Marc Petit est un écrivain, poète, essayiste et traducteur né le à Paris. Il est l'un des membres fondateurs de la Nouvelle fiction.

Biographie Marc Petit est né le à Paris. Par son père, Jacques Petit (1920-1947), mort avant sa naissance, il descend d'une lignée d'artisans d'art parisiens. Sa mère Jeannine Libers (1926-2013) est issue d'une famille juive ashkénaze originaire de Lomza en Pologne et de Volodymyr, aujourd'hui en Ukraine occidentale.

Après des études classiques au lycée Louis-le-Grand, Marc Petit est reçu au concours d'entrée à l'École Normale Supérieure de la rue d'Ulm en 1965. Passionné par le romantisme allemand, il s'oriente vers les études germaniques. Après deux années d'études et de lectorat à Heidelberg et Berlin, il est reçu à l'agrégation et enseigne, de 1973 à 2007, l'histoire de la littérature et de la culture allemandes et autrichiennes à l'université de Tours. Il a traduit, entre autres, l'œuvre poétique de Georg Trakl (en collaboration avec Jean-Claude Schneider), les poètes baroques allemands, dont Catharina Regina von Greiffenberg, les derniers poèmes de Rainer Maria Rilke (dans la Bibliothèque de la Pléiade) et ceux de Erich Arendt. Le volume Manies et Germanies (1997) regroupe un certain nombre d'articles consacrés aux littératures germaniques ainsi que des réflexions sur la poétique de la fiction.

Dès 1972, Marc Petit parcourt les pays latino-américains : Bolivie, Pérou, Mexique, Guatemala, avant de se tourner vers l'Asie. Il s'attache particulièrement au Népal puis à la Birmanie, s'intéressant à la vie et à l'art souvent méconnus des peuples et des tribus de culture traditionnelle, notamment celles de l'Himalaya, dont il révèle la richesse du patrimoine artistique dans son ouvrage À Masque découvert, regards sur l'art primitif de l'Himalaya (1995), grand prix du livre des Arts de la Société des Gens de Lettres en 1996. En 2003, il fait don au Musée du Quai Branly d'une partie de sa collection de masques tribaux népalais, qui a fait l'objet de l'exposition Dans le blanc des yeux en .

D'abord poète, mais aussi, à ses heures, peintre (deux formes d'expression qu'il continue d'exercer jusqu'à aujourd'hui), Marc Petit publie ses premiers textes, Phrases longeant le temps, en , dans la Nouvelle Revue Française. En 1978 paraît son premier récit, La Grande Cabale des Juifs de Plotzk, chez Christian Bourgois, suivi de La Morenada (Le Seuil) et d'une douzaine de romans, récits et recueils de nouvelles publiés principalement, par les soins de Claude Durand, chez Fayard et Stock, parmi lesquels Ouroboros (1989), Architecte des glaces (1991), Le Nain Géant (1993), Le Troisième Faust (1994), La Compagnie des Indes (1998), Histoires à n'en plus finir (1998), L'équation de Kolmogoroff (Ramsay, 2003) et Séraphin ou l'amour des ombres (Pierre-Guillaume de Roux, 2014).

Membre du comité de rédaction de la revue Action poétique (1976-1978), puis de celui d'Europe (depuis 1994), il entre en 1991 au conseil d'administration de l'Association de la Maison des Écrivains, puis y exerce jusqu'en 1996 les fonctions de secrétaire général. Conseiller de Claude Durand et lecteur chez Fayard, il contribue à mettre sur pied son nouveau programme littéraire (1999-2000).

Marc Petit fait partie, en 1990, des membres fondateurs du groupe d'écrivains de la Nouvelle fiction, réunis à l'initiative du critique et historien littéraire Jean-Luc Moreau et du romancier Frédérick Tristan, aux côtés de Patrick Carré, Georges-Olivier Châteaureynaud, François Coupry, Hubert Haddad et Jean Levi. Dans le même esprit, il publie en 1999 Éloge de la Fiction, couronné par le grand prix de la Critique littéraire l'année suivante.

Ses œuvres, archives et manuscrits ainsi que sa correspondance seront rassemblés à l'Institut mémoires de l'édition contemporaine (IMEC), qui a reçu en 2012 un premier dépôt d'ouvrages publiés et de manuscrits.

Œuvre S'inscrivant dans l'esprit et l'esthétique de la Nouvelle fiction, l'œuvre narrative de Marc Petit oppose à la tradition du réalisme social et psychologique une pratique de la narration formée à l'école du romantisme allemand, de Kafka, de Borges, de Karen Blixen et de Bruno Schulz, mettant en valeur le plaisir, la poésie et le pouvoir critique de l'imaginaire, sur fond de détournement des codes du récit, du roman historique et des savoirs érudits.

Romans et récits La Grande Cabale des Juifs de Plotzk (Christian Bourgois, 1978, Stock, 1995) déconstruit à la manière d'un récit talmudique une anecdote curieuse et tragique de la révolution russe, mêlée à d'énigmatiques souvenirs de famille.

La Morenada (Le Seuil, 1979), sorte de polar métaphysique, met en scène l'enquête et les tribulations du narrateur, un certain Franz Lutzel, sur les traces d'un dignitaire nazi réfugié en Bolivie.

Le Dernier des Conquistadores (Fayard, 1982) raconte l'histoire d'amour d'un descendant du conquérant du Guatemala, Pedro de Alvarado, et d'une jeune Indienne, Zuyua, appelée à délivrer son peuple.

Ouroboros (Fayard, 1989) illustre ce que l'auteur appelle le « romanesque de la pensée »Nain Géant, Stock, 1993, de couverture.. Les personnages de cette vaste fresque située au entre Rhin et Danube sont inspirés par les figures de plusieurs poètes baroques allemands, Andreas Gryphius, Quirinus Kuhlmann et Catharina Regina von Greiffenberg ou bien encore, par celle du Père Athanasius Kircher.

Architecte des glaces (L'Aube, 1991, Stock, 1995, Folio, 2000), « autobiographie fictive », oppose aux mythes mortifères du l'image emblématique d'un artiste – Juif russe – hanté par le rêve de la transparence.

Le Nain Géant (Stock, 1993, L'Arbre vengeur, 2011), Le Livre de poche, 1993, quelque part entre Conan Doyle, le feuilleton populaire du , la science-fiction et la théologie, se présente comme une enquête imaginée à partir de la figure du trisaïeul paternel de l'auteur ; occasion pour celui-ci d'explorer en le renouvelant le thème du Golem, entre les égouts de Paris et la ruelle d'Or de Prague.

Le Troisième Faust (Stock, 1994, Folio, 2001) fait resurgir la figure du vieux Goethe, le , sous le regard ironique et complice de Méphisto se faisant passer pour un journaliste américain.

La Compagnie des Indes (Stock, 1998), roman construit comme une série de poupées russes inversée, de la plus petite à la plus grande, réinvente l'histoire de Schéhérazade à l'époque des Lumières, des guerres coloniales franco-anglaises et de la Révolution française.

L'Utopie du docteur Kakerlak (Fayard, 2000), conçu comme une sorte de conte pour la fête juive de Pourim, met en valeur la vertu de dissimulation et le pouvoir de la contre-manipulation dans une société totalitaire, en l'occurrence, une république post-soviétique imaginaire.

L'équation de Kolmogoroff (Ramsay, 2003, Folio, 2005), enquête biographique et récit-commentaire, ressuscite la figure du génial mathématicien probabiliste Wolfgang Döblin, fils du romancier de Berlin Alexanderplatz, suicidé à vingt-cinq ans en pour échapper aux griffes de la Wehrmacht.

Séraphin ou l'amour des ombres (Pierre-Guillaume de Roux, 2014), récit initiatique aux accents nervaliens, évoque les épisodes plus imaginaires qu'historiques de la vie d'un montreur d'ombres chinoises, entre Versailles sous l'Ancien Régime et le Palais-Royal à l'époque de la Révolution française, puis du romantisme.

Le Testament d'Ausone (Le Festin, 2018) donne voix à la figure du poète aquitain du , époque riche en résonances avec la nôtre, dans une suite de dix lettres imaginaires adressées à ses proches, mais aussi à Virgile, au Soleil et au « pays à naître ». Prix Yolande Legrand, ARDUA, Bordeaux, 2019

Contes et nouvelles À mi-chemin du conte et de la nouvelle, le court roman « chinois » de La Fenêtre aux ombres (Dumerchez, 1994) met en scène, face à face, l'empereur Han Wou-ti et l'inventeur mythique du théâtre d'ombres.

Le volume rassemblant les Histoires à n'en plus finir (Stock, 1998), précédé par La Chasse à l'hermine (Fayard, 1983), Le Montreur et ses masques (Mazarine, 1986), Rue de la Mort et autres histoires et Lettre de l'antiméridien (Critérion, 1992), que suivront Le Premier Violon de Guarnerius (L'Arbre vengeur, 2004), La Nuit du sorcier (L'Arbre vengeur, 2006) et Le Funambule (Éditions Infimes, 2011), déploient comme autant de mises en scène de l'imprévisible les aventures de personnages souvent surprenants, masques révélateurs de la difficulté d'être, à la recherche d'un sens qui se dérobe et d'une sagesse possible.

Par ailleurs, Marc Petit consacre plusieurs textes de réflexion à la nouvelle et au conte dans le recueil critique Manies et GermaniesLes désenchanteurs, , et Mythe, Fait-divers, Conte, Nouvelle, . Préface, signée F. G. Schnepfendreck, à La Nuit du sorcier, L'Arbre vengeur, 2006..

Poésie Le premier recueil de poèmes de Marc Petit, Le Temps des traces, paraît en 1976 dans une coédition Pierre-Jean Oswald / Action poétique. Suivront, après un long silence, une anthologie groupant, sous le titre Pierres d'attente (Dumerchez, 1996), un choix de poèmes des années 1967 à 1981, puis, chez le même éditeur, Furtifs (1997), en collaboration avec la plasticienne et photographe québécoise Christiane Gauthier, et Rien n'est dit (2001).

S'étant résolu à ne traduire, dans le domaine allemand, que les poètes, des Baroques à Erich Arendt en passant par Rilke, Georg Trakl et Paul Celan, Marc Petit s'est particulièrement attaché à recréer, en les transposant en vers mesurés mais non rimés, les sonnets et autres poèmes des Baroques allemands et autrichiens, principalement Andreas Gryphius (1616-1664) et Catharina Regina von Greiffenberg (1633-1694).

Au cœur de l'exercice de poésie, tel que l'auteur le définit et le met en pratique, s'affirme un paradoxe illustré par ces versMarc Petit, Paysages noirs, 2014, . :

Essais Dans Manies et Germanies (Stock, 1997), combinant empathie et analyse, l'auteur s'attache à mettre en valeur l'articulation de l'expérience vécue, de la pensée et de l'écriture chez des poètes, romanciers et philosophes de langue allemande depuis le Baroque (Greiffenberg, Kuhlmann) jusqu'au (Musil, Buber, Trakl, Erich Arendt), en passant par Goethe, les frères Grimm et Nietzsche.

L'essai Éloge de la Fiction (Fayard, 1999) oppose à la « sainte alliance du minimalisme, du misérabilisme et du nombrilisme » des « gestionnaires du nihilisme esthétique »Marc Petit, Éloge de la Fiction, Fayard, 1999. le pouvoir critique et les vertus curatives de la littérature d'imagination.

L'art de l'Himalaya Marc Petit s'est penché sur les arts tribaux de l'Himalaya, en particulier sur les masques du Népal et des régions avoisinantes. Méconnu parce que mal identifié jusque dans les années 1980, l'art des tribus des hautes et moyennes montagnes du Népal, de l'Arunachal Pradesh et de l'Himachal Pradesh en territoire indien n'avait jamais suscité une étude approfondie avant À masque découvert, regards sur l'art primitif de l'Himalaya (Stock/Aldines, 1995).

D'autres publications ont suivi, dont La Statuaire archaïque de l'ouest du Népal (Galerie Renaud Vanuxem, 2006), Népal, chamanisme et sculpture tribale, en collaboration avec Christian Lequindre (InFolio, 2009), Dans le blanc des yeux (Beaux-Arts magazine/Musée du quai Branly, 2010).

Œuvres picturales vignette|Exposition de Marc Petit à Épinal