur le fossé à l'arrière du fort (en direction de Liège), avec une protection moindre que les deux fossés latéraux. L'arrière des forts Brialmont est plus légèrement défendu pour faciliter une recapture par les forces armées belges. On trouve aussi sur ce côté les baraquements et les communs, le fossé arrière permettant l'éclairage naturel et la ventilation. gauche|vignette|Position fortifiée de Liège. Au combat, les tirs d'artillerie rendaient le fossé intenable et les Allemands ayant pu passer entre les forts pouvaient les attaquer par l'arrière. En cas d'assaut ennemi, il restait toutefois la possibilité à la garnison du fort d'effectuer des sorties d'infanterie sur le terre-plein entourant le massif central. Le débouché d'infanterie de Loncin a cependant été détruit lors de l'explosion du fort (une des grilles qui en fermaient l'accès a été retrouvée en 2006). Il est le seul des forts de Liège à disposer d'une ventilation artificielle.

Histoire Première Guerre mondiale

En 1914, le fort de Loncin a une garnison composée d'artilleurs et de fantassins se composant de environ sous les ordres du capitaine-commandant Victor Naessens.

Il est parmi les derniers forts de Liège à subir les bombardements allemands. Le gouverneur de la place de Liège, le général Leman, en avait fait son quartier général dès le . Loncin est bombardé massivement à revers, depuis le centre-ville, pendant trois jours, du . Le , un des deux magasins à poudre du fort, qui contenait encore de poudre, explose. Cette explosion détruit le cœur du fort, tuant 350 de ses de garnison. La plupart des corps reposent encore sous les décombres du fort. Avec le fort de Chaudfontaine, c'est un des deux seuls forts de la position fortifiée de Liège qui ne se soient pas rendus. Le général Leman et le commandant Naessens échappent miraculeusement à la mort. Leman est retrouvé inconscient dans le fossé de gorge et fait prisonnier par les Allemands. vignette|Mortier allemand de (« Grosse Bertha »). gauche|vignette|Ruines du fort de Loncin après son explosion. La destruction du fort de Loncin est immédiatement exploitée par la propagande allemande, précipitant la reddition des deux derniers forts de la position fortifiée de Liège, (Flémalle et Hollogne). La propagande allemande a fait beaucoup pour mettre en place le mythe des Grosses Bertha (énormes mortiers de calibre de ) qui ont détruit le fort de Loncin comme les autres forts de Liège, Namur et Anvers. La Grosse Bertha, l'arme secrète ultime de l'armée allemande en 1914. vignette|Les Allemands dans la gorge du fort. La raison principale de la destruction du fort de Loncin est le fait que les chambres de munitions avaient été placées trop près de la surface. Des maladresses dans les constructions en béton ont par ailleurs été commises, le matériau étant encore mal maîtrisé ou de mauvaise qualité. Il est remédié à ces deux failles lors du réarmement de certains forts (Loncin n'en faisait pas partie) et de la construction de quatre nouveaux forts, dont le plus grand jamais construit au moment de sa construction, le fort d'Ében-Émael placé à la frontière entre la Belgique et le Hollande, face au canal Albert.

Entre-deux-guerres Le fort de Loncin est depuis le une nécropole et un lieu de mémoire. Sur les qui formaient la garnison, la plupart reposent encore aujourd'hui sous les décombres. Les corps qui ont pu être dégagés ont été inhumés dans une crypte installée dans le coffre de tête. gauche|vignette|État actuel du fort de Loncin. La fin tragique du fort a suscité des sentiments d'admiration et de reconnaissance envers les défenseurs du fort. Une souscription publique permet l'érection d'un monument que le roi Albert vient inaugurer le . Ce monument est dû au ciseau du sculpteur liégeois Georges Petit. Les personnages au sommet d'une tour de de hauteur sont en bronze () et sont un légionnaire romain et un hoplite grec qui représentent l'hommage des guerriers antiques aux défenseurs de Loncin. Ceux de la base représentent une femme aux bras étendus avec, à ses pieds, un soldat mort au glaive brisé. Ils symbolisent Liège se dressant contre les envahisseurs. Sur la face arrière, on peut voir le commandant Victor Naessens en médaillon.

On peut lire la mention suivante : « Passant... va dire à la Belgique et à la France qu'ici 550 Belges se sont sacrifiés pour la défense de la liberté et le salut du monde. » Il s'agit des paroles du général français Malleterre.

Situation actuelle

En , lors d'une vaste campagne de déminage du fort, , représentant de munitions, ont été remontés à la surface.

« Ce n'était absolument pas le but, mais lors de cette opération de déminage, on a retrouvé les dépouilles de », a expliqué Fernand Moxhet, président de l'ASBL gestionnaire du fort. « Mais aussi des pièces de monnaie en très bon état, des restes d'uniforme, et même une gourde contenant encore du lait qui n'avait même pas caillé ! », a ajouté M. Moxhet.

Quatre des dépouilles ont pu être identifiées, grâce à une alliance, une chevalière, un numéro de matricule et un pistolet. Il s'agit des soldats De Bruycker, Armand Désamoré, Louis Noé et René Halain. Tous les quatre, ainsi que leurs d'armes anonymes, ont été inhumés, lors d'une commémoration exceptionnelle de l'explosion du fort, le dans la crypte du fort, où reposent déjà, depuis 1921, .

« C'est un événement exceptionnel pour l'armée qui a donc suscité une commémoration exceptionnelle », souligne le commandant militaire de la province de Liège, le colonel BEM Thierry Babette.

L'évêque de Liège, Aloys Jousten, a célébré une messe en présence de détachements du d'artillerie et du de ligne, représentant les unités des soldats morts dans le fort.

À l'issue de celle-ci, un cortège s'est rendu sur le lieu de l'explosion pour la cérémonie d'hommage et les salves d'honneur. Les quatre soldats identifiés seront également décorés à titre posthume de la médaille de la victoire, de l'Ordre de Léopold, de la médaille de la guerre 1914-1918 et de la Croix de guerre 1914-1918.

Depuis fin 2007, le site du fort de Loncin est équipé d'un nouveau système élaboré d'audio-guidage automatique. Le coût des nouveaux aménagements s'est élevé à près de (subsides octroyés par le FEDER (Fonds européen de développement régional), la Région wallonne et la commune d'Ans). Le site est certainement l'un des plus intéressants témoignages de fortification de la fin du en Belgique, étant donné qu'il est le seul du genre (sur les construits pour la défense de la vallée de la Meuse) à posséder encore tous ses équipements d'origine (coupoles cuirassées, canons, etc.).

Une rue a été nommée en l'honneur de l'officier qui commandait le fort, le commandant Naessens. Galerie

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Jean-Louis Lhoest et Michel Georis, Liège, août 1914, éd. Presses de la Cité, Paris, 1964.

Articles connexes Position fortifiée de Liège Bataille de Liège Grosse Bertha Fort de Lantin Fort de Flémalle Général Leman (Chef de la Position fortifiée de Liège) Victor Naessens (commandant du fort de Loncin)

Liens externes Fort de Loncin Biographie du général Leman

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