Massalia (en grec ancien ) est une colonie grecque fondée par des Phocéens vers 600 , aujourd'hui appelée Marseille. Dès le , elle devient, avec la colonie phénicienne de Carthage, l’un des principaux ports maritimes de la mer Méditerranée occidentale. Pendant toute l'époque hellénistique, elle est une fidèle alliée des Romains.
Devenue une cité romaine au début du , elle prend le nom de Massilia et conserve son rôle de creuset culturel et de port commercial sur les rives du sud de la Gaule, bien que, ayant préféré Pompée à Jules César, elle ait perdu son indépendance et sa suprématie marchande, notamment au profit d'Arelate (Arles). Les Romains ont laissé à la ville sa culture grecque. Ils préfèrent découvrir cette culture et apprendre la langue grecque à Massalia, plus proche de leurs terres, plutôt que d'entreprendre un long et couteux voyage en direction de la Méditerranée orientale.
Romanisée durant l’Antiquité tardive, christianisée au , diminuée à la suite des invasions gothiques, elle retrouve une relative prospérité au et donne jour à une fondation chrétienne, l’abbaye Saint-Victor de Marseille, appelée à un rôle majeur dans tout le sud-est de la France jusqu’au .
Massalia, une cité grecque Fondation vignette|redresse=1.5|Situation de Massalia (Marseille), avec les tribus celtiques et ligures au début de l’époque romaine. La fondation de la cité proprement dite, qui fait de Marseille « la deuxième ville la plus ancienne de France ».(Béziers étant la première), remonte à 600 , soit deux ou trois générations après l’élévation des premières murailles de l'oppidum voisin visible sur l'actuel site de Saint Blaise et plus de deux siècles après celui du Mont Lassois. Elle est le fait de colons grecs venus de Phocée en Anatolie occidentale, qui eux-mêmes proviennent de colons athéniens et phocidiens. La date de fondation est donnée par différents auteurs antiques : Aristote dans la Constitution des Marseillais (vers 350 )La Constitution des Marseillais est citée dans un ouvrage disparu dont l'existence est mentionnée par Athénée de Naucratis, qui n'en conserve qu'un fragment, Deipnosophistes, , 36. et Justin dans lAbrégé des histoires philippiques, rédigé probablement au et qui résume une histoire écrite par le gallo-romain Trogue Pompée ; les découvertes archéologiques ne s'opposent pas à cette datation.
Les Ségobriges La région est alors peuplée par les Ligures, peuple celtique autochtone auquel se sont ajoutées de nouvelles populations celtes dans le dernier millénaire avant notre ère. Dans son ouvrage de géographie rédigé au , Hécatée de Milet évoque : « Massalia, ville de la Ligustique, près de la Celtique, colonie des Phocéens »..
Les habitants de cette côte purent entrer aussi en contact avec des navigateurs et marchands phéniciens, étrusques ou ibèresDominique Garcia, Les Celtes de Gaule méditerranéenne, définition et caractérisation () dans .
D'après les auteurs anciens, les Ségobriges sont la tribu celte qui a occupé les collines autour du site de MarseilleSont cités le village de Saint-Marcel, où se trouvent les traces d'un oppidum gaulois, les collines de Marseilleveyre et vers le village actuel d'Allauch.. Si l'on n'a pas trouvé de traces d'occupation permanente ligure sur le site de Marseille même, alors lagunaire et marécageux (calanque formant l'embouchure de l'Ybelcos, actuel Huveaune), les carottages dans les sédiments de ce qui deviendra le Vieux-Port de Marseille ont montré qu'avant la fondation de la colonie grecque, ces rivages ont été le lieu d'activités saisonnières (pêche, ramassage des cannes, exploitation du sel), sans que l'on puisse trouver de traces d'exploitation des sols (déforestation, cultures, décapages)..
Colonisation phocéenne vignette|redresse=1.5|Site de l'ancienne Phocée et village actuel. Les textes anciens donnent peu d'indications sur l'origine, les institutions et les cultes de Phocée (aujourd'hui Foça, près d'Izmir en Turquie). Sa population aurait été composée d'Athéniens et de Phocidiens (habitants de Phocide, territoire sacré de la Grèce antique). Elle est membre de la Confédération ionienne, dodécapole de cités grecques d'Anatolie, cités prospères grâce au développement des relations avec les colonies qu'elles ont créées autour de la Méditerranée..
Création des colonies L'historien romain Justin raconte ainsi le mythe de la fondation de Marseille :
Ainsi, au , Phocée devint la « métropole » (cité-mère) de la colonisation grecque en Méditerranée nord-occidentale. Les Phocéens fondent successivement Massalia puis, à partir de cette première cité, Agathé Tychè (Agde), Olbia (Hyères), Athénopolis (golfe de Saint-Tropez), Antipolis (Antibes), Nikaïa (Nice) ou encore Monoïkos (Monaco) sur la côte méditerranéenne métropolitaine. Puis sont établies Alalia (actuelle Aléria), comptoir sur la côte orientale de la Corse, et Élée dans le Golfe de Salerne, ainsi que de puissantes colonies en Espagne, les emporionsEn grec, le mot désigne une place de commerce maritime. de Hemeroskopion (province d'Alicante) et Empúries.
Cette migration de peuplement grecque a été confirmée récemment par une analyse génétique sur trois ans des dons du sang. Cette étude publiée en 2011 montre que 4 % des hommes dans la région marseillaise et 4,6 % de ceux de la région d'Aléria en Corse, autre destination des navigateurs phocéens, portent le haplogroupe E-V13 caractéristique de la Grèce, corroborant une ascendance masculine fortement influencée par ces populationsÉtude dont l'un des coauteurs est Jacques Chiaroni, directeur de l'Établissement français du sang de Marseille publiée dans Molecular Biology and Evolution; The coming of the Greeks to Provence and Corsica: Y-chromosome models of archaic Greek colonization of the western Mediterranean in BMC Ecology and Evolution, n° 11, 2011.. Dans l'agglomération marseillaise comme dans le Var, des échantillons sanguins de donneurs réguliers de l'Établissement français du sang volontaires ont été étudiés pour savoir si leur chromosome Y portait le « signal phocéen ». En effet, en Grèce et dans ses anciennes colonies d'Asie Mineure, comme Phocée et Smyrne, une mutation est apparue : le « marqueur E-V13 », caractéristique de la population locale. Ce pourcentage supérieur à 4 % du marqueur E-V13, compte tenu des 26 siècles écoulés et des vagues de migration qui se sont succédé, est considérable. Ce marqueur « peut retracer l'impact démographique et socio-culturel de la colonisation d'environ un millier de personnes à partir de l'antique Marseille »La Provence, 23 avril 2011 ..
La légende de Gyptis et Protis
vignette|redresse=1.5|Pierre Puvis de Chavannes, Marseille colonie grecque (1869), musée des beaux-arts de Marseille.
Les conditions exactes de la fondation font défaut à l'histoire de la ville. On ne retient aujourd'hui qu'une légende, reprise par Trogue Pompée, dont le récit nous est résumé par Justin, et Aristote, cité par Athénée de Naucratis.
Les Phocéens recherchent alors des emplacements susceptibles de devenir des emporia (comptoirs) sur la côte. Cette activité correspond à un effort de création d'un réseau commercial et non à une colonisation de peuplement. Les marins voyagent dans des bateaux rapides à rames, les pentécontères, ce qui facilite les implantations. Moins nombreux, ils ont besoin de peu de terres pour s'installer. En naviguant par cabotage, ils auraient découvert la baie du Lacydon (l'actuel Vieux-Port de Marseille), une calanque profonde, large et bien orientée (est-ouest), abritée du vent dominant, le mistral, par des collines élevées, propice à un établissement commercial.
Justin poursuit son récit ainsi :
Sur les rives du Lacydon, rivière qui débouche au nord-est de la calanque., les Phocéens posent les fondations d'une ville qu'ils appellent Massalia. De nombreuses hypothèses sur l’origine de ce nom ont été formulées (bien que considérées comme fantaisistes par certains auteurs, comme Paul Mariéton.). Une proposition souvent rencontrée donne Mas-Salia, la résidence des Salyens. Mais, si le premier mot est provençal, le second est latin, ce qui semble écarter cette proposition.
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Site primitif La topographie première du site de Marseille grecque est encore largement perceptible de nos jours, malgré les importantes modifications du . Promontoire environné par la mer, il est dominé par trois buttes successives : la butte Saint-Laurent ( d'altitude en 1840), la butte des Moulins (, associée à la butte de la Roquette, ), et enfin la butte des Carmes (environ ). Les cols entre ces hauteurs recueillent les écoulements d'eau.
Dernier élément de topographie naturelle, la zone du Fort Saint-Jean présente, jusqu'au remblaiement volontaire pour la construction du fort, une pente vers la mer au nord qui n'est plus perceptible maintenantM. Bouiron et L.-F. Gantès, « La Topographie initiale de Marseille » dans .. Plusieurs talwegs se déversent dans le port : l'un entre la butte des Carmes et la colline Saint-Charles, un second beaucoup plus important dans l'axe de la Canebière actuelle et enfin un troisième au sud (axe de la rue Breteuil, appelée vallée Fogaresse au Moyen Âge).
Massalia et sa chôra vignette|redresse=1.5|Le jardin des Vestiges, emplacement du premier port de Massalia, découvert en 1967. Les relations entre Phocéens et Ligures n'ont pas toujours été harmonieuses, ainsi que l'indique Justin dans un autre passage de lAbrégé des histoires philippiques où il narre les tentatives des Ségobriges de conquérir la ville sous la conduite du fils du Roi Nann, Comannus. Leur défaite permet aux Massaliotes d'agrandir leur terroir (la chôra). Ils dominent la basse-vallée de l’Huveaune et jusqu’au massif de Marseilleveyre. Rapidement, vignes et oliviers sont plantés pour développer une production locale de ces produits de base et en développer l’exportation. En parallèle, les premières fabrications d’amphores de Massalia apparaissent.
Évolution de la cité grecque Les fouilles archéologiques ont révélé les vestiges des premières traces de l'habitat grec directement au contact d'un sol vierge sur la partie la plus occidentale du site (butte Saint-Laurent). Dans l'état actuel de nos connaissances, la ville grecque ne semble pas avoir succédé à une occupation plus ancienne indigène. Très vite la ville s'agrandit et s'étend jusqu'au versant oriental de la butte des Moulins. Enfin, elle englobe la troisième butte (dite des Carmes) avant la fin du Une dernière extension à l'époque hellénistique lui permet d'atteindre une surface d'environ 50 hectares, que la ville ne dépassera pas avant le .
La fortification grecque de la fin du a été retrouvée en deux points de la ville : au Jardin des Vestiges et sur la butte des Carmes, lors de fouilles d'urgence dans les années 1980. Une reconstruction a lieu à l'époque grecque classique, dans la seconde moitié du Enfin, vers le milieu du , l'ensemble de la fortification est reconstruit en grand appareil de calcaire rose. Ce rempart est encore visible dans le Jardin des Vestiges (tour penchée et mur dit de Crinas)H. Tréziny, « Les Fortifications de Marseille dans l'Antiquité » dans .. L'intérieur de la ville est découpé en îlots, avec des rues à angle droit qui constituent des ensembles cohérents, adaptés à la topographie naturelle du site. Ainsi, le long du rivage les voies ont-elles des axes variables, tandis que les pentes de buttes sont quadrillées de façon régulièreH. Tréziny, « Trames et orientations dans la ville antique : lots et îlots » dans ..
Peu de monuments de l'époque nous sont connus ; Strabon, IV, 1, 4. signale l'Ephésion (consacré à Artémis) et le sanctuaire d'Apollon Delphinios. Quelques découvertes archéologiques se rapportent à des édifices religieux : un chapiteau de la fin du , trouvé en remploi dans un mur moderne, et des stèles avec déesses assises (provenant peut-être d'un sanctuaire à Cybèle)H. Tréziny, « Les Lieux de culte dans Marseille grecque » dans ..