vignette|redresse=1.5|Aire de la culture de Maïkop et de la culture Yamna. vignette|redresse=1.5|Impact génétique de la culture Yamna en Europe. vignette|Ensemble du génome humain ancien (Caucase, 3000 avant notre ère). La culture Yamna ou Yamnaya (en et en , , de l'ukrainien et du russe яма, ) est une culture du Néolithique final et de l'Âge du bronze ancien, qui s'est développée dans la région du Boug / Dniepr / Don / basse Volga, c'est-à-dire la steppe pontique. Elle s'étendait d'environ 3600 à et occupait le territoire du sud de l'Oural à l'est jusqu'au Dniestr à l'ouest, de la Ciscaucasie au sud à la région moyenne de la Volga au nord. Cette culture a été décrite par V. A. Vorontsov en 1905 pour la distinguer de la culture ultérieure des Catacombes dans cette région. Cette culture est aussi connue en français sous les noms de culture pontique des tombes en fosse ou à puits, ou encore culture des tombes à ocre.

Cette culture correspond à des populations essentiellement nomades, ou semi-nomades, dont les activités économiques étaient essentiellement structurées autour du pastoralisme, bien qu'elles aient pu pratiquer un peu de culture le long des fleuves. Par ailleurs, elles construisaient quelques castros James Patrick Mallory, « Yamna Culture », in Encyclopedia of Indo-European Culture, Fitzroy Dearborn, 1997. La possibilité que les populations de culture Yamnaya aient pu être des cavaliers est aujourd'hui encore discutée. L'utilisation de chevaux comme animaux de trait est probable, mais le fait que les chevaux aient été régulièrement montés par des cavaliers n'est pas démontré pour cette période et cet horizon culturel.

Origine D’après l’hypothèse kourgane de Marija Gimbutas (1956), la culture Yamna serait identique avec les Proto-Indo-Européens tardifs (PIE). Selon cette hypothèse, elle est le plus solide « candidat » pour être le foyer de l’indo-européen commun, avec la culture de Sredny Stog qui la précède. Cette hypothèse n'a été corroborée qu'à partir des années 2000, période à partir de laquelle les études génétiques ont montré qu'une migration très importante s'est produite à partir du début du et version numérisée . depuis la steppe pontique vers le centre de l'Europe, puis les autres parties de l'Europe, ainsi que vers l'Asie centrale puis l'Asie du Sud. Ces études confirment notamment une proximité génétique entre les populations modernes d'Europe et les populations du nord de l'Inde et celles de la culture Yamna.

Mais la corrélation entre les preuves archéologiques de la culture et de ses migrations avec les indices linguistiques David W. Anthony, The Horse, The Wheel and Language: How Bronze-Age Riders from the Eurasian Steppes Shaped the Modern World (2007) a été discutée, par exemple par Pavel Doloukhanov en 1996, qui avançait que l’émergence de la culture des tombes en fosse aurait représenté un développement social de diverses cultures locales de l’Âge du bronze, exprimant une stratification sociale et permettant l’émergence de structures sociales nomades soumises à un chef, qui à leur tour auraient intensifié les contacts entre divers groupes sociaux hétérogènes. Certains auteurs estiment que la culture Yamna serait trop récente pour représenter le berceau de la langue indo-européenne originelle. Les populations Yamna appartiendraient plutôt à un « groupe du sud-est » déjà dérivé, qui aurait donné d'une part le proto-indo-iranien, d'autre part l'arménien et les formes archaïques des langues helléniques (selon la classification de E. Hamp). Dans cette vision, la culture Yamna serait une subdivision ancienne du foyer indo-européen.

Mais en 2015, une étude d'ADN fossile étaya l'idée que les cavaliers Yamna s’étaient répandus en Europe au début du et qu'ils seraient à l'origine des peuples dits de la céramique cordéeD’après L’ADN de l’Âge du bronze, sciencepresse.qc.ca, 12 juin 2015, donnent des informations sur la traçabilité génétique de la culture yamna. .

Haak (2015) ont réalisé une large étude du génome de 94 anciens squelettes d'Europe et de Russie. Ils ont conclu que les caractéristiques autosomales des personnes de la culture Yamna sont très proches de celles des gens de la culture de la céramique cordée, avec une estimation de la contribution ancestrale de 73 % de l'ADN Yamna dans l'ADN des squelettes de la céramique cordée d'Allemagne. La même étude a estimé une contribution ancestrale de 40 à 54 % de la culture Yamna dans l'ADN des Européens modernes du nord et du centre de l'Europe et une contribution de 20 à 32 % pour les Européens modernes du Sud, à l'exclusion des Sardes (7,1 % ou moins), et dans une moindre mesure des Siciliens (11,6 % ou moins)Ann Gibbons (10 June 2015), Nomadic herders left a strong genetic mark on Europeans and Asians, Science (AAAS). Haak ont également imputé l'introduction en Europe des haplogroupes R1b et R1a, les haplogroupes Y-ADN les plus courants en Europe occidentale et orientale respectivement, aux populations des steppes de l'Âge du bronze, y compris la culture Yamna.

Des analyses autosomales indiquent également que le peuple de la culture Yamna est le vecteur le plus probable pour l'ajout de la composante génétique « ancien nord-eurasien » en Europe. « Ancien nord-eurasien » est le nom donné dans la littérature à la composante génétique qui représente la descendance du peuple de la culture de Malta-Buret, ou d'autres populations étroitement liées à celle-ci. Cette composante génétique est visible dans les analyses du peuple Yamna ainsi que dans ceux des Européens des temps modernes, mais n'est pas présente chez les Européens antérieurs à l'Âge du bronze.

En accord avec les études précédentes, une large étude génétique portant sur la formation génomique de l'Asie du Sud et centrale parue en 2018 avance qu'« il est frappant de constater que la grande majorité des locuteurs indo-européens vivant à la fois en Europe et en Asie du Sud recèlent de nombreuses fractions d'ascendance liées aux pasteurs de la steppe de Yamna, suggérant que le « proto-indo-européen tardif », la langue ancestrale de tous les peuples modernes indo-européens, était la langue de Yamna. Les premières études génétiques avaient documenté les mouvements de populations de la steppe vers l'ouest qui propageaient vraisemblablement cette ascendance, mais il n’existait pas encore de preuves génétiques de l'expansion vers l'Asie du Sud. Notre documentation sur la pression génétique à grande échelle exercée en Inde du Nord par les groupes de la steppe au deuxième millénaire avant notre ère fournit désormais de nouvelles preuves, cohérentes avec les traces archéologiques de liens entre la culture matérielle dans la steppe kazakhe de l'âge du bronze moyen à tardif et la culture védique précoce en Inde Narasimhan, Vagheesh M.; Patterson, Nick J.; Moorjani, Priya; […], « The Genomic Formation of South and Central Asia », bioRxiv: 292581., mars 2018. »

En 2024, le paléogénéticien démontre que le variant HLA-DRB1*15:01, dont les porteurs ont plus de chance de développer une sclérose en plaques que le reste de la population est sur-représenté dans la culture Yamna.

Émergence et distribution géographique La formation de la culture Yamna proprement dite se produit dans une période relativement courte à la fin du millénaire Volker Heyd, Yamnaya, Corded Wares, and Bell Beakers on the move, In: V. Heyd, G. Kulcsár, B. Preda-Bălănică (eds.), Yamnaya Interactions. Proceedings of the International Workshop held in Helsinki, 25–26 April 2019. The Yamnaya Impact on Prehistoric Europe, Vol. 2. Budapest, 2021.

Il existe un consensus selon lequel l'apparition de la culture de Maïkop vers 3 600 eut de profonds effets sur les cultures des steppes antérieures à Yamna et au début de Yamna. La métallurgie de Yamna a emprunté à la culture de Maikop des moules à deux faces, des dagues à dents, des haches avec une seule lame avec des trous de fonte et du cuivre arsénié. Des véhicules à roues auraient pu pénétrer dans les steppes via la culture de Maïkop, révolutionnant ainsi l'économie des steppes et rendant possible le nomadisme pastoral de Yamna après 3 300 David W. Anthony, Archaeology, Genetics, and Language in the Steppes : A Comment on Bomhard, Journal of Indo-European Studies, Volume 47, Numéro 1 & 2, Printemps/Été 2019.

Selon Doloukhanov, la culture Yamna trouverait son origine entre le cours moyen de la Volga, dans la culture de Khvalynsk, et le cours moyen du Dniepr, dans la culture de Sredny Stog. Pour David Anthony, les preuves génétiques orientent les origines de Yamna des steppes de la Volga jusqu'au nord-Caucase du fait de ses deux composantes principales d'ascendance, à savoir les chasseurs-cueilleurs est-européens (EHG) et les chasseurs-cueilleurs caucasiens (CHG). Si le contact avec la culture de Maïkop a été une cause fondamentale des innovations en matière de transport et de métallurgie qui définissent la culture Yamna, les steppes du Don inférieur et de la basse Volga, situées au nord des steppes du nord-Caucase, correspondraient à la phase la plus ancienne de cette culture. D'un point de vue génétique, les populations yamna sont modélisées comme possédant une composante ancestrale composée de 65 % d'ascendance issue des chasseurs-cueilleurs de la région du Don Moyen et 35 % d'ascendance issue des chasseurs-cueilleurs du Caucase Morten E. Allentoft, Martin Sikora, Alba Refoyo-Martínez ,Population genomics of post-glacial western Eurasia, Nature, volume 625, pages 301–311, 10 janvier 2024, doi.org/10.1038/s41586-023-06865-0.

La formation des populations Yamna est, par la suite, plus précisément modélisée comme étant le résultat du trois clines génétiques énéolithiques : un cline « Caucase-Basse Volga » (CLV) imprégné d'ascendance de chasseurs-cueilleurs du Caucase (CHG) s'étendant entre l'extrémité sud du Néolithique du Caucase dans l'Arménie néolithique et une extrémité nord de la steppe dans la région de la Basse Volga. Les populations situées dans l'Est de la steppe pontique et celles de la culture de Maïkop dans le nord du Caucase sont les résultats de ce flux génétique bidirectionnel Iosif Lazaridis, Nick Patterson, David Anthony , The Genetic Origin of the Indo-Europeans, biorxiv.org, 18 avril 2024. Ces populations (CLV) ont également contribué à la formation de deux grands « clines fluviaux » en se mêlant à des groupes distincts de chasseurs-cueilleurs européens. Un « cline de la Volga » s'est formé lorsque les habitants de la Basse Volga se sont mélangés à des populations en amont qui avaient une ascendance plus orientale de chasseurs-cueilleurs (EHG). Un « cline du Dniepr » s'est formé lorsque les populations CLV portant à la fois des ancêtres du Néolithique du Caucase et de la Basse Volga se sont déplacés vers l'ouest et ont incorporé l'ascendance des chasseurs-cueilleurs du Néolithique ukrainien (UNHG) pour établir la population de la culture de Sredny Stog dont sont issus les ancêtres directs des Yamna eux-mêmes, formée vers 4000 avant notre ère. Les clans CLV ayant une ascendance dans la région de la Basse Volga ont ainsi contribué aux quatre cinquièmes de l'ascendance des Yamna.