Le siège de Constantinople par le sultan ottoman Bayezid s'étale sur huit ans, de 1394 à 1402. Durant la majeure partie de cette période, le siège s'apparente plus à un blocus qui isole Constantinople du reste du monde, du moins par voie terrestre, la faiblesse de la marine ottomane permettant aux Byzantins de recevoir des assistances par voie maritime.

Ce siège ou blocus de Constantinople conduit les princes chrétiens à se mobiliser contre la puissance turque de plus en plus hégémonique. C'est ainsi que se met en place la croisade de Nicopolis qui se termine par une déroute ou encore l'intervention du maréchal Boucicaut. Finalement, c'est l'intervention extérieure de Tamerlan qui met fin au siège par sa victoire sur les troupes de Bayezid à la bataille d'Ankara, qui contraint les Ottomans, divisés en plusieurs factions, à lever le siège.

Prélude

Depuis la prise de Gallipoli en 1354, les Ottomans disposent d'une base pour conquérir le territoire européen. Ainsi, les provinces européennes de l'Empire byzantin sont rapidement envahies par les Ottomans à l'exception du despotat de Morée dans le Péloponnèse et de la banlieue proche de Constantinople. Les Ottomans continuent leur progression plus profondément dans les Balkans et vassalisent l'empire de Serbie et la Bulgarie. Lorsque Bayezid arrive au pouvoir en 1389, il succède à son père, Mourad , mort durant la bataille de Kosovo Polje contre les Serbes. À cette époque, l'Empire byzantin est depuis 1374 le vassal du sultan ottoman et ne dispose plus d'aucune marge de manœuvre. Le , Jean V Paléologue meurt et son fils Manuel II Paléologue, détenu à Bursa, réussit à s'enfuir pour succéder à son père. Bayezid, furieux de ne pas pouvoir intervenir dans les affaires byzantines bloque la capitale byzantine durant sept mois. Finalement, ce premier siège est levé.

En 1394, à Serrès, Bayezid réunit ses vassaux pour leur faire une démonstration de sa puissance et en profite aussi pour condamner les Paléologue et leur politique en Morée. Manuel réussit à repartir de Serrès en conservant sa couronne impériale mais lorsqu'il reçoit une nouvelle convocation de Bayezid, il refuse de lui répondre. Cet acte, combiné avec la résistance du despote de Morée Théodore, excite la colère du sultan qui, en , ravage les environs de Constantinople et met en place le blocus de la ville.

Le siège Le blocus, de 1394 à 1396

Entre et , le blocus est mis en place autour de Constantinople. Les Ottomans se contentent surtout d'empêcher quiconque d'entrer ou de sortir de la cité. Depuis 1392, Constantinople subit une pression de plus en plus importante et, au début de l'année 1394, est entré en contact avec les Vénitiens qui craignent pour leurs intérêts en cas de prise de la ville par les Turcs. Ainsi, Venise fait même l'effort de se réconcilier avec Gênes. Manuel cherche prioritairement une solution du côté des puissances maritimes car il estime qu'une expédition terrestre a moins de chance d'aboutir à une défaite turque. Pendant ce temps, Venise propose à Manuel de demander l'aide du pape, lui propose de l'exiler mais surtout, contribue au ravitaillement de Constantinople par l'envoi de navires de transports. En effet, la faiblesse de la marine ottomane fait de la route maritime l'unique voie d'accès à ConstantinopleDoukas, 79.

Le risque de voir tomber Constantinople dans les mains des Turcs éveille les consciences un peu partout en Occident notamment en Hongrie, directement menacée par les progrès ottomans dans les Balkans. De même , le prince de Valachie, lui aussi sous la menace d'une invasion turque, remporte le à Rovine une victoire face aux troupes ottomanes. Pourtant, Mircea accepte de devenir le vassal des OttomansOstrogorsky, Histoire de l'État byzantin, éditions Payot, . Le despotat de Morée, quant à lui, subit une invasion turque en 1394-1395 qui le ravage avant que les Ottomans ne se retirent. Mais, en Occident, les ambassadeurs byzantins ont plus de succès. Ils se rendent ainsi à la cour de et à celle du duc de Lancastre, encore à Bordeaux. Ainsi, le duc de Mézières parvient, au terme d'une intense campagne en faveur d'une intervention, à réunir plusieurs milliers de chevaliers francsNicolae Iorga, Philippe de Mézières et la croisade au , . Cette troupe, dirigée par l'héritier du duc de Bourgogne, Jean de Nevers, est composée du maréchal Boucicaut et d'autres chevaliers parmi les plus importants de l'époque. Ils rejoignent l'armée hongroise dirigée par Sigismond. Les hésitations de Venise quant à la conduite à tenir retardent les opérations qui débutent en . Les divergences de points de vue entre les alliés apparaissent dès le début de la campagne. Ainsi, les Francs, privilégiant l'offensive, s'opposent à Sigismond qui prône la prudence. Cependant, ce dernier finit par se plier aux exigences de ses alliés. Pendant ce temps, une flottille vénitienne conduite par Tommaso Mocenigo réussit à atteindre Constantinople par voie maritimeDelaville Leroulx, Les Francs en Orient au , et suite. Cette flotte doit assurer la défense des Détroits et assurer la liaison entre Byzance et les croisés. Toutefois, malgré plusieurs succès contre les Turcs, les croisés subissent une lourde défaite le lors de la bataille de Nicopolis où une grande partie des chevaliers francs périssent ou sont faits prisonniersNicolae Iorga, Geschichte des osmanischen Reiches, I, .

Les conséquences de cette défaite sont dramatiques pour Constantinople dont les dirigeants comptaient sur le succès des croisés pour briser le blocus ottoman. Ainsi, Bayezid reprend très rapidement ses projets contre l'Empire byzantin et s'empare de Selymbria, poste avancé de la défense de Constantinople. De plus, le départ de Mocenigo, ramenant le roi Sigismond en Hongrie permet aux Turcs de renforcer le blocus de la ville. La plupart des troupes de Bayezid se retrouvent devant Constantinople à l'exception de détachés afin de ravager la Morée byzantine. Venise et Gênes se mobilisent alors pour fournir des vaisseaux devant défendre la capitale byzantine tandis que Manuel refuse de rendre la ville sans combattre. Bayezid, pour renforcer son emprise, construit la forteresse d'Anadolu Hisarı sur la rive asiatique du Bosphore et pense se servir de pour remplacer à la tête de ce qui reste de l'Empire byzantin. Devant ce blocus qui se transforme de plus en plus en siège, le ravitaillement de la ville devient plus difficile et certains habitants souffrent de la faim tandis que d'autres s'enfuient. Quant à , il espère toujours un soutien extérieur malgré les hésitations vénitiennesSilberschmidt, et répète inlassablement la même prière chaque jourSeigneur Jésus-Christ, faites que la multitude des chrétiens n'entendent jamais dire que ce fut durant le règne de l'empereur Manuel que la ville avec ses saints et ses vénérables monuments de la foi, fut livrée à l'infidèle..

1397-1399, l'intervention française L'année est moins rude pour Constantinople qui voit le blocus se desserrer. Cependant, est conscient qu'il a besoin d'un secours extérieur pour sauver son empire très affaibli. Il envoie alors de multiples ambassades afin de quémander de l'aide, soutenu par Venise. Le patriarche de Constantinople cherche ainsi à provoquer une croisade menée par les rois de Pologne et de Hongrie, sans succès, Sigismond ayant été refroidi par sa défaite à NicopolisBarker, Manuel II, . tente alors de soutenir financièrement l'Empire byzantin en demandant aux princes catholiques de fournir de l'argent à Constantinople en échange d'indulgences. Le roi d'Angleterre réussit à collecter quelque qui n'atteindront jamais la capitale byzantine.

C'est du royaume de France que vient la réponse la plus concrète. Théodore Cantacuzène, l'oncle de , envoyé en tant qu'ambassadeur à Londres et à Paris, rencontre le roi , qui accepte que le maréchal Boucicaut, qui a participé à la bataille de Nicopolis, parte pour Constantinople avec quelques hommes. Il part ainsi d'Aigues-Mortes le avec et rejoint la mer Égée, où il rallie une escadre vénitienne et des navires de Rhodes et de Lesbos. Il atteint Constantinople durant l'été, où il est accueilli avec ferveur par une population assiégée depuis près de cinq ans. Nommé Grand Connétable, Boucicaut, et avec lui Manuel, dirige plusieurs expéditions contre les Turcs jusqu'en Asie Mineure. Ainsi, les positions turques de la mer de Marmara et du Bosphore sont fortement fragilisées. Boucicaut réussit entre autres à détruire le château de Riwa Kalessi défendant l'entrée de la mer Noire.

Malgré tout, les quelque du maréchal Boucicaut (Louis Bréhier parle de ) sont largement insuffisants pour espérer réaliser mieux que des coups de main contre les Ottomans. Menant l'œuvre de consolidation des défenses de Constantinople, il réussit aussi à réconcilier avec . Le maréchal Boucicaut persuade ensuite Manuel de se rendre en Europe pour susciter une croisade parmi les princes catholiques qui seule pourrait sauver Constantinople. accepte la proposition et délègue la charge impériale à le temps de son voyage. De même, Jean de Châteaumorand, nommé capitaine pour le roi de France en la ville de Constantinople, est laissé avec une centaine d'hommes à Constantinople par le maréchal Boucicaut. Le , quitte Constantinople pour l'Occident.

1399-1402 : lutte sur le plan diplomatique

Dans un premier temps, Manuel se présente à Venise puis dans différentes villes italiennes telles Milan ou Padoue. Il est également possible que Manuel rencontre le pape durant son voyage qui de ce fait a renouvelé les appels à la croisade et aux soutiens financiers à ConstantinopleBarker, Manuel II, . À cette époque, l'Italie commence à s'intéresser à la culture grecque, notamment du fait de l'influence de Jean Chrysoloras à Venise, et les princes italiens n'hésitent pas à réserver un accueil chaleureux contrairement à ce qui avait pu être le cas pour . Mais plus que des échanges culturels, Manuel recherche une aide militaire contre les Turcs qui continuent d'assiéger Constantinople. C'est ainsi qu'il part pour Paris en juin où il rencontre . Ce dernier lui promet d'envoyer le maréchal Boucicaut à Constantinople à la tête d'une nouvelle expédition. L'empereur rentre aussi en contact avec les rois de Castille et d'Aragon. De même, il tente de demander l'assistance du roi qu'il rencontre à la fin de l'année 1400. Enthousiaste, rentre pourtant bredouille de son voyage en Angleterre en à l'exception d'une somme de fournis par . À son retour à Paris, Manuel envoie des lettres en Aragon et au Portugal mais aucune assistance concrète ne ressort de ses diverses correspondances. Peu à peu, c'est l'enthousiasme de qui commence à disparaître car aucune puissance européenne ne prête intérêt aux demandes de Constantinople et Venise refuse d'intervenir seule. Même le maréchal Boucicaut reprend sa politique de gouverneur de Gênes.

À Constantinople, les quelques troupes françaises accomplissent plusieurs actions offensives contre les Turcs, notamment pour y rechercher des vivres. Ainsi, le biographe du maréchal Boucicaut raconte en ces termes un peu pompeux l'action de Châteaumorand :

« Et ainsi la garda l'espace de trois ans contre la puissance des Turcs. Et à brief parler, tant y fit luy et les gens de sa compaignie, que ceulx qui en sçavent la vérité dient que, par luy et par les bons François qui avec luy es toyent, a esté sauvée et garantie d'estre du tout destruite et périe la noble et ancienne cité de Constantinoble. Laquelle chose, n'est point de doubte, fut très agréable à Dieu, et grand honneur au roy de France et aux François qui bien leur vertu y esprouvèrent, et grand bien pour la chrestientéLe livre des Faits du maréchal Boucicaut, chapitre XXXIV,page 607. »