Le rap français ou plus rarement hip-hop français est un courant musical apparu au milieu des années 1980 sur le modèle du hip-hop américain. Tout en s'inspirant des codes du rap des États-Unis, le genre acquiert une personnalité propre, oscillant entre revendications socio-politiques, messages positifs ou festifs et objectifs commerciaux. En 2022, selon une étude commandée en partenariat avec la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM), la France constitue le marché du hip-hop le plus important de toute l'Europe, avec un marché hip-hop qui n'est dépassé que par celui des États-Unis.

Le mouvement prend rapidement de l'ampleur dans les années 1990. Cette première partie de la décennie voit apparaître les pionniers du hip-hop français comme : Dee Nasty, Destroy Man & Jhonygo, EJM, IAM, NTM, MC Solaar, Lionel D, Assassin, Cut Killer, Ministère A.M.E.R., Saliha, Sens Unik, Les Little, Soon E MC, Soul Swing, Democrates D, New Generation MC, Timide et Sans Complexe, Nec Plus Ultra, SLEO, Tout simplement noir ou Ideal J.

La seconde partie de la décennie voit l'émergence de noms comme les Sages Poètes de la Rue, Ménélik, Sté Strausz, Mafia Underground, Fabe, Différent Teep, 2 Bal 2 Neg, Double Pact, Monsieur R, Expression Direkt, Section Fu, Oxmo Puccino, Rohff, La Cliqua, Alliance Ethnik, Réciprok, Secteur Ä, Busta Flex, Beat de Boul, Time Bomb, Fonky Family, Ärsenik, X-Men, Lunatic, Œil, Chiens de Paille, Mafia Trece, 113, La Brigade, La Rumeur, Mafia K'1 Fry, Pit Baccardi, La Clinique, Scred Connexion, Bambi Cruz, Mellowman ou Driver... La période allant de 1995 à 2000 est parfois désignée comme l'« âge d'or » du rap français.

La deuxième génération, dans les années 2000, est constituée d'artistes comme Psy 4 de la Rime, Sniper, Tandem, Dicidens, La Fouine, Seth Gueko, Sinik, Youssoupha, Diam's ou Sefyu.

La troisième génération, présente depuis 2010 jusqu'à aujourd'hui est constitué de rappeurs tels que Orelsan, Damso, SCH, Laylow, PNL, Nekfeu, Kaaris, Vald, Hugo TSR, Kekra, Hamza, Freeze Corleone, Ateyaba, Alpha Wann, Népal, Dinos, Josman, Guizmo, Zola, MHD, Ninho, Mister You, Niro, Lacrim, Gazo, Jul, Niska, Koba LaD, ou Werenoi.

À partir des années 2010, avec l'éclosion du mouvement MeToo en France, le milieu est confronté à des affaires de violences sexuelles et sexistes, et Nekfeu, Lomepal et Naps sont notamment mis en cause.

Histoire Premiers rappeurs et émergence dans les médias (1979-1990) L'apparition du rap en France remonte à la diffusion de Rapper's Delight, premier titre rap de renommée mondiale, sorti en par le groupe américain The Sugarhill Gang. Cependant, si aux États-Unis le rap était avant tout une pratique urbaine qui s'est ensuite diffusée dans les médias, le processus s'effectue dans le sens inverse en France : selon l'universitaire Sébastien Barrio, le rap . Cette dynamique se confirme en 1982, lorsque l'animateur de radio Phil Barney, de Carbone 14, rappe sur l'antenne, et en 1984, avec la diffusion par la chaîne TF1 de l'émission nommée H.I.P. H.O.P. animée par Sidney, qui popularise pour la première fois en France la culture hip-hop, dont le rap. Lorsqu'elle s'arrête, fin 1984, le rap est considéré comme un phénomène de mode éphémère. Cependant, Bernard Zekri, journaliste proche du magazine Actuel, établit des ponts entre New York et Paris en organisant le premier concert hip-hop en France avec le New York City Rap Tour, puis en produisant des disques tels que Change the beat (renommé en France Une sale histoire) (Beside et Fab Five Freddy, 1982), The Wildstyle (Time Zone/Afrika Bambaataa, 1983) et Odéon (Beside et Bernard Fowler, 1983).

Au cours des années 1980, plusieurs artistes de variété sans grand lien avec la culture hip-hop ont sorti des titres de rap ou contenant des parties rappées : À mon âge déjà fatigué, (Pierre-Édouard, 1980), Chacun fait (c'qui lui plaît) (Chagrin d'amour, 1981), Vacances j'oublie tout (Élégance, 1982), La Danse des Mots (Jean-Baptiste Mondino 1983), Paris Latino (Bandolero, 1983), Qu'est-ce qu'il a d'plus que moi ce negro là?) (Krootchey, 1984), Et je smurfe (Annie Cordy, 1984), Wally boule noire (François Feldman, 1984), ou encore Je suis miné (Gérard Jugnot, 1985).

Toutefois, en dehors des médias, une scène rap parisienne avait déjà émergé via les sessions open-mic hebdomadaires pendant les après-midi du Bataclan de 1982 à 1983 et de la Grange-aux-Belles de 1983 à 1987, animés par DJ Chabin. On y retrouve Daddy Yod, Destroy Man, Domy Rapper T, Gary Gangster Beat, Jhony Go, JND, Lionel D, Mikey Moseman, Mystic Man, Pablo Master, Richy, etc. Les free jams organisées au terrain vague de la Chapelle en 1986 par Dee Nasty permettent aussi une certaine émulation entre rappeurs (MC Shooz, Lionel D, Jhony Go, MC Iron 2, Destroy Man, etc.). Les soirées Chez Roger Boite Funk, au Globo, de 1987 à 1988, mettent en scène de nombreux rappeurs qui se feront connaître ensuite médiatiquement (Nec Plus Ultra avec Assassin, Lionel D, New Generation MC, Saliha, Sheek, Timide et Sans Complexe, etc.). La diffusion médiatique du rap en France s'appuie d'abord sur Radio Nova, radio pirate créée en 1980 et spécialisée sur les musiques nouvelles et expérimentales., également sur des émissions rap hebdomadaires comme sur Radio 7 avec Rapper Dapper Snapper animées par Sidney (1981-1984, puis 1986), ou encore avec Ben NY Show sur RDH, animées par Dee Nasty et Bad Benny (1982-1984).

Plus tard, de 1988 à 1990, Radio Nova consacre une émission entière sur le rap (le Deenastyle) animée par celui qui sera reconnu plus tard comme le parrain du rap français, Lionel D, et par Dee Nasty. Une vraie compétition entre rappeurs s'instaure pendant le Deenastyle, dans la tradition d'ego trip du hip hop. De nombreux rappeurs comme Assassin, Criminal Posse (SLEO), EJM, les Little, MC Solaar, Moda, New Generation MC, Puppa Leslie, Rico, Saxo, Styler (Passi), Suprême NTM, ou encore Timide et Sans Complexe réalisent leurs premières improvisations musicales et verbales en direct (dites freestyles).

À Marseille, en 1986, Akhenaton et Kheops forment avec NMB, MCP One et Sudio le groupe Lively Crew. Le groupe a lieu le à la MJC Corderie à Marseille, lors d'un festival ragga-reggae sur invitation du Massilia Sound System. Sur scène, trois des membres se produisent : Kheops, Akhenaton (qui rappe en anglais) et Sudio. Toujours avec Kheops, l'année suivante le Lively Crew ne compte plus que deux membres : Akhenaton et Kheops. Il forme ensuite avec Shurik'n et Kephren le groupe B-Boy Stance qui devient IAM en 1988 avec les arrivées d'Imhotep la même année et de Freeman. Parallèlement, leur première apparition discographique a lieu sur le titre This is the B Side, face B du vinyle Let's Make Some Noise des Choice MC's donc seul Akhenaton qui s'appelait à cette époque sous le nom Chill Phil pose sur ce morceau, ce qui en fait le premier featuring rap franco-américainDocumentaire Alias Akhenaton, . sorti en 1988. Dans la fin des années 1980, se forme le groupe de rap Soul Swing & Radical composé initialement de Faf Larage (alors nommé Dope Rhyme Sayer), de DJ Rebel et de Def Bond (Grand Organisateur DEF).

Médiatisation et âge d'or (1990-2000) 200px|thumb|right|IAM, figure du rap français. Le début des années 1990 est riche pour le rap français avec la sortie d'une dizaine d'albums francophones dont les artistes s'associent explicitement au rap. L'artiste le plus connu est alors MC Solaar, . Son album Qui sème le vent récolte le tempo commercialisé en 1990 est un succès vendu à plus de . D'autres artistes connaîtront également un véritable succès (NTM, IAM, Assassin) ou accèderont à une notoriété plus relative (Bouducon Production, Destroy Man, EJM, Lionel D, Little MC, Ministère A.M.E.R., Saliha (rap), Sens Unik, Timide et Sans Complexe).. La médiatisation du rap se poursuit également avec l'émission créée en 1990 et présentée par Olivier Cachin, qui aborde l'actualité rap américaine et française ; l'émission participera à l'émergence de nombreux artistes et restera à l'antenne durant trois ans et demi.. La compilation Rapattitude du producteur Benny Malapa permettra de lancer des artistes parmi les plus importants de la décennie tel que NTM, IAM ou Assassin. Dans le sillage de ces artistes, des beatmakers majeurs vont également émerger comme Cut Killer ou Jimmy Jay.

La profusion d'artistes et d'albums (l'universitaire Karim Hammou recense ainsi environ 450 albums de rap interprétés en français et distribués sur le territoire français de 1990 à 2004 : .) témoigne non seulement de la diversité du rap français, mais aussi d'une appréciation diverse des artistes sur leurs créations respectives. L'universitaire Laurent Béru relate ainsi qu'une scission se crée entre les différents artistes dès leurs premiers succès discographiques des années 1990 entre ceux qui diffusent un discours positif d'espérance, et ceux qui rejettent le et propagent des appels à la révolte (ne serait-ce qu'intellectuelle)., ces derniers pouvant généralement être rattachés au courant dit .. Cette distinction persiste encore de nos jours.. Le milieu de la décennie 1990-2000 est marqué par l'émergence de groupes issus de structures de production indépendantes. Certains obtiendront un succès certain, parmi les plus notables, on peut citer la Cliqua ou plus tard Lunatic. C'est dans cette optique d’indépendance que la scène, dite de Rap Conscient, se développe et des artistes émergent comme la Rumeur suivant la voie ouverte par Assassin. Un collectif en particulier, le Time Bomb diables rouges, avec La Yusiness, les X-Men, Pit Baccardi, Oxmo Puccino, Lunatic, révolutionnera le rap français. À cette époque, les mélodies sont souvent samplées et les rappeurs les exploitent par le biais de rimes souvent en simplement placées en seize mesures. Time Bomb marque cette décennie, en alliant dans la forme une écriture technique jouant les assonances et les allitérations; et dans le fond au moyen de fictions. Ce style d'écriture s'est ensuite largement répandu dans le hip-hop français.

Une certaine rivalité entre Paris et Marseille, née de l'opposition souvent faite entre NTM et IAM, crée une émulation dans la communauté hip-hop au cours de cette période (voir article : Hip-hop à Marseille pour en savoir plus). Cela s'ajoute aux succès commerciaux comme MC Solaar, et l’avènement d'une scène indépendante marquée par le projet Time Bomb, amenant l'industrie du disque à s’intéresser de plus en plus à la scène du rap français alors que celle-ci était restée relativement frileuse jusqu'alors. Certains collectifs signés en major comme Secteur Ä connaissent un succès retentissant. Un certain nombre de magazines spécialisés apparaissent : des projets collectifs fleurissent sous forme de compilations comme L 432 ou encore les projets première classe, dans la veine de Time Bomb,. La fin des années 1990 voit émerger beaucoup de brillants groupes ou collectifs franciliens tels que la Ärsenik, ATK, Triptik, La Caution, la Mafia K'1 Fry, la Mafia Trece, le secteur Ä, Scred Connexion ou, à Marseille, avec la Fonky Family. La scène rap hexagonale se développe également au-delà de ces deux villes en France, notamment avec le groupe KDD à Toulouse ou encore le groupe N.A.P à Strasbourg. Entre 1990-2000 le rap français est dominé esthétiquement par l'influence de l'école new-yorkaise, et le style East Coast caractérisé par des samples de jazz ou de soul sur des rythmes réguliers de 90 BPM aussi appelé Boom bap, le tout agrémenté de scratchs. Certains groupes ajoutent des influences musicales africaines ou asiatiques, notamment IAM. Cependant, d'autres artistes comme le groupe Ministère A.M.E.R. préféreront puiser leurs influences dans le style West Coast, marqué par des flows et des instrumentaux plus nonchalants utilisant notamment le synthétiseur ou des boucles de guitares basses.

Nouvelle vague et crise (2000-2010) thumb|170px|Booba rappeur français.