Frederick Carlton Lewis, dit Carl Lewis, né à Birmingham (Alabama) le , est un athlète américain. Il a notamment remporté dix médailles olympiques dont neuf en or, ainsi que dix médailles aux championnats du monde d'athlétisme dont huit en or.
Sa carrière, plusieurs fois interrompue, a duré de 1979 à 1996, année durant laquelle il a conquis son dernier titre olympique, partageant avec Paavo Nurmi dans les années 1920, le rang de sportif le plus titré aux Jeux olympiques en athlétisme. Il a ensuite orienté sa carrière vers le métier d'acteur.
Lewis est un sprinter et un sauteur qui a marqué durablement sa discipline. Régulièrement inscrit en première place du classement mondial de 1980 au début des années 1990 sur les épreuves de , de et de saut en longueur, l'athlète a amélioré à plusieurs reprises les records du monde du , du relais 4 × et du 4 × . En 1982, 1983 et 1984, il est élu « athlète de l'année » par le magazine américain Track & Field News. Sa série de soixante-cinq victoires consécutives en dix ans de saut en longueur constitue l'une des performances les plus remarquables de l'histoire de l'athlétisme. En 1984 à Los Angeles, il devient 48 ans après Jesse Owens le deuxième athlète à remporter les médailles d'or olympiques du , du , du relais 4 × et du saut en longueur.
Ses prestations lui valent de nombreuses distinctions : il est ainsi élu « sportif du siècle » par le Comité international olympique (CIO) et « olympien du siècle » par le magazine sportif américain Sports Illustrated. De plus, Lewis joue un rôle significatif dans la professionnalisation de l'athlétisme, permettant aux athlètes de faire des carrières plus longues et plus lucratives. En 2024, il participe à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris, entouré d'autres stars internationales du sport mises à l'honneur..
Jeunesse Né dans l'Alabama, Carl Lewis grandit à Willingboro dans la banlieue de Philadelphie (Pennsylvanie). Sa mère, Evelyn Lawler, est elle-même athlète et participe aux Jeux panaméricains de 1951 dans l'équipe de course de haies. Sa sœur Carol qui pratique le sprint et, à 10 ans, le saut en longueur, est reconnue avant que Carl ne devienne célèbre.
Ses parents déménagent à Philadelphie après que sa mère a vu à la télévision son mari, William McKinley Lewis Jr., aspergé au canon à eau par la police durant une manifestation du mouvement des droits civiques CarlLewis.com.. Lewis affirmera plus tard que grandir dans la diversité raciale de Willingboro est « la même expérience qu'un livre ouvert ». Dès sa jeunesse, l'athlétisme joue un rôle important dans la vie de Lewis. Ses parents, tous deux enseignants, lancent le pour filles, car l'école publique pour les filles. Lorsqu'ils ne trouvent pas de pour le jeune Carl, celui-ci et sa jeune sœur s'amusent au terrain d'athlétisme, dans le bac à sable du saut en longueur. L'association accepte rapidement les garçons et Carl y débute.
Lewis ne devient pas immédiatement un athlète prometteur, il est le plus faible de la famille alors que ses frères et sœur connaissent une meilleure progression. Alors que son potentiel paraît mince, ses parents l'encouragent à se fixer des buts et à les atteindre. Vers 9 ans, Carl Lewis rencontre l'idole de sa jeunesse Jesse Owens. Plus jeune, son père lui racontait avec un profond respect les exploits de l'ancien athlète. Lors de cette entrevue, l'ancien champion conseille à l'enfant de « prendre avant tout du plaisir ». Son père, Bill Lewis, meurt d'un cancer en 1987. Carl lui dédie ses médailles olympiques en 1988.
La carrière d'athlète 1979 : l'ascension d'un athlète vignette|Carl Lewis durant sa carrière universitaire à Houston.
Lewis commence le saut en longueur dès l'âge de treize ans et se révèle prometteur alors qu'il suit le cursus de la Willingboro High School. En première année, il est l'un des meilleurs sauteurs du New JerseyHenri Charpentier et Euloge Boissonnade, La grande histoire des Jeux olympiques, Paris, France-Empire, 1999, pp. 566 à 574. et en dernière année, il est devenu un des meilleurs sauteurs au monde. Comme de nombreuses universités tentent alors de l'enrôler, il choisit l'université de Houston où exerce alors l'entraîneur Tom Tellez qui reste son entraîneur durant toute sa carrière. En 1979, quelques jours après avoir obtenu son diplôme, il bat le record de l'école de saut en longueur, avec Track and Field News, Jan. 1981, vol. 33 #12, p.13..
Carl Lewis laisse entendre qu'il veut gagner sa vie grâce à ses qualités d'athlète alors que l'athlétisme est encore un sport amateur. Lorsqu'il rencontre Tellez pour la première fois à son arrivée à Houston, Lewis dit : « Je veux devenir millionnaire et ne veux jamais avoir un emploi ordinaire ». À la fin de sa première année universitaire, il intègre pour la première fois le classement mondial publié par Track & Field News, magazine américain autoproclamé « Bible du sport » http://www.trackandfieldnews.com/. en figurant au cinquième rang mondial en saut en longueur http://www.trackandfieldnews.com/rankings/men/ljworldranking.pdf.Toutes les mentions suivantes des classements mondiaux se réfèrent à Track and Field News..
Lewis se qualifie dans la sélection américaine pour les Jeux olympiques d'été de 1980 pour le saut en longueur et le relais 4 × . Bien qu'il se consacre essentiellement au saut en longueur, son talent de sprinter éclate. Mais les États-Unis boycottent les Jeux de Moscou et Carl Lewis ne peut s'illustrer. Il termine l'année sixième athlète mondial en saut en longueur, septième au http://www.trackandfieldnews.com/rankings/men/100worldranking.pdf..
1981-1982 : la percée vignette|left|Carl Lewis.
En 1981, Lewis se révèle être un sauteur et un sprinter d'exception. À compter de cette année et jusqu'en 1992, il domine six fois le classement mondial du (la performance réalisée en 1987 par Ben Johnson est effacée) et n'apparaît jamais en dessous de la troisième place. Sa performance en saut en longueur est encore plus grande : durant la même période, il figure neuf fois en tête du classement mondial et deuxième les autres années. Il gagne le premier de ses six titres de la National Collegiate Athletic Association (NCAA) pour l'université de Houston avant de remporter ses deux premiers titres nationaux sur et en saut en longueur. Comme il est exceptionnel qu'un athlète participe aux deux disciplines et les domine, il est comparé à Jesse Owens qui a dominé ces disciplines durant les années 1930 Track and Field News, January 1982; vol. 34, #12, p. 74..
Au début de 1981, sa meilleure prestation en saut en longueur efface celle de sa période scolaire effectuée deux ans auparavant. Le , alors encore âgé de moins de vingt ans Track and Field News, January 1982; vol. 34, #12, p. 46., il améliore son record personnel avec un saut de pendant le championnat TAC. Plus encore, ce saut est alors le deuxième meilleur saut de tous les temps (derrière celui de Bob Beamon en 1968) et établit le record du monde au niveau de la mer.
Bien que les sauts en altitude entrent en ligne de compte pour les records du monde, certains puristes considèrent que l'air raréfié à cette altitude offre un avantage à l'athlète. Certains pensent même que les records réalisés en altitude devraient être annulés à l'image des sauts effectués avec un vent favorable de plus de deux mètres par seconde http://www.weeklyscientist.com/ws/articles/records.htm.. L'avantage est plus évident en sprint et en saut car, pour les distances plus longues, l'avantage de l'air raréfié est annulé par un taux d'oxygène dans l'air plus faible. Lewis est résolu à réaliser ses records au niveau de la mer et à se passer de « l'air léger » qui poursuit les records « assistés ». En réaction à une question lui demandant pourquoi il ne participe pas à une compétition en altitude, il répond : « Je veux ce record et je compte l'obtenir, mais je ne veux pas voir ce « (H) » [caractérisant les records réalisés en altitude] figurer derrière. » Track and Field News, July 1982, vol. 35 #6, p. 61.. Lorsqu'il commence à être reconnu au début des années 1980, tous les records existant en saut et en sprint chez les hommes sont obtenus en altitude à Mexico (Jim Hines, Pietro Mennea, Bob Beamon).
En 1981, Lewis est l'homme le plus rapide du monde sur . Il améliore sa modeste meilleure performance de 1979 () un an plus tard en , performance de classe mondiale. Le , il court en aux Championnats de la conférence Sud-Ouest (Southwest Conference Championships ) à Dallas, réalisant la troisième meilleure performance de tous les temps à l'époque et le meilleur temps au niveau de la mer Track and Field News, July 1981, vol. 34 #6, p. 12.. Lewis prend pour la première fois la tête du classement mondial à la fois sur et au saut en longueur. Il remporte également le James E. Sullivan Award, trophée récompensant le meilleur sportif amateur américain http://www.aausullivan.org/winners_1981.html.. Sa défaite contre Larry Myricks à la longueur aux championnats en salle TAC en février s'avère être la dernière précédant une invincibilité de plus de dix ans.
En 1982, pour la première fois, un athlète semble pouvoir sérieusement s'attaquer au record de Bob Beamon, dont le saut de aux Jeux olympiques de 1968 est perçu comme l'une des performances les plus inouïes de l'histoire de l'athlétisme https://espn.go.com/sportscentury/features/00014092.html. http://sportsillustrated.cnn.com/features/cover/news/1999/12/02/awards/.. Avant Lewis, seuls deux athlètes ont sauté au-delà de : Beamon et Lutz Dombrowski, champion olympique en 1980. En 1982, Lewis franchit cinq fois les en plein air et deux fois en salle, dont une fois à le 24 juillet à Indianapolis Track and Field News, January 1983, vol. 35 #12, p. 45.. Simultanément, il approche les dix secondes sur , meilleure performance mondiale de l'année égalant son record au niveau de la mer de 1981. Il réalise cette performance le même week-end que son concours de saut où il réussit deux fois une mesure à . Il établit un nouveau record au niveau de la mer à à Indianapolis.
Lewis consolide sa première place au classement mondial sur et en saut en longueur et atteint la sixième place au . Track and Field News le nomme athlète de l'année. Fin 1982, Lewis est une vedette qui n'a encore participé à aucune grande compétition internationale. Il va avoir cette occasion dès l'année suivante.
1983 : le premier championnat du monde, le premier record mondial vignette|Carl Lewis au départ du des premiers championnats du monde en 1983.
En 1983, l'IAAF organise les premiers championnats du monde IAAF. Un nombre record de cent cinquante-quatre pays y participant (davantage qu'aux récents Jeux olympiques marqués par un boycott) font de ces championnats du monde l'un des plus grands événements sportifs de l'année. Ces championnats sont pour Carl Lewis la première occasion d'affronter l'immense pression d'une compétition internationale, similaire à celle qui se manifeste lors des Jeux olympiques.
Durant les championnats, un duel Larry Myricks-Carl Lewis est annoncé et attendu. Myricks a, comme Lewis, sauté au-delà de cette année-là mais il ne se qualifie pas lors des championnats nationaux pour intégrer l'équipe américaine. Lewis devient ainsi relativement facilement champion du monde à Helsinki avec un bond de , plus loin que Jason Grimes, médaillé d'argent http://www2.iaaf.org/results/past/WCH83/data/M/LJ/Rf.html..