L'écriture birmane (birman : , [], mranma akkha.ra) est un alphasyllabaire aux formes arrondies, utilisé en Birmanie pour l'écriture du birman. Quelques autres langues utilisent une partie des aspects et des lettres de l'écriture birmane, comme le môn, le shanPrésentation de l'écriture shan alif-shinobi.blogspot.com. Consulté le 29-11-10., plusieurs langues karens comme le karen s'gaw, le karen pwo occidental et oriental, ou le karen pa'o, quelques langues taï comme l’aiton, le khamti, ou le tai phake, et elle a aussi été utilisée pour la transcription des langues pali et sanskrit.

Le birman s'écrit de gauche à droite, n'emploie pas de majuscules et, traditionnellement, ne sépare pas les mots par des espaces ; avec l'introduction de l'imprimerie, des traits verticaux ont été introduits pour séparer les phrases et les paragraphes pour améliorer la lisibilité. Le système MLCTS propose une translittération fidèle à l'écriture, mais qui ne dit rien de la prononciation. Il n'existe pas de transcription romanisée officielle. Unicode a un emplacement pour les langues de Birmanie, incluant le shan, le karen et le môn moderne.

Histoire

L'expansion du royaume de Pagan et la diffusion du bouddhisme theravāda expliquent la naissance d'une écriture spécifiquement birmane.

Les écritures de l'Asie du Sud-Est ont pour ancêtres les syllabaires de l'Inde du Sud qui se sont diffusés dans ces régions dès le en même temps que le bouddhisme.

vignette|L'inscription de Myazedi est le premier texte en écriture birmane connu.

C'est le cas des premiers habitants connus de la Birmanie, les Pyu et les Môn qui transcrivent leur langue, dès le A History of The Myanmar Alphabet §12 ; 14 ; 18-19 ; 20 ; 4 au plus tard, dans des syllabaires dérivés probablement de l'écriture de KadambaSyllabaire kadamba proel.org. Consulté le 23-12-10 pour les Pyu et du Grantha des Pallavas pour les Môn.

Arrivés plus tard, les Birmans ont progressivement absorbé les Pyu, puis, selon la Chronique du Palais de cristal, conquis en 1057 les villes môn de Thaton et Pégou, dont la civilisation était plus avancée. La tradition rapporte que ces victoires et la conversion du roi Anawrahta au bouddhisme theravāda par un moine môn ont eu pour conséquence le transfert à Bagan, sa capitale, du Tipitaka, le canon bouddhique écrit en langue pali, dans l'alphabet môn. Son fils, le roi Kyanzittha, contribua à répandre la culture des Môn. Leur écriture, considérée comme plus simple et sans doute plus prestigieuse que celle des Pyu, sert alors de modèle pour la mise au point d'un syllabaire môn-birman dont l'usage va se répandre à l'époque où le Royaume de Pagan étend son pouvoir. Le besoin de transcrire le pali, principale langue de diffusion du bouddhisme en Asie du sud-est, a eu pour conséquence l'insertion dans l'écriture birmane de caractères correspondant à des phonèmes des langues indiennes qui n'existent pas en birman. Ces caractères ont été ensuite conservés, bien que peu utilisés, pour respecter la graphie des mots empruntés par le birman au pali, mais prononcés à la birmane ; ils ont fait ainsi double emploi avec d'autres lettres. La langue et l'écriture pyu disparaissent ; le môn perd de son influence, mais demeure de nos jours une langue vivante.

Les plus anciennes inscriptions en birman remontent au . Sur la pierre de Myakan (début du ), trouvée à Bagan, un texte en môn comporte quelques mots en birman indiquant le nom d'un lac artificiel creusé sous le règne de Kyanzittha. Mais le plus ancien document d'écriture birmane connu à ce jour est gravé sur la stèle quadrilingue dite de MyazediReproduction du texte birman Consulté le 23-12-10 ou de Razakuma(r) (1113) Historique et traductions des inscriptions. Consulté le 23-12-10, qui commémore la fondation d'une pagode par ce prince, avec mention du donateur et de ses présents.

vignette|Plantes médicinales vendues près du Rocher d'Or.

Cette écriture va par la suite se diversifier pour des raisons esthétiques ou pratiques, en s'adaptant au matériel utiliséDifférents types de graphie birmane (asien> südindisch> pali-birmanisch) Consulté le 28-12-10. : caractères angulaires sur pierre, peints en traits épais sur bois ou cuivre laqué, puis dans des formes arrondies sur des supports plus fragiles : les parabaiksLes parabaiks birmans Introduction (en anglais). Consulté le 2-01-10.Reproductions de parabaik parabaik - Google Search. Consulté le 2-01-11. (), recueils de pages fait de papier plié en accordéon où l'on écrit à l'encre ou avec un bâton de stéatite selon que le papier a été coloré en blanc ou en noir, livres formés de feuilles de palmier, les pe-sa (), matériel plus durable sur lequel les lettres sont incisées avec un stylet de métal, puis passées au noir. Les kammavaca sont des manuscrits de plus grande taille, particulièrement décorés, qui regroupent des extraits de textes religieux pali. Selon certains, ces formes arrondies qu'on retrouve en Inde du Sud dans les syllabaires telugu, kannada, malayalam ainsi qu'en oriya, seraient dues à la fragilité des supports qui auraient été transpercés par le stylet si les lettres avaient eu des formes angulaires. C'est cette cursive qui s'est répandue à partir du et constitue le système standard du birman contemporain. Celui-ci s'est progressivement constitué et n'a acquis sa forme contemporaine qu'au . Les marques tonales, dont étaient dépourvues par nature le môn et les langues indiennes, ne se standardisent qu'au cours du et les modifications effectuées plus récemment ont tenu compte de l'évolution de la prononciation depuis la période de Bagan, comme la réduction des consonnes finales à un phénomène de glottalisation ou de nasalisation A History of the Myanmar Alphabet. L'inventaire le plus récent pour la mise au point d'une orthographe standard a été réalisé en 1978 à l'instigation du gouvernement.

La syllabe

Le birman étant de nature monosyllabique, la syllabe a souvent un sens, à elle seule ou comme élément d'un mot composé, à l'exception du lexique d'origine étrangère. L'écriture distingue les syllabes ouvertes terminées par une voyelle orale et les syllabes fermées terminées par une consonne que l'évolution phonétique a réduite dans la langue contemporaine à un coup de glotte ou une nasalisation. La syllabe ouverte est transcrite selon les formes suivantes : Une consonne seule (C) sans diacritique(s) transcrit la syllabe C + aʔ, puisque la consonne seule implique, comme dans les autres syllabaires d'origine indienne, la voyelle , mais aussi en birman, langue tonale, le ton haut. မ se lit /maʔ/ Une consonne accompagnée de diacritiques et/ou d'autres lettres transcrit une syllabe C + V + Ton. se lit : /mo/ se lit : /mɔ/. Un symbole appelé ligature accompagnant une consonne avec ou sans diacritique(s) transcrit la (ou les) semi-voyelles, qui complètent la consonne principale, trois au maximum : C + sv (+ sv) (+ sv). မြ se lit /mjaʔ/. En effet, contrairement aux écritures latines, grecques ou sémitiques, une consonne qui en complète une autre comme l ou r dans les groupes pl ou tr en français ne s'écrit pas avec la lettre isolée correspondante, mais avec un symbole qui s'ajoute à la lettre initiale.

Dans la syllabe fermée aux caractères précédents s'ajoute une coda sous la forme de certaines consonnes surmontées du အသတ် (/ʔə.θaʔ/), le signe qui tue : ်. Il indique que cette consonne a perdu sa valeur originelle et est réduite phonologiquement à une voyelle suivie d'un arrêt glottal ou modifiée par une nasalisation de la voyelle. La fricative စ se lit /saʔ/, mais se lit /iʔ/, employée comme coda : se lit /tiʔ/. Les nasales မ, န se lisent /maʔ/ et /naʔ/, mais, employées comme codas, ces consonnes nasalisent la syllabe précédente : , de la même manière que se lisent aujourd'hui /sã/, très proche de ce qui s'écrit ein en français.

Romanisation

La translittération MLCTS reflète fidèlement la graphie birmane au prix d'un certain nombre de conventions, mais ne dit rien de la prononciation et ne peut donc être adoptée dans l'usage commun. Ainsi pour la pagode Shwedagon : Birman : Translittération : rhwe-ti-guṁ: bhu-rā: Transcription : shwe-dăgoun p'ăyà

Aucune transcription romanisée officielle analogue au pinyin pour le chinois n'existe à ce jour; seule la Library of Congress a adopté en 1981 un système de transcription pour ses cataloguesAuteur(s) : Herbert, Patricia M. Éditeur scientifique South-East Asia : languages and literatures, edited by Patricia Herbert & Anthony Milner, Honolulu : University of Hawaii press, 1989 ; , pages 7, 5. L'écriture en lettres latines des noms propres reste donc pour l'essentiel celle que les Anglophones ont élaborée aux et . Cette transcription traditionnelle présente l'inconvénient de ne pas être unifiée et de négliger des distinctions phonologiques essentielles au birman (consonnes aspirées, tons, par exemple) : le mot /pe/ pourra être romanisé en pe, peh ou pae ; inversement une translittération en pe peut renvoyer à douze syllabes différentes du birmanJohn Okell, An Introduction to the Script, 2010, Northern Illinois University, page XVIII.. Les tableaux présentant plus loin les différents symboles donnent les romanisations qui sont généralement employées dans les langues employant l'alphabet latin (colonne "TR").

Les consonnes

vignette|centré|upright=1.5|Les 33 consonnes de l'alphasyllabaire birman sans les diacritiques.

L'alphasyllabaire birman est calqué sur ceux de l'Inde comme le système devanagari et il présente comme eux les phonèmes consonantiques dans un ordre fondé sur la nature et le point de leur articulation : occlusives (rangée K), palatales (rangée S), dentales d'origine pāli (rangée ṭ), dentales (rangée T), labiales (rangée P), de la première à la cinquième rangée. Les deux dernières rangées regroupent les mêmes phonèmes disparates que les syllabaires indiens ainsi que trois graphèmes propres au pāli et/ou au birman, , et . Ce dernier symbole a été longtemps considéré tantôt comme une voyelle ou simple support d'une voyelle initiale, tantôt comme une consonne (arrêt glottal), reflet d'une prononciation variable de ces initiales. Le respect de la tradition indienne a permis de transcrire avec exactitude les mots pāli, mais elle a introduit dans cette nouvelle écriture des phonèmes qui n'existent pas en birman, les consonnes rétroflexes et les consonnes sonores aspirées. C'est la raison pour laquelle deux et même trois lettres représentent les mêmes phonèmes birmans. Ainsi celles de la troisième ligne du tableau, qui transcrivent des rétroflexes font double emploi avec celles de la quatrième ligne ; il en est de même du , du ,du , du , du et du , caractères représentant des sonores aspirées. Ces lettres, à l'exception du se rencontrent donc beaucoup plus rarement que les autres. Par ailleurs le phonème [ɹ] de l'ancien birman étant prononcé aujourd'hui [j] et noté , cette lettre fait le plus souvent double emploi avec . Toutefois, elle conserve sa prononciation originelle arakanaise, dans quelques mots d'emprunt à l'anglais ou au pāli et dans des noms propres anciens. Ainsi la ville d'Amarapura s'écrit et se prononce .

Les caractères transcrivant les sourdes sont prononcés de deux façons, selon que le sandhi s'applique ou non. En birman il consiste en une sonorisation des consonnes sourdes. Le phénomène qui rappelle les liaisons en français, ne peut pas être indiqué dans l'écriture, puisqu'il n'est automatique que dans certains cas, mais peut aussi dépendre d'autres facteurs que phonologiques comme le débit de la parole. Le mot /pa/ est prononcée /pa/ dans /loʔpa/   (Fais-le, s'il te plaît), mais /ba/ dans /laba/ (Viens, s'il te plaît).

vignette|centré|Portail d'entrée de pagode à Yangon (Rangoon)

Les consonnes simples