Le terme borie a deux acceptions, l'une ancienne ou première, de « domaine agricole », d'« exploitation rurale », de « ferme » ou de « métairie », encore présente dans une bonne partie du Sud-Ouest (Dordogne, Lot, Aveyron, Cantal, Tarn, Tarn-et-Garonne, etc.) mais aussi en Provence ; l'autre, plus récente, de « cabane en pierre sèche », apparue dans une partie du Sud-Est (Bouches-du-Rhône, Vaucluse).

Borie au sens d'« exploitation rurale »

thumb|Lieu-dit La Borie neuve à Laguiole dans l'Aveyron, au début du . Borie est la francisation du mot féminin bòria (avec un accent grave sur le o) désignant le domaine agricole, la ferme, dans la langue des Pays d'oc à l'ouest du Rhône ; la forme bòri (même remarque pour l'accent grave), propre à la Provence et que certains auteurs donnent comme masculine, est tombée en désuétude très tôt. mais y perdure dans la toponymie et les textes de F. Mistral.

Bòri ne doit pas être confondu avec boli / bori (sans accent grave sur le o), qui désigne : le sédiment que forment l'huile et les autres liquides Aubert, Dictionnaire des dialectes de Valensoles et des Mées, manuscrit, cité par . ; le bol d'Arménie, substance d'un brun rouge ; de la craie, sorte de pierre tendre, bonne à marquer, et dont les maçons et les ouvriers se servent pour tracer des lignes ; un crayon de cire colorée utilisé pour marquer temporairement le bétail sur le poil ou la laine.

Dans son Dictionnaire occitan-françaisLouis Alibert, Dictionnaire occitan-français, nouvelle édition, Toulouse, Institut d'études occitanes, 1977, ., Louis Alibert donne bòria comme signifiant « ferme, domaine agricole » et comme synonyme de bòrda, granja, mas, capmàs. Boriassa est une grosse ferme et borieta une petite ferme. Boriaire est l'habitant d'une ferme, un fermier.

L'ethnologue Maurice Robert donne à borio le sens de « domaine important isolé », et de « maison » en Basse-AuvergneMaurice Robert, Maisons paysannes d'Auvergne. Traditions, technique, société, Centre d'anthropologie du Massif central, 1992, ..

« Borie » est présent dans la littérature régionale. Quand Jean Carrière, dans L'Épervier de Maheux, décrit le Haut-Pays des Cévennes avec ses « bories aux murailles de forteresse […], enfouies au plus profond des combes, ou tapies dans quelque trou […] [avec leurs] pièces du rez-de-chaussée presque toujours pris dans le flanc de montagne, ou adossé contre le versant le mieux abrité de la cuvette », il dépeint les fermes rébarbatives de ce paysJean Carrière, L'Épervier de Maheux, Jean-Jacques Pauvert, 1972, ..

De même, quand tel habitant d'Ayssènes près de Saint-Affrique (Aveyron) déclare que « les boryes sont toutes trabessudes » (c'est-à-dire à flanc de montagne), il s'agit également de maisons de fermesCité par Alain Nouvel dans Le Français parlé en Occitanie, Montpellier, Editas, 1978, . « Trabessudes » est la francisation de l'occitan traversut/-uda, au sens propre, « plein de traverses », « accidenté »..

Enfin, Frédéric Mistral, dans son discours de la Sainte-Estelle du , ne disait-il pas : « E se voulés que rèston, aqueli païsan, dins si vilage e dins si bòri… » (« Et si l'on veut que ces paysans restent dans leur village et dans leur ferme »)La roulotte de berger en France : mise au point terminologique, www.pierreseche.com, rubrique « Nouvelles », 25 juin 2015 (consulté le 24 mai 2019)..

Définitions Marcel Lachiver, dans son Dictionnaire du monde rural, donne un aperçu des emplois anciens du terme et de ses variations : « Dans le Midi, exploitation où le labour se fait avec des bœufs ; dans le Massif central, l'Aquitaine, exploitation agricole et plus particulièrement ses bâtiments. dans les montagnes de Basse-Auvergne, domaine de plusieurs dizaines de sétéréesAncienne mesure de surface agraire, correspondant à environ 20 ares., au . au , biens fonciers d'un citadin, dans la même région ».

À ces définitions rencontrées par l'auteur dans des revues savantes, on peut ajouter celle donnée par Paul Cayla dans son Dictionnaire des institutions, des coutumes et de la Langue en usage dans quelques pays de Languedoc de 1535 à 1648 (l'Aude actuelle)Paul Cayla, Dictionnaire des institutions, des coutumes et de la Langue en usage dans quelques pays de Languedoc de 1535 à 1648, Montpellier, 1964. :

Usage comme toponyme et patronyme Dans sa carrière multiséculaire, borie / bòria a donné naissance à des noms de lieux-dits ou de quartiers, tels La Borie, Les Bories, et leurs dérivés, La Boriette, La Bouriette (occitan borieta), La Bouriotte (occitan boriota). L'appellatif se trouve souvent accompagné d'une épithète : La Borie neuve, La Borie nouvelle, La Borie noble, La Borie blanque, La Borie basse, etc.

L'appellatif est passé également à l'habitant, d'où les patronymes Borie, Laborie, Bory.

Étymologie Deux étymologies ont été proposées pour bòria : le terme serait un produit du bas latin bo(v)aria, « étable à bœufs » (dérivé en -aria de bovis, bœuf), mais le latin bo(v)aria aurait dû aboutir à boièra, boièra, boièira selon les lois de la phonétique et non bòria, bòira ; tout comme le bas latin bo(v)arius, « bouvier », a donné l'ancien français boier« Bouvier », www.cnrtl.fr (consulté le 24 mai 2019). ; le terme serait issu du bas latin du , borium (au pluriel boria), emprunt au germanique būri̭- cabane, à rapprocher de buron de même origine« Buron », www.cnrtl.fr (consulté le 24 mai 2019)..

Évolution récente Aujourd'hui, l'acception première de borie / bòria tend à s'estomper du fait du déclin de la société rurale et des langues vernaculaires dans le Midi de la France, mais non sans entrer en conflit avec l'acception nouvelle de « cabane de pierre sèche », diffusée par la littérature et les officines touristiquesChristian Lassure, « La terminologie provençale des édifices en pierre sèche : mythes savants et réalités populaires », L’Architecture rurale, 1979, ..

Borie au sens de « cabane en pierre sèche »

thumb|Grande nef en forme de carène renversée à Gordes (Vaucluse), appelée « cabane » par les gens du pays jusque dans les années 1970, puis « borie » par les touristes. Le terme « borie », dans la langue touristique relative à la Provence, désigne une cabane en pierre sèche qui servait de grange, d'écurie ou d'habitation saisonnière à un agriculteur du dans une parcelle foraine (sur une autre commune) ou trop éloignée de sa ferme.

Étymologie thumb|La « cabane Bonnet » à Malemort-du-Comtat, Vaucluse (carte postale du début du ). Le terme est la francisation du terme provençal bòri (cf l'occitan bòria) employé au dans le sens péjoratif de « masure », de « cahute » (comme l'indique Frédéric Mistral dans son Tresor dòu Felibrige) et ce après avoir désigné une ferme, une métairie ou un domaine rural dans les Bouches-du-Rhône aux s ainsi que l'attestent la toponymie et les documents d'archives (il existe ou existait des lieux-dits Les Borrys dans le Vaucluse, à Buoux et à Mérindol).

Le mot « borie », pris dans l'acception nouvelle de cabane en pierre sèche, a été popularisé par des érudits provençaux de la seconde moitié du et du début du pour habiller archéologiquement un objet d'étude purement ethnologique et par trop contemporain. Ainsi, au début du , David Martin se rendant dans les cafés villageois pour poser la question suivante : « Comment appelez-vous les cabanons pointus de la colline ? » ; comme on lui répondait « ce sont des agachons ou postes de chasse », il répliquait : « Ces cabanons ne sont pas des agachons […] Il doit y avoir un autre nom plus ancienDavid Martin, « Les boris de Provence », Annales de Provence, 1912, .. »

Les vestiges d'un habitat rural saisonnier ou temporaire en pierre sèche que leurs propriétaires villageois ou forains avaient appelés jusque-là « cabanes » et « cabanons », se sont vu attribuer une appellation obsolète qui, en Provence, ne s'était appliquée qu'à l'habitation permanente et qui ne subsistait plus qu'à l'état de rares toponymes. Le terme a été repris par Pierre Desaulle dans les années 1960 avec son livre Les Bories de Vaucluse, par Pierre Viala, créateur du « Village des bories », dans les années 1970, et enfin par le parc naturel régional du Luberon dans les années 1990 avec le livre BoriesBories, Edisud, « Images et signes », 1992, ..

La vogue du mot a même gagné le Périgord dans les années 1970, non sans y entrer en conflit avec l'acception d'« exploitation rurale », de « ferme isolée », à laquelle il était cantonné jusque-là dans cette région, et en concurrençant le terme vernaculaire chabano ou chebanoRené Dechère, Les Huttes du Périgord, de la Préhistoire à nos jours, chez l’auteur, Daglan, 1981, .

Nouvelle vicissitude, le terme « borie » a été appliqué en 2008 aux cabanes en pierre sèche des Alpes-Maritimes par l'auteur d'un livre qui leur est consacréGérard Teichert, Les Bories en pays d'Azur, Alandis, 2008., occultant de ce fait les appellations vernaculaires de cabana (féminin) et de chabot (masculin)Paul Raybaut et Michel Perréard, volume Comté de Nice, Corpus de l'architecture rurale française, Paris, Berger-Levrault, Paris, 1982, en part. Glossaire, ..

Les milieux occitanistes provençaux, en la personne de Jean-Yves Royer, se sont élevés contre l'emploi des termes provençaux lo bòri et la bòria dans le sens inventé de « cabane en pierre sècheÀ propos du sexe des bories, Le Provençal du 14 septembre 2006 : ».

Aire de répartition Les bories (au sens générique moderne de cabanes en pierre sèche) se rencontrent communément dans le quart sud-est de la France, notamment en Vaucluse et dans les Bouches-du-Rhône.

Nombre de communes de Vaucluse comportent des cabanes en pierre sèche : Bonnieux (plus de 200), Buoux, Ménerbes, Murs, Saignon, Saumane, Venasque (240), Viens, Villes-sur-Auzon, etc.

Un quartier éloigné de Gordes (Vaucluse), dénommé les Savournins-Bas sur le cadastre napoléonien et encore appelé familièrement « Les Cabanes » par les habitants du cru dans les années 1970, est devenu en 1976 un musée de plein air de ce type de constructions sous l'appellation « Village des bories ». Avant celui-ci, aucun toponyme « Les Boris / Bories » en Provence ne désignait un lieu où se trouvent des cabanes en pierre sèche.

Dans les Bouches-du-Rhône, on en trouve à Cornillon-Confoux, Eguilles, Grans, Jouques, Miramas, Rognes, Salon-de-Provence, etc.

Dans les Alpes-de-Haute-Provence, le terme « borie » n'a pas remplacé l'appellation imagée de « cabanon pointu », popularisée par les cartes postales de la première moitié du , à propos des cabanes rencontrées dans une zone allant des alentours de Forcalquier et Mane à l'est jusqu'à Apt à l'ouest (en Vaucluse).

Période de construction thumbnail|right|Millésime 1771 gravé sur le parement du linteau d'une borie ou cabane à Grans (Bouches-du-Rhône). Certains érudits du les ont fait remonter qui au Néolithique, qui aux Ligures, qui aux Vaudois du Luberon.

Celles que nous pouvons observer aujourd'hui datent pour la plupart de la seconde moitié du , et ne sont pas en tout cas antérieures au . Construites généralement aux marges des terroirs, lors des grands défrichements de la fin de l'Ancien Régime et d'après la Révolution , elles ont servi d'habitations saisonnières, de granges-fenils, de bergeries, d'abris temporaires aux villageois ou aux forains (au sens d'habitants d'un village ayant des parcelles sur une autre commune que la leur).

Architecture En forme de ruche ou de nef pouvant atteindre plusieurs mètres de hauteur, les bories ou cabanes en pierre sèche font appel pour leur construction à des techniques bien particulières.

Techniques de construction On connaît bien l'arche ou la voûte en plein cintre : chaque pierre y est coincée entre ses deux voisines et ne peut donc pas tomber. Mais cette technique nécessite des cintres en bois. Du fait de son coût, elle est exclue pour des constructions aussi humbles que les cabanes en pierre sèche.

L'encorbellement